‹ Considérations sur la France (volume 5)Chapitre 10 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De In rcTolullon française considérée dans son caractère nnlireligicu'C. — Digression sur le chrislianûiroe.

Il y a dans la révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu'on a vu et peut-être de tout ce qu'on verra.

Qu'on se rappelle les grandes séances , le discours de Robespierre contre le sacerdoce , l'apostasie solennelle jdes prêtres, la profanation des objets du culte, l'inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tâchaient de surpasser Paris: tout cela sort du cercle ordinaire des crimes , et semble appartenir à un autre monde.

Et maintenant même que la révolution a beaucoup rétrogradé, les grands excès ont disparu, mais les principes subsistent. Les législaleurs (pour me servir de leur terme) n'ont-ils pas prononcé ce mot isolé dans l'histoire : La nation ne salarie aucun culte? Quelques hommes de l'époque où nous vivons m'ont paru ,

SUn LA FRANCl-. f)')

dans certains moments, s'élever jusqu'à la haine pour la Divinité; mais cet affreux tour de force n'est pas nécessaire pour rendre inutiles les plus grands edbrts constituants : l'oubli seul du grand Etre (je ne dis pas le mépris) est un a nathème irrévocable sur les ouvrages humains (juien sont flétris. Toutes les institutions imaginables reposent sur une idée religieuse, ou ne font que passer. Elles sont fortes et durables à mesure qu'elles sont divinisées, s'il est permis de sVxprimer ainsi. Non-seulement la raison humaine, ou ce qu'on appelle \di philosophie , sans savoir ce qu'on dit , ne peut suppléer à ces bases qu'on appelle superstitieuses j toujours sans savoir ce qu'on dit; mais la philosophie est, au contraire, une puissance essentiellement désorganisatrice.

En un mot, l'homme ne peut représenter le Créateur qu'yen se mettant en rapport avec lui. Insensés que nous sommes, si nous voulons qu'un miroir réfléchisse l'image du soleil, le tournons-nous vers la terre?

Ces réflexions s'adressent à tout le monde , au croyant comme au sceptique : c'est un fait que j'avance , et non une thèse. Qu'on rie des idées religieuses, ou qu'on les vénère, n'importe : elles ne forment pas moins, vraies ou fausses, la base unique de toutes les institutions durables.

68 CONSIDliRATIONS

Rousseau, riiouime du monde peut-être qui s*cst le plus trompé, a cependant rencontré cette observation, sans avoir voulu en tirer les conséquences.

La loi judaïque, dit-il, toujvurs subsistante ; celle de t enfant dlsmaèl^qui depuis dix siècles régit la moitié du monde, annoncent encore aufourd'hui les grands hommes qui les ont dictées... C orgueilleuse philosophie ou V aveugle esprit de parti nevoit en eux que d'heureux imposteurs{i).

Il ne tenait qu'à lui de conclure , au lieu de nous parler de ce grand et puissant génie qui préside aux établissements durables (^i): comme si cette poésie expliquait quelque chose !

Lorsqu'on réfléchit sur des faits attestés par l'histoire entière; lorsqu'on envisage que, dans la chaîne des établissements humains, depuis ces grandes institutions qui sont des époques du monde, jusqu'à la plus petite organisation sociale, depuis l'empire jusqu'à la confrérie , tous ont une base divine, et que la puissance humaine, toutes les fois qu'elle s'est isolée, n'a pu donner à ses œuvres qu'une existence fausse et passagère ; que penserons-nous du nouvel édifice français et de la puissance qui l'a pro-

(1) Conlral social , lit. H, choj). VII,

(2) Ikid,

SUR LA FKANCEv 6()

(luit? Pour moi, je ne croirai jamais à la fécondité du néant.

Ce serait une chose curieuse d'approfondir successivement nos institutions européennes, et de montrer comment elles sont toutes christianisées ; comment la religion, se mêlant à tout, anime et soutient tout. Les passions humaines ont beau souiller, dénaturer même les créations primitives; si le principe est divin , c'en est assez pour leur donner une durée prodigieuse. Entre mille exemples, on peut citer celui des ordres militaires. Certainement on ne manquera point aux membres qui les composent, en affirmant que lobjet religieux n'est peut-être pas le premier dont ils s'occupent : n'importe, ils subsistent, et cette durée est un prodige. Combien d'esprits superficiels rient de cet amalgame si étrange d'un moine et d'un soldat ! Il vaudrait mieux s'extasier sur cette force cachée, par laquelle ces ordres ont percé les siècles, comprimé des puissances formidables, et résisté à des chocs qui nous étonnent encore dans l'histoire. Or, cette force, c'est le nom SUT lequel- ces institutions reposent ; car rien v\est que par celui qui est* Au milieu du. bouleversement général dont nous sommes témoins, le défaut d'éducation fixe surtout l'œii^ inquiet des amis de l'ordre. Plus d'une fois on les a,entendus dire qu'il faudrait rétablir les Jé«

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