‹ Considérations sur la France (volume 4)Chapitre 4 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des révolqtioDfl»

Nous sommes tous attaches au trône de l'Etre suprême {iar une chaîne souple, qui nous retient sans nous asservir.

Ce qu'il y a de plus admirable dans Tordre universel des choses , c'est l'action des êtres libres sous la main divine. Librement esclaves^ ils opèrent tout à la fois volontairement et nécessairement : ils font réellement ce qu'ils veulent , mais sans pouvoir déranger les plans généraux. Chacun de ces êtres occupe le centre d'une sphère d'activité , dont le diamètre varie au gré de V étemel géomètre ^ qui sait étendre , restreindre , arrêter ou diriger la volonté , sans altérer sa nature.

Dans les ouvrages de l'homme , tout est pauvre comme l'auteur: les vues sont restreintes ,

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les moyens raides y les ressorts inflexibles , les cnouvements pénibles et les résultats monotones. Dans les ouvrages divins j les richesses de l'infini se montrent à découvert jusque dans le moindre élément; 3a puissance opère en se jouant ; dans ses mains tout est souple y rien ne lui résiste; pour elle tout est moyen, même l'obstacle; et les irrégularités produites par l'opération des agents libres, viennent se ranger dans l'ordre général.

Si l'on imagine une montre dont tous les ressorts varieraient continuellement de force , de poids , de dimension ^ de forme et de posi* tioo ^ et qui montrerait cependant l'heure inva< riablem^pt, on $e formera quelque idée de l'action des êtres libres relativement aux plans du Créateur»

Dans le monde politique et moral | comité dans le monde physique, il y a un ordre com<mun , et il y a des e:j(ceptioQs à cet ordre. Communément nous voyons une suite d'effets produits par les mêmes causes ; mais à certaines époque$i , nou3 voyons de$ actions suspendues, des causes paralysées et des effets nouveaux.

Le miracle est un effe| produit par une cause divine ou surhumaine, qui suspend ou contredit une cause ordinaire. Que dans le cœur de l'hiver, un homme commande à un arbre , devant mille témoins « de se couvrir subitement

StTR LA. FRAirCE. 3

de feuilles et de fruits , et que Farbre obéisse , tout le moDde criera au miracle, et i'ineltdera devant le thaumatui^e. Mais la révolution française , et tout ce qui se passe en Europe dans ce moment /est tout aussi merveilleux dans son genre que la fructification instantanée d'un arbre an mois de janvier : cependant les hommes , au lieu d'admirer , regardent ailleurs ou déraisonnent.

Dans Fordre physique où Fhomme n'entre point comme cause , il veut bien admirer ce quHl ne comprend pas ; mais dans la sphère de son activité y où il sent qu'il est cause libre, son oiguéil le porte aisément à voir le désordre jpartouf où son action est suspendue bu dé^ rangée.

Certaines mesures qui ^ont au pouvoir de rhomme, produisent régulièrement certains dfets dans le cours ordinaire' dés choses; s'il manque son but, il sait pourquoi , ou il croit le savoir % il connaît les obstacles , il les apprécie, «t rien ne rétonrié.

~ Mais dans les temps de révolutions , la chathe qui lie l'homme se raccourcit brusquement , son action diminue^ et ses tirioyens le trompent Alors entraîné par une force inconnue , il se dépité contre elle, et au lieu de baiser la main qui le serre, il la méconnaît ou Tinsulte.

Je rCjr comprends rien , c'est le grand mot du

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jour. Ce mot est très-sensé , s'il nous ramène à la cause première qui donne dans ce moment un si grand spectacle aux hommes : c'est une sottise, s'il n'exprime qu'un dépit ou un abattement stérile.

a Comment donc ( s'écrie-t-on de tous côtés) ? « les hommes les plus coupables de l'univers a triomphent de l'univers! Un régicide affreux « a tout le succès que pouvaient en attendre <c ceux qui l'ont commis ! La monarchie est en^ (c gourdie dans toute l'Europe ! Ses ennemis « trouvent des alliés jusque sur les trônes! Tout tf réussit aux méchants! Les projets les plus tf gigantesques s'exécutent de leur part sans « difficulté, tandis que le bon parti est malheu- « reux et ridicule dans tout ce qu'il entreprend ! « L'opinion poursuit la fidélité dans toute l'Eu- « rope ! Les premiers hojumes d'Etat se trom- « pent invariablement ! les plus grands géné^ ce raux sont humiliés! etc. »

Sans doute , car la première condition d'une révolution décrétée, c'est que tout ce qui pou- * vait la prévenir n'existe pas, et que rien ne réussisse à ceux qui veulent l'empêcher. Mais jamais l'ordre n'est plus visible , jamais la Providence n'est plus palpable que lorsque l'action supérieure se substitue, à celle de l'homme et agit toute seule : c'est, ce que nous voyons dans ce moment.

Ce quMl y a de plus frappant dans la révolution française, c'est cette force entraînante qui courbe tous les obstacles. Son tourbillon emporte comme une paille légère tout ce que la force humaine a su lui opposer : personne n'a contrarié sa marche impunément. La pureté des motifs a pu illustrer Fobstacle, mais c'est tout ; et cette force jalouse , marchant invariablement à sou but j rejette également Charette , Dumouriez et Drouet.

On a remarqué, avec grande raison , que la révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. Cette observation est de la plus grande justesse; et quoiqu'on puisse rappliquer plus ou moins à toutes les grandes révolutions , cependant elle n'a jamais été plus frappante qu'à cette époque.

Les scélérats même qui paraissent conduire la révolution , n'y entrent que comme de simples instruments ; et dès qu'ils ont la prétention de la dominer , ils tombent ignoblement. Ceux qui ont établi la république ^ l'ont fait sans le vouloir et sans savoir ce qu'ils faisaient ; ils y ont été conduits par les événements : un projet antérieur n'aurait pas réussi.

Jamais Robespierre, CoUot ou Barère, ne pensèrent à établir le gouvernement révolutionnaire et le régime de la terreur ; ils y furent conduits insensiblement par les circonstances.

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et jjaipftaisi on.oQ irav^ra rie» de pareil. Ces bommes , e^çessiveioeat mé4io<are&, ea^epcèceot sur une natkopt oo^pahle le plus nC&rax despoUsioe dojat rhistoire fasse meialiou^ et steeiaeQi Us étaîeut les^homiae& du royeuaie les-|)ilus> étonné» de leur puissance,

Jtlais au mcuuentvieme où oes^ tyrsKie dëles^ tables eurent comble la mesure de erime^ néees* sakes à eette phase de la réyolutioo ^ un soufil^ les renversa. Ce pouvoir gigantesque qui faisait tnembler la Franee. et TEuropene tint pa^ contre la première attaque ; et comme, il ne devait y avoir rien de grand, rien d'auguste dans une révolu tioa toute criminelle , la Providence vo«^ lut que le premier coup, fut porté par des» ^^H tembriseursy afio^ qm laîustîèa même fût i^ famé (i).

Souvent on s'estétonnéquedes hommes plu»

^ue médioom aient mieux jugé la révolutioni frsm^se que des hcunmes du premier talenij qu'ils y aient cru forb^meni, lorsque des poKti*-

(i) Par ta même raison 9 rhonneiar est déshonoré. Un j(mrnaliste (Il Râpnllicaui)^» À' a!vèè beedeonp d^espriC et de justesse : Je com» prâids fort bien àomment on pma é^atmf h amk m Mana;, mais, jib tm eo^icemm iamaU fommeni, fm.pwrra ddwraiiser \lfi Panfk6sm^, On s*est plaint de tout le corps de Turçnnç oul;)Uéldans le coin d'un mv' s^um, à côté da squelette d'un animal : quelle imprudence f il y en siHivt asseiB pqir hh9 véXrt' l'idée de jeter au Sàntliéoii ew restes téaéralâfes*

Sun i«A rBâMGB. 7

qu6i^ C0D$Qiiiii)éi» n'y Qvoymeni poÎDt encore. CW q^ieci^Ue perwasièn éttit une des pièces 4e laTévotttlio0^ qui 6e poianrail réussir que {lar l'éteuclue etrénergiede resjnrtt.i^évoloiiodiiaire^ oUi^'U est pet*mifil de s'exprimer ainsi ^ par la foi à la révolutioD. Ainsi ^ des homiHeB sans §^m 0t mns connaissances cmt fort bien cbn- 4uU Qe qilUls 9kfpéhAetAk ehar rdi^ohiiormam; ils ont tout osé sans crainte de la oontre^révolutipti} il$ ont toi^lirs marché en avant ^ sans reg^r4?e derrière ^M^. M tout leur, a réiissi^ parce qu'ils n'étaient que les insUnlmenis d'une force qui en savait* plus qu'eux. Us n'ont pas filit de fautes dans leur carrière révolutionninre; par la^ lïiî^^û que le flàleinr de Vaiîcanion ne fit jamaia de notes fiiusses.

Le torrent révolutionnaire a pris successive^ ment différentes direction^) et lea honnues les |du^ aiarqiiat>ts daos la révolution n'omt acquis l'esipèce d^ puissance el de.célébriié qui pouvait leur^appatteDiir^qu'e»! suivaslt le-eours du mo^ ment ; dès qu'ils ont voulu le contrarier, ou' senlement s'en écarter eu s'isolant, en travaillant trop pour eux^ ils odt disparu de la scène.

Voye^ ce Mirabeau qui a tant marqué dans la révoluticM^ ; au fond f e'éiaît le roi dé ht halle. Pai* les crimes qu'il a faits, et par ses livres qu'il a fait faire ^ il a secondé le mou^ vement populaire : il se mettait à la suite d'une

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masse déjà mise en mouvement, et la poussait dans le sens déterminé; son pouvoir ne s'étendit jamais plus loin : il partageait avec un autre héros de la révolution le pouvoir d'agiter la multitude, sans avoir celui de la dominer , ce qui forme le véritable cachet de la médio* crité dans les troubles politiques. Des fectieux moins brillants, et en effet plus habiles et plus puissants que lui , se servaient de son influence pour leur profit. Il tonnait à la tribune, et il était leur dupe. Il disait en mourant , que s^ilaifait vécu y il aurait rassemblé les pièces éparses de la monarchie f et lorsqu'il avait voulu y dans le mom^it de sa plus grandie influence, viser seulement au minislère, seis subalternes l'avaient repoussé comme un #n^ font.

Enfin y plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter^ ce ne sont poiqt les hommes qui mènent la révolution , c'est la révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien, quand on dit qu^ elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s'était montrée d'une manière si claire dans aucun événement humain. Si elle emploie les instruments les plus vils, c'esl qu'elle punit pour régénérer.

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