CHAPITRE VIII
0e Tâncienne oonstitution française. — DîgresaioD sur le roi et wr « déclaration aux Françaii, dm mob de juUlet 1793*
On a soutenu trois systèmes différents sur rancienne constitution française : les uns ont prétendu que la nation n'avait point de constitution; d'autres ont soutenu le contraire; d'au* très enfin ont pris, comme il arrive dans toutes les questions importantes, un sentiment moyen : ils ont soutenu que les Français avaient véritablement une constitution, mais qu'elle n'était point observée*
Le premier sentiment est insoutenable; les deux autres ne se contredisent point réelle* ment.
L'erreur de ceux qui ont prétendu que la France n'avait point de constitution, tenait à la grande erreur sur le pouvoir humain , la délibération antérieure et les lois écrites.
Si un homme de bonne foi, n'ayant pour lui que le bon sens et la droiture, se demande ce
lo6 GOJXftméllATICNVS
que c*était que rancienne coustîtution fran* çaise, on peut lui répondre hardiment : a C'est « ce que TOUS sentiez, lorsqu^vous étisz en ce France; d'est ce mélange de liberté et d'aulCH • « rite de lois et d'opinions, quifaisait croire h « l'étranger, sujet d'uûe monarchie «n yoyar « géant en France, qu'il vivait sous un autre if gouvernement que le sien. »
Mais si Ton veut approfondir la question, on trouvera, dans les monuments du -droit public français , des caractères et des* lois qui élèvent la France au-dessus de toutes les mpoarofaies connues.
Un caractère particulier de cette laonarchi^ c'est qu'elle possède im certain élément théo* cratique qui lui est pavticulier, et qui lui a donné quatonse cents ans de durée: il n'y arien de si national que cet élément. Les évéqueà^ successeurs des Druides sous ce rapport:, n't>nt fait que le perfectionner.
Je ne crois pas qu'aucune autre monarchie européenne ait employé, pour le bien de l'état, un plus grand nombre de pontifes dans le gouvernement ciVil. Je remonte par la pensée. depuis le pacifique Pleury jusqu'à ^esSl-Ouénf ces St*Léger, et tant d'autves si diatingués MU,9 le rapport politique dans la nuit de leur siècle; véritables Orphées de la France , qui apprivoisèrent les tigres , et se firent suivre par les
SUR hA FAAKCE. I.Q7
ehéoes : je doute qu'on puisse moutrei? ailleurs une sërie pareille.
Mais, tandis que le sacerdoce était en France une des trois cotonnesqui soutenaient le trône, et qu'il jouait dans les comices de la nation , dans les tribunaux y dans le ministère, dans les ambassades y un rôle si important, on n'aper-» cevait pas ou l'on apercevait peu son influence dans, l'administration civile; et lors même qu'un prêtre ^tait premier ministre, on n'avait point a[i France un gûu^ememwt de prêtres.
Toutes les influences étaient fort bien balan-; cées, et tout le monde était à ^ place. Sous ce point de vue ^ c'esti'Angleti^rre qui ressemblait le plus à la France. Si jamaifi ell^ bannit de s^ kttgue politique cesr mots Z'C^KTc^ andslate^ sèu ^«ou'^pemement périra comme rcelui, de sa ri-
Cfétait lamode ei^ France^cai* tout e^t mode dans ce pays ) de dire qu'on y était esclave : maSfr pourquoi donc trouvait-on dans la langue française le mot de ciiogfen:, avant mé^e que la révolution s'en fût emparée pour le déshonorar, mot qui ne podt être traduit dai;;^ le^ autres lanpies européennes^? Racine le fils adressait ce beau vers au joi de France, au, noni
de sa ville de Paris :
* Soiift Qitni eil«|Qa» tout cttoyea eHtm . ,
1 o8 CONSIDERATIONS
Pour louer lé patriotisme d'un Français^ on disait.: c^est un grand ciVeiy^ii. On essayerait vainement de faire passer cette expression dans nos autres hngaesigross burgeren allemand(i)9 gran citadino eu italien^ etc., ne seraient pas tolérables (a). Mais il faut sortir des généralités.
Plusieurs membres de l'ancienne magistrature ont réuni et développé les principes de la monarchie française, dans un livre intéressant, qui parait mériter toute la confiance des Français (3).
Ces magistrats commencent , comme, il convient, par la prérogative royale ;- et certes, il n'est rien de plus magnifique.
« La constitution attribue au. roi la puissance « l^islatrice; de lui émane; toute juridiction. « II a le droit de rendre justice « et de la faire « rendre par ses ofGciersi; de fairegrice, d'ac-
(i) Borger, va^m Immlk'apiid nôi et ignobOi» J* A. Eroesti, n Dedîcat. Opp. Cioeron», pag* 79. -
(2)Roiiiaeaa a fut une note absurde sur ce mot de eUantn, ^w •on^Gootrat social, Ihr. I, diap. Vl.Ilacciue, sans se g^ncr, no trèslaTant bomme d'aroir Cdt sur ce point un» kmrde hevw; et il fut» lui, Jean-Jacques, une lourde béTue à chaque ligne; il iiimCre une égale ignoraooe en (ait de langues, de métapbysiqne et d'histoire.
(3) DÂ? cloppement des prittdpei foodameataux de la moMrdiia française, 1795» in-S^.
SVR LA FRAlfCE. lOQ
t corder des privilèges et des récompenses ; de « disposer des offices, de conférer la noblesse; « de convoquer y de dissoudre les assemblées <v de Ja nation^ quand sa sagesse le lui indique ; f de faire la paix et la guerre y et de convoquer (f les artnées. i» pag. a8.
Voilà ^ sans doute , de grandes prérogatives; mais voyons ce que la constitution française a mis dans l'autre bassin de la balance.
« Le roi ne r^ne que par la loi, et fia pms^ c sance de faire toute chose h son appétit. » pag, 364.
< II est des lois que les rois eux-mêmes se a sont avoué , suivant fexpression devenue <c célèbre y dans t heureuse impuissance de viac 1er; ce sont les lois du royaume, à la difTé- « rence des lois de circonstances ou non conc stituiionnellesi appelées lois du roi. » pag. s^9 et 3o.
a Ainsi| par exemple, la succession à la cou- € ronne est une primogéniture masculine, i d'une forme rigide. »
t Les mariages des princes du sang^ faits « sans l'autorité du roi , sont nuls. » pag. a6a. i Si la dynastie régnante vient à s'éteindre, a c'est la nation qui se donne un roi* 9 pag. a63| etc., etc.
« Les rois , comme législateurs suprêmes, « ont toujours parlé affirmativement, en pu*
tio cohsidiIratiohs
'«■ bHânt lëurs^ lots. CSépendant il j a aussi un te consenteiiient du peuple} iMid^ ce cotts^met ment n'est que l'expression du vœu^ de k '<f reconnaissance et dé racceptatk»^ de la tia- ■»( tîon. »pag. îàyi (i). . j
i Trois ordres , trois chambrés ^ trois <i^ibétf ratîons'j c'est ainsi que la nation 'est repré- ^« sentée. Le résultat des dëlibéràfibtis, é*il é^t « unanime^ présente le Yceu desi -étais gé^é- <* raux. »pag. 332. - '
^ «t Les lois du royaume ne peuvent être laites « qu'en générale assemblée de tout le royaume, <k avec le commun accord des gens des âx>is * états. Le prince ne peut déroger à ces I6ii; i< et, s'il t)se y toucher , tout ce qu^l a fait pedi «' être cassé par soh succesfséur.' » pag. agd, 2^3. ^
' oc La'ûécessité du consentement de la biatiom « à rétablissement dés impôts , est uneSrérité « incontestable, reconnue par les rois. » pag. 3oa.
< (i) Sir» eianim liieaaltQBtiven^nt OQtle i«ten«otfon, d«<U m^ tbo , on trouvera moâti <f£uxie pubnnee oo4%i8|atriee , etphm qaToi ttmple consentement. Cest un exemple de ces choses , qu'il faut laisser dan» une certaûne obseorité , et qui ne jpeovent être Munuserà dès fèglementB hunains : c'est la partie la plus divine des joomlitatiDni, s^il fit permie de yetqprimer. ainsi* Oa dit souvent : Bn'p, a qt^àjàire WM loipwr savoir à quoi €m imtr. Pas toujours; il y a ctet cas r^
SUB LA FRANCE. Itl
• « JLe vœu des deux ordi^eâ ne peht lier le » iMpmèvotàf si ce n'e&t de son consentement, i» pag; 3o>a • •
• « Le eoqsentement des états généraux est <t nécessaire pour la validité de toute aliéna*, fit tîon perpétuelle du domaine. » pag. 3o3.
a Et la même surveillance l^ur est recommandée tt pour empêcher tout démembremeot partiel « du royaume; » pag. 3o4-
« La justice est administrée ^ au nom du roi, « par des magistrats qui examinent les lois , et « voient si elles ne sont pointcontrairesaux lois « fondamentales.» ppg. 343- Unepartie de leur devoir est de résister à la volonté égarée du souverain. Cest sur ce principe que le femeux chancelier de THospital, adressant la parole au parlement de Paris en i56i^ lui disait : Les magistrats ne doîuent point se laisser intimider par te courroux passager des souverains j ni par la crainte des disgrâces , mais avoir toujours présent le serment d* obéir aux ordonnances ^ qui sont les vrais commandements des rois. pag.
0<i voit Louis XI , arrêté par îin double reftis de'son parlement^ se désister d'une aliénation inconstitutionnelle , pag. 343.
On voit Louis XIV reconnaître solennellement ce droit de libre vérification, pag: 347, et ordonner à ses magistrats de lui désobéir ^
lia CONSIDÉRATIONS
SOUS peine de désobéissance^ s'il leur adressait des commandements contraires à la loi, pag.
345. Cet ordre n'est point un jeu de mots : le roi défend d'obéir à l'homme; il n'a pas de plus grand ennemi.
Ce superbe monarque ordonne encore à ses magistrats de tenir pour nulles toutes lettres patentes portant des évocations ou commissions pour le jugement des causes civiles et criminelles, et même de punir les porteurs de ces lettres, pag. 363.
Les magistrats s'écrient : Terre heureuse où la servitude est inconnue î pag. 36i. Et c'est un prêtre distingué par sa piété et par sa science (Fleuri) qui écrit, en exposant le droit public de France : En France, tous les particuliers sont libres ; point à* esclavage: liberté pour do^ mlciles , vojrages , commerces, mariages ^ choix de profession, acquisitions^ dispositions de biens, successions, pag. 36a.
c< La puissance militaire ne doit point s'interposer dans l'administration civile. Les gou" i^meurs deprwînces ri ont rien que ce qui con^ cerne les armes ; et ils nepeui^ent ien servir que contre les ennemis de tétat, et non contre h'citoyen qui est soumis à la justice de F état. » pag. 36/i.
« Les magistrats sont inamoyibles , et ces of- K fices importants ne peuvent vaquer que par
SUR LA FRANCE. Il3
«yla mort du titulaire , la démission volontaire « ou la forfaiture jugée (i). » pag. 356. • .
c Le roi, pour les causes qui le concernent , « plaide dans ses tribunaux contre ses sujets. « On Ta vu condamné à payer la dime des fruits <c de son jardin, etc. » pag. 36y, etc. .
Si les Français s'examinent de bonne foi dans le silence des passions, ils sentiront que c'en est assez, et peut-éire plus qu'assez ^ pour une nation trop noble pour être esclave , et trop fougueuse pour être libre.
Dira-t"-on que ces belles lois n'étaient point exécutées? Dans ce cas, c^était la faute des Français, et il n'y a plus pour eux d'espérance de liberté : car lorsqu'un peuple ne sait pas tirer parti de ses lois fondamentales, il est fort inutile qu'il en cherche d'autres : c'est une marque qu'il n'est pas fait pour la liberté ou qu'il est irrémissiblement corrompu.
(i) Etait-on bien dans la qnettioo , en dédUunant si fort oonire la Ténalité des charges de magistrature T La vénalité ne deyalt être considérée c|iie comme un moyen d'hérédité; et le problème se réduit à sSTOÎr û , dans un pays tel que la fiance , on tel qn'eUe était depuis deux on trois sîédes» la justice pouvait être administrée mieux que par des magistrats héréditaires? La question est très-difficile à résoudre; rénumération des înconTénients est un argument trompeur* Ce qu'il y a de mauvais dans une constitution , ce qui doit même la détruire , en fait cependant portion comme ce qu'elle a de meilleur. Je renvoie au passage de Gicéron : Ilmia poiestoê est tribunonan^ qui» wgai^ éic. De leg. III. 10.
1 1 4 coirspDÉn .vnoKS
• 'MsTift en repoassavit cé& idées ^hk^lrès^y je citerai , sur rexcellence de la constilirtroii française/ifo témoignage rrnécitsable* 50U9 fous les poiots de Ttre : c'esl cehii d^un gr$ind p^i»lîi|!ique et d'un répiiiblîeain ardent ; c'est celui de Ma-chîavel. ' •
. Il je a c»^ dU*il, beffMmp de Pois et frès-peu ée bonif roi^ vf entends parmi lee sam^ePaiM âb^ soloff aa nombre de^qièeh àn> ne doit point compteP les' rois d^ Egypte, lo¥sijùë cepaps, dans les temps les plus reculés , se gout^matt pecr tes hisf ni ceux de Sparte; m œu^ de* France, dans n»ê temps modernes 'j le geut^ernemeni d& ee rojjfnwne étant, denotre connaissance , le plm tempéré par les lois (i).
' Ae royaume de Frandèj dit-ii ailleurs, é\fl h0BU^eus €t tfanquUh -, parce que te rai est sou^ mis k une infinité ée hi^'qtd fûnt ta' sûreté' dès peuples. Celui qui cànstiHia ee goin^emement (^) voulut que les rois disposassent à leur gré des itrmes et des trésors; mais, pour le reste, il les soumit à r empire des lois (S)« ' Qui ne serak frappé de voir sous quel point de vue celte puissante tête envisageait, il y a
Cl) Wsc. sbpr. tîl. Uv. lil). T, cap. Ltîlî,
(2) Je voudniU bien le connaUre*-
(3) Disc. I . XVI.
tjrpi^jSÎPi^Jb^f f l$a lob foodamemaks ' de la mcH narcfaie française.
, (yllsi^Fra^iQ^is^, aur œpmnt^ ont été gâtés par ie§.À)igt»îs% Caui^i leur ont dk^ sji^ns )e croite^ qvift>l|^]Ei'f2|Qa^ était eseliiTe; comme il& leur ^nt dit qm Sbakfîapeare valait mieux que Racine; et i^p . Français l'ont cru. Il n'y a pas jusqu'^ l'bQPDâte >uge Blackslone qui n^ait mis sur la iiié^.e lig»e, vera la fin 4e ses Omunen^ir-es^ I9 France et la Turquie ) sur quoi il faut dire comme Montaigne : On ne saurait trop bqfoHêtf i*iff^imieM§ de cet ascouplagAé, . ]\fais <iets Anglais , lorsqu'ils ont fait leur révo>» liu^i^ay du moins GàXe qui a tenu , ont^^ils sup^ primé la royauté au la ch£|mbre des paivs pou|^ ^ dpnnef la }iherté? Nullement. Hais^ délei»
ai^iepoe eonstitulion ipise bu afitivitj^ ^ ils 00} (if é la dédaratiûii d/^ . leucsi dFO^s.
. l\ ïCy a point d^ aation chrétieane en Euf% i:Qp<3qui jpe soit de droit Ubre^ ou assez libre. U n!y en a point qui n'Mt , dapsles mopuments les plus purs de sa l^islatiop , tous les éléments de la constitution qui lui convient. Mais il faut surtout se garder de Terreur énorme de croire quQ la liberté soit quelque chose d'absolu^ non susceptible de plus ou de moins. Q^'op sp rap*pelle les deux tonneaux de Jupiferf au lieu du bien' et du mal, mettons-y le repos et la liberté. Jupiter fait le lot des nations; plus de Fun et
Ii6 CONSIOÉRATIOJfS
moins de Fait trèrVhdmme li'eist pour rien cbins celte distribution.
UDe autre erreur très^-funeste* est de s^attacher trop rigidement aux monuments anciens^ Il faut sans doute les respecter; mais il faut sti^• tout considérer ce que les jurisconsultes appellent le dentier état. Toute constitution libre est de sa nature variable, et variable en proportion qu'elle est libre (i); vouloir 1^ ramener à' ses rudiments y sans en rien rabattre , c'est une^ entreprise, folle.
Tout se rëunit pour établir que les Frâncâiis ont voulu passer le jpouvoir humain; queceseffbrts désordonnés les conduisent à resclaVagè; qu'ils n^ont besoin que de connaître ce qu^ils; possèdent y et que s'ils sont faits pour un pIuS' grand degré de liberté que celui^ dont ila • jouis«^ saienty il y a sept ans, ce qui n'est pas clairdû tout, ils ont sous leur main, dans tous les monuments de leur histoire et de leur législation , tout ce qu'il faut pour les. rendre l'honneur et l'envie de l'Europe (a).
Ci) Att ike humangovememetiâf particvlary thoie oj nUoed/rame^ 9re m continuai fluctuation. Hume » Hlst. d'Aogl. Charles I , cb. L.
(2) Un homme dont je conndére également la personne et les opî- I ions *f et qui n'est pas de mon avis sur l'ancienne constitution fran« (QÎse , a pris la peine de me développer une partie de ses idées dans
* f «a M. Malltl-Dnpan.
Slaissi les Français sont faits pour là monarchie, et s^il s'agit seulennent d'asseoir la monarchie sur ses véritables bases, quelle erreur, quelle fatalité, quelle prévention funeste pour rait les éloigner de leur roi légitime?
La succession héréditaire , dans une monarchie^ est quelque chose de si précieux, que toute autre considération doit plier, devant ceU^là. Le plus grand crime que puisse com-^ mettre un Français royaliste, c'est de voir dans Louis XVIII autre chose que son roi , et de diminaer la faveur dont il importe de l'entourer, en discutant d'une manièrje défavorable les qualités, de l'homme ou ses actions! Il serait bien
une lettre intéressante, dont je le remerde infiniment. Il m'objecte entre autres choses que 2e Uvre de» magistrats français, cité dans ce ^kapiire, eût mêbrmmm k règne de louis XIV tt de louis XV ^ comme attentatoire aux Uns fondamentales de la monarchie et ausù droits du monarque. — Je le crois : comme le livre de M. Beblme eAtété brûlé à Londres (peut-être avec l'auteur) , sous le régne de Henri Vni on de flunide liBe.
Uxraqu'oo a pris son parti sur les grandes questions, ayec pleine connaissance de cause, on change rarement d'avis. Je me défie cependant de mes préjugés autant que je le dois ; mais je suis sCU* de ma bcmne foi. On voudra bien observer que je n'ai cité dans ce chapitre aucune autorité oontempca*aine , de crainte que les' plus respectables ne parassent suspectes. Quant aux magistrats auteurs du devéloppemerà des prine^ fondamentaux f ete, , si je me suis servi de leur ouvrage, e*est qœ je n'aime point faire ce qui est fait, et que ces messieuri n'ayant* cité que des monuments, c'était précisément ce qu'il me Palbit.
I I s COKSlDéRATIOirS
vil el bîén coupable^ le Finançais ({ui àé toùgimit pas de iiemotitër âtix téùxj^ pà^és ^pcAït y cberchef^ torts Vtais où failli L^ècë^6b aii ' trôfie lEist une tioiivdlè %^is^àtll[!e :étt àëc^Abptè que de ce teomêut.
S'il «st un lievL eoifâÉnuii ^àni là iflôi^lt&, c^est que la puissance et les gt'àndeuk^ toh*Ômpétit rhoHkine^ et qttt les meilteé^s toh eût été ceux que Tadversité avait ëpi^otit&- Poutqut^ donc les Frànçaii«t3pHvei^iè«it<-ils de raVaMégè d'être gouvernés |mr vxï prince '(ùtaàé à là 'tërt^ible école du BHfaHieur? Oombien les si^ àtts ^ viennent de 6'éc6ùle«*'ont dfû lui fournir dé tié^ ' flexions ! cdAibien il est éloigné de l'ivresfse du pouvoir ! combien il doit être disposé à tout entreprendre pour régner glorieusement! de quetïé sainte ambition il doit être pénéti^l Quel prince dans roniv^ers pourrait a^^oir plus de motifs^ plus de désirs, plus de moyens de ferrïièl^ lèà pïaies de la trancet
Lés Français n'ont-ils pas essayé asâez Joiig'' temps le sang deà Gapets ? Ils savent par tine expérience dé huit siècles que ce sang est dpuxç potirqùôi changer ^ Le clief de cette grande fa^ mille s^est montré dans sa, dédafatién, )<^yàl, généreuse, profondléiiàéht pénétré des vérités rdig'ibùs^es : personne ne lui dispute beaucoup d'esprit naturel et beaucoup de connaisisances acquises. 11 fut un temps, peut-être, où il était
SUA JLA JFAAKeK. 1 1<)
JboD que le roi ne sût pas l'oTt^fligfiapbe^ nmis dans ce siècle » où Ton croit nux Mvres, un roi lettré est un avâAtsye. Ce i^i çpt plus îiDpor*lant^ c'est qu'on ne peut lui supposer Aucune de ces idées exagérées capables d'alarmer les Français. Qui pourrait oublier qu'ii déplut à Cobleniz? Cest un ^rand titre pour loi. Dans sa déclaration y il a prononcé le nuot de /r£^^/^/ et si quel<]u'un objecte que ce mot est placé dans l'ombre^ on peut lui répondre qu'un roi ue doit point parler le langage des ré^olu^ioins. Un discours solennel qu'Uadnesse à «on .peuple, doit se distinguer par une certaine sobriété de projets et dVx.pressk>ns qui n'ait rien de couimun avec la précipitation d^un particulier «systématique. Lorsque Je roi de France <a dit; Çue la constittdion française sôumel les Jais à de$ formes qu'elle a consacrées , et le souixeraîn luimême à Fohservaiioudes Jais^ jifinxlefrémumr la scfgesse du législateur contre les filles 4^ h séduction, et de défendre hi WbevXé des sigfeês contre les abus de F autorité ^i\^ to^ dit^ puisqu'il a promis la liberté far la eonstftutioji. he roi né doit point parler comme lun «ODaleuride la tribune parisienne* S'il a déçouver-t qq'op a tort de parler de la liberté comme de que^ue chose d'absolu^ qu'elle est au contraire quelque chose susceptible de plus et de moins; et que l'art du législateur n'est pas de rendre le peuple
Ubre,XD9ÀS€LS.se:i libre, ïL ai découvert une grande vérité y et il &ut le louer de sa retenue an lieu de le blâmer. Un célèbre Romain , au moment où il rendait la liberté au peuple le plus faîl pour elle y et le plus anciennement libre , disait à ce .peuple : Liberiaie modicè utendum (i).
Qu'eût-il dit à des Français? Sûrement le roi» en psurlant sobrement de la liberté , pensait moins à ses intérêts qu'à ceux des Français.
La constitution , dit encore le roi , prescrit des conditions à l^étabUssement des impôts, afin d^ assurer le peuple que les tributs qu'il paye sont nécessaires au salut de l'état. Le roi n'a donc pas le droit d'imposer arbitrairement , et cet avçu seul exclut le despotisme.
Elle confie aux premiers corps de magistrat ture le dépôt des lois, afin qiCib veillent à leur exécution p et qfiils éclairent la religion du mo^ narque si elle était trompée. Voilà le dépôt des lois remis aux mains des magistrats supérieurs; voilà le droit de remontrance consacré. Or/ partout où un corps de grands magistrats hérédi<^ tairesy ou au moins inamovibles ont , par fei constitution y le droit d'avertir le monarque, d'éclairer sa religion et de se plaindre des abus^ il n'y a point de despotisme.
(l)Tit. LiT. XXXIV « 4».
Elle met les lois fondamentales sous la sauve^^ garde du roi et des trois ordres^ afiri de prévenir les révolutions^ la plus grande des calamités quipidssent affUger les peuples^
II y a dôqc une constitution , puisque la constitution n'est que le recueil des lois fondamentales; et. le roi ne peut toucher à ces lois. S'il l'entreprenait > les trois ordres auraient sur lui le veio^ comme chacun d'eux l'a sur les deux autres.
Et l'on se tromperait assurément, si l'on accusait le roi d'avoir parlé trop vaguement; car ce vague est précisément la preuve d'une haute sagesse. Le tt>i aurait &it très-imprudemment , s'il avait posé des bornés qui l'auraient empédié d'avancer ou de reculer : en se réservant une certaine latitude d'exécution, il était inspiré. Les Français e conviendront un jour r ils avoueront que le roi a promis tout ce qu'il pouvait promettre.
Charles II se trouva-t-il bien d'avoir adhéré aux propositions des Ecossais? On lui disait, comme on a dit à Louis XYIII : a II faut s'aoc commoder au temps; il faut plier : Cest une « JiMe de sacrifier une couronne pour sauver la ce hiérarchie. »I1 le crut, et il fil très-mal. Le roi de France est plus sage : comment les Français s'obstinent-ils à ne pas lui rendre justice?
Si ce prince avait fait la folie de proposer aux
1 2a CO£rS10£llATIO8S
FmoçaiiB une nouvelle coofitilulioil,. c'est. aiors qu'tiii iaiifiaii pu l'aocufier .de doonec 4aos aui ragm perfide ; ear. dans le fait . il tt'miradi rieo :dU : s'il avait proposé sou propre. auvnige^ il n'y aurait eu qu'uo (sri eontre kit , et .ce cri eût «tiéfoi|dé«I)e ^uel-dnaôt^ eu eiflSèt^ serait-dl fuit ofaéir^ dès qu'il .atondonnak les lois aotiques? Xi'arbttraire u'est-^il pas ua domaine comamn^ auqydi tout le. monde a un droît ^1 ? U n'y a pas de jeune homme en France qui n'eut montré fe6 déftiMts du nouvel imi vruge et proposé des ccM*reGtions. Qu'on . examina }^kiB la chose^ et l'on H/<eri»«[ue le roi , dès qu'il aurait aJjaqdooné l!aficîenfie constitution , n'avait plus qu'une ^âioseÀ dire i Je ferai ce q^fm ikmâra^ Ge^l ,à jcette plirase indécente et abwvde i(|ue se secaîent. déduits les plus beaux discours du iK>iy traduitisf an hit^ffu^^ daiiT* ï. ^ense-4-on Sjénieusèment , lorsqu'on iblâme ifd roi de n^avoîr pas proposé aux Français une nouvelle révcdutî^n ? {>e|)Mi$ 4|ue l'insurreiction a commencé les malheurs époui^natables de sa ûmille^iLa vu trois 4)Ql|stitutîon^, acceptées I jurées^ oonsacréefi;60toan^Uan^ent* Les d^ux prémices n "bot duré quliin instant y et. la troisième B'existe 4|U|e de nojtk Le 4*€â devait-il en proposer <inq pu six à ses siiy^ts pour leur laisser le «choix? Certes! les trois essais :leur coûtent ass^z cher^ ^our que nul homme sensé.nç s'avisât de leur en prQpo*
SUR liA FRANCE. I23
ser un autre. Mais wtte <i6uvêlle pre|H>sitioi] > qai setoU ailé foli» de Ih part dr'an particulier, serait ^ de k part du roi^ une foliée un forfait.
De quelque manière qu'il s'y fét pris ^ le roi ne pouvait contenlertoùt le monde. Il y avait des incûnténienfsà ne publier aucune dédara* tioq ; il y ea aTait à h publier telle qu'il ^l'a faite; il y en àfaitàk&ipfeautfemeiat.'Oansle doMe-, U a bim frit de s'en tenu* aux priAci^l^Sy et de tie ^holfuer qlie tes passions et le^ pm^ jùg>^S, en ^dkatÀ: fue Ut vcm^tàtiâion française seMâ pour hi ttîtehe làSiXliantè^
Si leà fVaâ^i)( e!R[âiftrinëû t éè M^g^fnMd ctftèe dé^fratioUy ffr )S(tste ibtt tt^Mipë &'ils ù^y ttbù- 'vent de quoi respèioier fe Mi. DaHià lès di^bb^stances terribles où ^ ^'est trouvé, rien n'éfeiit plus séduisant que là teMa!ttoâ de trMs^fèr ftt^ les principes pour t^ott^ék-il* le %rôi^. Vstttt de gens om <dit et taMde ^ëiis aroyài^nl q«te le roi #e peiscfell ëâ ^^bstîMkit aut vieilles idées! Il paraissait si naturel d'écouter des propo^-^ tidûs d'âiûdôttiitiôdettieât! il éUot 'sUi*tbut si aisé d'accéder à ces proposition , en conarèvvattt Tarrie^e^lïieûséè^e t^venftr à l'iincieûfte prtrègàtive, ^âs tiBiaitiqiiefe* & là loyMité, ^t ëti s^|>pdyant umépîfêliient %t!t là foticë dei^ diosies , qu^l y à beaucoup dé franchisé » l^reaàètûfujp de fioMesse 9 beaucoup découragie à dîtê^auxï'ran- ^ais : •« 3fe ne puis vous tendis Ireureaîf ; je ne
I 'i4 G0NS1J>BRAT10NS
t puis, je ne dois l'égner que par la conslitu- K . tiou : je ne toucherai point à l-arcl:^ du Sei« « gneur; j^ittends que vous, reveniez à la. raî« «soo} j'attends que vous ayez oonçu cette % vérité si simple, si évidente, et que vous vous « obstinez cependant à repoujsser; e'est*à^dire^ a qiCavec la. même constitution:, je pàîsrViMU «. donner un régime tout différent* :!» . ;
Ohl que le.roi s*est montré sage, lorsqii^en disant aux Français : Que leuraniique et sage constitution était pour lui Carche sainte^ etquUl lui était défendu çTy porter une main téméraire; il .ajoute.cependaint : Qu*ilveut lui rendre toute si^pureté qu^ le temps, ayait corrompue , et toute sa vigueur que. le tw^s^ aidait qf^ùlie. 'Enjooxe une fois, ces mots sont inspirés; car on y lit clairemetnt.Ge qui est a» pouvoir di^ lfho.mi9ie', ^paré dece qui, n'appartient qu'à Dieu. 11 n'y a pas, dans cette déclaration , trop peu .méditée^ un seul mot. qui ne doiye r^couunapder le rai aux Français^.
, Il serait à désirer quecette nation iippiétueiisQ, qui ne sait revenir à la vérité qu'après avoir épuisé Terreur, voulût enfin apercevoir une vérité bien palpable : c'est qu'elle est dupe -et victime d'un . petit nombre d'hommes qui S6: placent entre elle et son légitime souverain, dont elle joe peut attendre que des bienfaits. Mettons
les choses.au pis« Le roi laissera tomber le
SUR lafrahos. ia5
glaii^e de la justice, sur quelques pamcîies; il fHiidra par des humiliaiions quelques nobles qui ont déplu : eh ! que t'importe à toi, bon laboureur , artisan laborieux, citoyen paisible, qur que tu sois, à qui le ciel a donné Tobscurité et le bonheur? Songe donc que tu formes^ avec tes semblables , presque toute la nation; et que le peuple entier ne souffre tous les maux de Tanarchie que parce qu'une poignée de misérables lui fait peur de son roi dont elle a peur.
Jamais peuple: n'aura laissé échapper uiie plus belle occasion, s'il continue à rejeter son roiv puisqu'il s'expose à être dominé par force, au Ueu; de. couronner lui-même son souverain légitime.. Quel mérite il aurait auprès de ee prince ! par quels* efforts de zèle et d'amour le roi tâcherait de récompenser la fidélité dé son peuple ! Toujours le vœu national serait devant SOS yeux pour l'animer aux grandes entreprises, aux travaux obstinés que la regénération de la France exige.de son chef, et tous les moments de sa vie seraient consacrés au bonheur des Finançais. •
Mais s'ils* s'obstinent à repousser leur^ roi> savent-»ils quel sera leur sort ? Les Français sont «ujourd'hui assez mûris par le malheur pour entendre une vérité dure : c'est qu au milieu des accès de leur liberté fanatique, l'observateur froid est souvent tenté de s'écrier, comme
Tibère: O kçmines é^i serviiuiem' mUos ! Il f^^^ comme on sait, plusieurs espèces de. epurâgai el ràrenieDt le Français ne les possède p^a too^r tes* Inteépide derant Fennemi ^ îl na Fe^t ptf devant Fauloriië^ même la plus injusle^ Riep n'égale la patience de oe peuple qui ae dJi^lbi/v* En cinq ans j :od lui a fait accepter trais conatî* iutions et legoui^emecnenlrréyolytioi^mii^* Les tyrans se sueoèdeni , et lûi^purs Ie:peiq|de' obéit. Jamais oa n'a ru réussir un seiil de^ lu^ eHbrts pour se tirer de sa nuUitéw 6es maîtres
eont allés jusqu'à: le foudroyer en se moquant de lui. lU lui 43nt dit : Fous croyez in^ pas vwr foir cette .loi. y mais soyez sûrs ^U0 vous »l($ Tvuiez^ Si vous osez la refuser^ nous.iiveftqm iuP vous à mitraille pour vous punit :^i Uéf wmhirpae ce que tvoas voulez, -i-r £t Ils \uH
fait. i . - . • ...:,■ .., . •:.> t j
. H n'a tenu à rieq que la natidn. française ne $bit encore sous lejougaffreox de Robespierre. Certes! elle jpeul! bieu se ^/J^iV^r^ inaîs>irao(Sê glorifier d'avoir échappé à cette tyrannie;'>0t je ne sais si les jours de sa servitude furèntplus Imnteux ptnirell^ que celui de sén affraocbissèment, ; ;-.
• L'histoire du neuf thermidor n'est pas. i^n^ *gue : Quelques scélérats firent périr quelques scélérats.
Sans colle brou lllerie de fanùUe^.lesFfran
fiÂs gémiraient encore sousJe. sceptre dui^o*' inité de s»lut 'public. r , ;
Et qui sait encore à quoi ils sont réservée i^ Ih oftt donné de telles prouves de paUence^ qu^iln^st aucon genre de d^adatùoui qu!i]â nfi ptti^sent ecaindne. Grande Jeçoa, je-nie di^jpa^ pour le<^^ peuple français qui, plus que toufi )e$ peuples du monde ^ acceptera toujours sm xxm^ Vfèêêl ne les diotsira jamais , mais pour le p^tit itevpbre de bons Prançab que le&oirconstiuices rendront rnfluenfs^ de ne :rien négliger poQV arfaoher k nation à ces fluctoationsavilissantesit en hk Jetant dans les bras de son m. U.eit honme sans àov^e , mais a*t«»elle donc Fespé^r ranee d'4lpe gourrernée par un ange? H est tiomme^ mais aujourdliui on est.aùr <|ii'il le àait, et c'est beaucoup. Si leyatn des F«an$ais le replaçait sur le trône de ses pères ^ il %ious^ mit sa naitieti, qui trouverait tout en. lui r bcmté, •justioe, amour, reconnaissance, et des talents incontestables, mûris à Féeole sévère du malr heur(r)w
tes Français ont paru faire peu d^atlention aux paroles de paix qu'il leur a adre^s^jées^ Us n'ont pas loué sa déclaration , ils l'ont critir quée mém€f, et probablement ils l'ont oqbliée; mais un jour ils lui rendront justicei un jour
(1) JercilToi« ftu cliaphrc-X /aïKlélê iiHéreMtâet dci'anmbiîe*'
1^8 coirsioiÊRÂTioirs
la postérité nommera cette pièce c6mme un modèle de sagesse^ de franchise et de style royal.
Le devoir de tout bon Français, en ce moment, est de travailler sans relâche à diriger Fopinion publique en faveur du roi, et depré-^ senter tous ses actes quelconques sous un aspect favorable. C'est ici que les royalistes doivent s'examiner a^ec la dernière sévérité , et ne se faire aucune illusion. Je ne suis pas Français, j'ignore toutes les intrigues, je ne connais personne. Mais je suppose qu'un royaliste français dise : « Je suis prêt à verser mon sang pour le € toi: cependant, sans déroger à la fidélité € que je lui dois, je ne puis m'empécher de « blâmer, etc. > Je réponds à cet homme ce que sa conscience liii dira sans doute plus haut que moi': Fdus mentez au monde et à vouS" même; si' vous étiez capable de sacrifier votre vie au roi y vous bu sacrifieriez vos préjugés. Efailïeurs'^ il ri a pas besoin de votre vie^ mais bien de votre prudence^ de votre zèle mesuré, de votre dévouement passif, de votre indulgence m^^ (pour faire toutes les suppositions );^ardez votre vie dont il n*a que faire dans ce me" aientf et rendez-lui les services dont il a besoin : croyez^voûs que les plus héroïques soient ceux qui retentissent dans les gazettes? Les plus obs" furs au contraire peuvent être les plus ejfi-
SUR LA FRAKCE» 1^9
taces et les plus sublimes. Il ne s^ agit point ici des intérêts de votre orgueil; contentez wtre conscience et celui qui vous Va donnée.
Q)inme ces fils qu^un enfant romprait en se jouant^ formeront cependant par leur réunion le câble qui doit supporter l'ancre d'un vaisseau de haut bord, une foule de critiques insignifiantes peuvent créer une armée formidable. Combien ne peut-on pis rendre de services au roi de France, en combattant ces préjugés qui s'établissent on ne sait comment^ et qui durent on ne sait pourquoi! Des hommes qui croient avoir Page de raison , n*ont-^ils pas reproché au roi son inaction ? D'autres ne l'ont-ils pas comparé fièrement à Henri lY^ en observant que, pour conquérir sa couronne, ce grand prince put bien trouver d'autres armes que des intrigues et des déclarations? Mais, puisqu'on est en train d'avoir de l'esprit, pourquoi ne reproche-t-on pas au roi de n'avoir pas conquis l'Âllemagneet l'Italiecomme Charlemagne, pour. y vivre noblement , en attendant que les Français veuillent bien entendre raison ?
Quant au parti plus ou moins nombreux qui jette les hauts cris contre la monarchie et le monarque, tout n'est pas haine, à beaucoup près, dans le sentiment qui l'anime, et il seinble que ce sentiment composé vaut la peine d'être analysé.
1 3o CONSIDÉRATIONS
Il n'y 9 pfis d'homme d^esprit en France <^ui ne se méprise plus ou moins. L'ignominie natiopale pèse sur tous les cœurs (car jamais peuple ne fut nçiëprisé par des m£|ttres plus méprisables ) ; on a donc besoin de se consoler , et les bons citoyens le font à leur manière. Mais l'homme y ilet corrompu , étranger à toutes les idées élevées /se yenge de son abjection passée et présente , eu contemplant avec cette volupté iheffable qui n^est connue que de la bassesse , le spectacle de la grandeur humiliée. Pour se relèvera ses propres yeux» il les tourne sur le roi de France, et il est content de sa taille en se comparant à ce colosse renversé. Insensiblement , par un tour de force de son imagination déréglée, il parvient à r^rder cette grande chute comme son ouvrage; il s'investit à lui seul de touie la puissance de la république; il
apostrophe le roi; il l'appelle fièrement uaprétendu Louis XFIIÏ; et décochant sur la monarchie ses feuilles furibondes, s'il parvient à faire peur à quelques chouans^ il s'élève comme un des héros de la Fontaine : Je suis donc un foudre de guerre.
Il faut aussi tenir compte de la peur qui hurle contre Je roi, de peur que son retour ne fasse tii^r un coup de fusil de plus.
Peuple français, ne te laisse point séduire par les sopbismes de l'intérêt particulier, de la
StTR LA FRAKCË. l3l
Vanité ou de la poltronnerie. N'écoule pas les raisonneurs : on ne raisonne que trop en France^ et le raisonnement en bannit la raison. Livretoi sans crainte et $ans réserve a Tinstînct in^ faillible de ta conscience. Veux-tu te relever à tes propres yeux? veux-tu acquérir le droit de t 'estimer ? veux-tù faire un acte de souverain ?. . . Rappelle ton souverain.
Parfaitement étranger à la France , que je n'ai jamais vue ^ et ne pouvant rien attendre de son roi y que je ne connaîtrai jamais^ si j'avance des erreurs, les Français peuvent au moins les lire sans colère, comme des erreurs entièrement désintéressées.
Mais que sommes-nous, faibles et aveugles humains! et qu^ëst-ce que cette lumière tremblotante qpe nous appelons Raison? Quand nous avons réuni toutes les probabilités!^ interrogé l'histoire» discuté tous les doutes et tous les intérêts, nous pouvons encore n'embrasser qu'une nue trompeuse au lieu de la vérité. Quel décret a-^t-il prononcé ce grand Etre devant qui il n'y a rien de grand ; quels décrets a-t-il prononcés sur le roi, sur sa dynastie , sur sa famille, sur la France et sur l'Europe? Où et quand finira l'ébranlement^ et par combien de malheurs devons-nous encore acheter la tranquillité ? Est-ce pour détruire qu'il a renversé, ou bien ses rigueurs sont-elles sans retour?
J 3l2 CONSIDÉRATIONS
Hélas! un nuâge sombre couvre Tavenir, et nul œil ne peut percer ces ténèbres. Cependant^ tout annonce que l'ordre de choses établi en France ne peut durer, et que Finvincible nature doit ramener la monarchie. Soit donc que nos vœux s'accomplissent , soit que l'inexorable Providence en ait décidé autrement, il est curieux et même utile de rechercher, en ne perdant jamais de vue l'histoire et la nature de l'homme, comment s'opèrent ces grands changements, et quel rôlepourra jouer la multitude dans un événement dont la date seul« parait douteuse.
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SUB LA FRAirCB. i33