‹ Considérations sur la faune pélagique du golfe de MarseilleChapitre 42 sur 54 · PQ · texte numérisé non relu

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Toutes les cellules tactiles sont-elles innervées de cette façon, ou bien certaines d’entre elles peuvent-elles recevoir leur innervation du plexusnerveux périphérique sus-musculaire? Cette dernière hypothèse, que je n’ai pu vérifier, me paraît peu probable, bien que B. Grassi déclare avoir constaté une relation intime entre les proéminences tactiles et le plexus nerveux périphérique chez la plupart des Chæœtognathes.

Quant à la distribution des cellules tactiles qui affectent une symétrie bilatérale chez certaines espèces (Grassi), je n'ai pu rien apercevoir de pareil dans la Spadella Marioni. Dans cette espèce, les cellules du tact, placées le plus souvent à la face ventrale, sont disséminées un peu partout, sans ordre apparent, et leur nombre m'a paru assez restreint.

Les organes tactiles de la Spadella Marioni montrent donc une structure beaucoup plus simple que dans la Spadella hexaptera, chez laquelle on les à surtout étudiés et où 1ls présentent un ensemble de différenciations qui les éloignent sensiblement de ceux de la précédente espèce. Dans la Spadella Marioni, la localisation des organes tactiles et leur distinction de l’épiderme ne se sont pas produites. D'ailleurs, il y a entre ces deux états extrêmes de nombreux intermédiaires. C’est ainsi que dans la Spadella bipunctata (Hertwig, pl. XII, fig. 5), les organes du tact localisés et proéminentsse réduisent à de simples cellules surmontées de poils ; les bâtonnets et la distinction des cellules tactiles en centrales, intermédiaires.et périphériques n'existent pas non plus. Dans la Sagifta cephaloptera (Hertwig, loc. cit., fig. 1), ils rappellent encore plus ceux de la Spadella Marioni et, abstraction faite de leur localisation spéciale, leur forme est identique à celle des cellules épidermiques elles-mêmes.

II. Couronne ciliée. — Cette couronne, qui a été découverte par Busch dans la Sagitta cephaloptera et la Sagitta Claparedi , existe dans toutes les espèces connues jusqu'ici d’après Hertwig. C’est là une assertion toute gratuite de la part de ce naturaliste, qui croit en outre que les cellules dont se compose cette couronne, peu différentes d’ailleurs des cellules tactiles, sont olfactives. Cette fonction me paraît tout à fait hypothétique. La structure de cette couronne a été également étudiée par Grassi, qui lui attribue un rôle dans la respiration (?). Neserait-ce pas le reste d’un organe larvaire qui aurait persisté dans certaines espèces et disparu dans d’autres ?

Quoi qu’il en soit, elle fait complètement défaut à la Spadella Marioni. Malgré mes recherches à la face dorsale de la tête, derrière le ganglion sus-pharyngien, place habituelle qu’occupe cette couronne, je n’ai pu réussir à y apercevoir ses éléments constitutifs.

III. Follicules vestibulaires. — 1ls ont été découverts par Leuckart et leur structure a été récemment mise en lumière par Grassi. D’après ce naturaliste, les follicules, dont le rôle est inconnu, manquent dans la Spadella subtilis, Grass. La Spadella Marioni en est également dépourvue. Toutefois, j'ai trouvé dans cette espèce, de chaque côté du pharynx, une glande qui pourrait être assimilée peutêtre à ces organes et dont la description est exposée dans le chapitre relatif à l’excrétion (voir page 166).

IV. Fossette vestibulaire et fossette post-cérébrale. — La fossette vestibulaire, qu’on n’a pu retrouver dans un assez grand nombre d’espèces, ainsi que la fossette post-cérébrale, découverte par Kowalevsky, niée par Hertwig, revue enfin par Grassi, m'ont entièrement échappé. Il est fort probable qu’elles ne se trouvent également pas dans la Spadella Marioni.

V. Veux. — Les yeux, au nombre de deux, sont placés à la face dorsale de la tête, en arrière du cerveau, dans l’espace compris entre les nerfs olfactifs et les commissures nerveuses qui se rendent au ganglion abdominal (pl. V., fig. 15).

Vus par transparence, les yeux comprennent les régions suivantes : au centre, un cristallin (cr) entouré lui-même d’un pigment choroïdien (p), une couche appliquée à la face externe du cristallin et uniquement formée de cônes (2), deux autres couches plus externes composées de cellules particulières, enfin le nerf optique (#0) et les ramuscules qu'il émet dans l’œil. Une membrane anhiste, partout ininterrompue, sert d’enveloppe externe générale (#).

Le cristallin occupe le centre de l'œil. Il a la forme d’une sphère. Un pigment choroïdien en cache la plus grande partie; mais le cristallin, débarrassé de ce pigment au moyen du réactif employé par Grassi (alcool légèrement acidulé d’acide chlorhydrique), apparaît avec toute sa netteté. A cet état, il ne m’a pas été possible de distinguer dans cette région les divers détails que ce dernier naturaliste a observés dans la Spadella serrato dentata, et le cristallin de la Spadélla Marioni, incolore et transparent, semble indivis.

La couche qui est immédiatement située en dehors du cristallin, comprend des cônes en nombre très considérable et de volume très varié. Ces cônes sont incolores et le plus souvent ils sont droits.

Des deux couches qui forment l'enveloppe corticale de l’œil, la plus interne se constitue (cs) par des cellules distribuées en trois faisceaux. Chacun d’eux est constitué par un nombre variable de cellules, distribuées en général sur deux plans. Ces cellules, dont on n’aperçoit en réalité que le noyau, ont leurs contours invisibles, mais le protoplasme granuleux de ces cellules en indique suffisamment les limites. Les noyaux semblent être médians; ils sont fusiformes et leur contenu

paraît être en tous cas homogène. Grassi appelle ces cellules ce]Jule sensitive dell’'occhio. Leur rôle est encore à rechercher.

La couche (ci) tout à fait externe est constituée par des cellules granuleuses chez la Spadella hexaptera. Ces cellules montrent un nucléus d'ordinaire apparent (Grassi). Dans la Spadella Marioni, le protoplasme de ces cellules ne m’a pas paru granuleux ; de sorte que, leurs contours étant invisibles, les noyaux seuls . représentent la couche externe de l'œil. Ces-derniers, incolores, occupent la périphérie elle-même. Dans certains points cependant, ils semblent ne pas exister. Telles sont les ce//ule indifferenti.

Enfin le nerf optique, à son entrée dans l’œil, se divise en deux troncs qui, divergeant bientot, vont se perdre dans la couche corticale sous forme de ramuscules, qu'il est aisé de suivre dans la moitié antérieure de l'œil. La difficulté de faire une bonne coupe transverse de l'œil des Chœtognathes, ne permet pas de nous fixer jusqu'à présent sur la direction et surtout sur la terminaison des ramuscules nerveux. Aussi ne peut-on affirmer le renversement du nerf optique, comme cela a lieu dans les Vertébrés et les Pecten; de sorte que rien, jusqu'ici du moins, n'autorise à rapprocher l’œil des Chœtognathes de celui des Vertébrés, comme Grassi le fait dans son excellente monographie (/oc. cit., page 70).

Les observations de Grassi concernant les proéminences tactiles ne peuvent s'appliquer à toutes les espèces. Chaque espèce en effet possède des cellules du tact particulières comme forme, comme position etmême comme structure. À tous les points de vue, la Spadella Marioni est munie de sens tactiles primitifs, puisque, loin d’aftecter dans leur répartition une symétrie bilatérale, les cellules du tact, dérivées sans aucun doute des cellules épidermiques, sont éparses sur tout le corps, notamment à la face ventrale qui, plus que la face opposée, est destinée, par sa position naturelle, à recevoir l’impression des agents extérieurs.

Tous les autres organes de sensation, abstraction faite des yeux, font défaut à la Spadella Marion.

En somme, les Chœtognathes possèderaient six organes des sens. Cette abondance résulte non seulement de l’ignorance des naturalistes touchant le rôle de certains de ces organes, mais aussi d’une trop grande généralisation. Je m'explique. Un organe, par exemple la couronne ciliée, que l’on a rencontrée dans quelques espèces et dont les fonctions sont à rechercher, a été un peu trop précipitamment considéré comme un appareil sensitif existant chez tous les Chatognathes. D'autre part, tous les prétendus organes des sens, à l'exception des cellules tactiles et des yeux, dont le rôle est incontestable, ont été réunis dans un même chapitre, qui, au lieu d’être relatif aux organes de sensation, est un véritable amalgame. De nouvelles recherches, surtout au point de vue physiologique, sont donc nécessaires

pour établir, non sur des hypothèses, mais sur des faits bien constatés, les fonctions des fossettes vestibulaire et post-cérébrale, des follicules vestibulaires, etc.

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