G CONSIDÉRATIONS
\a Joi que le sacrifice de sa vie serait accepté par la Divinité, et qu'il pouvait faire équilibre à tous les maux qui menaçaient sa patrie (i).
Le christianisme est venu consacrer ce dogme, qui est infiniment naturel à l'homme, quoiqu'il paraisse difficile dV arriver par le rai«onnement.
Ainsi , il peut y avoir eu dans le cœur de Louis XVI, dans celui de la céleste Elisabeth , tel mouvement, telle acceptation capable de sauver la France.
On demande quelquefois à quoi servent ces austérités terribles, pratiquées par certains ordres religieux , et qui sont aussi des dévouements; autant vaudrait précisément demander à quoi sert le christianisme , puisqu^il repose tout entier sur ce même dogme agrandi , de l'innocence payant pour le crime.
L'autorité qui approuve ces ordres, choisit quelques hommes, et les isole du monde pour en faire des conducteurs.
Il n'y a que violence dans l'univers; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne, qui a dit que tout est bien, tandis que le mal a tout souillé, et que, dans un sens très-vrai, tout est
(I) riaculttm omuh deorum irœ» — Omnes minas pcricnlaque tliis, iupcris v\fahque in se inium vertit» Til. Liv. YIlî. î) vt iO.
mal^ puisque rien n'est à sa place. La note tonique du système de notre création ayant baissé, toutes les autres ont baissé proportionnellement, suivant les règles de Tharmonie. Tous les êtres gémissent (i) et tendent, avec effort et douleur, vers un autre ordre de choses.
Les spectateurs des grandes calamités humaines sont conduits surtout à ces tristes méditations; mais gardons-nous de perdre courage . il n'y a point de châtiment qui ne purifîej il n'y a point de désordre que I'amour éternel ne lourne contre le principe du mal. Il est doux, au milieu du renversement général, de pressentir les plans de la Divinité. Jamais nous ne verrons tout pendant notre voyage, et souvent nous nous tromperons ; mais dans toutes les sciences possibles, excepté les sciences exactes, ne sommes-nous pas réduits à conjecturer? Et si nos conjectures sont plausibles , si elles ont pour elles l'analogie, si elles s'appuient sur des idées universelles, si surtout elles sont consolantes et propres à nous rendre meilleurs, que leur manque-t-il? Si elles ne sont pas vraies ,
(1) Saint Paul aux Romains, VIIL 22 cl suiv.
le système de la Palingénésie de Charles Bonnet a quelques pointu de contact avec ce texte de saint Paul; mais celte idée ne l'a pas conduit à celle d'une dégradstion antérieure : elles s'accordeut cependa»} fort bien.
elles sont bonnes; ou plutôt, puisqu'elles soni bonnes, ne sont-elles pas vraies ?
Après avoir envisagé la révolution française sous un point de vue purement moral, je tournerai mes conjectures sur la politique, sans oublier cependant Tobjet principal de mon ouvrage.
SUR L\ Ï-RANCK. 49