J^ CONSIDERATIONS
A c6të de ce tableau, placez celui des maîtres de la France, qu'une révolution inouïe a revêtus de tous les pouvoirs, et qui ne peuvent organiser une simple fête. Ils prodiguent l'or, ils appellent tous les arts à leur secours, et le citoyen reste chez lui, ou ne se rend à l'appel que pour rire des ordonnateurs. Ecoutez le dépit de l'impuissance! écoutez ces paroles mémorables d'un de ces députes du peuple, parlant au corps législatif dans une séance du mois de janvier 1 796 : « Quoi donc ! s'écriait-il , des w hommes étrangers à nos mœurs , à nos usait ges, seraient parvenus à établir des fêtes ri « dicules pour des événements inconnus, en « l'honneur d'hommes dont l'existence est un i( problème ! Quoi ! ils auront pu obtenir l'emtt ploi de fonds immenses, pour répéter chaque « jour, avec une triste monotonie, des céré- . c( monies insignifiantes et souvent absurdes ! <c et les hommes qui ont renversé la Bastille et a le Trône, les hommes qui ont vaincu l'Eu- « rope, ne réussiront pointa conserver, par des « fêtes nationales , le souvenir des grands évé- « nements qui immortalisen t notre révolution!»
O délire ! 6 profondeur de la faiblesse humaine! Législateurs , méditez ce grand aveu; il vous apprend ce que vous êtes et ce que vous pouvez.
Maintenant , que nous faut-il de plus pour
SUR LA FUAJVCE. 73
juger le système français? Si sa nullité n'est pas claire, il n'v a rien de certain dans Tunivers.
Je suis si persuadé des vérités que je défends, que lorsque je considère l'affaiblissement général des principes moraux, la divergence des opinions, l'ébranlement des souverainetés qui manquent de base, l'immensité de nos besoins et l'inanité de nos moyens, il me semble que tout vrai pbilosophe doit opter entre ces deux hypothèses, ou qu'il vase former une nouvelle religion, ou que le christianisme sera rajeuni de quelque manière extraordinaire. C'est entre ces deux suppositions qu'il faut choisir, suivant le parti qu'on a pris sur la vérité du christianisme.
Cette conjecture ne sera repoussée dédaigneusement que par ces hommes à courte vue , qui ne croient possible que ce qu'ils voient. Quel homme de l'antiquité eût pu prévoir le christianisme? et quel homme étranger à cette religion eût pu, dans ses commencements, en prévoir les succès ? Comment savons-nous qu'une grande révolution morale n'est pas commencée? Pline, comme il est prouvé par sa fameuse lettre, n'avait pas la moindre idée de ce géant dont il ne voyait que l'enfance.
Mais quelle foule d'idées viennent m'assaillir dans ce moment, et m'élèvent aux plus hautes contemplations !
La céwéhation présente est témoin de Tini
']t\ CONSIDÉRATIONS
des plus grands spectacles qui jamais ait occupé l'œil humain : c'est le combat à outrance du christianisme et du philosophisme. La lice est ouverte, les deux ennemis sont aux prises , et l'univers regarde.
On voit , comme dans Homère, le père des Dieux et des hommes soulevant les balances qui pèsent les deux grands intérêts; bientôt Fun des bassins va descendre.
Pour rhomme prévenu , et dont le cœur surtout a convaincu la tête, les événements ne prouvent rien; le parti étant pris irrévocablement en oui ou en non, l'observation et le raisonnement sont également inutiles. Mais vous tous, hommes de bonne foi, qui niez ou qui doutez, peutêtre que cette grande époque du christianisme fixera vos irrésolutions. Depuis dix-huit siècles, il règne sur une grande partie du monde et particulièrement sur la portion la plus éclairée du globe. Cette religion ne s'arrête pas même à cette époque antique : arrivée à son fondateur, elle se noue à un autre ordre de choses, aune religion typique qui l'a précédée. L'une ne peut être vraie sans que l'autre le soit ; l'une se vante de promettre ce que l'autre se vante de tenir ; en sorte que celle-ci, par un enchaînement qui est un fait visible , remonte à l'origine du monde.