‹ Considérations sur la France (volume 5)Chapitre 11 sur 33 · O CONSIDÉRATIONS · texte numérisé non relu

O CONSIDÉRATIONS

suiles. Je ne discute point ici le mérite de l'ordre; mais ce vœu ne suppose pas des réflexions bien profondes. Ne dirait-on pas que saint Ignace est là prêt à servir nos vues? Si Tordre est détruit , quelque frère cuisinier peut-être pourrait le rétablir par le même esprit qui le créa; mais tous les souverains de Tunivers n'y réussiraient pas.

Il est une loi divine aussi certaine , aussi palpable que les lois du mouvement.

Toutes les fois qu'un homme se met, suivant ses forces, en rapport avec le Créateur, et qu^il produit une institution quelconque au nom de la Divinité; quelle que soit d'ailleurs sa faiblesse individuelle, son ignorance, sa pauvreté, lobscurité de sa naissance , en un mot , son dénûment absolu de tous les moyens humains , il participe en quelque manière à la toute-puissance, dont il s'est fait l'instrument; il produit des œuvres dont la force et la durée étonnent la raison.

Je supplie tout lecteur attentif de vouloir bien regarder autour de lui; jusque dans les moindres objets, il trouvera la démonstration de ces grandes vérités. 11 n'est pas nécessaire de remonter au fils cFIsmaël, à Lycurgue, à Numa , à Moïse, dont les législations furent toutes religieuses; une fête populaire, une danse rustique, suffisent à l'observateur. Il verra dans quel-

SUR LA FRANCE. Ji

ques pays protestants certains rassemblements, certaines réjouissances populaires, qui n'ont plus de causes apparentes, et qui tiennent à des usages catholiques absolument oubliés. Ces sortes de fêtes n'ont en elles-mêmes rien de moral, rien de respectable : n'importe; elles tiennent, quoique de très-loin , à des idées religieuses ; c'en est assez pour les perpétuer. Trois siècles n'ont pu les faire oublier.

Mais vous, maîtres de la terre! princes, rois, empereurs, puissantes majestés, invincibles conquérants ! essayez seulement d'amener le peuple un tel jour de chaque année, dans un endroit marqué , pour y danser. Je vous demande peu, mais j'ose vous donner le défi solennel d'y réussir , tandis que le plus humble missionnaire y parviendra, et se fera obéir deux mille ans après sa mort. Chaque année, au nom de Saint Jean, de Saint Martin, de Saint Benoît, etc., le peuple se rassemble autour d'un temple rustique: il arrive, animé d'une allégresse bruyante et cependant innocente. La religion sanctifie la joie, et la joie embellit la religion : il oublie ses peines; il pense, en se retirant, a' plaisir qu'il aura l'année suivante au mêmejour> et ce jour pour lui est une date (i.)

(1) Ludis publicis,.. popularem lœtUiam in cantu et fidibus et Ubfit ntoderantif , bamcle cuu divum uoxore juncd.nto. Cic. De Log. II. 9.

Page 1