CHAPITRE VI
De Tinflaenee dÎTine dans les consUtntions poliliqaes.
L'homme peut tout modifier dans la sphère de son activité, mais il ne crée rien : telle est sa loi^ au physique comme au moral.
L'homme peut sans doute planter un pépin , élever un arbre , le perfectionner par la greffe , et le tailler en cent manières ; mais jamais il ne s'est figuré qu'il avait le pouvoir de faire un arbre.
Comment s'est-il imaginé qu'il avait celui de faire une constitution? Serait-ce par l'expérieu'ce? Voyons donc ce qu'elle nous apprend*
Toutes les constitutions libres, connues dans l'univers, se sont formées de deux manières.
Tantèt elles ont^ pour ainsi dire , germé d^une manière insensible , par la réunion d'une foule de ces circonstances que nous nommons fortuites; et quelquefois elles ont un auteur unique qui parait comme un phénomène, et se fait obéir.
SUR LA FRANGE. 8l
Dans les deux suppositions y voici par quels caractères Dieu nous avertit de notre faiblesse et du droit qu'il s'est réservé dans la formation des gouvernements.
i^ Aucune constitution ne résulte d'une déli* bération ; les droits des peuples ne sont jamais écrits, ou du moins les actes constitutifs ou les lois fondamentales écrites , ne sont jamais^ que des titres déclaratoires de droits antérieurs , dont on ne peut dire autre chose, sinon qu'ils existent parce qu'ils existent (i).
a^ DieUy n'ayant pas jugé à propos d'employer dans ce genre des moyens surnaturels, circonscrit au moins l'action humaine , au point que dans la formation des constitutions les cinconstances font tout, et que les hommes ne sont que des circonstances. Assez communément même , c'est en courant à un certain but qu'ils en obtiennent un autre , comme nous l'avons vu dans la constitution anglaise.
3^ Les droits du peuple proprement dit partent assez souvent de la concession des souverains, et dans ce cas il peut en conster historiquement; mais les droits du souverain et de
(1) tt faudrait être fou pour demander qui a donné ta Uberté aux 9iUe9 de Sparte, de Borne , etc. Ce$ répubRquee n^ont point reçu leur» tkartet des bommei. Dieu et la nature leê leur ont donntêt* SîdiMy» .É>Uc. sur le gouy., tom. I , § 2. L'auteur n'est pas suspect.
8a CONSIDiRATIOKS
rarii»toci|itie y du moins les droite essentiels , constitutifs et ra'dicauXy&^îlest permis de s^ex« primer aini^y n'ont ni date ni auteurs. -
4^ Les concessions même du souverain ont toujours été précédées par un état de efaoses qui les nécessitait et qui ne dépendait pas de lui.
5^ Quoique les lois écrites ne soient jamais que des déclarations de droits antérieurs, ce^ pendant il s'en faut de beaucoup que tout c# qui peut être écrit le soit; il y a même toujours dans chaque constitution quelque chose qui ne peut être écrit (i); et qu'il faut laisser dans un nuage sombre et vénérable , sous peine de renverser Fétat. ' ^
6^ Plus on écrite et plus l'institution est fai* ble y la raiâon en est claire. Les lois ne soi>t que des déclarations de droits, et les droits ne sont déclarés que lorsquHls sont attaqués; en sorte que la multiplicité des lois constitutionnelles
(i> hi sage Home a souvent fait cette remarque. J&ne dtend quA le passage suivant : Cest ce point de la ctmstîtuûon anglmse ( le droit de remontrance) qu'il est très-difficile ^ eu, pour mieux dire, impos* iible de régler par de» lois : U doit être dirigé par certaines idées âê' licates d*ù-propos et de décence, plutôt que par V exactitude des lois et de» ordonnances. Hume, Hist. d'Ângl., Charles I, chap. Lin, note B.
Thomas Payne est d'un autre avis, comme on sait. H prétend qu'une constitution n'euste pas lorsqu'on ne peut la mettre dans sa poche.
SUR LA FRAirOE. 83*
écrites ne prouve qiie k multiplicité de& cfiocs el le déloger d'une dèstrfietion .
Voilà pourqtioî: Finstitutioii la plus vigoureuse de^raotiquite profane fut celle de Lacédémoiie^ oùr l'on n'écrivit rien.
7^ Nulle nation ne peut se donner la liberté, si elle ne Ta pas (i). Lorsqu'elle commence à réflédbir sw elle-mâne, ses tois sont faites. L'influence humaine ne s'étend pas au delà du développement des droits existants , miaiis qui étaient méconnus ou contestés. Si des imprudents franchissent ces limités par des réformes téméraires, la nation perd ce qu'elle avait, sans atteindre ce qu'elle veut De là résulte la nécessité de n'innover que très-rarement ^ et toujours avec mesure et tremblement.
'8^ Lorsque la Providence a décrété la forma, tion plus rapide d'une constitution politique,^ il parait un homme revêtu d'une puissance indéfinissable : il parle 9 et il se fait obéir; mais ces hommes merveilleux n'appartiennent peutêtre qu'au monde antique et à la jeunesse des nations. Quoi quMI en soit , voici le caractère distinctif de ces législateurs par excellence, lis. sont rois, ou éminemment nobles : à cet égard,
(i) Un populo uso a vivere sotto un principe, 8$ per quàlçht aed-, dénie diventa libero, con difficulià mœUiene la liberiù, Machiavel» Discorsi sopra Tito Lmo , lib. I , <»p. XVI.
86 GOJCfSlDÉRATlOlfS
i3*iJ^ai parlé d'un camctére principal des vmlablies l^gi^teur»;; . en voici un autre qui esl tf^reœarquable, etsuriequel il serait aisé ^ faire on livre. C'est qu'ils ne: scmt jamais ce qu'on appelle des savtaUs^ qu'ils n^ëcrivent point) qu'ils agissent par instinct et par impulsion,, plus que par raisonnement , et qu'ils n'ont d'autre instrimieQt pour agir, qu'ime certaipe fiwce morale qui plie les volonté comme le vent courbe une moisson.
En montrant que cette observation n%st que le corollaire d'une vérité générale de la plus haute importance I je pourrais dire des choses intéressantes, mais je crains de m'égarar i j 'aime mteux supprimer les intermédiaires, et courir aux résultats.
U y a entre la politique théorique et ta légblation constituante la même différence qui existe entre la poétique et la poésie. L'ilhistre Montesquieu est à Lycurgue ^ dans l'échelle générale des esprits y ce que Batteux est à Homère ou à Racine.
U y a plus : ces deux talents s'excluent positivement, comme on Fa vu par l'exemple de Locke^ qui broncha lourdement lorsqu'il s'avisa de vouloir donner des lois aux Américains.
Tai vu un grand amateur de la république se lamenter sérieusement de ce que les Fran*
SUR LA TRAirCE. 87
çais n'avaient, pas apeerçu dans ksi œuvres de Hume la pièce intitidée : Plan d'une r^ùè&fue parfûdte. — O cœcas hominùm meniesl Si Vous \oyez un homme ordinaire qui ait du bon sensj mais qui' n'ait jamais donné^ dans aucun genre, aucun signe extérieur* de supériorité) c^endant vous ne j^ouvess pas asstlrer qu'il âe peut être législateur^ Il n^y à aucune raison de dire oui ou nonj mais s'agit41 de Bacon , de Locke, de Montesquieu» etc.', dites non, sans balancer; car le talent qu'il a prouve qu'il n'a pas Ifautre (i).
L'application des principes que je viens d'exposer à la constitution française» se présente naturellement; mais il est bon de l'envisager sous un point de vue particulier.
Les plus grands ennemis de la révolution française doivent convenir, avec franchise, que la commission des onee qui a produit la dernière constitution, a, suivant toutes les apparences, plus; d'esprit que son ou vrage^ et qu'elle a lait peut-être tout ce qu'elle pouvait foire. Elle disposait de matériaux rebelles^ qui ne lui permettaient pas de suivre les principes.;. et Ja
(1) Plutarque, Zéaon, Chrysippe, ont fait des livres; mais Lycurgue fit des actes. (Plutarque, Vie de Lycurgac. ) Il n'y a pas une seule idée saine en notaVe et en politique qal ait échappé au bon sens de Hularque*
88 Goirsii^ERATioirs
dividan seule des pouvoirs, quoiqu'ils ne soient divisés que par une muraille (i); est cependant une belle victoire remportée sur les préjugés du moment*
Mais y il ne s^agit que du mérite intrinsèque de la constitution. II n*entre pas dans mon plan de rechercher les défauts particuliers qui nous assurent qu'elle peut durer; d'ailleurs, tout a été dit sur ce point. J'indiquerai seulement Terreur de théorie qui a servi de base à cette constitution , et qui a égaré les Françds depuis le premier instant de leur révolution.
La constitution de 1795, tout comme ses aînées, est faite pour Yhomme. Or, il n'y a point d'Aomme dans le monde. J'ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc*; je sais même, grâces à Montesquieu, ^u'ort peut Are Persan: mais quant à Yhomme^it déclare ne Favoir rencontré de ma vie; s'il existe, c^est bien à mon insu. ^
Y a-t41 une seule contrée de l'univers où Ton ne puisse trouver un conseil des Qnq-Cents, un conseil des Anciens et cinq Directeurs? Cette constitution peut être présentée à toutes les associations humaines, depuis la Chine jusqu'à
(1) En aucun cas , les deux Conseils ne pewreat se réunir dan» «ne même salle* Comtit, de 1795^ tit, F, ofU 60.^
SUR LA WKANCE. 89
Genève. Mais une constitutioD qui est faite pour toutes les nations, n^est faite pouraucune: c'est une pure abstraction , une œuvre scolastique faite pour exercer Fesprit d'après une hypothèse idéale , et qu'il faut adresser à ïkammcj dans les espaces imaginaires où il habite ;.
Qu'est-ce qu'une constitution? n'est-ce pas la solution du problème suivant?
Etant données la population^ les mœurs ^ la religion ^ la situation géographique^ les relations politiques, les richesses , les bonnes et les maui^aises qualités S une certaine nation , troui^er les lois qui lui conviennent.
Or, ce problème n'est pas seulement abordé daps la constitution de 1795, qui n^a pensé qu'à Y homme.
Toutes les raisons imaginables se réunissent donc pour établir que le sceau divin n^est pas sur cet ouvrage. — Ce n'est qu'un thème.
Aussi, déjà dans ce moment, combien de si»
gnes de destruction l
00 CONSIDSltÀTIOirS
CmAPlTRE VU.
Signes de nullité dans le GouyerneoMiit ttm^m
Le législateur ressemble au . Créateur ; il ne travaille pas toujours; il eu faute, et puis il se repose. Toute législation vraie a son sabbat , et l'intermittence est son caractère distinctif ; en sorte qu^Ovide a énonce une vérité du premier ordre , lorsqu*il a dit :
Si la perfection éjtait J'apanage de la nature humaine > chaque législateur ne parlerait qu'une fois : mais, quoique toutes nos oeuvres soient imparfaites , et qu'à mesure que les institutions politiques se vicient, le souverain soit obligé de venir à leur secours par de nouvelles lois , cependant la législation humaine se rapproche de son modèle par cette intermittence dont je parlais tout à l'heure. Son repos l'honore autant que son action primitive : plus
SUR Li. :9aAJ¥CE. 9I
die agil , et pins son œuvre est humame , c'est à*dine, Enfile.
Voyez les travaux <Ies trois assemblées na* tk>nales de France; quel nombre prodigieux de lois! D^mis le i^ juillet 1789 jusqu'au iBois d'octobre 1 791, l'assemblée nationale en a fait 5^,557
L'assemblée législative en a ftdt, en onze mois et demi t>7i2
La Convention nationale , depuis lepremier jourde la république jusqu'au 4 brumaire an 4^ ( ^6 octobre 1795)^ en a ftût en 57 mois. . 11,210
Total. 1 5,479(1)
Je doute que les trois races des rois de France aient enfanté une collection de cette force. Lorsqu'on réfléchit sur Ce nombre infini de lois y on éprouve successivement deux sentiments bien différents : le premier est celui de Fadmiration , ou du moins de félonnement; on s'étonne, avec M. Bnrke, que celte
(1) Ce calcul, qui a été fait en France y est rappdô dans une galette étrangère du mois de février 1796. Ge nombre de 11^,479 en noins de vl ans ne {Mrnasaât idé)à fert hottaèie » lorsq^ws j'ât retrouvé daesmoi taUetles l'aaaertion dlm très-aimable journaUste qui yeat ab- •elament» dans une de ses feuilles sdntûlantes fQuotidiefme tlu 30 m»vembre 1796» tfo 218^ » que la république française possèdfe deux wilKons et quelques centaines de mille lois imprimées, et dc^-hnit MBtmflle qn nelesont pas» — Pour moi, j'y consens.
nation , dont la légèreté est un proverbe, ait produit des travailleurs aussi obstinés. L'édt* fice de ces lois est une oeuvre atlantique dont Taspect étourdit. Mais rétonnement se change tout à coup en pitié , lorsqu'on songe à la nul« lité de ces lois; et Ton ne voit plus que des enfants qui se font tuer pour élever un grand édifice de cartes.
Pourquoi tant de lois? Cest parce qu'il n*ya point de législateur.
Qu'ont fait les prétendus l^islateurs depuis six ans ? Rien ; car détruire n'est i^^ faire.
On ne peut se lasser de contempler le spec*tacle incroyable d'une nation qui se donne trois constitutions en cinq ans. Nul législateur n'a tâtonné^ il ait fiai à sa manière, et la machine va. Malgré les différents efforts que les trois as<semblées ont faits dans ce genre, tout est allé de mal en pis, puisque l'assentiment de la nation a constamment manqué de plus en plus à l'ouvrage des législateurs.
Certainement, la constitution de 1791 fut un beau monument de folie;- cependant, il faut l'avouer, il avait passionné les Français; et c'est de bon cœur, quoique très-follement, que la majorité de la nation prêta serment à la na- HoUj à la loi et au roi. Les Français s'engouèrent même de cette constitution au point que, longtemps après qu^il n'en fut plus question ,
c'était ua discours assez commun parmi eux , que pour retenir à la véritable monarchie y H fallait passer par la constitution de i^^\. Citait dire, au fond, que pour revenir d'Asie en Europe, il fallait passer par la lune; mais je ne parle que du fait (x).
' La constitution de Condorcet n'a jamais éié misé à l'épreuve, et n'en valait pas la peine; celle qui lui fut préférée , ouvragé de quelques coupe-jarrets, plaisait cependant à leurs semblables; et cette phalange , grâce à la révolution , n'est pas peu nombreuse en France; an sorte qu'à tout prendre, celle des trois constitutions qui a compté le moins de fauteurs, est celle d'aujourd'hui. Dans les assemblées primaires qui l'ont acceptée ( à ce que disent les gouvernants) plusieurs membres ont écrit
(I) Un homme d'esprit qui ayait tes raisons ponr loner cette constitution 9 et qui vent absolument qu'elle soituntnonioitéttl de la raiam» écrite, convient c^ndant que, sans parler de l'horreur pour les deux Chambres et de la restriction du veto, elle renferme eacate phuiturs autres principes â^anarchie (20 ou 30 par exemple). Voyex Coup d^ceU sur la ^évohaifm française , par un and de tordre et deskiê^ par Si. M„.„*. Hambourg, 1794| pages âSel 77.'
Mais ce qui suit est plus curieux. CeUe constitution, dit l'auteur, m pèche pas par ce gifeUe contient , mais par ce qui lui manque. Ibîd. , page 27. Cela s'entend : la constitution de 1791 serait parfaite, si elle était faite : cfest l'Apollon do Belvédère, moini la statue et le piédestal.
* H. U gênerai dt filonlesquloa.
^4 COKSIDiRATIOir»
nalvemeM .: accepté ^^ faute de mieux. Cest en efTet ta cUsposUian générale de la nation : elle s'est soumise par lassitude , par désespmr de trouver mieux : dans l'excès des maux qui Faccâblaient^ elle a cru respirer sous xi% frêle abrr^ elle a préféré un mauvais port à une mer cour-* roucée; mais nulle part on n'a vu la conviction et le consentement du coBur. Si celte constitu* tion était faite pour les Français ^ Ja force invincible de l'expéirience lui gagnerait lous^ les jours de nouveaux partisans : or, il arrive précisément le contraire ; chaque minute voit un nouveau déserteur de la démocratie : c'est l'apathie , c^est la. crainte seule qui gardent le trône des pentarques ; et les voyageurs les plus clairvoyants et les plus désintéressés , qui ont paKOuru la France^ disent d'une commune voix : Cest une république sans républicains.
Mais si , comme on l'a tant prêché aux rois»
la force des gouvernements réside tout entière dans l'amour des sujets; si la crainte seule est un moyen insuffisant de raainlenir les soûve* rainetés , que devons-nous penser de la république française?
Ouvrez les yeitx^ et vous verrez qu'elle ne vit pas. Quel apparat immense ! quelle mult^i* plicité de ressorts et de rouages! quel fracas de pièces^qui se heurtent ! quelle énorme quantité d'hommes employés à réparer les dommages t
SUR LA.- FRAirCB. gS
Tout annonce que la nature n'est pour riea dan&ces mouvements; carie premier caractère de ses créations , c'est la puissance jointe^ à Féconomie des moyens : tout étant à sa place ^ il n'y a point de secousses^ point d'ondulations.:' tous les frottements étant doux ^ il n'y a point de bruit y et ce silence est auguste. C'est ainsi que, dans la mécanique physique, la pondéra^ tion parfaite , l'équilibre et la symétrie csLacte des parties, font que de la célérité même du mouvement résultent pour l'œil satisfait lesapparences du repos.
Il n'y a donc pmnt de souveraineté, en France; tout est factice, tout est violent, tout annonce qu'un tel CNrdre de choses ne peut durer.
La philosophie moderne est tout à la £6is trop matérielle et trop présomj^ueuse pour apercevoir les véritables ressorts du monde pb- Ktîque. Une de ses folies est de croire qu'une assemblée peut constituer une nation ; qu'une co/Mltlr«iltbn> cTest^-ifire, Fensemble des lois fondamentales qui conviennent à une nation, et qui doivent lui donner telle ou teBse forme de gouvememeni , est un ouvrs^ comme mi autre, qui n^exige que de l'esprit, des connais*» sauces et de Texercice; qu'on peut apprendre son métier de constituant ^ et que des hommes, le jour qu'ils y pensent , peuvent dire à d'autres
9^5 CQlYSIDlêRATIOIÏS
hommes zFjaltes-nousun gowernementf comme on dit à un ouvrier : Faites-nous une pompe à feu ou un métier à bas.
Cependant il est une vérité aussi certaine, dans son genre 9 qu'une proposition de mathématiques, c'est que nulle grande institution ne résulte (f une délibération^ et que les ouvrages humains sont fragiles en proportion du nombre d'hommes qui s'en mêlent, et de l'appareil de science et de raisonnement qu'on y emploie à priori. .
Une constitution écrite telle que celle qui régit aujourd'hui les Français , n'est qu'un automate 9 qui ne possède que les formes esté— rieures de la vie. L'homme, par ses propres forces, est tout au plus un Faucanson; pour être Prométhéey il faut monter au ciel; car le législateur ne peut se faire obéir ^ ni par laforce^ ni par le raisonnement (i).
On peut dire que, dans ce moment, l'expérience est faite; car on manque d'attenlion ,' lorsqu'on dit que la constitution française marche : on prend la constitution pour le gouvernement. Celui-ci, qui est un despotisme fort avancé, ne marche que trop; mais la con-
(1) Ronssean» Contrat social, IW. Il, chap. Vil. n faut veiller cet homme sans relâche • et ie surprendre îorscja'il laisse échapper la Yérité par distraction.
«UR LA FRAirce. 97
utitutioD D*existe que sur le papier. On Tobserve, on la viole ^ suivant les intérêts des gouvernants : le peuple est compté pour rien; et les outrages que ses maîtres lui adressent sous les formes du respect, sont bien propres à le guérir de ses erreurs.
La vie d'un gouvernement eât quelque chose d'aussi réel que la vie d'un homme; ùa la sent^ ou y pour mieux dire, on la voit, et personne ne peut se tromper sur ce point. J'adjure tous les Français qui ont une conscience, de se demander à eux-mêmes s'ils n\>nt pas besoin de se faire une certaine violence pour donner à leurs représentants le titre de l^islaieurs; si ce titre d'étiquette et de courtoisie ne leur cause pas un léger effort , à peu près semblable à celui qu'ils éprouvaient, lorsque, sous l'ancien r%tme, ils voulaient bien appeler comie ou marqiusle fils d'un secrétaire du roi? .
ToiU honneur vient de Dieu , dit le vieil Ho-r mère (i); il pfirle comme saint P^ul, au pied de la lettre, toutefois sans l'avoir pillé. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il ne dépend pas de l'homme de communiquer ce caractère indéfinissable qu'on appelle €%7uV. A la souveraineté seule appartient r^/ineur par excellence; c'est d'elle^
(l)mide, 1,178.
§8 'iî6K&iô£iiATroîr8
odinmé^ d- «ti vaste Te^l^oîry qâll eut dinvé àVèc noitibi*é> poid^ et mesure, ^nr lès ordres et sift^^kS îridîVîdaè. ;
-^ l'ai' réniarqbé qu'un membre de la l^slature, ayant parlé de son rakg daùs un* écrit public, les journaux se moquèrent de llii, parce qu'en effet il n'y a point de mn^ en France, nfifiis téuliémeiDft du /^{C(^;>,^ qui tie tient qu'à lâ^forcei Le peuple Hé vbît dans^ un député que iâ ^pt^JiMill-ciâqiiantièiâe partie dii pduVôir de faire bétfu<$oup de tâal. Lé député respecté ne Test poitit parce qu^i est Tféj/iwi/, mais parce qu'il est respectable. Tout le monde sans doute VbùdttiitaVoirprènohèé le discours de M^ Sitoéon sur le <iîvorce j nwàls toirt le monde voudrait qu^iï Teût prononcé au sein d'une assem* blée t^^ititne. »
'' -Ce^ jpeùt^être une illusion de ma part; mais ce salaire it^xm néologisme vaniteux appelle ihdeinnîtéy meseUible un pr^ugé contre la représentation francise. L'Angbis^ libre pair la k>i' et iïidépendant par âà fbrtune, qui vient à Loilîlres' Kfpi^ésentér la nation à ses frais, a l|uèlt|Ué cSioâè d*iibposànf. Maïs ces Mgisb^^aê^s français, qui lèvent cinq ou six millions totiriS^È sûr k'tiàliôn poUr lui* &ire des lois; ces fauteurs de décrets, qui exercent la souveraineté nationale moyennant huit fnyriagrammes de froment par jour, et qui vivent de léiirpuls-
sauter légîdatvice; ces hommei-»!», en vérité^ fontbi^n peu (fimpresBioiai sur l'esprit; et lor»* qu'on Tie&t à se deniaiidca* ee qu'ils Talent^ l'i* magioadoQ ne peut s'empêcha de. les évaluer enfroffioieât. !
> Bd An^elerre^ ces deux lettres magi^es M; P« ^ aocolées ao B(Hn le inoioa goduo > Fexalteni Gnibitement, et kiidonneot des droits à «ne alliance distinguée* En France, un konme qos briguerait uoepLace.de dépoté pour déter* miner en sa . faveur ua maria^ dis^cpon* tfoané p ferait probaUemeot un assett iQauvais
Cesi.que tout représentant^ toui iostrumeat qoeloônque d'une souveraineté, fausse y. ne peut exdlfr que la curiosité ou la terreur.
Telle est l'incroyable faiblesse du pouvoir humain , isolé, qu'il ne dépeMit pas seulement de lui de consacrer un hali^t. Combien de rap porte a*^-^on fàUs au Corps législatif suc le costume de sea .membres? Trois ou. quatre au moin^y mais toujours en. vain. Ou vend dans lea pays étrangers la représentation dfi ces beaux costumes^ tandis qu'à Paris l'opinion les annule.
Un habit o^rdinaire;^ contemporain d'un grand événement, peut être consacré parcetévéne* ment) alors le caractère dont il est marqué le soustraits l'empire delà mode : tandis que les
1 OO . GOjrSIDER ATioirs
autres changent ^ il. demeure le même, et le respect ren\ironne à jamais, Cest à peu près. de cette .manière que se forment les costumes des grandes dignités.
Pourcelui qui examine tout y il peut être, intéressant d'observer que , de toutes les parures révolutionnaires^ les seules qui aient une certaine consistance sont réchs^rpe et le panache , qui appartiennent à la chevalerie. Elles subsistent, quoique flétries, comme ces arbres de qui la sève nourricière s'est retirée , et qui n'ont encore perdu que leur beauté. Le fonctionnaire public, chargé de ces signes déshonorés^ ne ressemble pas mal au voleur qui brille sous les habits de l'homme qu'il vient de dépouiller.
Je ne sais si je lis bien, mais je lis partout kj nullité de ce gouvernement.
Qu'on y fasse bien attention ; ce sontles conquêtes des Français qui ont fait illusion sur la durée de leur gouvernement ; l'éclat des succè» militaires éblouit même de bons esprits, qui n'aperçoivent pas d'abord à quçl point ces succès sont étrangers à la stabilité de la république.
Les nations ont vaincu sous tous les gouvernements possibles; et les révolutions même, en exaltant les esprits , amènent les victoires. Les Français réussiront toujours à la guerre
SUR LÀ FB\NC£. lôr
SOUS un gouvernement ferme qui aura l'esprijt de les mépriser en les louant, et de lés jeter suv Tennemi comme des boulets, en leur promettant deis épitaphes dans les gazettes.
C'est toujours Robespierre qui gagné les ba^ tailles dans ce moment; c'est son despotisme de fer qui conduit les Français à la boucherie et à la victoire. Cest en prodiguant For et le sàiig, c'est en forçant tous les moyens , que les maîtres de la France ont obtenu les succès dont nous soinmes les témoins. Une nation supérieurement brave, exaltée par un fana-' tisme quelconque , et conduite par d'habiles généraux, vaincra toujours, mais payera cher ses conquêtes. La constitution de i^qS a-felle reçu le sceau de la durée par ces trois années de victoires dont elle occupe le centre? Pourquoi en serait-il autrement de celle de 1 795? et pourquoi la victoire lui ' donneraitelle un caractère qu'elle n'a pu imprimera l'autre?
D'ailleurs, lé caractère des nations est toujours le même. Barclay, dans le seizième siècle^ a fort bien deviné celui des Français soiis le rapport militaire. Cesi une nmiion, dit-il, siq^é* rîewrement brat^e, et présentant chez elle une masse invincible; mais lorsqu'elle se déborde , elle ri est plus la même. De là vient qrieUè ria jamais pu retenir F empire sur les peuples étran*
jo% û&asi&ÊSiATions
gers^ et qdéHe rl^st pmssantt que pour son fÊÊalhear {i).
I\Biifioniie tie sent mieiix que moi que les df^ eonstances MtueUes sont ^extitewdinairès» et qti^l est tr^'-possîUé qii^oii ne 'yoie|)oint ce qu'on a toujours -yu; -mais eette question est îndilférentea Fobjet de cet oevra^* il me suffit d'indiquer la fousseté de ce raisonnement : La républiquetsi mdorieuse ; Ame ^Ue^ dia^em^SH feUaûtafasblumeiKt pro^étiser^ j^akneiais mieux dire tldi guerre la faù iriàre; tkvue im paix ia feratnomir.
I/isudèur iFim Bjetènie de piiysique s^ppbur dirait sans doole ^ e'il a^ait en sa fiivenr tous ke Êiits de la natare, comme je puis citer à l'appui de mes réflexions tous les faits de lliis-toîee. retsanine de bomse foi les monuments qu'elle nous fournit^ et je ne irois rien qtfi favo-* ri^ ce système chimérique de dëHbération et de camstruction poliâque par des raisonne*' ments antérieurs. On pcnirrait tout au plus dter i^Anéroqne; mats j^ai réponda d'avance , en disant qu'il n'est pas temps de la citer. JTajou^ terai cependanliun petit nombre de réflexions.
(t) Gtm arada sênnaa, inâomhm intruse moUê; atvbiin eseiarw êxunàat , siaim impetûs sut obîiia : eo modo née diu extemum iniperhan temàt^ et sola est in exilmm sidpolens. 3, Barclaîus^ Icon. aDifflorom», cap» m»
^^-".^- ■- " > ^^ia--
SUR UL M^KGB. ip3
1* L'Âiiiérîque.aDghdse avait un rcù , maîa ne. ne le Toyait pas : la splendeur de la mooarcbk lui était étrangàre^ et ie ^ souyeraip icait |K>ur elle comme uoe espèce de puissance surnaturelle, qui ne tombe pas sous les sens*.
a'' Elle, possédait l'élément démocrattiquie qui ejiste dans la constitution d&k métropole; ^ y ëUq possédait de p)us ceui qui furent por-. tes chez die par une foule de ses premiers co-^, loDS nés au. milieu des troubles religieux et politiques^ et presque tous les eq>rits républi^ cains.
4* Avep oesnélémeDlSy et sur le plan des trois pouvoirs qu'ils tenaient de leurs ^neétres, les^ A^raéricains ont bâti , et n'ont point fait table. rasCj comme les Français^
Mais tout ce qu'il y a de véritablement non*' veau dans leur constitution , tout ce qui r^puU^ de la délibératioji» cpnuniinp^ est la cbose du monde la plus fragile; qq ne saurait réuuir plus de symptômes de faiblesse et de caducité.
Non-sejulement je ne crois point à la stabilité du gonvernen^ent amériçaii^ , mais les établissements particuliers de J^'Am^riqye anglaise ne m'inspirent aucune confiance. Les villes , par exemple, animées d'une jalousie très-peu respectable, n'ont pu convenir du lieu où siégerait. Je congrès; aucune n'a voulu céder cet honneur à l'autre. En conséquence^ on a décidé
I o4 eONSUOERATlOA s
qu^oo bâtirait une ville nouvelle qui serait le si^e du gouveraement. On a choisi remplace^ oient le plus avantageux sur le bord d*un grand fleuve; on a arrête quela ville s'appellerait fFas^ hington ; la place de tous les édifices publics est marquée; on amis la main à l'œuvre, et le plan de la cUé-reine circule déjà dans toute TEurôpe. Essentiellement, il n*y arien là qui passé les forces dii pouvoir humain; on peut bien bâtir une ville : néanmoins , il y a trop de délibéra-* tion^ trop d'Ai^monfï^ dans celte affaire ; et l'on pourrait gager mille contre un que la ville ne se bâtira pas» ou qu'elle ne s'appellera pa0 fFaS' fdagton^ ou que le congrès n'y résid^a pas^
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