‹ Considérations sur la France (volume 4)Chapitre 3 sur 26 · VIIJ AVIS ])Ê L EDITEUR · texte numérisé non relu

VIIJ AVIS ])Ê L EDITEUR

jourdliui au public est faite sur celle deBàle(l)^ qui commence à devenir rare , et contient d'ailleurs , comme nous venons de le dire, des corrections qui la mettent fort au*dessus de toutes les autres. Le temps , au reste , a prononcé sur ce livre et sur les principes qu'on y expose. Aujourd'hui il ne s'agit plus de disserter; il suffit de regarder autour de soi.

(i)SousTiOndrcs, 1797 , in-S© de 256 pges.

MoifSIEUE LE GOKTB,

J'ai riionneur de vous renvoyer votre ouvrage sur la France* Cette lecture a produit sur moi une sensation si vive, que je ne puis m'empécher de vous communiquer les idées qu'elle a fait naître.

Votre ouvrage , Monsieur le Gomt«) , est un axiome de la classe de ceux qui ne se prouvent pas, parce qu'ils n'ont pas besoin de preuve ; mais qui se sentent , parce qu'ils sont des rayons de la science naturelle. Je m'explique ; quand on me dit : « Le carré de l'hypothénuse est « 4gal à la somme des carrés construits sur les deux « oAtés du triangle rectangle , » j'en demande la démonstration , je la suis , et je me laisse convaincre. Mais quand on s'À^e : « Il est un Dieu I » ma raison le voit ou se perd dans une foule d'idées ; mais mon âme le sent invindblement* en est de même des grandes vérités dont votre ouvrage est rempli* Ces vérités sont d'un ordre élevé. Ce livre n'est point , comme on me Ta défini avant que je l'aie lu , un ban ouvrage de circonstance, mais ce sont les circonstances qui ont dicté lo seul bon ouvrage que j'aie trouvé sur la révolution française*

Le Moniteur est le développement le plus volummeux de votrç livre. C'est là où sont consignés les efforts des hommes en actions et en paroles, et la nullité de ces efforts* S'il y avait un titre philosophique à donner au Moniteur , je le nommerais volontiers : Recueil de la sagesse humaine , et preuve de son insuffisance. Votre

livre , le M&tdieur , rbistoh*e , sout le développement de ce proverbe devenu commun, mais qui renferme en lui la loi la plus féconde en applications et en conséquences : « L'homme propose > et Dieu dispose. »

Oui, rhomme ne peut que proposer; c'est une immense vérité. La faculté de combiner a été laissée à rhonune avec la pufesance du libre arbitre; mais les événements ont été sousti*aits à son pouvoir, et leur marche n'obéit qu'à la main créatrice. Cest donc en vain que les hommes s'agitent et déUhèrerU^ pour gouverner ou être gouvernés de telle ou telle manière. Les nations sont comme les particuliers ; dles peuvent Vagiter, mais non se constituer. Quand aucun principe divin ne préside à leurs efforts, les convulsions politiques sont le résultat de leur* libre volonté; mais le pouvoir de s'organiser n'est point une puissance humaine ; fvrdre dérive de la source de tout ordre-

L'époque de la révolution française est une grande époque ; c'est l'âge de l'homme ^t de la raison. l4.fm est aussi digne de remarque : c'est la main de Dieu et le siècle de la kn. Du fond de cette immense catastrophe, je vois sortir une leçon soblipe aux peuples et aux rois. C'est un exemple donné pour ne pa$ être imité. Il rentre dans la classe des grandes plaies dont a été frappé le genre humain , et forme la suite de votre éloquent chapitre qui traite de la destruction violente de f espèce humaine. Ce chapitre, à lui seul, est un ouvrage ; il est digne de la phune de Bossuet.

La partie prophétique de fouvrage m'a également frappé. Voilà ce que c'est que d'étudier d'une manière spéculative en Dieu; ce qui n'est pour la raison qu'une conséquence obscure , devient révélation. Tout se comprend , tout s'explique quand on remonté à la grande cause. Tout se devine , quand on se base sur elle.

Vous m'avez fait l'honneur de me dire que dans te moment où je vous écris , on s'occupe à réimprimer cet ouvrage à Paris. Gerlainement il sera ti;ës-udle tel qu'il est ; mais si vous me permettez de vous dire mon opi-

oion , je vous ferai une seule observalîoô. Je pars de ce principe , votre ouvrage esi un ouvrage dassique qu'on ne «aurait trop étudier ; il est classique pour la foulo d^idées profondes et grandes qu'il contient. II est de circonsfance par un ou deux chapitres, nornihémeui celui qui traite de la Déclaration du roi de France , en 1796. Ces chapitres ont été faits pour Pannée 1797 cà l'on GToyait à k ccmtre-révolution. Maintenant quelle foule d'idées nouvelles se présentent ! quelles grandei^ conséquences Phistoire ne foumit-ell^ pas à vos principes? Cette révolution concentrée en une seule tête est tombée avec elle ; la main de Dieu qui a sanctifié jusqu'aux fautes des alliés ; cette stupeur répandue sur une nation jadis si active et si terrible ; ce Roi inconnu dans Paris jusqu'à la veille de notre entrée ; ce grand général vaincu dans son art même; cette génération nouvelle élevée dans les principes de la nouvelle dynastie ; cette noblesse iactice^ qui devait être son premier appui, et qui a été la première à l'abandonner; l'Eglise &tiguée et haletante des coups qui lui ont été portés; son chef sdKiissé jusqu'à sanctifier l'usurpation, et élevé depuis à la puissance du martyre ; le génie le plus vigoureux , armé de la force la plus terrible , employé vainement à consolider l'édifice des hommes : voilà le tableau que je voudrab voir tracé par votre plume, et qui serait la démonstration évidente des principes que vous avez posés. Je voudrais le voir à la place de ces cha|Htres que je vous ai indiqués, et alors l'ouvrage présenterait au lecteur attentif les causes et les efiets , les actions des hommes et la réaction divine. Mais il n'appartient qu'à vous , Monsieur le Comte, d'entreprendre cette péroraison frappante sur vos propres principes. Ce que j'ai pris la liberté d'esquisser id , peut devenir sous votre main un recueil de vérités sublimes ; et si j'ai réussi par cette lettre à vous encourager à ce grand travail, je croirais par cda seul avoir mérité de ceux qui lisent pour s'insuruire.

Quant à moi , je me borne à faire des vœux pour que vous voulussiez bien , par un nouvel Essai , me procnrei* de nouveau la puissance de m'éclairer^ persuadé qu'il ne sortira rien de votre plume qui ne soit plein de grandes et de fortes leçons.

Je vous prie d'agréer les assurances de la baute con* sidération, et du profond respect avec lesquels j'ai Thonneur d'élre , ».

Monsieur le Comte , De votais; Excellence,,

Le trè^humble et trës-* obéissant serviteur.

Général au service dé 5. M. V empereur de toutes les Russies^

Saioi-P^I«»lK>urg , ce 2i Uéciiiibre 1^14.

SUR

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