‹ Considérations sur la faune pélagique du golfe de MarseilleChapitre 4 sur 54 · PLAN · texte numérisé non relu

PLAN

Lorsqu'on promène un filet fin (2) à la surface de la mer, aux abords d’une côte, on récolte des animaux appelés foffants ou pélagiques. En examinant la nature même de ces êtres, on ne tarde pas à reconnaître qu'ils se rapportent à deux catégories bien différentes : les uns appartiennent à des formes essentiellement larvaires d'animaux côtiers ; les autres, pourvus d'organes reproducteurs, sont des êtres adultes normalement errants. Parmi ces derniers, il faut distinguer ceux qui ne s’éloignent jamais du rivage, et que nous désignerons sous le nom de rageurs, littoraux ou côtiers, de ceux qui, habitant la haute mer, sont jetés à la côte, soit par les courants du large, soit par des causes fortuites, et qui constituent les vrais pélagiques.

L’abondance des larves, abstraction faite des saisons, est particulière aux eaux qui baignent les continents. C’est là qu'on doit les rencontrer en bandes et par myriades, si on songe que sur ces points se trouvent pour ainsi dire entassés, dans des eaux peu profondes, les animaux littoraux, lesquels d’ailleurs ne peuvent se

reproduire que par deux procédés : tantôt, en effet, leur développement est

(1) Ce sont les pélagiques actifs et les pélagiques passifs; voir plus loin.

(2) Le salabre des pêcheurs.

po ve

direct, et, dans ce cas, nés de parents fixés ou errantsdans les bas fonds, les jeunes sont dès leur naissance voués au même régime; tantôt, au contraire, il est extraovulaire et alors les diverses phases du développement se manifestent sous forme d'états larvaires successifs. Quant aux larves d’espèces non littorales, elles sont moins nombreuses et vivent le plus souvent disséminées à la surface de la mer. Dans ces conditions, leur mode de vie primitif a été modifié par suite de l’adaptation particulière des adultes.

Si on considère d’autre part à quels résultats peut aboutir l'étude des pélagiques

nageurs, on constate que leur régime biologique est celui des larves primitives et que la plupart d’entre eux sont cantonnés dans une région déterminée, absolu:

ment comme n'importe quel animal fixé sur le sol sous-marin. En effet, bien qu'ils soient pourvus d'organes de natation énergiques et qu’ils puissent facilement se déplacer, leur domaine n’en est pas moins restreint, puisqu'ils ne sauraient trouver à quelque distance du rivage les conditions indispensables à leur existence.

Enfin les pélagiques vrais, qui se sont peu à peu écartés de leur berceau primitif côtier, sont soumis à un milieu tout autre; ils sont sous la dépendance plus ou moins exclusive des courants du large, selon qu’ils possèdent ou non un appareil de locomotion. Nous désignerons désormais sous le nom de pélagiques passifs ou flottants les pélagiques dépourvus d'organes locomoteurs, mais munis d'organes de flottaison qui les maintiennent à la surface, par opposition aux pélagiques de la haute mer susceptibles de se mouvoir eux-mêmes ou pé/agiques actifs.

De ce que les pélagiques vrais dépendent des courants du large, il résulte l’absence normale de ces êtres dans les régions abritées, telles que le golfe de Marseille, tandis que les côtes découvertes et non soustraites à ces courants (Nice, Naples, Messine) contrastent par la richesse de leur faune (1). L’énorme différence qui existe entre Marseille et Messine par exemple, s’observe également entre les deux régions dont se compose le golfe de Marseille lui-même. Celui-ci ‘est en effet naturellement divisé par les îles Ratonneau, Pomègue, etc., en deux parties bien distinctes : l’une est l’espace compris entre la ville et les îles (c’est le golfe proprement dit); l’autre, plus méridionale, regarde la haute mer. Or, en com-

parant les pêches faites dans l’une et l’autre de ces régions, on constate que,

(1) Toutefois ces courants se font sentir dans notre golfe, lorsque la violence des perturbations atmosphériques parvient à les briser partiellement; dans ce cas, il y a plus de chance d’y récolter

une certaine quantité d'animaux pélagiques.

to lorsqu'ils sont jetés à la côte, les pélagiques vrais sont abondants surtout dans les calanques méridionales, tandis qu’ils sont très rares dans le golfe lui-même, Il faut excepter cependant les jours de fortes bourrasques, par suite desquelles tout le littoral est jonché de débris de pélagiques. C’est ainsi que, dans l’hiver de l’année. 1880, toute la côte de Marseille à Saint-Nazaire fut littéralement couverte d’ombrelles de Vélelles. Ce fait exceptionnel a été d’ailleurs observé à plusieurs reprises dans ces cinq dernières années.

De même que les nageurs sont dépaysés et ne pourraient vivre en pleine mer, ainsi les pélagiques vrais paraissent voués à une mort certaine dans le voisinage des terres. Nous aurons l’occasion d’en citer de nombreux exemples et d'indiquer certaines espèces qui semblent s’acclimater à ce nouveau milieu.

Le rapide aperçu qui précède, suffit à justifier le plan que nous avons suivi dans l’étude de la faune pélagique. Nous aurons donc à passer successivement en

TEVUE :

1° Les FORMES LARVAIRES. — Il conviendrait d’examiner la raison de leur existence, la conséquence de l’apparition plus ou moins hâtive des organes sexuels dans la différenciation des états larvaires, le rôle des larves, leur mode de vie pélagique côtier, ainsi que les modifications amenées par ce régime biologique, les mœurs de ces organismes naissants et la nature des agents extérieurs qu'ils ont à subir. Mais, comme ces diverses questions ont été traitées avec beaucoup d'autorité par les maîtres de la zoologie, nous résumerons le plus brièvement possible les observations que nous ont fournies les diverses larves recueillies dans le golfe de Marseille pendant l’année 1881-1882 et plus spécialement les larves

de Crustacés Décapodes.

2° Les PéLaciquEs côTrErs. — Dans ce chapitre, nous étudierons les deux catégories de pélagiques, distinction basée sur la durée de ces êtres dont la présence à la surface de la mer est transitoire ou permanente ; l'existence de pélagiques transitoires en vue de la dispersion des éléments sexuels et les modifications propres à cetteadaptation passagère ; l’origine larvaire de la plupart des pélagiques littoraux et leurs mœurs; les pélagiques littoraux à faciès non larvaire, leur différence avec les précédents ; enfin les adaptations secondaires, soit aux grands fonds, soit aux eaux douces, de types primitivement pélagiques côtiers.

3° Les PÉLAGIQUES vRaIs. — Leur distinction en pélagiques actifs et en

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