‹ Considérations sur la naissance des sectes, dans les divers âges de la médecine, et sur la nécessité de créer une chaire d'HippocrateChapitre 2 sur 2 · C IO · texte numérisé non relu

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Notre illustre maître paraît; il saisit le fouet vengeur de la critique, et disperse ces apôtres du mensonge. Il se montra toujours le digne émule de Socrate, et dissipa tous les nuages amoncelés par la superstition. Il fit plus , il éleva un monument durable en l’honneur de la Science médicale. Qu’on ne s’étonne pas d’un tel prodige, à une époque si rapprochée de l’enfance de l’art. La famille des Asclépiades, d où descend notre illustre auteur, possédait de temps immémorial le précieux dépôt des richesses , dont fit un si bon usage ce digne successeur d’Esculape. Alors 3 a fameuse école de Cos jouit de toute sa célébrité, et effaça bientôt sa rivale. L’école de Guide compta au nombre de ses disciples Ei r p/ion , éditeur des Sentences Cnidiennes, C rinla s et Philippe , tous deux médecins trèsrenommés : mais son entier asservissement à la description des symptômes, ne prom^ttoit aucun succès réel à i art de guérir. Cette méthode , dans l origine avait été empruntée des Egyptiens , qui conservaient religieusement dans leurs temples, le Code sacré ou livre de Trismégiste , où se trouvaient des règles invariables de traitement pour chaque maladie. Il y avait donc une foule d’observations éparses qu’il fallait rapporter à des

principes certains. Mais les faits déjàsoumis an creuset de l'expérience, devaient être sagement coordonnés, afin qu'on pût en saisir toutes les nuances; et une foule de vérités si souvent acquises devait avoir pour résultat , ces dogmes ou sentences qui constituent réellement la science médicale. Voilà l'ouvrage d'Hippocrate. Les aphorismes ont été formés à l'imitation de ceux de la philosophie. Ainsi s’est établie l’école dogmatique dont Hippocrate est le fondateur. Car ce furent ensuite les subtilités de Platon et d’Aristote qui c hangèrent entièrement la face de la science y et donnèrent ainsi occasion aux Empiriques , deux cents ans après Hippocrate, de créer une nouvelle secte à Alexandrie, en attaquant de front les raisonneinens subtils et les sophismes des novateurs hardis qui avaient abandonné la route tracée par Hippocrate. Ainsi , long-temps après lui, son école, devenue raisonneuse, fut qualifiée de secte dogmatique .

Mais avant que toutes ces scissions intérieures déchirassent le sein de la médecine , Hippocrate, après avoir rassemblé en un seul faisceau tous les faits épars, conçut le vaste projet d’en composer un corps de doctrine exclusivement destiné à l’enseignement de Fart de guérir. Il commença par faire Fappli-

cation de l’analyse à la connaissanee des signes , et de ce premier jet résulta une source vive de lumière pour la pratique médicale. Il composa son Traité du Prognostic dans les maladies aigues; celui des Prédictions; et le Second livre concernant les maladies chroniques, auquel il ajouta le Traité du Régime dans les maladies aiguës; celui des Airs ,*des Eaux et des Lieux; et les premier et troisième Livres des Epidémies, chefs-d œuvre qui, avec les Aphorismes , ont mérité à notre auteur le titre de père et de fondateur de la Science. Qu’on ne m’accuse donc pas d être le panégyriste outré d Hippocrate : rien n’est mieux ordonné que le plan qu’il a conçu ; rien ne prouve mieux en sa faveur que la clarté de sa méthode. L’art de guérir, débarrassé pour toujours de l’échafaudage des systèmes, est enfin le fruit de l’expérience et du raisonnement.

Cependant nous voyons les sectes se succéder rapidement après Hippocrate. Serapion çt Philinus , de Cos , renouvelèrent la secte des Empiriques à Alexandrie ; mais ayant eu uniquement pour but d’expérimenter le raisonnement, il ne faut pas les confondre avec les Empiriques de Cnide , qui s’interdirent absolument cette ressource. Asclépiade , à Rome, met à contribution les systèmes deDemocrite

et d’Epicure ; il a pour disciple Thémison J auteur de la secte méthodique , dont un savant critique a dit finement , que si elle n’avait pas eu d’utiles résultats pour l’art de guérir ; du moins par les épreuves multipliées d’une patience sans borne , elle était la pierre de touche pour connaître ceux des Romains qui pouvaient devenir de bons soldats.

Quoi qu’il en soit, Thémison avait rapporté toutes les causes des maladies à trois genres principaux : au genre lâche , au genre resserré \ et au genre mixte : classification qui , dans la suite, donna l’idée aux solidistes et aux sectateurs de Brown 5 de bâtir leurs systèmes sous un autre nom. N'oublions pas de remarquer que Thémison fut le disciple d’un maître qui se vantait d'enseigner la médecine en six mois; qui traitait de chimérique la doctrine d Hippocrate , et ses observations des épidémies, de méditations sur la mort : qui croirait qu’une si étrange folie se fût réitérée dans le seizième siècle? Paracelse eut l’audace de brûler publiquement les ouvrages d'Hippo^crate ! cette basse jalousie était bien digne d’un tel charlatan.

Mais un illustre Romain, du temps même de Thémison, sut apprécier les chefs - d œuvre d’Hippoerate , Cornélius Celse 9 le Ci-

eéron des médecins , né d une famille noble , cultiva beaucoup les lettres grecques, et imita sur tout Hippocrate , dont il ira* duisit les plus beaux passages. Il composa un Traité complet de Médecine, en huit livres, chef d'œuvre de latinité, d érudition et de goût, cité dans le siècle d’Auguste, et qui mérite sur-tout un rang honorable dans l'enseignement médical. Gelse, d’après l’usage reçu, admit le partage du domaine de la science en trois branches : la diététique ou médecine proprement dite, la chirurgie et la pharmacie. Dans la préface il n hésité pas à donner la préférence à la première branche, qui! regarde comme la plus difficile et la plus étendue; et c’est par elle qu’il commence l’exposition lumineuse des débats entre les empiriques , les dogmatiques et les méthodiques. Il se range du parti de l’expérience réunie au raisonnement , et admet en principe la recherche des causes des maladies.

On peut dire avec vérité que cet auteur fut Eclectique . Mais il faut arriver à Archigéne, pour prouver l’existence de la secte éclectique, si réellement on peut qualifier de ce nom la noble ambition de choisir dans les systèmes reçus tous les argumens basés sur les faits qui conduisent à la vérité. Aussi cette

secte , que Prosper Alpin , un des meilleurs et des plus judicieux observateurs, voulut rajeunir , dans le seizième siècle , a-t-elle remis sur la voie, pour étudier Hippocrate. On doit sur- tout recommander la lecture du Traité de Prcescigienda vitâ et morte .

Aucun médecin ne fit plus d impression après Hippocrate, que le célèbre Galien. Doué dune imagination ardente , et de connaissances très - profondes, à l’âge de trente - quatre ans, il fut médecin de l’empereur Marc- Aurèle. 11 se mit à commenter et à traduire les ouvrages de notre illustre auteur i s il ne se fût égaré dans les longs détours du péripatétisme , et sil n’eût pas eu l’ambition d’expliquer toutes les causes des maladies, d’après les intempéries des humeurs; le mélange et la combustion de labile et du sang; leur composition et recomposition , en y ajoutant les qualités du sec, de l'humide , du froid et du chaud , et mille autres subtilités sur lesquelles repose à ses yeux l’action même des médicamens; son système de classification des maladies , de leurs causes et de leurs effets ; la division des signes et symptômes; tous ses immenses travaux , dis-je , renfermés dans un cadre plus concis , eussent été bien plus utiles aux progrès de la médecine.

Les longues digressions de Galien sont toujours instructives ; son langage , lourd et prolixe, est semé de toutes les arguties des rhéteurs ; mais quelle richesse d’imagination ; que de traits élincelaus de genie ; quelle solide nourriture pour les lettres et la philosophie , on trouve dans les écrits de Galien! Il régna seul et sans rivaux pendant près de six cents ans, sur toutes les écoles de médecine : mais réellement sons son empire, l’art de guérir cessa d'être le vrai domaine d Hippocrate. Nous verrons ce même défaut , encore trop sensible de nos jours , reproché à fnn des plus fameux auteurs de nos écoles modernes, au célèbre Boerhaave : mais du moins désabusé par une longue expérience , il remit la couronne sur la tête d Hippocrate; et dans un long discours académique, où il fait particulièrement l’éloge de ce prince des médecins , il recommande sur tout aux jeunes élèves de suivre ce guide fidèle dans la pratique médicale Cependant, qui eut plus de droit que Boerhaave de se prévaloir d'une gloire sans borne ? Son nom était parvenu jusqu’aux confins du inonde. On lui écrivait de flnde : « A » Boerhaave, médecin , en Europe. »

Il fit plus, il établit à Leyde une école de médecine clinique, en l’honneur d'Hippocrate :

que pourrais-je ajouter à toutes ces preuves?

Continuons à feuilleter -les pages de i histoire ; après avoir vu la médecine entièrement soumise à l'autorité de Galien, elle ne fait pins que languir, pendant environ trois cents ans. impatiente du joug que lui firent supporter les Arabes. Ceux ci renchérirent encore sur leur maître : ils ajoutèrent à toutes les subtilités de Galien, tout ce que l’imagination orientale a de plus outré, l’alchimie et la métaphysique de plus extravagant. Enfin , Jusqu’au quinzième siècle, l'art de guérir, à peine sorti du chaos , retombe encore dans toutes les erreurs de la superstition.

Ici , une antre ère commence , et de grands travaux signalent de grandes découvertes; une nouvelle impulsion est donnée à la science. Elle est ou quelque sorte replacée sur ses anciennes bases. Mais en notant une époque sire' masquable, n’oublions pas de rappeler la régénération de 1 étude d’Hippocrate , qui eut lieu en même-temps que la renaissance des lettres.

La découverte du Nouveau-Monde, si funeste en elle-même , puisqu'elle apporta des maladies inconnues , telles que la syphillis,le scorbut, de mer; la variole et toutes les maladies du même genre : mais sur-tout la prise de Constantinople , qui jelta en Europe une foule

de savans, facilita d antre part leurs communications , et l’Italie devint bientôt le théâtre de leur gloire. La découverte de l’imprimerie multiplia de tonte part les sources d'instruction. Les Laurent et Corne de Medicis se liguèrent avec les Aides, pour la défense de cette cause sainte, protégée par Léon Xe, Charles Quint, et François 1", de glorieuse mémoire , l’illustre aïeul de notre bien-aimé Monarque Louisle Désiré. Ces Souverains magnanimes favorisèrent sur tout les progrèsdes lettres, et méritèrent le titre de protecteurs des sciences et des beaux-arts, et de bienfaiteurs de 1 humanité.

Taudis que les presses des Aides gémissaient sous le poids des richesses, qu’on exploitait dans les ouvrages d Hippocrate, la médecine, livrée à la barbarie des systèmes, devait cependant reparaître au jour avec plus d'éclat; et ce triomphe, elle le dut a la célébrité d Hippocrate. Mercuriali Prosper Martian,Va!lesio, enrichirent de leurs observations les traités les plus importuns de l'illustre maître, dont la présence devait faire cesser tonies les hérésies. Fabius Calvus , Cornarins , travaillaient en silence à nous faire jouir des chefsd’œuvre du grand homme qui mit en honneur h célèbre école de Cos. Henry Etienne, de Haller , publièrent des éditions des princes des

médecins, et ce grand œuvre fut couronné d’un plein succès , par la préséance qu ils donnèrent à Hippocrate. Van- der-iinden, Alineloveen .firent don a la medeciue du tribut de leurs veilles; des éditions portatives, répandirent par-tout le goût de la doctrine cl Hippocrate. L immortel Foès donna sa belle édition , le chef-d'œuvre de Fart et de l’érudition, qui aujourd’hui encore jouit de toute sa belle renommée. Le laborieux Chartier, dont le nom vient s ajouter si dignement aux auteurs célèbres qui ont contribué le plus à la restauration de la médecine et à l’illustration de la Faculté de Paris , en traduisant les ouvrages d Hippocrate, exécuta 1 immense projet de réunir en treize volumes in-folio les œuvres d’Hippocrate et du célèbre Galien, son commentateur. Il obtint, pour cette belle entreprise, la protection généreuse du duc de Richelieu, auquel il en fit honneur dans son épitre dédicatoire; malgré 1 envie et la critique, ce grand ouvrage fait encore la principale richesse de nos bibliothèques de médecine.

La Science ne remporta jamais un plus beau triomphe, que lorsqu elle reconnut son immortel fondateur. De nouvelles découvertes yinrent encore ajouter à la somme qui nous

fut transmise par Hippocrate. L’anatomie était snr-tout très-cultivée en Italie. On y donna les premiers signes de la découverte de la circulation du sang Cesalpin , Colombus , qui furent ensuite pillés par Servet et Harvée , en firent les premiers soupçonner 1 important mécanisme. Mais Harvée, auteur anglais eut la gloire d'être 1 auteur de cette grande découverte, parce qu'il l’avait indiquée plus clairement qu’aucun de ses prédécesseurs. Quoi qu’il en soit, la circulation du sang . qui, bien connue , aurait dû apporter des améliorations si sensibles dans l’art de guérir, fut , au commencement, suivie de résultats bien plus nuisibles qu’utiles. On ne parla plus que de vider et remplir les vaisseaux , et l’esprit de système fut porté au point qu on s’oublia même jusqu’à mettre à exécution la périlleuse entreprise de la transfusion. La communication directe entre un individu malade et un autre bien portant ; entre un jeune homme j,ien sain et un vieillard cacochime, devait, aux yeux des sectateurs, remplir les vues de la fable, et l’on espérait se rajeunir à la fontaine de Jouvence. Heureusement un édit du Parlement mit fin à cette builesque nouveauté. Depuis , l’on a osé proposer d'injecter dans les vaisseaux des substances médi.

camenteuses, pour suppléera l’action de l'estomac, et d’autres expérimentateurs ont mis le ventricule entièrement à la disposition des muscles du bas-ventre; le cœur lui-même ne bat plus sous l'influence des passions, et en quelque sorte de la volonté; ^n un mot , parceque les organes reçoivent des nerfs de la moelle épinière , ils ne vivent plus sons l'empire du cerveau ; jusqu'où le raisonnement vat-il s’égarer !

Mais enfin , les tentatives que l'on fit sur la circulation , n’ont pas eu les succès qu’on devait espérer dans la pratique médicale : les Botal et les Sylva devinrent des partisans outrés de la saignée. Une nouvelle secte s’éleva au milieu de toutes ces disputes. Les chimistes firent jouer leurs alambics et leurs fourneaux, et trouvèrent comme à présent des sels et du souffre dans le sang qu’ils voulurent absolument dulcifier, atténuer, changer à toute force dans le corps vivant; les compositions chimiques devinrent sur-tout à la mode; les besoards, les alcalis, et les minéraux furent prodigués à 1 excès dans le traitement des maladies : on n'oublia pas même les cinq pierres précieuses. Le seizième siècle donna naissance à une nouvelle secte , de laquelle sortit encore celle des magnétiseurs . Paracelse et Vanhel-

mont Inventeront chacun tin système , an moyen duquel ils vonlurent forcer la nature de se plier à leurs explications tirées de causes occultes et de l'alchimie. Les chimistes ont encore essayé, de nos jours, de ressaisir le sceptre avec lequel ils ont gouverné jadis la science médicale. Mais Vanhclmont eut des idées pins saines que son maître; il osa attaquer de Iront le galénisme; il reconnut un principe vital sous le nom d’archée, qui présidait à tontes les fonctions , et dont il plaça le siège à l’orifice supérieur de l'estomac. Ce système fut adopté ensuite et modifié par Ztordeu , Lacase , Barthez , médecins animistes , et par l'école de Montpellier , notamment dans le dix-huitième siècle. Dans le dix-septième parut Bocrhaave.

Ce grand maître mit très - habilement à profit tontes les découvertes faites avant lui; il puisa dans tontes les sources connues, et fut à-ia-fois méd ci n, chimiste 3 mécanicien et humoriste . Neanmoins , par ses vastes connaissances dans l'anatomie , la botanique , l’histoire naturelle et la matière médicale , il ajouta beaucoup à Fart de guérir. Toutes ces ressources , puisées dans les sciences accessoires , ont été calculées finement par Boerhaave; il y joiguit encore l’hydraulique , la statique

t\ toutes les explications tirées de la physique. Dans un aussi grand tableau, notre auteur classa avec beaucoup d’art et un talent remarquable toutes ses idées de physiologie , de pathologie et de thérapeutique , dont il composa ses institutions de médecine. Son second ouvrage, qui est un chef-d’œuvre, est un cadre bien compassé, dans lequel il a décrit méthodiquement les signes , les causes, et la cure des maladies. Malgré tous les défauts reprochés au système de Boerhaave, on ne peut nier qu’il n’ait rendu de très-grands services à l’art de guérir.

En effet, on put dès-lors prévoir que ïa

méthode analytique dont il avait donné la clef pour toutes les sciences, serait suivie de très -grands progrès; et dès ce moment, on fut à la piste de toutes les découvertes. Mais, il faut en convenir, la médecine devenue trop raisonneuse, a cesse des ce moment détie le domaine d’Hippocrate. Boerhaave se livia à des explications infinies ; sou système de l’inflammation , il le tenait d'Erasistrate , qui vivait à Alexandrie , lequel Erasistrate avait lui- même emprunté à Hippocrate ses deux ordres de vaisseaux, dans lesquels le sang et les esprits circulent , comme le veut le médecin Hollandais, ab encre loti', à l’exception

que du temps de ce dernier, l'anatomie alors très - cultivée , avait reconnu des vaisseaux blancs ou lymphatiques , et des vaisseaux rouges ou sanguins. Mais c’est assez nous arrêter sur ce système. Maintenant poursuivons 1 examen des sectes dans les divers âges de la médecine. Staahl, Baglivi et Sydenham , achevèrent dans le dix-septième siècle, cette révolution heureuse , qui ramena de nouveau les esprits à l'étude d Hippocrate. La médecine clinique fixa sur -tout {attention de ces grands médecins, et leur pratique entièrement basée sur celle d’Hippocrate, leur valut des succès, qni se sont confirmés depuis sans aucune interruption.

Le dix-huitième siècle est un des plus remarquables par l'importance et la muiticiplité des découvertes, en anatomie, physiologie, physique, chimie, botanique, histoire naturelle, matière médicale, pharmacie et même par rapport à la psycologie. Cependant , il faut convenir , on distinguo encore dans ce siècle, plusieurs sectes dominantes : ceiie des humoristes de l'école de Boerhaave, dont le célèbre Van-swieten son commentateur, et l’illustre Sauvage, auteur d'une nosologie très - estimée , et Gaufoins, firent ouvertement profession dans leurs

écrits : les Solidiste s de lVcole de Vienne et d Edimbourg, tels que Hoffmann , Callen et Stool ; les Magnétiseurs an nombre desquels on compfp deux célèbres charlatans , Mesmer et CagHostro , sortis de la secte de Paracelse et de Thérniscn ,* le système de Brown , auteur anglais , qui eut pour défenseur l'illustre Franck s en Allemangne; enfin, 1 es Animistes , tels que les Barthez, les Dumas, et Baumes, de l’école de Montpellier. Tellessont les principales révolutions de la médecine, jusqu’à la fiu du dix - huitième siècle. Cette époque se lie tellement au commencement du dix neuvième, qu'il est presqu’impossible de les séparer, lors qu’on veut parler des grands travaux des médecins de la célèbre école de Paris. Les belles expériences de Bichat, Chaussier , Dupuytren, Richerand, sur l’anatomie et la physiologie; les traités ex professo, sur ces deux branches très - importantes de fart de guérir , Par MM. Boyer et Richerand ; les nouvelles opérations, dictées à la chirurgie , par le génie inventif du célèbre Desanlt , et perfectionnées par MM. Percy, l)upnytren , Richerand, Sabatier, Roux, Marjolîn , 1E veillé , dont les travaux n’ont pas moins contribué au perfectionnement de la science, par les traités ex professo y sur le

(»«)'. . • même sujet; le chef-d'œuvre de nosopraghîe de M. le professeur Pinel; les decouvertes chimiques de MM. Lavoisier , Fourcroy , la. botanique perfectionnée par la nouvelle méthode de M. de Jussieu; les progrès de 1 hygiène par M. Hallee ; la clinique medicale, ramenée à ses vrais principes , pai MM. Corvisart et le Roux; la clinique chirurgicale, si avancée de nos jours, par le zèle et l habileté des Pelletan et Dupuytren ; l’art des accouchemens , conduit à sa perfection . par Baudeloeqne, qui a écrit un traité Ex professo sur ce sujet , auquel il faut ajouter le fruit des veilles de feu M. Alphonse le Roi , auteur de plusieurs traités sur les maladies des enfans et des femmes; toutes les blanches de renseignement ont été cultivées avec un presqu’éga! succès dans la faculté de médecine de Paris.

Dans Tétât actuel de nos connaissances, mon intention n’est assurément pas, comme on le voit, de faire oublier les services rendus à la Science ; mais l’enseignement spécial d'Hippocrate me paraît indispensable, d'abord pour prévenir de nouvelles erreurs, puisque, d'après le propre témoignage de. 1 histoire , ce fut uniquement en opposant Hippocrate à l'hydre redoutable des sectes , que 1 on est

parvenu à donner à l’art de guérir une certitude presque mathématique. Encore qne I on ait de grandes connaissances dans les sciences dites médicales, on peut assurément se frayer une fausse route et s’égarer dans la pratique. En vain un esprit prévenu voudra nier l'évidence des faits, la vérité est une, et quelle que soit la manière dont elle est exposée, il faut la trouver pour s en pénétrer. Or, il arrive très- souvent même dans les meilleurs traités de médecine, que l’on est obligé, pour se conformer au système que l’on a adopté , de se livrer à de longues études préliminaires sur toutes les sciences; elles rendent assurément le médecin très-instruit ; maison néglige trop 1 observation. Celui qui commence à se livrer à la pratique est absolument maître de la santé et de la vie des malades , comme s’il fût déjà doué de la plus longue expérience ; et le danger n’est pas moindre, s’il se trompe, malgré ses brillantes connaissances dans les sciences médicales , et la foule d’expériences qu’on lui a indiquées , que s’il nen eût pas été instruit. La clinique peut être influencée par l’opinion de chaque médecin, suivant sa méthode. La matière médicale n’a presque pas de règles fixes; l’anatomie et la physiologie peuvent bien conduire quelquefois à la cou-

naissance des causes des maladies, quoique l'ouverture même des corps, si precieuse en apparence, ne remplisse pas toujours le but qu’on se propose ; enfin la nosographie a beau peindre dans un bel ordre bien suivi les sj, mptômes des maladies; rien souvent n est plus incohérent et plus variable que le caiactèie des maladies : mille circonstances peuvent en déranger le cours ; les anomalies suivent les impressions du sujet et les variations des saisons; cette vérité est sur -tout remarquable dans les épidémies; enfin les maladies, à la ville , où l'influence des passions joue un si grand rôle, n’ont point du tout ce caractère tranchant qu’on leur assigne avec tant de bonheur dans un cadre bien compassé , auquel on rapporte arbitrairement toutes les classes des a Sections morbides. La nature ne reconnaît qu’une fièvre qui varie et se complique suivant les tempéramens, les âges et les saisons. Pourquoi, par exemple, la fièvre quarte, qui survient avant l'âge de sept ans, délivre-t-elle pour toujours des fièvres intermittentes? Si la clinique médicale ne peut atteindre la guérison de l’anévrysme du cœur, les obstructions des viscères, la phthisie et d autres affections semblables, on ne peut donc éviter des erreurs qu’en se laissant guider par i expérience»

C'est ainsi que Ton est parvenu à sé mettre à l’abri de plus grands torts de la nature, qui a jeté un voile sur ses opérations. En un mot, ce sont toutes ces difficultés et ces bizarreries qui ont forcé de tous les temps les observateurs à revenir toujours à Hippocrate. Les aphorismes, ainsi que je l’ai dit, sont le plus bel ornement d’une école de médecine. C’est un code qui doit être sans cesse sous les yeux des élèves. Voilà le seul moyen d’empêcher de bonne heure des fautes graves dans la pratique. La première et la seconde section des aphorismes contiennent toutes les règles qu'il faut prescrire aux malades pendant la convalescence , notamment les précautions qui doivent être observées sur la manière de nourrir et la coutume d'ordonner certains médicamens purgatifs. La troisième section roule entièrement sur la connaissance des effets de l’air , suivant l’âge , le sexe , et les saisons, pour la production des maladies qui y sont annexées. La quatrième section et la sixième , sont exclusivement consacrées à l’observation des signes sur l’emploi des médicamens , et les précautions à observer pour qu'ils ne deviennent pas nuisibles. La cinquième section a trait particulièrement aux plaies et blessures; enlin la septième est une récapitu-

lalion générale des objets déjà traités en partie dans la c inquième. Toutes ces sentences sont d’une haute importance dans la pratique medicale , quelle que soit la théorie que l’on veuille adopter; c’est à ce caractère inamovible qu’on reconnaît ici l’expérience confirmée par l'autorité de s siècles. D’après les motifs que je viens d exposer, on peut facilement juger la question de savoir s il est utile ou non de fonder une chaire d Hippocrate: c’est , à mon avis , le seul moyen d opérer la

restauration complète de l'édifice de la science* La médecine ancienne et moderne doivent contracter une alliance inviolable; et tel a été sans doute le but de la Faculté, en faisant frapper des jetons à 1 effigie d Hippocrate, après avoir placé le buste de ce grand homme dans la salle ou elle tient ses séances. Enfin, pour

qu'il ne reste pas le moindre doute à cet égard, le nom d Hippocrate sert de litre à tous les actes authentiques de la Faculté. Le traducteur d'Hippocrate a donc en quelque sorte travaillé d après la foi des traités; et s’il n'y a qu’un vain titre qui le lie à l'entreprise utile et dispendieuse qu il a formée , certes on ne voudrait pas , après dix ans de travaux et la publication de plusieurs chefs-d œuvre du père de la médecine , lui refuser la récompense

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qu’il a méritée , ou , ce qui est à-peu-près synonyme , lui donner toujours l’espoir d'un meilleur avenir. Cela ne serait ni juste ni bien pensé. Cependant, pour ne pas trop l’éloigner de ses occupations les plus chères , il semble qu’on ait pris à tâche de lui retirer toutes les faveurs accordées libéralement aux auteurs qui se vouent aussi à la science d’Hippocrate.

Mais comme il ne s’agit pas ici d’intérêt particulier, et que l’amour de son art et lhonneur de la science ont engagé l’auteur de la nouvelle traduction d Hippocrate à y joindre l’édition grecque corrigée sur les meilleurs manuscrits; cette entreprise, en supposant qu’elle dût être rangée seulement dans la littérature, mérite au moins les mêmes avantages que ceux dont jouissent les traducteurs de Strabon. Il est à remarquer, i°. que les frais énormes d’impression d'un si long ouvrage ne peuvent se calculer d'après une simple souscription; 2°. que l’auteur a déjà sacrifié une partie de sa clientelie à la noble tâche qu’il a embrassée; 3°. s’il n’obtient, à titre de récompense , le professorat, il a droit à une indemnité pécuniaire annuelle, suffisante pour continuer l’entreprise utile qu’il a formée. Telles sont en subslance les conclusions d'un rapport que la Faculté a adressé à Sou Excellence le Ministre de l'intérieur.

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