‹ Considérations sur la méningite cérébro-spinale et particulièrement sur les récentes épidémies de BayonneChapitre 6 sur 33 · DEL TS · texte numérisé non relu

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autres casernes d'infanterie : Barnabègre et Château- Neuf. M. Gescawinp écrit à ce sujel: « Avec ses cages d'escalier tortueuses, ses chambres enchevèêtrées se commandant, de niveaux différents, quelques-unes non plafonnées, présentant des solives libres et des intervalles morts entre les solives et le plancher supérieur, ce casernement (la Citadelle) semble avoir été disposé tout exprès pour servir de réceptacle abrité, de milieu de culture, aux germes de maladie de toute espèce apportés par les généralions de soldats français ou étrangers qui s'y sont succédé depuis de longues années. » En 1839 et en 1840, MALAPERT avail également constaté que la Citadelle fournissait deux fois plus de méningitiques, bien qu’à cette époque le Château-Neuf parût moins salubre.

Quoi qu’il en soit de ces causes extérieures, les prédispositions individuelles semblent très neltes. La maladie affectionne le milieu militaire, en Suède et en Allemagne, Ja population civile a été plussouvent atteinteque la population militaire ; dans ce cas, ce sont les jeunes gens et surtout les enfants qui sont pris. À New-York (1872), sur 975 malades, il y eut plus de 700 enfants de moins de dix ans. Dans la grande épidémie des Landes et de Bayonne, la population civile ne fut pas épargnée; bien au contraire, elle subit les coups redoublés de la maladie; elle aurait même élé atleinte avant la garnison, d’après MarvauUD. En février 1897, quatre cas civils ont été observés en même lemps que les douze cas militaires : tous se rapportaient à des jeunes gens. Pendant la seconde manifestalion de la maladie, en décembre, on nota dix-neuf cas militaires et un seul cas civil : il s'agissait cette fois d’une fillette de dix ans,

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Tous les observateurs ont noté que, parmi les militaires, ce sont surtout les jeunes soldats qui sont frappés. Or, la double manifestation de 1897 confirme absolument cetterègle : en février, nous trouvons onze jeunes soldats pour un ancien ; en décembre, dix-sept jeunes soldats pour deux anciens, ce qui donne un total de vingt-huit recrues pour trois anciens, alors que la proportion des jeunes soldats vis-à-vis des anciens n’est que de 49 p. 100 dans le régiment. Pour expliquer cette prédilection de la maladie pour les recrues, M. GEescawinp émet l’hyÿpothèse du surmenage cérébral qu’éprouvent à leur début les jeunes soldats. Sur les vingt-huit jeunes soldats alteints, presque tous étaient ou absolument illettrés ou très peu leltrés ; on ne peut faire qu’une exception bien nette en faveur du nommé C.., sujet de l'observation IV, qui avail fait des études secondaires assez sérieuses. M. Gescawinn pense donc qu’ « il est permis de croire que les exercices et surtout les théories du début ont dû fatiguer ces cerveaux inhabilués au travail, lesquels ont présenté ainsi une résistance moins grande à l'attaque du germe morbide. » Nous sommes, pour notre part, d’auant plus disposé à admettre cette hypothèse que la maladie a laissé complètement indemne la caserne de Marrac occupée par 300 hommes du 14° bataillon d’artillerie à pied et qu’elle n’a pas touché davantage les quelque ouvriers d'administration casernés à la Citadelle : or on sait que les exercices des artilleurs et les travaux de ces ouvriers ont peu ou point de rapport avec ceux des fantassins. Nous ajouterons que ce fait est d'autant plus significatif que, la grippe ayant apparu en 1897 dans toutes les casernes, la constitution médicale était lamême partout.

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Un autre élément nous paraît devoir entrer ici en ligne de compte. Nous voulons parler de l'immunité. Les méningitiques observés étaient presque tous de vigoureux campagnards, très musclés, très bien nourris; avant leur entrée au régiment, ils avaient respiré l'air pur de la montagne ou de la lande; ils étaient donc bien moins immunisés, bien moins vaccinés contre les maladies infectieuses que les citadins ou mème les anciens soldats qui avaient déjà eu les uns un an, les autres deux ans pour s’acclimater.

Si l’on veut bien ajouter à tout cela le changement de vie, la nostalgie auxquels certains auteurs, Jourpan en parliculier ,accordaient un rôle prépondérant, on comprendra le pourquoi de cette prédilection de la maladie pour les nouveaux venus au régiment.

Faut-il tenir grand compte de la race? Sans doute, comme nous le faisait remarquer M. Canier, professeur agrégé au Val-de-Grâce, les Charentais ont élé atteints dans la proportion de 1, 4 p. 100, alors que les Landais el les Basques sont arrivés à la proportion de 2, 6 p. 100, et celte constatation, rapprochée de la grande épidémie de 1837 et de la persistance dela méningite cérébro-sptnale à Bayonne el dans les environs depuis cette époque, pourrait faire croire à une prédisposition des Landais et des Basques, d’autant que, dans la récente épidémie de la Rochelle (février 1899), ceux-ci ont encore payé un lourd tribut à la maladie. Mais nous ne pouvons être affirmatif sur ce sujet, car il n’y a peut-être là que des coïncidences ; d’ailleurs, ces Landais et ces Basques, parlant chez eux le patois gascon et le basque, et, parfois, ne connaissant pas un mot de français, se trouvent bien

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dans ces conditions de surmenage cérébral sur lesquelles nous avons déjà assez insisté.

Il nous reste à rechercher maintenant quels sont les modes de propagation de ja maladie; mais auparavant, nous devons nous demander si celle-ci n’est pas, pour ainsi dire, endémique danscertaines régions. On a noté,en elfet, que la méningite cérébro-spinale se réveille très souvent dans des endroits préalablement alteints, el ceci peuts’expliquer par la persistance des germes qui retrouveraient une vitalité nouvelle, lorsque réapparaissent les conditions favorables à leur développement. Certaines villes et,particulièrement, certaines garnisons, ont été alteintes à plusieurs reprises et à intervalles plus ou moinsréguliers. A Bayonne, par exemple, et cela, malgré les changements derégiments, la maladie n’a jamais complètement disparu depuis 1837. Il y avait eu, cette année-là, 33 décès à l'hôpital militaire, el les deux années suivantes 10 décès. En 1840, d'après le médecin-major du 37° de ligne, 26 hommes mouraient vers la fin de février ; puis l'épidémie faisait 59 nouvelles victimes jusqu’au mois de mars 1841; pendant ce temps, à Espelette (Basses-Pyrénées), un soldat du 64° de ligne mourail également de méningite. Nous trouvons encore en 1857 et 1858 : 3 décès au 51°; en 1868, quelques cas au 77°; en 1882, un décès au 28° bataillon de chasseurs à pied et 5 cas à l'hôpital militaire ; en 1888, un décès; et, depuis celte époque jusqu’en 1895, quelques cas qui ont été éliquettés « congestion cérébrale » et qui étaient très probablement de la méningile cérébro-spinale. Enfin, après les épidémies de 1897- 1898, cet hiver même, un cas abortif a été observé à l'hôpilal mililaire, el un décès nous a été signalé dans la

population civile à Tarnos, commune voisine de Bayonne. Celte permanence de la méningile cérébro-spinale a été constalée, en dehors de Bayonne, à Versailles, Grenoble, elc.

Nous avons déjà montré, en passant, la propagation de la maladie au loin par les changements de garnison : les exemples en sont nombreux, et l’histoire du 18° léger est trop connue de lous les épidémiologistes pour que nous y insistions.

Un grand nombre de faits bien observés démontrent également que la maladie est contagieuse, bien qu'à un très faible degré. Elle se développe successivement, se limitant d’abord à une maison, à une caserne, puis rayonnant de ce foyer et créant des foyers secondaires. Voici, par exemple, d’après M. GescawinD, quelle fut la marche de l’épidémie de février 1897. Les trois pavillons de la caserne de la Ciladelle, qui fut alors seule atteinte, forment les trois côtés d’un rectangle de bâtiments, dont le quatrième côté est inoccupé. Les quatre premiers malades (FE, I, HE, IV), entrés Les 7, 8, 11 et 16 février, appartenaient tous au bâtimentT. Les trois malades suivants (V, VI, VID), entrés les 17 et 18 février, appartenaient tous au bâtiment S, parallèle au précédent. Enfin le dernier malade (VII), entré le 23 février, appartenait au troisième bâtiment perpendiculaire aux deux précédents. Il semble bien que la contagion soit nécessaire pour expliquer cet envahissement progressif de la Citadelle par la maladie.

Parmi les cas civils observés à la même époque, nous notons que le nommé D..., sujet de l'observation X, était allé le 28 février à un bal public où se trouvaient plusieurs

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soldats du régiment atteint : sa maladie débuta brusquement le lendemain. Son frère, sujet de l'observation XI, qui couchait dans le même lit que lui, qui l'avait soigné pendant toute sa maladie el avait été mordu par lui à la lèvre, tombait également malade sept jours après la mort de D... Quant au nommé D..., ouvrier maçon, sujet de l'observation XIE, il travaillait, jusqu’au troisième jour avant le début de sa maladie, à la construction du Musée, silué tout près de l'Hôpital Militaire où étaient soignés les méningitiques ; les deux jours suivants, 1l avait été travailler à Biarrilz.

La marche de l'épidémie de décembre nous paraîl également intéressante à ce point de vue. Les deux premiers malades, entrés à l'Hôpital les 14 et 15 décembre (obs. XIIT et XIV), couchaient dans une même chambre de la caserne du Château-Neuf. Les trois suivants (XV, XVI et XVI), entrés les 22, 24 et 25 décembre, venaient de la caserne Barnabègre ; deux d’entre eux couchaient dans la même chambre, et le troisième dans une chambre qui n'est séparée de la précédente que par un corridor très élroit. Le sixième malade (XVIIT) venait du Château-Neuf le 31 décembre; le septième (XIX), entré le 10 janvier, venait de la Citadelle, Puis, le 2 février, entraient deux malades (XX et XXI) habitant la même chambre du Chàleau-Neuf, chambre immédiatement au-dessus de celle habitée par le malade du 31 décembre. La maladie se canlonnait alors à la Citadelle où elle affectait les mêmes caractères de marche progressive que l’année précédente, atteignant un, deux hommes par chambre, puis se porant un peu plus loin, et ainsi de suite. Neuf hommes élaient pris en février et en mars.

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Pendant celte deuxième épidémie, un seul cas civil élait signalé àSaint-Élienne, faubourg de Bayonne; il s’agissait d'une petite fille de dix ans, dont la mère blanchissait les sous-officiers du Château-Neuf: cette fillette mourait de méningite cérébro-spinale le 17 janvier.

Il nous semble ressortir de tous ces faits, ou du moins de quelques-uns d’entre eux, une nouvelle preuve de la contagiosilé de la maladie; mais comme nous le disions plus haut, 1l nous semble aussi que cette contagiosité doit être assez faible, et, selon la règle générale, nos deux épidémies ont été plus remarquables par la gravité que par le nombre des cas.

Quel est le mécanisme de cette contagion ? La plupart des observateurs récents sont d'accord pour incriminer les sécrétions nasales et les crachats, car on a constaté la présence des agents pathogènes dans les sécrétions nasales et la persistance de leur virulence dans les mucosités desséchées (Jæcer, de Neer).Il est donc vraisemblable que c’estpar les sécrétions nasales ou par les crachats qui souillent les vêtements el le linge que peut se faire la diffusion de la maladie. KonLmanw, en 1889, a publié un cas de transmission de la méningite épidémique, à Ramagen, par une redingote, etil ne paroîl pas téméraire de penser que c'est par le linge que s’est infectée la fillette dont nous parlions un peu plus haut. Quant aux portes d'entrée des germes, c’est sans doute du côté des cavités naturelles de la face qu'il faut les chercher; la plus pelite éraillure d’une muqueuse peut rendre possible l’infection et un simple coryza suffit pour allérer le vernis protecteur de l’épiderme. Aussia-t-onsignalélafréquence, au début dela maladie, des angines et des amygdalites

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