‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 34 sur 78 · AUTRES BRANCHES DE LA CULTURE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

AUTRES BRANCHES DE LA CULTURE LITTÉRAIRE

amélioré, mais plutôt par les traditions diplomatiques ou à la faveur d'un courant d'opinion, que par le crédit accordé aux solutions des docteurs. Si cette manière de gagner du terrain est au fond la plus sûre et celle qui garantit le mieux les résultats acquis, il n'en faut pas moins rendre justice à l'initiative des écrivains spéculatifs et aux services que la pure théorie a rendus dans son temps. Une philosophie ai'mée à la légère, comme celle du dix- huitième siècle, n'en am'ait pu rendi^e de pareils.

— Grotius, dans son livre célèbre, ne traite pas seulement du droit international; il doit aborder et il aborde les questions capitales du droit politique et de la philosophie du droit ; et ce que nous voudrions faire remarquer à cette occasion, c'est la disposition générale des esprits au dixseptième siècle, à traiter toutes les questions politiques comme des cas de conscience, à 'faire du droit pohtique une sorte de branche de la casuistique. Nous exceptons, bien entendu, les philosophes comme Hobbes, dont la philosophie consiste précisément à nier l'idée du droit ou à ne lui attribuer d'autre valeur que celle que lui prêtent la force publique et les institutions sociales. Mais de telles doctrines répugnent alors au plus grand nombre des esprits spéculatifs, et surtout ce ne sont point celles qui acquièrent une importance historique en servant de ralliement aux partis. Or,^il importe de considérer qu'en entrant ainsi dans le domaine de la conscience et en en intéressant les délicatesses, non-seulement le droit politique acquiert une consécration, une valeur pratique que la sèche métaphysique ne lui donnerait pas. mais qu'il repousse des exagéiations et résout des antinomies dont la métaphysique toute seule ne se tirerait pas.

Ainsi la théorie du droit divin, telle que nous l'avons vu encore professer de nos jours en manière de métaphysique tranchante, absolue et hautaine, conduit bien vite à

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des conséquences extrêmes, choquantes par leur absurdité : car comment, dans le flux perpétuel des choses humaines, repousser les prescriptions séculaires, les incompatibilités devenues manifestes ; et comment fixer l'instant où l'illégitimité cesse, où la légitimité commence, où un pouvoir originairement usurpé, né de la révolte, de la violence ou de la fraude, reçoit à son tour la consécration du droit divin, devient une mission providentielle à laquelle tous doivent soumission el concours? Posez au contraire la question sous sa forme vraiment pratique, comme un cas de conscience, et l'on n'aura pas de peine à se tirer des conséquences absurdes; car, en pratique, l'absurde ne se présentera pas. Louis XIV n'aura pas à craindre les prétentions d'un descendant de Charlemagne ou de Clovis, ni la reine Victoria celles d'un plus proche agnat ou cognât des Stuarts, indûment écarté pour sa religion. Les conséquences extrêmes, sans être absurdes, ne seront pas moins évitées ; et tel croira devoir soumission et même respect au pouvoir établi, qui ne se croirait pas encore en droit de lui prêter son concours. Les casuistes politiques du dix-septième siècle ont à cet égard des distinctions très-sages, des ménagements que de plus superbes philosophes n'ont pas toujours observés. Certaines consciences peuvent pousser trop loin leurs scrupules : mais, tant qu'elles conservent des scrupules, c'est la marque d'un cas de conscience. Alors se présenteront les casuistes politiques avec des systèmes différents, dont on pourra contester les principes ou l'application, sans tomber de part ni d'autre dans l'exagération et dans l'absurde. Les uns enseigneront que la résistance à l'autorité légitime, investie de la plénitude de la souveraineté, est toujours un péché, quelque péché que le prince ou ses ministres commettent en faisant un mauvais usage de leur autorité; que le droit du légitime souverain est inamissible, et que le

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