‹ Considérations sur la méthode naturelle en botaniqueChapitre 6 sur 8 · SL: DS · texte numérisé non relu

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remarques que j'ai faites supérieurement sur les principes de la méthode de Jussieu. Il est cependant juste que je note ici que de Candolle a reconnu dans sa Théorie élémentaire que les organes de la nutrition pouvaient ètre au moins de la même importance que ceux de la reproduction, et que les classes naturelles établies d’après une des grandes fonctions du végétal sont nécessairement les mêmes que celles qui sont établies sur l’autre. Heureux théorème qu'on doit regrelter de n'avoir pas vu adopté dans la pratique par son auteur; car de son admission à la découverte des véritables principes de la méthode naturelle il n’y avait à mon avis qu’un seul pas. Mais malheureusement il ne l’a pas fait dans sa classification publiée en 1833 et que j'ai rappelée plus haut dans une note; ni aucun de ces bolanistes célèbres qui ont marché sur ses traces ou sur celles de Jussieu ; car toutes leurs classifications ont eu pour base générale les différences de structure de l’un ou l’autre des organes de la nutrition ou de l’un ou l’autre de ceux de la reproduction, sans les avoir jamais considérés tous ensemble, et les avoir mis d'accord les.uns avec les autres pour reconnaître les différents types de structure du règne végétal. Endlicher en effet, MM. Lindley et Brongniart et tous ceux qui ont proposé récemment des classifications des végétaux, ayant toujours pour guide un seul ou un petit nombre d'organes soit de la nutrition soit de la reproduction, ont fait des classes qui embrassent des plantes distinctes par leur structure. Les Cormophyta d'Endlicher, ou plantes qui ont une végétation terminale, renferment tous les végétaux, excepté les Algues, les Lichens et les Champignons qui ont un accroissement périphérique et qui forment les Thallophyta du même botaniste. Dans les Cormophyta on trouve ainsi réunies les Mousses et les Hépatiques, qui sont des cryptogames cellulaires, les Équisetacées, les Fougères, les Rhizocarpées qui sont des cryptogames vasculaires, et les phanérogames monocotylédones et dicotylédones qui appartiennent selon moi à des types de structure tout-à-fait différents. Le même défaut existe, à mon avis, dans la division principale du règne végétal de la

méthode de M. Lindley; car ses Axexual or flowerless plants réunissent les cryptogames cellulaires et vasculaires et ses Seæœual or flowering plants embrassent les monocotylédones et les dicotylédones, sans parler de ses sept classes dont trois, les Rhizogens etles Gymnogens doivent rentrer dans les plantes dicotylédones, etles Dictyogens dans les monocotylédones. Les Phanérogames de M. Brongniart réunissent aussi dans un mème embranchement les monocotylédones et les dicotylédones, plantes qui, quoiqu'’elles aient quelque chose de commun, la présence de la fleur et la reproduction par embryon, présentent deux types de structure entièrement différents ; et les cryptogames embrassent toutes les plantes inférieures, des Algues jusqu'aux Lycopodiacées et aux Marsileacées, qu’il distingue dans ses deux classes des Amphigènes et des Acrogènes : nous croyons qu’elles ne peuvent ètre réunies en une seule division du règne végétal à cause de leur différente structure, notamment dans les organes de la nutrition.

Dans les sciences naturelles il n’y a, comme tout le monde sait, que deux manières différentes de classer les êtres d’après le but qu’on cherche à atteindre: l’une qui se propose de connaître principalement le nom de ces êtres, et l’autre qui tâche d’en faire apprécier la structure et les affinités. Les systèmes ou classitications artificielles suffisent pour arriver à la connaissance du nom, et tout système sera bon si étant simple, clair et uniforme, 1l fera connaître ce nom d’une manière prompte et facile. Le système sexuel de Linné est peut-être par cela préférable à tous ceux qui ont été imaginés en botanique, si on veut borner ces recherches à la simple connaissance du nom des végétaux. Mais pour connaître la structure et les affinités des plantes, pour former des divisions du règne végétal en classes, en familles, en genres et en espèces naturelles (car je tâcherai de démontrer par la suite que les genres et les espèces sont aussi des groupes naturels), il faut des méthodes, des méthodes qui seront par conséquent d'autant plus naturelles qu’elles feront connaître mieux ou entièrement l'organisation des plantes et ses affinités avec celle des autres. On voit par cela que

ce n'est pas sur un seul caractère ni sur un seul organe qu'il faut établir ces méthodes, mais sur tous les organes des plantes, sur l'ensemble de leur organisation; car c’est seulement alors qu’on peut avoir des classes, des familles, des genres et des espèces naturelles, c’est-à-dire des divisions qui présentent des types de structure différente. Cette déduction serait déjà assez logique quand mème il y aurait quelque caractère fixe et invariable dans les plantes; ce que nous avons vu ne pas se trouver dans les grandes divisions du règne végétal, et que nous allons mieux examiner ici dans les classes, dans les familles, dans les genres et dans les espèces.

J'ai rappelé plus haut que ni la présence ni le nombre des cotylédons de l'embryon, ni sa forme ou sa position dans la graine, ni la présence, l'absence ou la nature du périsperme, ni l'insertion hypogynique, périgynique ou épigynique des étamines, ni la présence, l'absence et le nombre ou la soudure des pétales de laïcorolle, pouvaient servir de base, considérés isolément, à une méthode naturelle; car tous ces caractères tirés des organes de la reproduction peuvent faire et font défaut, quoique quelques uns d'eux soient souvent assez constants. Je ne parle pas de caractères semblables , tels que la division des sexes, qui a donné lieu aux plantes diclines ; car tout le monde sait qu'elle se trouve souvent dans un ou plusieurs genres de familles à fleurs hermaphrodites, et quelquefois dans des espèces d’un même genre hermaphrodite. Maisje me borne à rappeler qu’il en est de même de la présence ou de l’absence des vaisseaux des plantes, de la présence ou de l'absence de la racine, de la tige ou des feuilles, en un mot, de tous les organes de la nutrition; car on voit des plantes, comme les Characées, qui manquent de vaisseaux, quoiqu'elles doivent, comme M. Brongniart l’a très bien dit, être placées près des Marsiléacées et des autres cryptogames vasculaires : le Lemma, le Ceratophyllum et d’autres plantes manquent aussi de vaisseaux, mais ce sont malgré cela des plantes monocotylédones ou dicotylédones, c'est-à-dire qu'elles appartiennent à des types de plantes supérieures pourvus de vaisseaux aérifères. La racine,

les feuilles, la tige, manquent dans plusieurs végétaux, surtout dans les plantes parasites, dont quelques unes, comme l’Apodanthes, le Pilostyles, le Brugmansia, le Rafflesia etc., sont réduites à la seule fleur, et nous savons que ces plantes sont malgré cela des plantes ou monocotylédones ou, comme ces dernières, des dicotylédones par la structure des organes qui restent. Il serait aussi erroné de fonder exclusivement sur les orgapes de la nutrition une classification naturelle des plantes, que je le crois d’une classification établie sur les seuls organes de la reproduction, d'autant plus qu'il y aurait un autre inconvénient, celui de devoir se servir d’un caractère quelquefois commun à plusieurs types ou classes des êtres: il en est ainsi, par exemple, de l'accroissement terminal de la tige, sur lequel Endlicher établit sa division des cormophyles où acrogènes, qui embrasse une grande partie du règne végétal, des Mousses jusqu'aux dicotvlédones les plus parfaites, c’est-à-dire des plantes cellulaires et vasculaires, des plantes qui ont à peine une ébauche de racine, de tige et de feuilles, et d’autres qui ont une racine, une tige et des feuilles très compliquées, des plantes qui n’ont ni fleurs, ni graines, ni embryons et des plantes qui ont un calice , une corolle, des étamines, des pistils, un fruit avec des graines et un ou plusieurs embryons. C’est le même inconvénient qu'on trouve, à mon avis, dans la division des plantes en phanérogames et cryptogames; car on réunit alors dans les premières par la seule présence de la fleur, les monocotylédones et les dicotylédones qui dans tous leurs organes présentent des types de structure tout-à-fait différents, et dans les secondes des plantes cellulaires et vasculaires ; des plantes qui n’ont pas de racine, de tige et de feuilles et des plantes qui en ont; des plantes qui ont une végétation périphérique et d’autres qui s’accroissent seulement par leur extrémité supérieure, etc., ce que du reste j'ai tôché de rappeler plus haut.

I n’est pas possible non plus d'établir des familles, des genres ou des espèces naturelles sur un seul caractère, soit des organes de la reproduction, soit de ceux de la nutrition. J'ai rappelé plus haut que des caractères, auxquels on a donné beau-

coup d'importance, tels que la position de l'embryon, l’absence, la présence ou la nature du périsperme et l'insertion des étamines, peuvent varier et varient en effet dans les différents genres, quelquefois très voisins, d’une mème famille naturelle. Je pourrais ajouter qu'il n’y a aucun caractère qui puisse être considéré comme constant dans aucune famille. Il suffit de citer quelques exemples, tirés de quelques familles les plus naturelles et sur les limites desquelles tout le monde est d'accord. Voyons d'abord les familles monocotylédones. Prenons les Graminées. La racine fibreuse de plusieurs de ces plantes est remplacée en d’autres par une souche qui pousse en bas des fibres radicales ; le chaume vide et avec des renflements à chaque nœud, est solide en d’autres ou sans renflements; la gaîne des feuilles presque toujours ouverte est fermée dans quelques espèces ; la Zigule qui la termine en haut manque quelquefois, ou est sealement réduite à une toufïe de poils ; les feuilles presque toujours étroites et à nervures parallèles sont larges dans quelques Graminées des tropiques et à une nervure longitudinale très développée. L’inflorescence est en épis, en grappe ou en panicule. Il y a deux glumes ou une seule ou il n’y en a aucune ; une, deux ou plusieurs fleurs dans chaque épillet ; les paullettes sont au nombre de trois, de deux, ou manquent tout-à-fait; les fleurs sont hermaphrodites, monoïques, dioïques ou polygames; il y a trois étamines, ou deux, ou plusieurs ou une seule étamine; les anthères sont glabres ou avec une petite barbe au sommet de chaque loge ; il y a deux styles quelquefois soudés en un seul, ou il y en atrois ; les stigmates sont en aspergille, poileux ou plumeux; le caryapse est lisse ou avec un sillon longitudinal, libre ou adhérent aux paillettes etc. Examinons les Orchidées. Nous y trouvons des plantes terrestres, épiphytes ou parasites, ayant une racine formée de fibres nombreuses, simples ou accompagnées de tubercules, ou un rhizome ramifié en forme de corail; un scape ou une tige souvent enflée à la base en forme de bulbe, ou une tige rampante; des feuilles membraneuses ou charnues, étroites ou larges, planes ou cylindriques, entières ou den-

tées, à nervures parallèles ou en réseau ; des fleurs solitaires ou en grappe, en épis, en corymbe, en panicule, souvent irrégulières ou rarement régulières, variant à l'infini dans leurs parties, dont quelques unes souvent avortent, munies ou non d'éperon (calcar) et de glandes nectarifères; des étamines souvent réduites à une seule, rarement à deux ou à quatre, offrant une foule de variétés dans leur forme, dans leur position etc.; un pollen souvent réuni en masse comme de la cire, quelquefois pulvérulent, pourvu ou non de caudicules , de glandes , et de pochette (bursicula) ; un ovaire droit ou tordu sur lui même, uniloculaire ou rarement triloculaire ; des capsules membraneuses, uniloculaires ou rarement triloculaires, s’ouvrant en trois valves d’une manière toute particulière, ou des fruits charnus s’ouvrant seulement en haut en deux valves; des graines à intégument lâche ou crustacé, attachées à trois placentas qui sont pariétaux ou placés près de l'angle intérieur des loges, etc.

Passons maintenant aux familles dicotylédones. Voyons les Crucifères. Eh bien ! nous y trouvons des plantes herbacées ou sous-frutescentes ou qui deviennent telles après la fleuraison, à racine fibreuse, ou à souche charnue, articulée, etc.; à feuilles simples , entières, lobèes, pinnatifides, ou profondément divisées, à tige ramifiée ou simple; à fleurs pourvues ou non de bractées, disposées en grappe, en corymbe, ou en épi; à calice formé de quatre sépales qui varient par leur forme ou par leur direction; à corolle composée de quatre pétales, égaux ou inégaux, entiers, échancrés au sommet, bifides ou pinnatifides, et qui manquent quelquefois; à 6, 4 ou plusieurs étamines, inégales ou presque égales, libres ou soudées, avec ou sans

des dents dans leurs filets ; à ovaire alongé, court, de toutes formes, renfermant un ou plusieurs ovules; à style long, court, ou presque nul, délicat ou gros, quelquefois foliacé ; à stigmate extrèmement variable; à fruit alongé, court, ailé ou sans ailes, comprimé ou enflé, ayant ou non des cloisons à l'intérieur, articulé ou non articulé, et par conséquent s'ouvrant

ou se désarticulant de différentes manières, ou qui ne s'ouvre

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pas; à deux, trois ou quatre valves; à graines ailées ou non ailées, comprimées ou globuleuses, lisses ou hérissées ; à embryons ayant la radicule qui correspond d’une manière différente aux cotylédons qui sont accumbans, incumbans ou condupliqués.

Voyons enfin les Papilionacées, famille aussi naturelle que celle des Crucifères. Ces plantes sont des herbes, des arbrisseaux ou des arbres, épineux ou non, à racine fibreuse ou tuberculeuse; à tige droite ou volubile ; à feuilles composées, trifoliolées, pinnées, digitées ou simples ou presque nulles, ou tout-à-fait nulles ; à stipules égales ou difformes, petites ou grandes, soudées ou non avec le pétiole, ou nulles; à fleurs solitaires ou en capitule, en grappe, en épi, ou en thyrse; à pédoncules longs ou courts, articulés ou sans articulation; à calice tubuleux , campanulé, à cinq divisions égales ou inégales, ou presque bilabié; à cinq pétales inégaux, libres ou soudés en partie entre eux ou tous, qui manquent quelquefois; à étamines libres, diadelphes ou monadelphes; elles ont un ovaire, un style et un stigmate extrèmement variables dans leur forme et leur dimension ; un fruit petit ou grand, déhiscent ou indéhiscent, articulé ou non articulé, ailé ou non ailé, avec ou sans cloisons à l'intérieur, entier ou creusé d’échancrures sur les bords ; des graines petites ou grandes, de forme différente; un embryon sans ou avec un peu de périsperme, courbé ou droit; une radicule courte ou longue, courbée ou droite; des cotylédons foliacés et épigés ou charnus et hypogés. Et tout cela sans y comprendre les Césalpinées, les Swartziées et les Mimosées, qui doivent à mon avis former avec les Papilionacées une seule famille, la famille des Légumineuses, et qui varient même davantage dans tous leurs organes.

Je pourrais multiplier ces exemples, car chaque famille, même la plus naturelle et généralement connue comme telle, (les Renonculacées, les Rosacées, les Myrtacées, les Mélastomacées, les Umbelliferes, les Rubiacées, les Caryophyllées, les Borraginées, les Scrophulariacées, les Labiées, les Ericinées etc.) pourrait

nous servir d'exemple de l'extrême variabilité de chaque or-

gane dans tous les genres qui la composent. Les caractères qui pourraient paraître les plus constants ne résistent pas à une examen approfondi ou deviennent infirmes par les découvertes qui enrichissent la science tous les jours. Qui aurait pu croire avant la découverte que M. Brongniart a faite dans l’Uropedrum de l'ovaire triloculaire et de ses ovules attachés près de l’angle interne de chaque loge que l'ovaire uniloculaire ayant les ovules insérées à des placentas pariétaux, n’était pas un caractère constant dans la famille des Orchidées? Il en était de même de l'ovaire triloculaire des Iridées avant que j’eusse fait connaître que l'Jris tuberosa L., que j'ai élévé au rang de genre (Hermodactylus tuberosus), avait un ovaire uniloculaire et que ses ovules s’inséraient à trois placentas pariétaux. Tous les botanistes retiennent maintenant comme constant le nombre dix des étamines des Papilionacées ; eh bien! j'ai trouvé que le Büiserrula Pelecinus à constamment cinq étamines; car les cinq extérieurs avortent. Rien n’est fixe dans les familles, rien, ni le nombre ni la forme des ovules ; car dans les mêmes familles on trouve plusieurs ou peu d’ovules (entr’autres le Sycios et le Sechium ont un ovule solitaire, tandis que les autres Cucurbitacées ont un grand nombre d'ovules), des ovules anatropes ou orthotropes (Smilacées, Hydrocaridées), anatropes ou campulitropes, (Cannacées etc.) Qui ne reconnaît d’après cela que c’est à tort qu'on a établi des familles naturelles sur un de ces caractères, comme les Lapagèriées qui ne sont pour moi que des Asparaginées à ovaire uniloculaire, (ce que du reste on voit aussi dans le Ruscus) les Ottéliacées, qui sont des Hydrocharidées à ovule onatrope, etc ?

Ces considérations s’appliquent parfaitement aux genres, comme aux types, aux classes et aux familles. Les genres ne sont pas pour moi moins naturels que celles-ci, et ils ne doivent pas par conséquent être fondés sur un seul caractère ni sur les caractères d’un ordre d'organes, tels les organes de la reproduction, comme les botanistes s’accordent à le faire, surtout d'après Tournefort et Linné. Il n’y a pas de caractère fixe dans les genres, pas de caractère essentiel; car ce prétendu caractère ne ré-

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siste pas à la rigueur de l’analyse. Prenons des genres très naturels, tels que le Lathyrus, le Trifolium, le Saxifraga, le Linaria etc. Si nous suivons les espèces de ces genres d’une manière attentive sur le vivant, nous ne tardons pas à reconnaître qu'aucun caractère n’est constant dans les espèces de chacun d’eux.

On sait que dans les Papilionacées on donne beaucoup d'importance, pour les caractères génériques, surtout au calice, pour la forme de ses dents ou de ses lobes, à la corolle, au style et à la gousse. Cependant que de différences dans toutes ces parties dans les espèces des deux genres de Papilionacées que je viens de nommer ! Dans les différentes espèces de Lathyrus nous trouvons en effet le calice tantôt campanulé, tantôt presque tubuleux ou comme muni d'un sac à la base, ayant cinq dents courtes et inégales ou cinq lobes longs, lancéolésacuminés, presque égaux, tous ou une partie d'eux seulement ouverts ou appliqués à la corolle, ou tout-à-fait inégaux, les supérieurs étant souvent plus courts et l'intermédiaire des trois inférieurs un peu plus long et plus étroit, ou quelquefois au contraire les inférieurs élant un peu plus courts que les supérieurs; l’étendard est grand ou petit, entier ou échancré au sommet, pourvu ou non d'onglet, canaliculé au dessous, muni de bosses calleuses à la base ou sans canal et sans bosses ; les ailes sont de forme différente, munies d’onglets longs ou courts, planes ou convexes, un peu plus courtes ou un peu plus longues que la carène qui est arrondie ou courbée en bas, alongée ou non en haut, ayant le sommet bifide ou ‘entier et un onglet court ou long; le style est plus court ou plus long que l’ovaire, en arc ou ascendant, droit ou contourné, élargi ou rétréci au sommet, barbu ou pubescent à la face supérieure, cillé ou non sur les bords ; la gousse enfin est sessile ou stipitée, courte ou longue, cylindrique ou comprimée, munie ou dépourvue d'ailes dans la suture supérieure etc. J'en pourrais dire autant des étamines, du stigmate, de la graine, des cotylédons qui varient beaucoup dans chaque espèce de ce genre. Tous ces organes varient encore davantage dans les espèces du genre Trifolium qu’il est presque impossi-

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ble de résumer ici. Qui ne connaît du reste les grandes différences que ces plantes présentent dans leur calice, dans la corolle, dans les étamines, dans l'ovaire, dans le style, dans le stigmate et dans la gousse, qui est tantôt déhiscente par valves ou par opercule, tantôt indéhiscente ; qui est tantôt monosperme et qui tantôt renferme jusqu'à quatre ou six graines ? Il suffit de comparer entre elles trois ou quatre espèces de Tréfle, le Trifolium ochroleucum, le T. spumosum, le T. repens et le T. subterraneum, pour avoir une idée de la grande variabilité du calice, de la corolle, des étamines et de la gousse de toutes ces espèces.

Voyons un peu le Saxifraga. Nous y trouvons le calice à tube libre ou adhérent à toute ou presque toute la surface ou seulement à la base de l’ovaire, et ses divisions plus ou moins profondes, étalées, dressées ou réfléchies ; la corolle à pétales égaux ou inégaux, pourvus d'un onglet court, long ou presque nul, plans ou concaves, entiers ou émarginés au sommet; les étamines inégales en longueur; les filets subulés ou dilatés au sommet ; les anthères de forme différente, arrondies, ovales ou comprimées, bilobes ou profondément bilobes à la base ou à peine émarginées ; l'ovaire petit ou grand, adhérent presque entièrement ou seulement à la base avec le tube du calice, peu échancré ou profondément bilobe au sommet, à deux ou quelquefois à trois loges ; deux ou trois styles de forme et de longueur différentes ; des stigmates arrondis, alongés, alongés-spathulés, comprimés ou réniformes, ou ne se montrant que comme une pointe obtuse au sommet du style, etc.

Examinons enfin le Linaria. Ges plantes nous présentent leurs fleurs solitaires et éloignées ou rapprochées en grappe, étant dans leur position naturelle ou résupinées par la contorsion du pédoncule ; le calice à divisions égales ou inégales, peu profondes ou profondes; la corolle ayant ses lèvres de forme différente et sa gorge fermée entièrement par le palais plus ou moins proëminent, ou presque ouverte ; les anthères presque verticales ou presque horizontales ; l'ovaire presque globuleux, un peu comprimé ou presque bilobe ; le stig-

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male entier, obus, presque globeux ou claviforme, bilobe ou bifide-lamellaire; la capsule de forme différente et s’ouvrant par des trous, des dents, différentes par le nombre, par la grandeur et par la position, ou par un opercule ; les graines largement bordées ou sans bords, offrant des crêtes, des alvéoles, des tubercules , etc.

Je pourrais multiplier ces exemples à l'infini, car il n’y a pas de genre de plantes qui, soigneusement examiné, ne présente dans chaque espèce de grandes différences dans les caractères des organes de la reproduction que les botanistes considèrent comme caractères de genre. Aucun de ces caractères ne s’est montré fixe dans les genres, mème les plus naturels, dans le Ranunculus, dans l'Anemone, dans le Thalictrum, le Cardamine, le Draba, Y Arabis, le Dianthus, le Silene, le Vicia, V'Astragalus, le Medicago, le Potentilla, V'Erodium, le Geranium, le Veronica, le Gentiana, le Primula, le Valerianella, le Quercus, le Juntperus, le Pinus, l'Allium, le Juncus, en un mot dans tous les genres qui se composent de plusieurs espèces. Il en est de mème des organes de la nutrition. Quelle différence, par exemple, entre les tiges, les feuilles et les stipules du Lathyrus Aphaca, du L. Nissolia et du L. odoratus, entre les tiges et les feuilles de l’Astragalus monspessulanus et siculus, du Ranunculus millefoliatus et gramineus, de l'Anemone stellata et japonica, du Potentilla Fragariastrum et fruticosa, du Saxifraga mutata, tridactylites, caesia et bifiora, du Linaria spuria, æquitriloba, vulgaris et minor, du Primula vulgaris, farinosa, Palinuri, du Gentiana verna, involucrata et lutea, du Juniperus Oxycedrus et chinensis, etc. !

Tout ce que je viens de dire et tout ce que chaque botaniste connaît déjà par l'étude approfondie de chaque genre, qui se compose de beaucoup d'espèces, démontre d’une manière très claire que chaque organe, mème de la reproduction, se modifie sensiblement dans les différentes espèces, de sorte qu'il n'y a pas de caractère générique qui soit vraiment fixe el invariable, comme 1l n’y à pas de caractère constant, il faut que je le repéte, pour les familles, pour les classes et pour les grandes

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