‹ Considérations sur la France (volume 5)Chapitre 20 sur 33 · CF. II · texte numérisé non relu

CF. II

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en classant les hommes, calmer les esprits agités, et créer subitement autour du pouvoir celte enceinte magique qui en est la véritablegardienne. Il est encore une réflexion qui doit être sans cesse devant les yeux des Français qui font portion des autorités actuelles, et que leur position met à même d'influer sur le rétablissement de la monarchie. Les plus estimables de ces hommes ne doivent point oublier qu'ils seront entraînés, plus tôt ou plus tard, par la force des choses; que le temps fuit, et que la gloire leur échappe. Celle dont ils peuvent jouir est une gloire de comparaison : ils ont fait cesser les massacres; ils ont tâché de sécher les larmes de la nation : ils brillent, parce qu'ils ont succédé aux plus grands scélérats qui aient souillé ce globe; mais lorsque cent causes réunies auront relevé le trône, Vamnistie, dans la force du terme , sera pour eux; et leurs noms, à jamais obscurs, demeureront ensevelis dans Toubli. Qu'ils ne perdent donc jamais de vue l'auréole immortelle qui doit environner les noms des restaurateurs de la monarchie. Toute insurrection du peuple contre les nobles n'aboutissant jamais qu'à une création de nouveaux nobles, on voit déjà comment se formeront ces nouvelles races, dont les circonstances hâteront Tillustralion , et qui , dès leur berceau, pourront prétendre à tout.

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§ II. — Des Biens nationanx.

On CiTraye les Français de la restitution des biens nationaux; on accuse le roi de n'avoir osé toucher, dans sa déclaration, à cet article délicat. On pourrait dire à une très-grande partie de la nation : Que vous importe? et ce ne serait peut-être pas tant mai répondre. Mais pour n'avoir pas Tair d'éviter les difficultés, il vaut mieux observer que Tintérêt visible de la France, en général, à l'égard des biens nationaux, et même l'intérêt bien entendu des acquéreurs de ces biens, en particulier, s'accorde avec le rétablissement de la monarchie. Le brigandage exercé à l'égard de ces biens frappe la conscience la plus insensible. Personne croit à la légitimité de ces acquisitions ; et celui même qui déclame le plus éloquemment sur ce sujet, dans le sens de la législation actuelle, s'empresse de revendre pour assurer son gain. On n'ose pas jouir pleinement ; et plus les esprits se refroidiront, moins on osera dépenser sur ces fonds. Les bâtiments dépériront, et l'on n'osera de longtemps en élever de nouveaux : les avances seront faibles ; le capital de la France dépérira considérablement, il y a déjà beaucoup de mal dans ce genre, et reux qui ont pu réfléchir sur les abus de« dé^

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cr^^j", doivent comprendre ce que c'est qu'un décret jeté sur le tiers, peut-être, du plus puissant royaume de l'Europe.

Très-souvent, dans le sein du corps législatif, on a tracé des tableaux frappants de l'état déplorable de ces biens. Le mal ira toujours en augmentant, jusqu'à ce que la conscience publique n'ait plus de doute sur la solidité de ces acquisitions ; mais quel œil peut apercevoir cette époque?

A. ne considérer que les possesseurs, le premier danger pour eux vient du gouvernement. Qu'on ne s'y trompe pas, il ne lui est point égal deprendre ici ou là:le plus injuste qu'on puisse imaginer, ne demandera pas mieux que de remplir ses coffres en se faisant le moins d'ennemis possible. Or, on sait à quelles conditions les acheteurs ont acquis; on sait de quelles manœuvres infâmes, de quel agio scandaleux ces biens ont été l'objet. Le vice primitif et continué de l'acquisition est indélébile à tous les yeux; ainsi le gouvernement français ne peut ignorer qu'en pressurant ces acquéreurs, il aura l'opinion publique pour lui, et qu'il ne sera injuste que pour eux; d'ailleurs, dans les gouvernements populaires, même légitimes, l'injustice n'a point de pudeur; on peut juger de ce qu'elle sera en France, où le gouvernement, variable comme les personnes, et

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Kiianquaut d'identité, ne croit jamais revenir sur son propre ouvrage en renversant ce qui est fait.

Il tombera donc sur les biens nationaux dès qu'il pourra. Fort de la conscience, et ( ce qu'il ne faut pas oublier ) de la jalousie de tous ceux qui n'en possèdent pas, il tourmentera les possesseurs, ou par de nouvelles ventes modifiées d'une certaine manière, ou par des appels généraux en supplément de prix, ou par des impôts extraordinaires; en un mot,ils ne seront jamais tranquilles.

Mais tout est stable sous un gouvernement stable; en sorte qu'il importe même aux acquéreurs des biens nationaux que la monarchie soit rétablie, pour savoir à quoi s'en tenir. C'est bien mal à propos qu'on a reproché au roi de n'avoir pas parlé clair sur ce point dans sa déclaration ; il ne pouvait le faire sans une extrême imprudence. Une loi sur ce point ne sera peut-être pas, quand il en sera temps , le tour de force de la législation.

Mais il faut se rappeler ici ce que j'ai dit dans le chapitre précédent; les convenances de îelleou telleclasse d'individus n'arrêteront point la contre-révolution. Tout ce que je prétends prouver, c'est qu'il leur importe que le petit nombre d'hommes qui peut influer sur ce grand événement, n'attende pas que les abus accu^^

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inulës de Fanarchie le rendent inévitable, et ramènent brusquement; car plus le roi sera nécessaire, et plus le sort de tous ceux qui ont gagné à la révolution doit être dur.

§ m. — Des Vengeances.

Un autre épouvantail, dont on se sert pour faire redouter aux Français le retour de leur roi, ce sont les vengeances dont ce retour doit être accompagné.

Cette objection, comme les autres, est surtout faite par des hommes d'esprit qui n'y croient point ; il est cependant bon de la discuter en faveur des honnêtes gens qui la croient fondée.

Nombre d'écrivains royalistes ont repoussé, comme une insulte, ce désir de vengeance qu'on suppose à leur parti; un seul va parler pour tous : je le cite pour mon plaisir et pour celui de mes lecteurs. On ne m'accusera pas de le choisir parmi les royalistes à la glace.

« Sous l'empire d'un pouvoir illégitime, les •< plus horribles vengeances sont à craindre î K car qui aurait le droit de les réprimer ? La vici( time ne peut invoquer à son aide l'autorité « des lois qui n'existent pas, et d'un gouverne nement qui n'est que l'œuvre du crime et de « l'usurpation.

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« Il en est tout autrement d'un gouvernement assis sur ses bases sacrées, antiques, légitimes^ il aie droit d'étouffer les plus justes vengeances, et de punir à l'instant du glaive des lois quiconque se livre plus au sentiment de la nature qu'à celui de ses devoirs. « Un gouvernement légitime a seul le droit de proclamer l'amnistie et les moyens de la faire observer.

« Alors, il est démontré que le plus parfait, le plus pur des royalistes, le plus grièvement outragé dans ses parents, dans ses propriétés, doit être puni de mort, sous un gouver-

'■ nement légitime, s'il ose venger lui-même ses propres injures, quand le roi lui en s commandé le pardon.

« C'est donc sous un gouvernement fondé sur nos lois que l'amnistie peut être sûrementaccordée , et qu'elle peut être sévèrement observée.

« Ali ! sans doute, il serait facile de discuter jusqu'à quel point le droit du roi peut éten-

^ dre une amnistie. Les exceptions que prescris

^ le premier de ses devoirs sont bien évidentes.

• Tout ce qui fut teint du sang de Louis XYI n'a de grâce à espérer que de Dieu; mais qui oserait ensuite tracer d'une main sure les limites où doivent s'arrêter l'amnistie et la clémence du roi? Mon cœur et ma plume .s'y

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« refusent également. Si quelqu'un ose jamais « écrire sur un pareil sujet, ce sera, sans doute, « cet homme rare et unique peut-être, s'il « existe , qui lui-même n'a jamais failli dans le « cours de cette horrible révolution, et dont « le cœur, aussi pur que la conduite, n'eut ja- « mais besoin de grâce (i).»

La raison et le sentiment ne sauraient s'exprimer avec plus de noblesse. Il faudrait plaindre Fhomme qui ne reconnaîtrait pas, dans ce morceau , Paccent de la conviction.

Dix mois après la date de cet écrit, le roi a prononcé dans sa déclaration ce mot si connu et si digne de l'être : Qui oserait se venger quand le roi pardonne?

Il n'a excepté de l'amnistie que ceux qui votèrent la mort de Louis XVI, les coopérateurs, les instruments directs et immédiats de son supplice, et les membres du tribunal révolutionnaire qui envoya à Téchafaud la reine et madame Elisabeth. Cherchant même à restreindre Fanalhème à l'égard des premiers, autant que la conscience et l'honneur le lui permettaient , il n'a point mis au rang des parricides ceux dont il est permis de croiiequ ils ne se mêlèrent aux assassins de Louis XV I que dans le dessein de le sauver.

(i) Observations sur la conduite des puissances coalisées , par M. le comte d'Antraigues ; avant-propos, pag. xxxiv et suiv.

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A regard même de ces monstres y que la pos-lérité ne nommera quauec horreur, le roi s'est contenté de dire , avec autant de mesure que de justice , que la France entière appelle sur leurs têtes le glaive de la justice.

Par cette phrase, il n'est point privé du droit de faire grâce en particulier : c'est aux coupables à voir ce qu'ils pourraient mettre dans la balance pour faire équilibre à leur forfait. Monk se servit d'Ingolsby pour arrêter Lambert. On peut faire encore mieux qu'Ingolsby.

J'observerai de plus , sans prétendre affaiblir la juste horreur qui est due aux meurtriers de Louis XVI , qu'aux yeux de la justice divine tous ne sont pas également coupables. Au moral, comme au physique, la force de la fermentation est en raison des masses fermentantes. Les soixante-dix jugesj de Charles Y^ étaient bien plus maîtres d'eux-mêmes que les juges de Louis XVL II y eut certainement parmi ceux-ci des coupables bien délibérés, qu'il est impossible de détester assez ; mais ces grands coupables avaient eu l'art d'exciter une telle terreur, ils avaient fait sur les esprits moins vigoureux une telle impression, que plusieurs députés, je n'en doute nullement, furent privés d'une partie de leur libre arbitre. Il est difficile de se former une idée nette du délire in-

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