CF
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tante de sang, et en criant à haute voix 1 Foilà la tête (Tun trattrel pag. iSa et i33.
Ce prince mérita plutôt le titre de bon que celui de grand. Quelquefois il nuisit aux affaires en déférant mal à propos à l'avis des personnes d'une capacité inférieure à la sienne. Il était plus propre à conduire un gouvernement régulier et paisible, qu'à éluder ou repousser les assauts d'une assemblée populaire, pag. 1 36; mais, s'il n'eut pas le courage d'agir, il eut toujours celui de souffrir. Il naquit, pour son malheur, dans des temps difficiles ; et, s'il n'eut point assez d'habileté pour se tirer d'une position aussi embarrassante, il est aisé de l'excuser, puisque même après l'événement, où il est communément aisé d'apercevoir toutes les erreurs , c'est encore un grand problème de savoir ce qu'il aurait dû faire, pag. 137. Exposé sans secours au choc des passions les plus haineuses et les plus implacables, il ne lui fut jamais possible de commettre la moindre erreur sans attirer sur lui les plus fatales conséquences; position dont la difficulté passe les forces du plus grand talent, pag. 137.
On a voulu jeter des doutes sur sa bonne foi : mais l'examen le plus scrupuleux de sa conduite, qui est aujourd'hui parfaitement connue, réfute pleinement cette accusation; au contraire, si l'on considère les circonstances excès-
SLR LA FRANCE. t^'ô
sivement épineuses dont il se vit entoure , si l'on compare sa conduite à ses déclarations, on sera forcé d'avouer que l'honneur et la probité formaient la partie la plus saillante de son caractère, p. iSy.
La mort du roi mit le sceau à la destruction de la monarchie. Elle fut anéantie par un décret exprès du corps législatif. On grava un sceau national, avec la légende : l'an premier de LA LIBERTÉ. Toutcs Ics formcs changèrent, et le nom du roi disparut de toute part devant ceux des représentants du peuple, p. 142. Le banc du roi s'appela le banc national. La statue du roi élevée à la Bourse fut renversée; et l'on grava ces mots sur le piédestal : Exiit
TTRANNUS REGUM ULTIMUS , p. l43.
Charles, en mourant, laissaà ses peuples une image de lui-même ( eikûn basiaikh ) dans cet écrit fameux, chef-d'œuvre d'élégance , de candeur et de simplicité. Cette pièce, qui ne respire que la piété, la douceur et l'humanité, fît une impression profonde sur les esprits. Plusieurs sont allés jusqu'à croire que c'est à elle qu'il fallait attribuer le rétablissement de la monarchie, p. 146.
Il est rare que le peuple gagne quelque chose aux révolutions qui changent la forme des gouvernements , par la raison que le nouvel établissement, nécessairement jaloux et défiant,
1 9^ CONSIDÉR A.TIONS
a besoin, pour se soutenir, de plus de défense et de sévérité que l'ancien , p. too.
Jamais la vérité de cette observation ne s'était fait sentir plus vivement que dans cette occasion. Les déclamations contre quelques abus dans l'administration de la justice et des finances avaient soulevé le peuple; et, pour prix de la victoire qu'il obtint sur la monarchie, il se trouva chargé d'une foule d'impôts inconnus jusqu'à cette époque. A peine le gouvernement daignait-il séparer d'une ombre de justice et de liberté. Tous les emplois furent confiés à la plus abjecte populace, qui se trouvait ainsi élevée au-dessus de tout ce qu'elle avait respecté jusqu'alors. Des hypocrites se livraient à tous les genres d'injustices sous le masque de la religion, p. TOO. Ils exigeaient des emprunts forcés et exorbitants de tous ceux qu'ils déclaraient suspects. Jamais l'Angleterre n'avait vu de gouvernement aussi dur et aussi arbitraire que celui de ces patrons de la liberté, p. 1 12 , 1 13.
Le premier acte du long parlement avait été un serment , par lequel il déclara qu'il ne pouvait être dissous, p. 181.
La confusion générale qui suivit la mort du roi, ne résultait pas moins de l'esprit d'innovation, qui était la maladie du jour, que de la destruction des anciens pouvoirs. Chacun voulait faire sa république; chacun avait ses plans,
qu^il voulait faire adopter à ses concitoyens par force ou par persuasion : mais ces plans n'étaient que des chimères étrangères à Fexpérience, et qui ne se recommandaient à la foule que par le jargon à la mode et Féloquence populacière, p. 147- Les égaliseurs rejetaient toute espèce de dépendance et de subordination (1). Une secte particulière attendait le règne de raille ans (2) 5 les Jntinomiens soutenaient que les obligations de la morale et delà loi naturelle étaient suspendues. Un parti considérable prêchait contre les dîmes et les abus du sacerdoce : ils prétendaient que l'état ne devait protéger ni solder aucun culte, laissant à chacun la liberté de payer celui qui lui conviendrait le mieux. Du reste, toutes les religions étaient tolérées, excepté la catholique. Un autre parti invectivait contre la jurisprudence du pays, et contre les maîtres qui l'enseignaient; et sous le prétexte de simplifier l'administration de la justice, il proposait de renverser tout le système de la législation anglaise , comme trop liée au gouvernement monarchique, p. i48. Les républi-
(1) ^ous vouîom un gouvernement, .... oh leê distinctions ne naissent que de l'égalité même; oU le citoyen soit soumis au magistrat , le magistrat au peuple, et le peuple à la justice, Robespierre. Voyez k Moiiilcur (lu 7 février 1794.
(^} Il ne faut poiot passer légèrement sur ce irait de çuqrorroi^é.
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cains ardents abolirent les noms de baptême, pourleursubstituer des noms extravagants, analogues à l'esprit de la révolution , p. a/p. Ils décidèrent que le mariage, n'étant qu'un simple contrat, devait être célébré par-devant les magistrats civils, p. 242. Enfin, c'est une tradition en Angleterre, qu'ils poussèrent le fanatisme au point de supprimer le mot royaume dans l'oraison dominicale, disant : Que voire république arrive. Quant à l'idée d'une propagande à l'imitation de celle de Rome, elle appartient à Cromwel, p. aSS,
Les républicains moins fanatiques ne se mettaient pas moins au-dessus de toutes les lois, de toutes les promesses, de tous les serments. Tous les liens de la société étaient relâchés, et les passions les plus dangereuses s'envenimaient davantage, en s'appuyant sur des maximes spéculatives encore plus antisociales, p. i48.
Les royalistes , privés de leurs propriétés et chassés de tous les emplois, voyaient avec horreur leurs ignobles ennemis qui les écrasaient de leur puissance ; ils conservaient, par principe et par sentiment, la plus tendre affection pour la famille de l'infortuné souverain, dont ils ne cessaient d'honorer la mémoire, et de déplorer la fin tragique.
D'un autre côté, les presbytériens, fonda-
SUR LA FRANCE. IQy
teurs de la république, dont l'influence avait fait valoir les armes du longparlement, étaient indignés de voir que le pouvoir leur échappait, et que, par la trahison ou l'adresse supérieure de leurs propres associés, ils perdaient tout le fruit de leurs travaux passés. Ce mécontentement les poussait vers le parti royaliste, mais sans pouvoir encore les décider : il leur restait de grands préjugés à vaincre ; il fallait passer sur bien des craintes, sur bien des jalousies, avant qu'il leur fût possible de s'occuper sincèrement de la restauration d'une famille qu'ils avaient si cruellement offensée.
Après avoir assassiné leur roi avec tant de formes apparentes de justice et de solennité, mais dans le fait avec tant de violence et même de rage, ces hommes pensèrent à se donner une forme régulière de gouvernement : ils établirent un grand comité ou conseild'état,qui était revêtu du pouvoir exécutif. Ce conseil commandait aux forces de terre et de mer : il recevait toutes les adresses, faisait exécuter les lois, et préparait toutes les affaires qui devaient être soumises au parlement, p. i5o, i5i. L'administration était divisée entre plusieurs comités, qui s'étaient emparés de tout, p. i34, et ne rendirent jamais de compte, pages i66,
Quoique les usurpateurs du pouvoir, par
aOO CONSIDERATIONS
leur caractère et par la nature des instruments qu'ils employaient, fussent bien plus propres aux entreprises vigoureuses qu'aux méditations de la législature, p. 209, cependant l'assemblée en corps avait l'air de ne s'occuper que de la législation du pays. A l'en croire, elle travaillait à un nouveau plan de représentation, et dès qu'elle aurait achevé la constitution, elle ne tarderait pas de rendre au peuple le pouvoir dont il était la source, p. i5i.
En attendant, les représentants du peuple jugèrent à propos d'étendre les lois de hautetrahison fort au delà des bornes fixées par l'ancien gouvernement. De simples discours, des intentions même, quoiqu'elles ne se fussent manifestées par aucun acte extérieur, portèrent le nom de conspiration. Affirmer que le gouvernement actuel n'était pas légitime; soutenir que l'assemblée des représentants ou le comité exerçaient un pouvoir tyrannique ou illégale; chercher à renverser leur autorité, ou exciter contre eux quelque mouvement séditieux, c'était se rendre coupable de haute-trahison. Ce pouvoir d'emprisonner dont on avait privé le roi, on jugea nécessaire d'en investir le comité, et toutes les prisons d'Angleterre furent remplies d'hommes que les passions du parti dominant présentaient comme suspects, p. i63.
C'était une grande jouissance pour les nou-^ veaux maîtres de dépouiller les seigneurs de leurs noms de terre; et lorsque le brave Mon- Irose fut exécutée en Ecosse, ses juges ne manquèrent pas de rappeler Jacques Graham^^. i8o.
Outre les impositions inconnues jusqu'alors et continuées sévèrement, on levait sur le peuple quatre-vingt-dix mille livres sterlings par mois , pour l'entretien des armées. Les sommes immenses que les usurpateurs du pouvoir tiraient des biens de la couronne, de ceux du clergé et des royalistes, ne suffisaient pas aux dépenses énormes, ou , comme on le disait, aux déprédations à\M^div\e\nenX. et de ses créatures, p. i63, 164.
Les palais du roi furent pillés, et son mobilier fut misa l'encan; ses tableaux, vendus à vil prix, enrichirent toutes les collections de TEurope; des portefeuilles qui avaient coûté 5o,ooo guinées, furent donnés pour 3oo, p. 388. Les prétendus représentants du peuple n'avaient, dans le fond, aucune popularité. Incapables de pensées élevées et de grandes conceptions, rien n'était moins fait pour eux que le lôle de législateurs. Egoïstes et hypocrites, ils avançaient si lentement dans le grand œuvre Ae la constitution, que la nation commença à craindre que leur intention ne fût de se per-
â02 CONSIDÉRATIONS
pétuer clans leurs places, et de partager le pouvoir entre soixante ou soixante-dix personnes, qui s'intitulaient les représentants de la république anglaise. Tout en se vantant de rétablir la nation dans ses droits, ils violaient les plus précieux de ces droits, dont ils avaient joui de temps immémorial : ils n'osaient confier leurs jugements de conspiration à des tribunaux réguliers qui auraient mal servi leurs vues : ils établirent donc un tribunal extraordinaire, qui recevait les actes d'accusation portés par le comité, p. ao6, 207. Ce tribunal était composé d'hommes dévoués au parti dominant, sans noms, sans caractère, et capables de tout sacrifier à leur sûreté et à leur ambition.
Quant aux royalistes pris les armes à la main, un conseil militaire les çnvoyait à la mort, p. 207.
La faction qui s'était emparée du pouvoir disposait d'une puissante armée; c'était assez pour cette faction , quoiqu'elle ne formât que la très-petite minorité de la nation, p. 149. Telle est la force d'un gouvernement quelconque une fois établi , que cette république, quoique fondée sur l'usurpation la plus inique et la plus contraire aux intérêts du peuple, avait cependant la force de lever, dans toutes les piovinces, des soldats nationaux, qui venaient se mêler aux troupes de ligne pour comballre dç
SUR LA FllAUCE. 20 3
loutes leurs forces le parti du roî, p. 199. La garde nationale de Londres se battit à Newburg aussi bien que les vieilles bandes (en i643). Les officiers prêchaient leurs soldats, etles nouveaux républicains marchaient au combat en chantant des hymnes fanatiques, p. i3.
Une armée nombreuse avait le double effet de maintenir dans l'intérieur une autorité despotique, et de frapper de terreur les nations étrangères. Les mêmes mains réunissaient la force des armes et la puissance financière. Les dissensions civiles avaient exalté le génie militaire de la nation. Le renversement universel, produit par la révolution, permettait à des hommes nés dans les dernières classes de la société , de s'élever à des commandements militaires dignes de leur courage et de leurs talents, mais dont l'obscurité de leur naissance les aurait à jamais écartés dans un autre ordre de choses, p. 209. On vit un homme, âgé de cinquante ans (Blake), passer subitement du service de terre à celui de mer, et s'y distinguer de la manière la plus brillante , p. 2 ro. Au milieu des scènes, tantôt ridicules et tantôt déplorables, que donnait le gouvernement civil, la force militaire était conduite avec beaucoup de vigueur, d'ensemble et d'intelligence, et jamais l'Angleterre ne s'était montrée si redoutable aux yeux des puissances étrangères, p. 248.
ao/J CONSIDÉRATIONS
Un gouvernement entièrement militaire et despotique est presque sûr de tomber, au bout de quelque temps, dans un état de langueur et d*impuissance; mais, lorsqu'il succède immédiatement à un gouvernement légitime, il peut dans les premiers moments déployer une force surprenante; parce qu'il emploie avec violence les moyens accumulés par la douceur, Cest le spectacle que présenta l'Angleterre à cette époque. Le caractère doux et pacifique de ses deux derniers rois, l'embarras des finances et la sécurité parfaite où elle se trouvait à l'égard de ses voisins, lavaient rendue inattentive sur la politique extérieure; en sorte que l'Angleterre avait, en quelque manière, perdu le rang qui lui appartenait dans le système général de l'Europe; mais le gouvernement républicain le lui rendit subitement, p. 263. Quoique la révolution eût coûté des flots de sang à l'Angleterre, jamais elle ne parut si formidable à ses voisins, p. 209, et à toutes nations étrangères, p. 248. Jamais, durant les règnes des plus justes et des plus braves de ses rois, son poids dans la balance politique ne fut senti aussi vivement que sous l'empire des plus violents et des plus odieux usurpateurs, p. 268.
Le parlement, enorgueilli par ses succès., pensait que rien ne pouvait résister à l'effort dp èes armes; il traitait avec la plus grande hau-
leur les* puissances du second ordre; et pour des offenses réelles ou prétendues, il déclarait la guerre, ou exigeait des satisfactions solennelles, p. 221.
Ce fameux parlement , qui avait rempli l'Europe du bruit de ses crimes et de ses succès, se vit cependant enchaîné par un seul homme, p. 128; et les nations étrangères ne pouvaient s'expliquer à elles-mêmes comment un peuple si turbulent, si impétueux, qui, pour reconquérir ce qu'il appelait ses droits usurpés , avait détrôné et assassiné un excellent prince, issu d'une longue suite de rois; comment, dis-je, ce peuple était devenu l'esclave d'un homme naguère inconnu de la nation, et dont le nom était à peine prononcé dans la sphère obscure où il était né, p. 236 (i).
Mais cette même tyrannie ^ qui opprimait l'Angleterre au dedans, lui donnait au dehors une considération dont elle n'avait pas joui depuis l'a van t-der nier règne. Le peuple anglais semblait s'ennoblir par ses succès extérieurs,
(1) Les hommes qui réglaient alors les aiïaires étaient si étrangers aux talents de la législation , qu'on les vit fabriquer en quatre jours l'acte constitutionnel qui plaça Crorawel à la tête de la république. Ibid, , pag. 245.
On peut se rappeler à ce sujet cette constitution de 1793, faite en quelques jours par quelques jeunes gens y comme on l'a dit à Paris après la chute des ouvriers.
ao6 CONSIDÉRATIONS
à mesure qu'il s avilissait chez lui par le joug qu'il supportait; et la vanité nationale, flattée par le rôle imposant que l'Angleterre jouait au dehors , souffrait moins impatiemment les cruautés et les outrages qu'elle se voyait forcée de dévorer, pag. 280, 281.
Il semble à propos de jeter un coup d'œil sur l'état général de l'Europe à cette époque, et de considérer les relations de l'Angleterre , et sa conduite envers les puissances voisines^ pag. 262.
Richelieu était alors premier ministre de France. Ce fut lui qui , par ses émissaires , attisa en Angleterre le feu de la rébellion. Ensuite, lorsque la cour de France vit que les matériaux de l'incendie étaient suffisamment combustibles , et qu'il avait fait de grands progrès , elle ne jugea plus convenable d'animer les Anglais contre leur souverain ; au contraire , elle offrit sa médiation entre le prince et ses sujets, et soutint avec la famille royale exilée les relations diplomatiques prescrites par la décence , pag. 264.
Dans le fond, cependant, Charles ne trouva aucune assistance à Paris, et même on n'y fut pas prodigue de civilités à son égard , p. 1 70 et 266.
On vit la reine d'Angleterre , fille de Henri IV,
(enir le lit à Paris, au milieu de ses parents, faute de bois pour se chauffer, pag. 266.
Enfin, le roi jugea à propos de quitter la France, pour s'éviter Fhumiliation d'en recevoir Tordre, pag. 267.
L'Espagne fut la première puissance qui reconnut la république , quoique la famille royale fût parente de celle d'Angleterre. Elle envoya un ambassadeur à Londres, et en reçut un du parlement, pag. 268.
La Suéde étant alors au plus haut point de sa grandeur, la nouvelle république rechercha son alliance et l'obtint, pag. 263.
Le roi de Portugal avait osé fermer ses ports à l'amiral républicain; mais bientôt, effrayé par ses pertes et par les dangers terribles d'une lutte trop inégale , il fit toutes les soumissions imaginables à la fîère république, qui voulut bien renouer l'ancienne alliance de l'Angleterre et du Portugal.
En Hollande, on aimait le roi, d'autant plus qu'il était parent de la maison d'Orange, extrêmement chérie du peuple hollandais. On plaignait d'ailleurs ce malheureux prince , autant qu'on abhorrait les meurtriers de son père. Cependant la présence de Charles , qui était venu chercher un asile en Hollande, fatiguait les états généraux, qui craignaient de se compromettre avec ce parlement si redoutable
loS CONSIDÉRATIONS
par son pouvoir, et si heureux dans ses entreprises. Il y avait tant de danger à blesser des hommes si hautains, si violents, si précipités dans leurs résolutions, que le gouvernement crut nécessaire de donner une preuve de déférence à la république, en écartant le rci , pag. 169.
On vitMazarin employer toutes les ressources de son génie souple et intrigant, pour captiver l'usurpateur, dont les mains dégouttaient encore du sang d'un roi, proche parent de la famille royale de France. On le vit écrire à Cromwel : Je regrette que les affaires m'empêchent daller en Angleterre présenter mes respects en personne au plus grand homme du monde ^ pag. Soy.
On vit ce même Cromweî traiter d'égal à égal avec le roi de France , et placer son nom avant celui de Louis XIV dans la copie d'un traité entre les deux nations , qui fut envoyée en Angleterre, pag. 268 (note).
Enfin, on vit le prince Palatin accepter un emploi ridicule et une pension de huit mill livres sterlings, de ces mêmes hommes qui avaient égorgé son oncle, pag. ^63 ( note ).
Tel était l'ascendant de la république à Fexlérîeur.
Au dedans d'elle-même, l'Angleterre renfermait un grand nombre de personnes qui se
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faisaient un principe de s'attacher au pouvoir du moment, 'et de soutenir le gouvernement établi, quel qu'il fût , pag. i3g. A la tête de ce système était l'illustre et vertueux Blake, qui disait à ses marins : Notre dei^oir irn^ariable est de nous battre pour notre patrie , sans nous embarrasser en quelles mains réside le gouverne -^ ment, pag. 279.
Contre un ordre de choses aussi bien établi', les royalistes ne firent que de fausses entreprises, qui tournèrent contre eux. Le gouvernement avait des espions de tous côtés j et il n'était pas fort difficile d'éventer les projets d'un parti plus distingué par son zèle et sa fidélité que par sa prudence et par sa discrétion, pag* 259. Une des grandes erreurs des royalistes était de croire que tous les ennemis du gouvernement étaient de leur parti : ils ne voyaient pas que les premiers révolutionnaires, dépouillés du pouvoir par une faction nouvelle, n'avaient pas d'autre cause de mécontentement, et qu'ils étaient encore moins éloignés du pouvoir actuel que de la monarchie , dont le rétablissement les menaçait des plus terribles vengeances , pag. 259.
La situation de ces malheureux, en Angleterre, était déplorable. On ne demandait pas mieux à Londres que ces conspirations imprudentes , qui justifiaient les mesures les plus c. F. 14
I y ran niques, pag. a6o. Les royalistes furent emprisonnés : on prit la dixième partie de leurs biens, pour indemniser la république des frais que lui coûtaient les attaques hostiles de ses ennemis. Ils ne pouvaient se racheter que par des sommes considérables; un grand nombre fut réduit à la dernière misère. Il suffisait d'être suspect pour être écrasé par toutes ces exactions, pag. 260 , 261.
Plus de la moitié des biens meubles et immeubles, rentes et revenus du royaume, était séquestrée. On était touché de la ruine et de la désolation d'une foule de familles anciennes et honorables, ruinées pour avoir fait leur devoir, pag. 66 , 67. L'état du clergé n'était pas moins déplorable : plus de la moitié de ce corps était éduit à la mendicité, sans autre crime que son attachement aux principes civils et religieux, garantis par les lois sous l'empire desquelles ils avaient choisi leur état, et par le refus d'un serment qu'ils avaient en horreur, pag. 67.
Le roi, qui connaissait l'état des choses et des esprits , avertissait les royalistes de se tenir en repos, et de cacher leurs véritables sentiments sous le masque républicain, pag. a54. Pour lui, pauvre et négligé , il errait en Europe, changeant d'asile suivant les circonstances , et se consolant de ses calamités présentes par l'espoir d'un meilleur avenir, pag. ï5a.
Mais la cause de ce malheureux monarque paraissait à l'univers entier absolument désespérée, pag. 341 9 d'autant plus que, poursceller ses malheurs, toutes les communes d'Angleterre venaient de signer, sans hésiter, l'engagement solennel de maintenir la forme actuelle du gouvernement, pag.SsS (i).Sesamis avaient été malheureux dans toutes les entreprises qu'ils avaient essayées pour son service, ibid. Le sang des plus ardents royalistes avait coulé sur l'échafaud; d'autres, en grand nombre, avaient perdu leur courage dans les prisons; tous étaient ruinés par les confiscations, les amendes et les impôts extraordinaires. Personne n'osait s'avouer royaliste; et ce parti paraissait si peu nombreux aux yeux superficiels, que si jamais la nation était libre dans son choix ( ce qui ne paraissait pas du tout probable), il paraissait très-douteux de savoir quelle forme de gouvernement elle se donnerait, pag. 342. Mais, au milieu de ces apparences sinistres, la fortune {pt)^^?x un retour extraordinaire, aplanissait au roi le chemin du trône, et le ramenait en paix et en triomphe au rang de ses ancêtres, pag. 34^.
(1) En 1659, une année avant la restauration! I ! Je m'iacliuc «lovant la volonté du peujile.
(S) Sans doute 1
^ l 'à CONSIDÉR A.TIO?f.S
Lorsque Mon k commença à meltre ses grands projets en exécution , la nation était tombée dans une anarchie complète. Ce général n'avait que six mille hommes , et les forces qu'on pouvait lui opposer étaient cinq fois plus fortes. Dans sa route à Londres, Télite des habitants de chaque province accourait sur ses pas, et le priait de vouloir bien être Tinstrument qui rendrait à la nation la paix, la tranquillité et la jouissance de ces franchises qui appartenaient aux Anglais par droit de naissance, et dont ils avaient été privés si longtemps par des circonstances malheureuses, pag. 352. On attendait surtout de lui la convocation légale d'un nouveau parlement, pag. 353. Les excès de la tyrannie et ceux de l'anarchie, le souvenir du passé, la crainte de l'avenir, l'indignation contre les excès du pouvoir militaire, tous ces sentiments réunis avaient rapproché les partis et formé une coalition tacite entre les royalistes et les presbytériens. Ceux-ci convenaient qu'ils avaient été trop loin , et les leçons de l'expérience les réunissaient enfin au reste de l'Angleterre pour désirer un roi, seul remède à tant de maux, pag. 333 , 353 (i).
(1) En 1659. Quatre ans plutôt, les royalistes, suivant ce raérn? historien , se trompaient lourdement", lorsqu'ils s'imaginaient que les ennemis du gouverncmenl claieul les amis du roi. Voyez ci-devaiw. Mg. 209,
SUR LA FliAKCE. ai3
Monk i/avait point cependant encore l'intention de répondre au vœu de ses concitoyens, pag. 353. Ce sera même toujours un problème de savoir à quelle époque il voulut un roi de bonne foi, pag. 345. Lorsqu'il fut arrivé à Londres, il se félicita, dans son discours au parlement , d'avoir été choisi par la Providence pour la restauration de ce corps, pag. 354. Il ajouta que c'était au parlement actuel qu'il appartenait de prononcer sur la nécessité d'une nouvelle convocation, et que, s'il se rendait aux vœux de la nation sur ce point important, il suffirait, pour la sûreté publique, d'exclure de la nouvelle assemblée les fanatiques et les royalistes , deux espèces d'hommes faites pour détruire le gouvernement ou la liberté , pag. 355.
Il servit même le long parlement dans une mesure violente, pag. 356. Mais, dès qu'il se fut enfin décidé pour une nouvelle convocation, tout le royaume fut transporté de joie. Les royalistes et les presbytériens s'embrassaient et se réunissaient pour maudire leurs tyrans , pag. 358. Il ne restait à ceux-ci que quelques hommes désespérés , pag. 353 (1).
(1) En 1660 ; mais eu 1655 ils crahjnatetu bien plut le rétoblm"mrnt de lu monarchie t qu'ils ne haissaiem le (jouvcnietnent élabiit (^•ag. 209.
ai4 CONSIDERATIONS
Les républicains décidés , et surtout les juges du roi , ne s'oublièrent pas dans cette occasion. Par eux ou par leurs émissaires, ils représentaient aux soldats que tous les actes de bravoure qui les avaient illustrés aux yeux du parlement, seraient des crimes à ceux des royalistes , dont les vengeances n'auraient point de bornes ; qu'il ne fallait pas croire à toutes les protestations d'oubli et de clémence; que l'exécution du roi, celle de tant de nobles, et l'emprisonnement du reste, étaient des crimes impardonnables aux yeux des royalistes , p. 366.
Mais l'accord de tous les partis formait un de ces torrents populaires que rien ne peut arrêter. Les fanatiques mêmes étaient désarmés; et, suspendus entre le désespoir et Fétonnement, ils laissaient faire ce qu'ils ne pouvaient empêcher, pag. 363. La nation voulait, ai^ec une ardeur infinie , quoique en silence, le rétablissement de la monarchie, ibid, (i). Les républicains, qui se trouvaient encore a cette époque maîtres du royaume (2) , voulurent alors parler de conditions et rappeler d'an-
(I) Mais l'année précédente, le pedtle signait, sam hésiter l'engagement de maintenir la république. Ainsi , il ne faut que 365 jpurs au plus, pour changer, dans le cœur de ce souverain, la huiiu ou î'indijffdrence en ardeur infime.
(2) Remarquez bien I
SLR LA FRANCE. 2 I !)
ciennes propositions; mais l'opinion publique réprouvait ces capitulations avec le souverain. L'idée seule de négociations et de délais effrayait des hommes harassés par tant de souffrances. D'ailleurs , l'enthousiasme de la liberté, porté au dernier excès, avait fait place, par un mouvement naturel, à un esprit général de loyauté et de subordination. Après les concessions faites à la nation par le feu roi , la constitution anglaise paraissait suffisamment consolidée, pag. 364.
Le parlement, dont les fonctions étaient sur le point d'expirer, avait bien fait une loi pour interdire au peuple la faculté d'élire certaines personnes à la prochaine assemblée, p. 365; car il sentait bien que, dans les circonstances actuelles, convoquer librement la nation, c'était rappeler le roi, pag. 36 1. Mais le peuple se moqua de la loi, et nomma les députés qui lui convinrent, pag. 365.
Telle était la disposition générale des esprits, lorsque...
Cœteru DSSiDEP.ANToa.
2l(^ CONSID^RA-TIOIVS
POSï-SCRIFrUM.
La nouvelle édition de cet ouvrage (ij touchait à sa fin , lorsque des Français dignes d'une entière confiance m'ont assuré que le livre du Développement des vrais principes, etc., que j'ai cité dans le chap. VIII, contient des maximes que le roi n'approuve point.
a Les magistrats, me disent-ils, auteurs du « livre en question, réduisent nos étals gé- (( néraux à la faculté de faire des doléances, et « attribuent aux parlements le droit exécutif « de vérifier les lois , celles même qui ont été « rendues sur la demande des états ; c'est-à-dire, « qu'ilsélèventla magistrature au-dessus delà « nation. »
J'avoue que je n'ai point aperçu celte erreur monstrueuse dans l'ouvrage des magistrats
(1) C'est la troisième eu cinq mois, en comptant la contrefaçon française qui vient de paraître. Celle-ci a copié fidèlement les innombrables fautes de la ^MTemicrc, et eu a ajouté d'autres.
français ( qui n'est plus à ma disposition ); elle me paraît même exclue par quelques textes de cet ouvrage, cités aux pages iio et ni du mien; et l'on a pu voir, dans la note de la page 1 1 6, que le livre dont il s'agit a fait naître des objections d'un tout aulre genre.
Si, comme on mel'assure, lesauteurs se sont écartés des vrais principes sur les droits légitimes de la nation française, je ne m'étonnerais point que leur travail, plein d'ailleurs d'excellentes choses, eût alarmé le roi; car les personnes mêmes qui n'ont point l'honneur de le connaître, savent, par une foule de témoignages irrécusables, que ces droits sacrés n'ont pas de partisan plus loyal que lui , et qu'on ne pourrait l'offenser plus sensiblement qu'en lui prêtant des systèmes contraires.
Je répète, que je n'ai lu le livre du Dévelopjtement, etc. dans aucune vue systématique. Séparé de mes livres depuis longtemps ; obligé d'employer , non ceux que je cherchais , mais ceux que je trouvais; réduit même à citer souvent de mémoire ou sur des notes prises anciennement, j'avais besoin d'un recueil de cette nature pour rassembler mes idées. Il me fut indiqué (je dois le dire) parle mal qu'eu disaient les ennemis de la royauté; mais s'il contient des erreurs qui m'ont échappé, je les désavoue sincèrement. Etranger à tous les sys-
ai 8 CONSIDÉRATIONS SUR LA FRANCE.
temes^ à tous les partis , à toutes les haines , par caractère, par réflexion, par position, je serai assurément très-satisfait de tout lecteur qui me lira avec des intentions aussi pures que celles qui ont dicté mon ouvrage.
Si je voulais, au reste, examiner la nature des djfiférenls pouvoirs dont se composait l'ancienne constitution française; si je voulais remonter à la source des équivoques, et présenter des idées claires sur l'essence, les fonctions , les droits, les griefs et les torts des parlements, je sorliraisdes homes à'unpost'Scri/)tu/n,même de celles de mon ouvrage, et je ferais d'ailleurs une chose parfaitement inutile. Si la nation française revient à son roi, comme tout ami de l'ordre doit le désirer; et si elle a des assemblées nationales régulières, les pouvoirs quelconques viendront naturellement se ranger à leur place, sans contradiction et sans secousse. Dans toutes les suppositions, les prétentions exagérées des parlements, les discussions et les querelles qu'elles ont fait naître, me paraissent appartenir entièrement à l'histoire ancienne.