I° NAGEURS PERMANENTS A FACIÈS LARVAIRE DES GRANDS FONDS
Ce sont des migrations des Pélagiques nageurs permanents larvaires.
Comment cette adaptation s’est-elle opérée ? Les pélagiques permanents larvaires, nous l’avons vu précédemment, habitent la surface de la mer ; aux approches de la nuit, ils gagnent des profondeurs qu’on peut évaluer approximativement à trente mètres et ne remontent à la surface que le lendemain, quelques
(1) Depuis cette époque, dans les sables grossiers qui avoisinent la côte d’'Endoume, à la suite d’un grand nombre de pêches faites par!le Laboratoire de zoologie sous la direction de M. A.-F. Marion, la présence des Mysis a été constatée en ce point du golfe. Ces Schizopodes se trouvent notamment un peu au large des bains Isnardon ; ils vivent en compagnie de petites Rissoa, de Cumacées dont la poche incubatrice est pleine d’œufs (9 mai 1884), de Crangons et d'Awpelisca Gaymardi.
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heures après le lever du soleil. Toutefois, certaines espèces peuvent stationner le jour dans les fonds qu’elles avaient primitivement l'habitude de quitter. Cette tendance se manifeste chez quelques Tintinnides, qui cependant n’ont pas entièrement perdu la faculté de venir à la surface, où on les trouve assez souvent. D’autres pélagiques s’habituent plus encore à rester dans les régions calmes, à trente mètres de profondeur et ne remontent que très rarement. Tel est le cas d'Eurysyllis tuberculata, Khlers, recueillie à Quarnero (Adriatique) et qui habite également les fonds coralligènes du golfe de Marseille (MM. Marion et Bobretzky). J'ai recueilli cette Annélide au filet flottant le 7 juillet 1882, dans la calanque de Morgilet, mais elle préfère les fonds indiqués par les éminents naturalistes précités. Les Cladocères lacustres qui présentent, d’après les observations de Weissmann et de Forel (1), des migrations diurnes, semblables à celles des Leucon, viennent nager la nuit près de la surface et pendant le jour descendent dans les profondeurs. La profondeur maximale où on les rencontre est de cent mètres. À cent cinquante mètres, on ne trouve plus dans les lacs de la Suisse que des Diaptomus, Wetsm. Les Cladocères et les Copépodes dans leurs migrations quotidiennes peuvent donc descendre dans ce qu’on est convenu de considérer comme grands fonds. Les Penœus, plus encore que les êtres précédents, montrent quelle a dû être la marche des migrations dans les grands fonds des espèces à faciès larvaire. Voisins des Mysis, les Penœus sont également des persistances larvaires de Macroures normaux, mais ils n’ont pas continué de mener la vie pélagique errante de leurs larves et ils ont gagné des profondeurs variables pour chaque espèce. Si on suit les Nauplius et les Zoés de Penœus, on voit que ces larves habitent la surface, non loin de la côte, en compagnie des larves de Crustacés littoraux. Mais, à mesure que les Zoés se développent et qu’elles réalisent de plus en plus la forme adulte, elles abandonnent la surface. La Zoë du Penœus caramote, Desm., reste dans le voisinage de la côte et, après avoir mué, nage entre deux eaux. C'est là qu’à l’état adulte on trouve cette espèce, qui est assez rare dans le golfe de Marseille (Mourepiano et sous le cap Pinède, vers la passe du bassin National) et qui devient de plus en plus abondante, à mesure que l’on se rapproche de la côte algérienne, où elle est très commune. Si on observe d'autre part la Zoé de Penœus antennatus (Nice, Naples, Algérie), on la voit, au moment de réaliser sa forme définitive, s’enfoncer et rechercher les fonds vaseux, à une profondeur de soixante à soixante-dix mètres. Le Peræus siphonocerus, Philippi (travers des Goudes, 16-17 brasses ; fonds vaseux au-delà des îles, 75-78 mètres; Méjean et cap Caveaux, 70-78 mètres) ; habite des profon-
(1) À. Veismann, Beitrage zur Naturgesch der Saphmiden, Zeïtsch. f. Wiss. Zol. 1874-1879.
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deurs un peu plus considérables. On a enfin trouvé un Penœus (1) à neuf cent quatre-vingts mètres près de Kantavou (îles F idji). Il est donc certain d’une part que les pélagiques permanents côtiers à faciès larvaire peuvent s’enfoncer jusqu’à cent cinquante mètres et revenir ensuite à la surface, d'autre part que certains d’entre eux descendent plus bas encore, jusqu’à neuf cent cinquante mètres. Ces derniers remontent-ils à la surface? Il résulte des expériences de Forel (2) que, parmi les espèces lacustres des grands fonds, les espèces vivant normalement à trois cents mètres se retrouvent toutes entre trente et cent mètres. Cette observation peut-elle s’appliquer à toutes les espèces des grands fonds à faciès larvaire? L’imperfection de nos connaissances à ce sujet ne permet pas de répondre avec toute la certitude désirable ; maïs il semble probable que la plupart des espèces marines des grands fonds sont cantonnées dans ces régions. L'influence que ces nouvelles conditions d’existence ont imprimée sur les divers êtres qui y sont soumis, a été bien différente selon que ces êtres sont des types larvaires ou des types plus avancés. Si on considère par exemple les modifications que les organes de la vision présentent, on voit que les Gnathophausies qui ont de grands yeux, revêtent le faciès larvaire, tandis que l’Ethusa granulata, Norman, qui perd ses yeux, est bien plus évoluée ; son organisme plus avancé est moins plastique. Toutefois, si des larves ou des êtres larvaires adaptés aux grands fonds, les uns, comme Grathophausia, exagèrent leurs organes pour recevoir le plus de lumière possible, les autres perdent les yeux (Pefalophthalmus armiger, W.-S.). Il y a là une question de plasticité des organismes dont on n’a peut-être pas suffisamment tenu compte et qui explique, je crois, des faits 4 priori contradictoires.