‹ Considérations sur la faune pélagique du golfe de MarseilleChapitre 26 sur 54 · TOR · texte numérisé non relu

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existence et par suite courir de nombreux risques de destruction, les générateurs quels qu’ils soient, fixes, errants ou pélagiques, suppléent par le nombre des produits à l'absence de protection.

Les pélagiques actifs à faciès larvaire habitent la haute mer, où ils sont soumis aux courants. Tel est entre autres l’avis du. Docteur Spagnolini qui, à ce sujet, ‘s'exprime ainsi dans le Cafalogo degli Acalefi del Golfo di Napoli : « La condizione nella quale, con più probabhilità, si pu sperare di essere fortunati nelle ricerche, à quando deboli venti spirano dall’estorno all’intorno del golfo & che deboli correnti si determinano nella stessa direzione. Cosi, riferendomi all’esempio sopra citato, dopo il 18 gennajo 1869, cesso 1l vento di terra che per diversi giorni aveva dominato e si volto a debole brezza di mare, le ricerche divennero subito fruttuosissime e si ebbero recipienti pieni di Lizzie, Gerionie, Pelagie, poi Salpi ed altri animali natanti. Di grande entità è il rintracciamento di una favorevole corrente ; una volta trovata, si è sicuri di fare pesca felice; » parte prima, pag. 6.

Si on recherche quels sont, dans le golfe de Marseille, les courants qui y règnent, on constate qu’ils sont de deux sortes : les courants du Rhône et les courants du large. Les premiers n’amènent en aucun cas des pélagiques qui sont toujours transportés par les seconds. Or, si on songe à l'influence que joue la configuration des côtes sur la marche des courants, on voit que la présence de nombreuses îles qui limitent au sud le golfe de Marseille, empêche les courants du large d’y pénétrer en temps ordinaire. Ces courants passent en effet en dehors de ce golfe, dans le voisinage de Maïré et de Planier, puis se dirigent sur Villefranche, Nice et Naples. Ce fait physique explique suffisamment l’abondance dans ces dernières stations des animaux pélagiques et leur rareté dans le golfe de Marseille. Leur présence dans ce golfe, quelque minime qu’elle soit, ne s’observe d’ailleurs que lorsque les courants du large sont partiellement brisés, soit par le vent, soit par une tempête. Dans ces conditions, les animaux pélagiques, bien que ne se trouvant plus dans leur milieu habituel, continuent à vivre et il n’est pas exact qu'ils viennent se briser fatalement sur la côte. Car, grâce à leurs organes de locomotion, ils ne sont pas plus sous la dépendance des vagues que des-courants. Ils peuvent en éffet, même lorsqu'ils sont dans le voisinage des terres, quitter la surface et gagner des profondeurs de trente mètres, là où l'agitation des vagues est insensible (1). À ce point de vue, ils ne diffèrent pas des pélagiques littoraux

(1) Le D A. Spagnolini émet la même opinion au sujet des Méduses et des Siphonophores : « Quando regnano forti venti diretti dall’alto mare a terra, certamente entrano nel golfo molti animali natanti, #2 allora non si possono trovare, perchè l'acqua à troppo agitata e perchè si tengono a una certa profondità onde essere in ambiente pi tranquillo, » (loc. cit. pag. 4-5).

ER re larvaires : comme ces derniers, ils quittent la surface si elle est er et journellement à la tombée de la nuit,ne remontant que le jour et avec le calme (1). Quelques-uns cependant sont nocturnes, c’est-à-dire nagent à la surface la nuit seulement, tandis que le jour ils préfèrent les bas-fonds. Cependant ils remontent quelquefois à la surface pendant le jour, de sorte qu’ilne paraît y avoir, parmi les pélagiques actifs [arvaires nocturnes, aucun type complètement aveugle.

D'après certains naturalistes, la pêche des pélagiques vrais serait plus ou moins abondante selon les saisons. Le docteur Spagnolini (/oc. cit. page 4) conclut de ses observations faites pendant trois années consécutives que l’hiver et le printemps sont les saisons les plus favorables de la pêche pélagique dans le golfe de Naples, tandis qu’en été et en automne la récolte est le plus souvent nulle. Cette opinion qui est assez généralement adoptée, paraît être confirmée par les diverses pêches d'Hydroméduses pélagiques faites dans le golfe de Marseille et par celles qui se rapportent aux autres pélagiques actifs. Les mois de décembre et de janvier seraient les plus fructueux dans le golfe de Marseille; pour le golfe de Naples, les mois de février et de mars (Spagnolini, /oc. cit.). Malgré ces observations, je persiste à croire que la récolte est complètement étrangère aux saisons et dépend exclusivement de la direction des courants. Si les mois de décembre et de janvier, pour Marseille, comme les mois de février et de mars pour Naples, semblent être privilégiés au point de vue qui nous occupe, c’est que les courants de la haute mer arrivent surtout dans ces golfes pendant les mois précités, par suite de circonstances atmosphériques et géographiques qu'il ne m’appartient pas de rechercher. C’est ainsi que l'étang de Berre, placé dans une situation bien différente de celle du golfe de Marseille, renferme en mai, juin, juillet et août une quantité excessive d’'Hydroméduses pélagiques (Rhizostoma Cuvieri, Pelagia noctiluca, Aurelig aurita, Cassiopæa borbonica, Beroe ovata, etc.) qui viennent s’échouer tout le long de la plage. La même accumulation se constate pendant certains mois de l’hiver et de l’automne, lorsque les courants du large pénètrent dans cet étang, en sorte que les saisons ne paraissent avoir aucune influence, tout au moins, sur la faune pélagique d’une région de quelque étendue, puisque l’époque de l’apparition des pélagiques actifs varie pour chaque lieu.

De ce que les animaux pélagiques sont amenés par les courants, doit-on conclure qu’ils ne reproduisent pas dans leur distribution géographique la même diversité que les êtres sous-marins fixés ou errants ? De nombreuses observations permettent de croire que les pélagiques actifs ne font pas exception à la règle

(x) Dans la calanque de Morgilet, il n’est pas rare d’apercevoir, au lever du soleil, une foule de Pelagia noctiluca et de Beroe ovata se reposant sur le fond sous-marin, à une profondeur de 4 à 6 mètres ; ces pélagiques sont alors couchés sur le côté.

générale et que chaque espèce possède un habitat propre. Je me borne à citer les exemples suivants.

Dans son Essai sur la distribution géographique des Brachiopodes et des Mollusques du littoral océanique de la France , — Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, tom. XXXII, 1878,— le docteur P. Fischer s'exprime en ces termes à propos de la distribution géographique des Ptéropodes : « Les deux espèces de Ptéropodes des côtes océaniques de la France : Cleodora pyramidata « et Hyalwa inflata, ont une distribution géographique des plus étendues. La « première a été indiquée dans le golfe de Guinée, la Méditerranée, les Antilles « et les mers Arctiques ; la deuxième vit dans les mers intertropicales et pénètre « dans la Méditerranée. Les genres de Ptéropodes des mers du Nord qui man- « quent sur le littoral français sont : Clio, Limacina, Spirialis ; mais les Spirialis « paraissent dans la Méditerranée et un Limacina a été dragué dans les grands « fonds de Gascogne.

« Les genres de la Méditerranée qui manquent sur notre littoral et sur celui « de la Grande-Bretagne sont : Cymbulia, Pneumodernon, Tiedemannia; Creseis. « On remarquera que les Ptéropodes, si rares dans nos mers, abondent dans la « Méditerranée, où ils voyagent en troupes nombreuses comme dans les eaux des « mers tropicales. »

Dans le golfe de Marseille, malgré les actives recherches faites depuis quinze ans par M. le professeur A.-F. Marion et dans ces dernières années par moimême, il a été impossible de trouver aucune espèce d’Appendiculaires, alors que cet ordre compte de si fréquents individus à Messine. Il en est de même pour les Doliolum.

Au contraire, certaines espèces se retrouvent un peu partout: Yanfhina communis, Cleodora pyramidata, Hylxa inflata, etc.

L° Siphonophores. — L'adaptation des Siphonophores à la haute mer est plus ou moins complète et le régime pélagique a eu sur les divers types de cet ordre des influences différentes. On peut en effet distinguer deux sortes de Siphonophores, au point de vue de la locomotion : les Siphonophores actifs, munis d'organes de locomotion et les Siphonophores passifs, chez lesquels ces organes se sont transformés en appareil de flottaison. Eschscholtz avait très bien compris cette différence d’adaptations, lorsqu'il distinguait les Siphonophores en deux sous-ordres : l’un caractérisé par les vésicules aériennes qui tiennent l'organisme en suspension, et l’autre, caractérisé par des vésicules natatoires. Carl Vogt (1) partage cette manière de voir et divise les Siphonophores en deux sections, selon qu’ils ont des

(1) C. Vogt, Ze. it, page 144.

Organes natateurs actifs ou passifs. Cette classification a le mérite incontestable de tenir compte de l'adaptation des Siphonophores plus ou moins complète à la vie pélagique. Toutefois elle n’est pas absolue, en ce sens que certains d’entre eux présentent à la fois des organes de locomotion et des organes de flottaison, constituant ainsi des formes de passage entre les deux grandes sections.

Les Siphonophores actifs présentent des types dont la morphologie est très variée et qui sont plus ou moins bien adaptés à la vie pélagique. Les Physophores tels que les Agalmes, sont le mieux faits à ce régime et conduisent aux Physalies et aux Vélelles, qui représentent le groupe des Siphonophores passifs. Nous verrons, à propos de ces derniers, qu’à mesure que l'adaptation au régime pélagique s’accentue, la colonie se concentre de plus en plus et atteint son summum de réduction chez les Vélelles. Remarquons ici que ce phénomène s’ébauche déjà chez les Siphonophores actifs. Les Physophores peuvent, en effet, être considérés comme une réduction des Diphyides; car ils présentent en un point les zooïdes qui sont épars dans ces dernières.

Les Siphonophores actifs que j'ai recueillis dans le golfe de Marseille,se réduisent à trois espèces : Apolemia contorta, Agalma rubra et une Eudoxie qui est nouvelle.

L’Æpolemia contorta, M.-Edw., s’est montrée particulièrement en très grande abondance, à cinq reprises différentes : 19 décembre 1881, 13 et 28 janvier 1882, 2 mars et 7 septembre de la même année. Le 13 janvier notamment, j’ai compté, dans la calanque de Morgilet, jusqu’à cent cinquante individus de cette espèce. Ils se tenaient, pour la plupart, à un mètre de la surface, quelques-uns à une plus grande profondeur (de 2 à 8 mètres), tantôt immobiles, tantôt progressant par de gracieux mouvements d’ondulation. Leur taille variait de 10 centimètres à 1 mètre 50 centimètres de long. Très nombreuses dans l’hiver 1881-1882, les Apolémies ont disparu au mois de mars pour reparaître en septembre, mais en très faible quantité, et l'hiver suivant ne semble pas en avoir jeté dans le golfe de Marseille. Le même fait a été observé par C. Vogt qui, à Nice, constata la présence de nombreuses Apolémies en janvier 1847 et qui, l'hiver suivant, ne put s’en procurer, là où elles étaient si communes. Enfin, en consultant le livre du bord (Laboratoire de Zoologie marine de Marseille), je trouve la confirmation de ce fait, que l'abondance des Apolémies varie pour une même station avec les années. Voici les époques où cette espèce a été recueillie depuis 1869 : Le 14 avril 1869, entre le goulot de Maiïré et l’île Jare, grande abondance de ces Apolémies. — Le 5 mai 1869, environs de Pomègue, nouvelles Apolémies. — Le 8 janvier 1870, près du Frioul. — Le 3 février 1876, au large de la Joliette, les Apolémies reparaissent pour disparaître de nouveau. — De 1876 à 1881, on n’en constate plus. — Ainsi 1869, 1870, 1876, 1881 et 1882 sont, pendant l'espace de vingt ans, les seules années où l’Apolemia contorta ait été prise dans le golfe.

L’Agalma rubra, dont je n’ai recueilli qu’un seul exemplaire le 4 novembre 1882, se rencontre très communément à Nice, où cette espèce, apportée par les courants du large, semble s’acclimater.

Quant à l’Eudoxie, entièrement transparente, je lai rencontrée à quatre reprises différentes : le 16 décembre 1881, dans la calanque de Morgilet, le 28 janvier, le 2 mars et le 7 juillet 1882, au Tiboulen de Maïré et à Ratonneau.

Il faut enfin citer la Diphyes fumida, Gegenb., qui a été constatée à plusieurs reprises par M. le professeur Marion, et que je n’ai pu recueillir de novembre 1880 à janvier 1883.

2° Hétéropodes. — Il m'a été impossible de constater la présence d’aucun Hétéropode dans les nombreuses pêches que j'ai faites pendant les années 1881, 1882 et 1883 (1).

3° Préropodes. — Les Ptéropodes sont des pélagiques actifs à faciès larvaire, qui, moins que les Hétéropodes, ontsubi l’influence du régime pélagique. Comme ces derniers, ils ont une extension géographique très grande, mais leurs représentants abondent surtout dans les régions tropicales. Dans le golfe de Marseille, où la rareté des pélagiques vrais est remarquable, je n’ai recueilli qu’une coquille de Cymbulia Peronii, Cuvier, flottant à la surface entre le goulot de Maïré et l’île Jare, ainsi que des Creseis acicula: Cette espèce m'a fourni un très grand nombre d'individus, dans diverses pêches. On la rencontre assez fréquemment au large des îles et dans le voisinage de Maïré, tant en hiver qu’en été.

4° Chaætognathes . — À l'exception d’une Spadella très commune et nouvelle, dont j'ai étudié en détail la structure (2), les Chœtognathes ne paraissent pas exister dans le golfe de Marseille. Je n’ai pu observer aucune espèce de cet ordre dans ces dernières années. En 1875 cependant, la Sagifta gallica, Pagenstecher, a été constatée par M. le professeur Marion dans le fond de la calanque de Lubo, nageant en compagnie de Siriella Clausii (22 juin) et en face du cap Caveaux, dans le courant d’est venant de Maïré (7 octobre).

I. Pélagiques actifs à faciès larvaire des grands fonds. — Durant le voyage autour du monde de la corvette /4 Gazelle, Von Studer (3) recueillit, pendues au câble de remorque, trois nouvelles espèces de Siphonophores, au dessous de 200 brasses. L'une d’entre elles est le Bafhyphyssa, Stud. Æbyssorum, seul représentant

(1) Il en est de même pour les Appendiculaires.

(2) Voir : seconde partie.

(3) Sruner. — Ueber Siphonophoren des tiefen Wassers, Leitsch. f. Wiss.Zool. 1878, XXVI, pages 1-25.

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actuel de ce genre. Les deux autres appartiennent au genre Rhizophysa, Lam. Ce sont : RA. Conifera, trouvée dans l'Océan Atlantique et l'Océan Indien, et RA. inermis, recueillie seulement dans l'Océan Indien.

Il serait intérsssant de comparer ces Rhizophyses à la RA. filiformis, Lan. qui vit à la surface dans la Méditerranée ; malheureusement les études de ce genre sont très incomplètes.

C : Pélagiques actifs à faciès adulte. Cest des migrations de formes littorales sous-marines.

Si l’on rechercheles modifications qu’entraîne chez ces pélagiques l'adaptation à la haute mer, on voit qu’elles rappellent celles que la même influence a déterminées chez les pélagiques actifs à faciès larvaire.

La transparence paraît être commune à tous les êtres de ce sous-groupe et la finesse de leurs tissus ne le cède en rien à celle du corps des autres pélagiques. Mais, comme pour ces derniers, à côté d'espèces uniquement transparentes et parfaitement incolores (Noctiluques, etc.), en existent d’autres munies de couleurs supplémentaires. Par exemple : les Alcyopiens sont le plus souvent colorés en bleu, teinte à laquelle s’en ajoute parfois une autre légèrement jaunâtre. Le Pyrosoma gigas, ainsi que la Sz/pa spinosa, présentent une légère coloration bleue uniforme. La Salpa Caboti peut avoir ses deux longues cornes colorées en rouge, teinte que présente le nucléus, qui, chez les Thaliadées, est généralement d’un jaune plus ou moins foncé. |

Les organes reproducteurs, bien que développés, n’offrent pas un grand volume. C’est ainsi qu’en comparant ces organes à la fois chez les Salpes et les Ascidies, chez les Alcyopiens et les Syllidiens, on ne constate aucune différence notable. La même comparaison, au point de vue de la fécondité, paraît conduire au même résultat.

Les mœurs de ces pélagiques sont identiques à celles qui ont été décrites à propos des pélagiques actifs à faciès larvaire. Il est donc inutile d’y revenir.

1° Noctiluques. — I] semble certain que les Noctiluques sont plus nombreux à la surface la nuit que le jour. Il est, par suite, incontestable que ces Protozoaires sont capables de quitter la surface et de s’enfoncer plus ou moins, quel que soit le moment de la journée; ce point importe peu ici. Or, pour flotter à la surface, ils peuvent, comme les pélagiques passifs, se laisser porter par les courants. Mais, pour s’enfoncer, ils doivent nécessairement posséder un organe de locomotion particulier. Quel est cet organe? Est-ce le flagellum ou le tentacule?

(1) CH. Ross. — Recherches sur la reproduction gemmipare et fissipare des Noctiluques. Yowrmal de PAnat. et de la Physiol. 1878.

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D'après les observations de Krohn et de M. Ch. Robin (1), le flagellum « offre des mouvements tantôt à ondulations larges et lentes, tantôt vibrants avec vivacité, dus à de très courtes et très rapides ondulations ; d’autres fois, il s’infléchit et se recourbe en spirale ou en divers sens, comme les Eugléniens. Les mouvements de ce flagellum n’en impriment aucun au corps de l'animal; ils servent sans doute à la préhension des aliments. » Quant au tentacule, d’après M. Robin, il ne fait qu’amener un balancement du corps, des oscillations sur place, sans jamais imprimer un mouvement de translation. Telle n’est pas l'opinion de de Blainville qui prétend (1) que les mouvements des Noctiluques sont essentiellement exécutés au moyen de l’espèce de frompe qui se meut continuellement de droite à gauche.

Je crois, pour ma part, que le flagellum sert à la préhensiou des aliments, et supposant que le tentacule doit avoir un rôle dans les fonctions de locomotion, je suis porté à admettre l'opinion de de Blainville. Ce serait donc grâce au tentacule que les Noctiluques pourraient quitter la surface.

2° Nautile. — À ne considérer que le genre de vie des Céphalopodes, on peut ramener ces mollusques à trois types principaux : les types pélagiques, les types pélagiques et marcheurs, les types essentiellement marcheurs. Les premiers ne sont représentés que par les Nautiles, les seconds par la plupart des Décapodes et par les Philonexides, les troisièmes enfin par la plupart des Octopodes et par quelques Décapodes. Les Nautiles seuls prennent donc place ici.

Les Nautiles, dont les mœurs sont encore si peu connues, ont été observés flottants par Rumphius en 1705 et par le professeur Owen, alors que ces Céphalopodes rampent dans les bas-fonds. Rumphius décrit ainsi les mœurs du Nautile : « Quand le Nautile flotte, il sort sa tête et ses tentacules et les étend sur l’eau, avec la poupe de la coquille au dessus de la surface-de la mer; mais, sur le fond, il rampe dans la position inverse, avec son bateau au dessus de lui, et avance assez rapidement en ayant sa tête et ses tentacules sur le sol. Il se tient surtout sur le fond et avance quelquefois dans les filets des pêcheurs; mais, après une tempête, lorsque le temps redevient calme, on voit ces Mollusques par troupes, flottant sur l’eau, poussés par le mouvement des vagues. Cette allure n'est toutefois pas de longue durée ; car, après avoir rentré tous leurs tentacules, ils renversent leur bateau et reviennent au fond (2).» Les Nautiles ne diffèrent donc pas des Pélagiques actifs ordinaires qui peuvent flotter à la surface ou quitter celle-ci à la moindre alarme et en cas de tempête. L'examen de leurs organes confirme

(1) De BLamnvirce. — Manuel à Actinologie, 1836, page 141. (2) Cité d’après Woodward. Manuel de Conchyliologie.

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l'idée qu’ils sont plutôt des pélagiques actifs que des pélagiques marcheurs, comme le croirait volontiers Owen (1). Le nombre considérable de tentacules, l’absence de bras et par suite des ventouses qui ne font défaut à aucun autre Céphalopode et sont sans aucun doute le résultat de l'adaptation à la marche, les chambres aériennes de la coquille constituant un appareil hydrostatique puissant, font de ces Tétrabranches de mauvais marcheurs, mais d'excellents nageurs. Je considère donc les Nautiles comme des pélagiques actifs, et non comme des animaux marcheurs qui montent exceptionnellement à la surface, comme le croient les savants naturalistes qui, n’ayant observé que quelques rares individus, ont considéré comme normale l’habitude que le Nautile a de marcher dans les fonds en cas de tempête et à certain moment du jour. Si on lui compare, d’ailleurs, les Céphalopodes à la fois pélagiques et marcheurs ( Argonauta argo, Linn., Loligopsis Veranyi, Ferus., Lol. Bomplandii, Cranchia, certains Onychoteuthis, Philonexis, ete.), on voit que, si ces espèces sont capables de nager à la surface, dans la haute mer, à l’aide des bras palmés qui leur servent de rames puissantes, ou de se laisser porter par les courants, dans une immobilité presque absolue, toutes cependant sans exception possèdent des ventouses qui leur servent non seulement pour la préhension des aliments, mais encore pour la marche. Ces espèces établissent une véritable transition entre le Nautile d’une part et les Céphalopodes marcheurs de l’autre. Ces derniers sont cependant susceptibles de nager (Seiches, Histiotheuthis, etc.) sans remonter à la surface; quelques-uns sont uniquement des types marcheurs. Tel est le cas des Octopus et des Eledone. Nous avons vu précédemment chez les Crustacés Brachyures une transition également bien ménagée entre le Carcinus maænas et le Polybius Henslowi.

L'énergie bathymétrique du Nautile est cependant assez considérable, puisque près de Matuca, on en prit à 310 brasses et jusqu’à 360 brasses dans l'archipel d'Aru. Ceci peut expliquer l'absence de milieux réfringents dans l'œil de ce Céphalopode, sans que les pêches précédentes infirment en quoi que ce-soit l’idée précédemment émise sur le mode de vie pélagique des Nautiles, car si ces T'étrabranchiaux peuvent se trouver dans les grands fonds, il ne faut pas oublier qu’ils sont fort ordinaires dans les eaux superficielles près desîles Fidji.

3° Salpes et Pyrosomes. — Le tableau suivant indique les espèces de Tuniciers pélagiques recueillies dans le golfe de Marseille de décembre 1881 àjanvier 1883:

6 décembre 1881. — Tiboulen de Maïré. 2 Salpa runcinata Chamisso, Fauna littoralis Norwe- | giæ, Sars, 1846, pl. 0, fig. 23.

19 » MOrRIeRe, 25e 7 Salpa runcinata, Chamisso. 20 » » 1 jeune S. runcinata, »

(1) Owen, Mémoire on the Nautilus. London, 1832.

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16 Janvier 1882. Morgiletrines * S. runcinata, Chamisso. » » : » 1 Pyrosoma gigas, Per. et Les. Règne animal, Mollusques, pl. 133.

28 » Tiboulen de Maïré. * S. runcinata, Cham (voir plus haut). 8 Février. Capilanet 20... 1 Salpa Caboti, Desor, Invertebrata of Massachussets, Gould, 1870, fig. 350-352, page 7.

» » » © 2 S$. runcinata, Cham (voir plus haut). 2 Mars. Tiboulen de Ratonneau 25 Sa/pa spinosa, Otto, Fauna liütoralis Norwegie, Sars, 1846, pl. 10, fig. 1-2.

» » » * S. runcinata, Cham (voir plus haut}.

9 » Mairé, ti ee . * S. spinosa, Otto id.

7 Septembre. SCA TR ER OR U »

» » » 1 Pyrosoma gigas, Per. et Les. (voir plus haut.

Remarquons tout d’abord l’absence complète des Doliolum, qui se trouvent en assez grande abondance à Messine (H. Fol).

Les Pyrosomes sont rares. Durant toute l’année 1882, j'ai seulement recueilli deux individus appartenant à Pyrosoma gigas, phosphorescents et identiques à la figure de cette espèce, qui se trouve dans l’atlas de Cuvier. — J’en ai également rencontré en avril et en mai 1883. Cette espèce, bien que peu commune, est chaque année capturée dans le golfe, sans qu’elle paraisse avoir des stations privilégiées (Morgilet, Carry, Château-d’If, Montredon, cap Janet, etc.) Dans lelivre du bord (Laboratoire de Zoologie marine de Marseille), je trouve que le 18 décembre 1869, deux coups de gangui par le travers du Château d’If, vers Montredon, à une profondeur de 14 brasses, ramènentun Pyrosoma gigas. M. le professeur Marion m'assure que tous les individus de cette espèce qu’il a recueillis, provenaient invariablement des profondeurs de 10 à 14 brasses ct que jamais il n’en a constaté à la surface. Comme, de mon côté, j'ai toujours pris le Pyrosoma gigas à la surface, on voit que cette espèce, comme d’ailleurs tous les pélagiques (les passifs exceptés), est capable de quitter la surface pour gagner des profondeurs moyennes.

La Salpa Caboti, Desor, n'avait jamais été trouvée jusqu'ici que dans l’Atlantique. Le 8 février, j’en ai recueilli un individu, sans que j’ai pu en capturer depuis.

La Salpa spinosa et la Salpa runcinata m'ont fourni le plus d'exemplaires ; la dernière a toujours dans le sac branchial des Crustacés commensaux (Vibilia Feangerardii, Luc., Saphirina fulgens, Thomps.,et surtout Lycæa pulex, Marion). Entre le nucléus et la tunique de Sz/pa runcinata se trouve quelquefois, dans une petite galerie creusée dans la tunique par le parasite lui-même, un Isopode parasite. J'ai également trouvé une Phronimide nouvelle.

En somme, les Salpes ne fournissent qu’un bien faible contingent à la faune pélagique du golfe de Marseille. Cette remarque prend d’ailleurs un plus grand caractère de généralité, si on songe que cette pauvreté n’est pas le privilège exclu-

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sif de l’année 1882. Voici, en effet, les pêches qui, depuis 1869 jusqu'en 1875, ont ramené des Salpes dans le golfe de Marseille :

18 Décembre 1869, par le travers du Château-d’If, de nombreuses Salpes solitaires (Sa/pa maxima, Forsk.) avec les parasites décrits par M. Marion (1).

8 Janvier 1870, de nombreux pélagiques, parmi lesquels dominent les mêmes Salpes. Dans les environs du Frioul, et jusque dans le port, on rencontre des colonies nombreuses, des chaînes de plus d’un mètre, ainsi que des Salpes solitaires. Tous ces Tuniciers sont assaillis par les mêmes Amphipodes qui se gorgent du mucus sécrété par la Salpe, substance évidemment albuminoïde et essentiellement nutritive. (Le temps ne permettait pas de trainer le filet flottant).

18 Février 1870, les Salpes ont disparu. Les pêcheurs ne les avaient observées que rarement et en petit nombre.

Les 8, 10 ef 12 décembre 1870, dans toute ia rade de Marseille, on constate de grandes quantités de Sa/pa maxima avec leurs parasites ordinaires. Puis les Salpes disparaissent et on n’en trouve plus trace, malgré d’attentives recherches, assez répétées, jusqu'en octobre 1872. Des pêches faites le $ mars, le 1% juin et le 9 juin 1873 n’en rencontrent pas.

Le 24 novembre 1874, quelques Sa/pa maxima solitaires et leurs parasites.

Le 7 octobre 1875, au large de Carry, de nombreuses Salpes en compagnie de nombreux pélagiques. Le récit de cette pêche montre parfaitement à quelles circonstances est due la présence des pélagiques vrais dans le golfe : le courant du S.-E. est très violent, malgré une fraîche brise de N.-O. Les eaux sont très pures et les animaux pélagiques abondent devant Carry depuis le large du cap Caveaux. Par contre, les eaux sont troubles, lorsque le courant d’est porte davantage au large et lorsqu'il laisse entier le courant de N.-O. (courant du Rhône).

Aujourd’hui, le courant d'est, très fort au large de Maïré d’après les pêcheurs, se rapproche de l’entrée du golfe ; 1l passe devant le cap Caveaux et court vers la côte de Carry. Les Beroe ovata abondent dans ce courant ainsi que les Spadelles, les larves de Crustacés, les Creseis acicula, de jeunes Syngnathes, des Salpes et une foule d'Hydroméduses ( Beroe rufescens, Forskal, Cydippe ovata, Lesjon, Eschscholtzia cordata, Diphyes tumida ).

Un fait curieux qui se dégage de ces diverses pêches, c’est que les Salpes sont amenées dans le golfe exclusivement en hiver, ou plus exactement depuis octobre jusqu’en mars. Elles disparaissent ensuite quelle que soit l’espèce.

D'autre part, il convient de rémarquer qu’une même espèce n’est fréquente dans une région que pendant quelques années ; puis elle disparaît pour faire place à une

(1) A.-F. Marion. — Bibliothèque des hautes études. Ævsde sur les animaux inférieurs, tome 10,

p.13 et suiv.

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autre et ainsi de suite. C’est ainsi que la Sz/pa maxima, qu'on trouvait assez souvent pendant les hivers 1869-1875, ne reparaît plus et est remplacée par la Sz/pa runcinata. YŸ a-t-l dans l'apparition des diverses espèces pélagiques actives en un point déterminé une époque fixée? La même espèce, qui a disparu d’une répion, y reparaît-elle au bout du même laps de temps? Ou bien l'apparition des pélagiques est-elle le résultat de causes fortuites? Ce sont autant de questions pour le moment inexplicables, et dont la solution exige de longues et patientes recherches.

Lorsque les Salpes sont amenées dans le golfe de Marseille, on les rencontre toujours dans le voisinage des îles; je n’en ai jamais observé entre celles-ci et la côte de Marseille. Ces Tuniciers se tiennent assez rarement à la surface même; ils nagent le plus souvent à une profondeur de un mètre cinquante. À la moindre alarme, ils s’enfoncent davantage et gagnent des profondeurs de dix à quinze mètres. Dans la calanque de Morgilet, dont les eaux sont aussi calmes que limpides, on ne peut, lorsque les Salpes y sont abondantes, en apercevoir avant le lever du soleil ; mais, lorsque le jour est venu, elles ne tardent pas à remonter non loin de la surface. Bien que la transparence de leur tissu soit parfaite en général, on les aperçoit d’assez loin, grâce à leurs mouvements et surtout à leur nucléus qui est toujours vivement coloré.

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