‹ Considérations sur la méthode naturelle en botaniqueChapitre 7 sur 8 · ES · texte numérisé non relu

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divisions du règne végétal. C’est par conséquent dans l’ensemble de la structure des plantes et non pas dans un organe ou dans un petit nombre d'organes, qu’il faut chercher les véritables bases des classifications naturelles, c’est-à-dire la distinction des types, des classes, des familles, des genres et des espèces, qui seront alors vraiment naturelles, car elles nous feront connaître toute l’organisation des plantes et leurs affinités.

Mais quel guide prendrons-nous pour établir toutes ces divisions sur l’ensemble de la structure des plantes? Suivronsnous le édtonnement de Magnol ou les systèmes artificiels imaginés par Adanson? Ni l’un ni les autres ne peuvent, à mon avis, amener de bons résultats, car le tâtonnement, ou, je dirai mieux, ce sens exquis qui fait presque deviner les rapports des plantes, ce coup-d’œil qui saisit et que la nature ne donne que rarement aux hommes qu’elle a privilégiés, n’est pas pour cela un guide sûr ni à la portée de tous les botanistes. Les rapports même des plantes ne se montrent pas quelquefois d’une manière assez claire pour que même des hommes de génie puissent les saisir avec exactitude. Avec ce seul guide la science reposerait sur un vague indéfinissable, et tout botaniste croirait bien voir, sans pouvoir dire pourquoi il voit bien; ce serait faire reculer la science à son enfance, lorsque seulement par le port des plantes on commençait à distinguer les Graminées, les Ombellifères et d’autres familles très naturelles des plantes, en y mêlant néanmoins des végétaux qui, malgré un port presque semblable, appartiennent à des familles distinctes, tels par exemple que le Scirpus, le Carer, le Juncus, qu'on considérait alors à tort comme des Graminées. Les systèmes artificiels d’'Adanson ne peuvent pas non plus être suivis de nos jours, où, grâce surtout aux travaux immortels de De Candolle, on ne réunit plus les plantes par leur apparence trompeuse, comme par exemple pour être grasses, épineuses, volubiles, etc., car on sait que l’état charnu ou épineux des tiges, des feuilles etc., tient à l’aridité du sol dans lequel les plantes vivent, et peut se trouver par conséquent, comme cela se trouve, dans des plantes de différentes familles et mème de différentes gran-

des divisions du règne végétal (les Cactées, les Mésembryanthémées, les Crassulacées, le Stapelia, V'Aloe, l'Agave, etc., pour les plantes grasses; le Genista, Berberis, Drypis, Zilla, Capparis, Fagonia, Colletia, Prunus, Acacia, Echinophora, Cactus, Euphorbia, Citrus, Arduinia, Solanum, Caryota, Zamia, Fourcroya, Bromelia, Asparagus,etc., pour les plantes épineuses). La volubilité de la tige tient à sa faiblesse, et se rencontre aussi par conséquent dans des plantes de familles différentes, dans le Convolvulus, dans le Cardiospermum, dans le Gaudichaudia, dans le Kennedia, dans le Passiflora, dans le Cissus, dans l’Aristolochia, dans le Stephanotis,dans le Thunbergia,dans le Humulus,dans le Tamus, dans le Myrsiphyllum etc. Les théories des avortements, des soudures, des multiplications, des dégénérescences épineuses, filamenteuses, etc., nous ont devoilé et nous dévoilent, malgré les doutes que quelques uns tâchent d’y porter, la véritable nature des organes souvent masquée sous des formes trompeuses. C’est par ce manque de connaissance de la véritable nature des organes qu'Adanson s’égara dans l'application de son principe, du principe que c'était sur l’ensemble de l’organisation des plantes qu’il fallait établir les bases de la méthode naturelle.

C'est grâce à ces mêmes théories qu'on a pu reconnaitre qu’il y a de la symétrie dans les organes des végétaux (symétrie que les avortements, les soudures , les dégénérescences altèrent plus ou moins profondément), et par conséquent des types de structure; car nous ne saurions concevoir cette symétrie sans des plans ou types de structure des plantes. Or ces plans, ces types de structure existent, et c'est précisément sur ces plans qu'il faut, à mon avis, établir les classifications des végétaux et les distinctions des types généraux et des types spéciaux sur lesquels reposent les classes, les familles, les genres et les espèces. Pour que ces plans soient bien établis il faut

1 Dans sa célèbre Théorie élémentaire de la botanique De Candolle en tâchant de dévoiler la nature des organes, souvent altérée par les avortements, les dégénérescences et les adhérences, avait reconnu l'importance de la symétrie des plantes pour les classifications naturelles (voyez son ouvrage,

p. 88 ef suiv.); cependant il ne s’est pas servi de ce principe comme guide pour l'établissement des classes, des familles, des genres et des espèces.

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qu'ils reposent sur toute l’organisation des plantes, sur les organes élémentaires, ainsi que sur les organes composés de la nutrition et de la reproduction; il faut en un mot que les divisions ou classes établies nous fassent connaître entièrement la structure et les affinités des plantes. C’est l'observation de ces types (et rappelons-nous que l’histoire naturelle est une science d'observation) c’est l'observation de ces types qui doit être la seule et vraie base de la méthode naturelle; et je dis vraie, car je suis persuadé, comme l'était déjà Adanson, qu’il ne peut y avoir qu'une seule méthode naturelle, et qu’une fois découverte, elle ne peut être remplacée par une autre. Il faut établir des classes qui soient aussi naturelles que celles des mammifères et des oiseaux le sont en zoologie, des classes où tous les organes soient pris en considération et entrent par conséquent dans les caractères des classes ainsi que de toutes les divisions secondaires jusqu'aux espèces.

Ces plans, ces types généraux de structure des plantes sont pour moi au nombre de cinq:* 4° le type des plantes cellulaires ; 2° des plantes cellulo-fibreuses ; 3° des plantes cryptogames vasculaires; 4° des monocotylédones, et 5° des dicotylédones. Avant de les exposer, il est nécessaire d’avertir que je n’attache aucune importance au nom de chaque type, ni que je veux par conséquent distinguer ceci par le caractère que son nom indique d’une manière particulière; je ne considère pas, par exemple, les plantes monocotylédones comme distinctes des autres types pour avoir un seul cotylédon dans l'embryon, mais pour la structure de tous leurs organes : j'ai voulu conserver ces noms qui sont généralement ou presque généralement adoptés par les botanistes, plus occupé de la chose que des changemens des noms des types ou des familles.

4 Dans ma Flora Italiana j'ai donné le nom de tipi, types, aux grands embranchements du règne végétal: voyez cet ouvrage vol. 1,1846, p. 27, à propos du 4er Type des plantes monocotylédones. Il y est dit: La classificazione che io qui adotto, diversa da quella finora proposta dagli altri botanici, considera nel regno vegetale dei tipi distinti di organizzazione. Les grandes divisions ou types, les classes, les familles, sont établies en effet sur tous les

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Le premier type des plantes cellulaires comprend pour moi les Algues, les Lichens et les Champignons, c’est-à-dire ces plantes qui sont formées par une ou plusieurs cellules (les utrieules du tissu cellulaire) réunies en filaments , en réseau ou en une expansion membraneuse s’accroissant toujours par Ja périphérie (fronda, thallus, mycelium), et qui sert en même temps de racine, de tige et de feuilles dont ces plantes manquent entièrement,” et qui se reproduisent par des divisions de cellules ou par la formation de sporules contenues soit dans toutes ou dans quelques unes seulement des cellules de la fronde, soit dans des organes particuliers, et accompagnées souvent par des anthéridies.

Le type des plantes cellulo-fibreuses, qui comprend les Hépatiques et les Mousses, quoique formé comme le précédent du seul tissu cellulaire, nous présente néanmoins un progrès mème dans cet organe élémentaire par les premiers essais des fibres et des nervures qui manquent au type précédent,” car on voit déjà dans la tige de ces plantes des cellules alongées et étroites près de la périphérie et d’autres plus larges et moins serrées presque à représenter la moëlle des plantes supérieures, et quelquefois des cellules ponctuées, et dans les Sphagnum aussi un intégument corticale; et dans les feuilles des cellules alongées qui ébauchent une nervure médiane au milieu de cellules presque sphériques ou anguleuses qui en composent, pour ainsi dire, le parenchime , et qui contiennent la chlorophylle; il y à en outre la présence des stomates qu'on voit souvent dans les Hépatiques et à la base de lurne des Mousses.

organes élémentaires, de la végétation et de la reproduction. Ce n’est que plus tard que j'ai appliqué ces mêmes principes aux genres et aux espèces.

1 Quelques algues ont des prolongements qui ressemblent aux racines, par lesquels elles se fixent aux rochers et aux coquilles de la mer. Il en est de même de quelques Lichens qui ont dans leur face inférieure de petits filets qu'on a appelés rhizines, et qui servent à les fixer aux arbres etc.; mais dans toutes ces plantes les filets n’absorbent pas l'eau et ne remplissent par conséquent pas les fonctions des racines.

? Quant à ma manière de considérer les fibres des végétaux, voyez mes Lezioni di bolanica comparata déjà citées, pag. 23.

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Il y a progrès dans les organes de la nutrition, car ces plantes possèdent déjà une racine, une tige et des feuilles, si on veut, à l’état débauche, car ils sont formés de seul tissu cellulaire, mais une racine, une tige et des feuilles qui remplissent des fonctions différentes, ces fonctions qui sont exécutées par un mème organe dans le type précédent; la tige s'accroît en outre seulement par l'extrémité supérieure. Les organes de la reproduction se montrent aussi mieux développés; car on a toujours deux organes différents, des ovaridies et des anthéridies, et le fruit est souvent composé, ayant des valves, des opercules, des organes élastiques, destinés à la dissémination des sporules.

Tous les organes et surtout les organes élémentaires et de la nutrition se compliquent ou se perfectionnent davantage dans le troisième type, qui embrasse pour nous les Équisétacées, les Lycopodiacées, les Fougères, les Rhizocarpées et les Characées; car on voit paraître dans ces plantes un nouveau tissu , le tissu vasculaire; la racine , la tige, les feuilles commencent à mieux mériter le nom qu’elles portent, et se compliquent encore des sporanges ou des fruits de ces plantes. Cependant ce ne sont pas tous les vaisseaux qui paraissent dans ces plantes; car on y voit seulement les vaisseaux annulaires, les scalarifomes, les vaisseaux rayés etc.: les trachées y manquent. Les fibres qui résultent de l’union du tissu cellulaire avec ces vaisseaux, et qui sont par conséquent, selon moi, de vraies fibres et de vraies nervures, se montrent encore très délicates dans les feuilles : elles commencent à former dans la tige et dans les pétioles de vrais faisceaux fibreux qui se montrent ou en un seul faisceau au centre de la tige où se disposent de différentes manières au milieu d’un tissu cellulaire pour former les premières ébauches d’une écorce et d’une moëlle. Les organes de la reproduction présentent encore des ovaridies et des anthéridies; ces derniers existent quelquefois à l’état jeune de ces plantes; les sporanges qui renferment les sporules sont souvent pourvus d’anneaux élastiques, en s'ouvrantirrégulièrement ou par valves, ou plusieurs d’entre eux sont réunis et

renfermés dans des petits sacs (sporocarpes) de forme et de nature différente.

L'organisation fait un grand pas dans le quatrième type des plantes monocotylédones. Nous y trouvons les trachées qui manquent au type précédent et complètent ainsi l’organisation élémentaire des végétaux. Les racines se composent de plusieurs fibres radicales, réunies en faisceau, qui partent de la base de la tige ou de la partie inférieure, souvent raccourcie, d’un rhizome ou tige souterraine; la tige est simple, cylindrique, s'accroît par une gemme terminale et se compose d’un grand nombre de faisceaux fibreux, disposés d’une manière par ticulière, souvent plus serrés à la circonférence que dans le centre et de structure différente dans leur longueur. Les feuilles embrassent par leur base souvent persistante une grande partie ou toute la circonférence des nœuds vitaux de la tige; leurs nervures sont parallèles de la base jusqu’au sommet sans s’écarter, de sorte qu’il n’y a pas de distinction de pétiole et de limbe, ni lobes ou divisions ; Les feuilles sont par conséquent étroites, linéaires, lancéolées, entières dans les bords. Il y a des fleurs mais une seule enveloppe florale, le périgone, qui représente en même temps le calice et la corolle des plantes dicotylédones ; on a une fécondation par la présence des étamines et des pistils: toutes ces parties de la fleur sont en général disposées d’après le nombre trois, c’est-à-dire qu’il y a trois folioles du périgone, trois étamines, trois pistils ou trois carpelles et trois loges dans l'ovaire, ou multiplication de ce nombre, six folioles, six ou neuf étamines etc. La reproduction se fait par des graines renfermées dans un péricarpe et contenant un embryon qui se compose d’une gémmule, d’une radicule, recouverte par une gaîne (coléorhize) et d’un cotylédon.

Au dernier type de structure des végétaux appartiennent les plantes dicotylédones qui embrassent pour moi aussi les gymnospermes de quelques botanistes et les rhizogens de M. Lindley. Quoique les organes élémentaires se soient déjà complétés dans le type précédent, ils présentent des différences dans leur distribution et dans leur forme, et les fibres et les

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