‹ Considérations sur la nature et le traitement du choléra-morbusChapitre 10 sur 41 · e cas, terminé par la mort · texte numérisé non relu

e cas, terminé par la mort

François Thomas , ouvrier , âgé de 59 ans , marché de St -Jacques n° 1629, d'une constitution débile et

détériorée., dune maigreur extrême et fortement disposé à la phthisie pulmonaire , après avoir été sujet depuis plusieurs mois à des diarrhées , revenant par intervalles et qui faisaient supposer une affection chronique du canal intestinal, éprouve, le 14 août i832, vers onze heures du soir , de fréquentes évacuations alvines , accompagnées de légères coliques , et quelques heures après , surviennent de violens vomissemens et des crampes très-douloureuses dans les membres. Ses enfans, effrayés des progrès rapides du mal , viennent réclamer mes soins vers les quatre heures du matin (i5). Je me rends immédiatement auprès de lui. Ses déjections sont séreuses et blanchâtres ; il est parvenu à l'état de cyanose et comme asphyxié : on aurait dit que la vie lavait abandonné tant la respiration était faible , le corps refroidi et le pouls absent 5 sa figure livide , ses yeux creux , ses joues enfoncées, sa peau collée sur les os et ressemblant à du parchemin , offrent un aspect hideux. Je fais frotter la surface du corps avec de l'esprit de vin camphré et de l'ammoniaque , couvrir le ventre d'un cataplasme émoîlient et les extrémités de cataplasmes sina pisés , envelopper le malade de couvertures de laine , et une once et demie d'esprit de Mindererus avec deux onces du rob de sureau dans une infusion de fleurs de camomille lui est administrée. Au bout de quelques heures , la réaction se manifeste vivement , et bientôt une sueur chaude coule en abondance 5 les vomissemens , les douleurs abdominales et les crampes cessent , mais les évacuations alvines ne discontinuent pas 5 on ne lui donne que de l'eau de riz en boisson. Yers les onze heures du soir, je lui prescris

six onces de mucilage de salep avec un grain d'extrait aqueux d'opium , ainsi qu'une couple de lavemens d'amidon laudanise's , dans le but de combattre la fréquence de ses selles, qui conservent leur caractère cholérique, et qui, en causant un affaiblissement extrême, menacent d achever le malade. Dans la nuit , les selles diminuent , et l'excrétion des urines reparaît.

Le 16, il n'y a plus que dix à douze selles ; le mucilage de salep avec l'extrait aqueux d'opium est répété, et un large vésicatoire est appliqué sur le dos pour dériver l'irritation intestinale. J'aurais peutêtre mieux fait de me tenir à l'expectation que de continuer l'usage de l'opium.

Le 17 , à ma visite du matin , les selles sont arrêtées et les urines de nouveau supprimées depuis la veille ; le pouls est petit et plus accéléré , la peau tant soit peu brûlante et sèche , la langue rouge à ses bords , mais large et plate ; decoctum pétri foresti en boisson. Dans la soirée , augmentation de la chaleur à la peau , soif inextinguible , les yeux sont injectés de sang et hagards, le cerveau embarrassé , le malade tombe dans un état soporeux , délire par intervalles et devient sourd ; je n'ose lui faire appliquer des sangsues au cou à cause de sa grande faiblesse ; je me borne à l'application de cataplasmes chauds aux jambes et de l'eau froide et du vinaigre sur la tête, et au decjctum pétri foresti en boisson.

Le 18 , je revois le malade à cinq heures du matin 5 cessation des symptômes fébriles et de l'affection cérébrale. L'amélioration continue jusqu'au soir m7 alors il retombe dans l'état où je l'ai trouvé le soir précédent} mêmes remèdes que la veille.

Le 19 , à quatre heures du matin , apjrexie et disparition des symptômes d'affection cérébrale ; le pouls est petit , faible et lent , la langue pâle et la peau moite ; prescription de dix-huit grains de calomel , partages en douze doses pour en prendre une chaque demi-heure , dans l'intention de dériver et de fixer l'irritation sur le canal intestinal ; et par rapport à la périodicité qui se faisait observer ,■ je fais administrer , en trois lavemens , dix-huit grains de sulfate de quinine dans quinze onces de mucilage desalep avant quatre heures d'après-midi. Mais vers les onze heures du soir, retour de la fièvre et des symptômes cérébraux, état apoplectique complet, hoquet, pupille dilatée, etc. Il meurt le lendemain à sept heures du matin.

io.e cas , guéri.

Marie , fille de François Thomas , ouvrière, âgée de 20 ans , d une constitution nerveuse , se plaint , dans la matinée du i5 août i832, de malaise, de perte d'appétit , de vertiges , de soif r dune douleur sourde au bas-ventre , d'un sentiment d'ardeur et de plénitude à l'estomac 9 etc. Vers le soir , elle est prise de plusieurs selles et vomissemens séreux , semblables à une décoction de riz , d'un refroidissement des extrémités et de légères crampes dans les mollets , et se sent tomber dans une espèce d'anéantissement ; elle réclame mes soins pendant que je visite son père : sa figure est blême et défaite , ses yeux sont ternes 9 enfoncés et entourés d'un cercle bleuâtre , son pouls petit et lent , sa langue pâle, etc.; bain de pieds fortement sinapisé,

frictions sèches à la colonne verte'brale et aux extrémités , cataplasme émollient sur le ventre , potion d'une infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once et demie desprit de Mindererus , diète absolue , eau d'orge en boisson, et on la couvre chaudement. Quelques heures après , réaction très-forte , suivie d'une sueur copieuse ; cessation de la douleur abdominale , des vomissemens et des selles , amélioration remarquable.

Le 16, état entièrement satisfaisant, la sécrétion urinaire se rétablit, l'appétit se fait sentir, mais je ne permets à la malade de prendre que du lait mêlé d'eau d'orge.

Le 17, convalescence assurée , et deux jours après , rétablissement parfait.

Les médicamens que j'ai prescrits pour Marie ainsi que pour son père , ont été fournis gratuitement par M. le pharmacien Van Eeckhoven. Je me fais un véritable plaisir de mentionner ici honorablement ce philantrope pour les preuves multipliées qu'il a données de sa bienfaisance à plusieurs personnes indigentes, affectées du choléra, auxquelles je consacrais mes soins.

1 1 .e cas y guéri.

L'épouse Leonse , âgée d'environ cinquante-cinq ans , d'une grande irritabilité nerveuse et d'une complexion maladive , rue des apôtres n.° i553 , éprouve inopinément, le 16 août i832, vers les six heures du matin, de fortes douleurs dans le ventre avec des selles et des vomissemens séreux , ressemblant à une décoction de riz t puis des spasmes dans les extrémités, qui deviennent froides et glacées. Je la visite vers midi ; elle est clans

la seconde période ; frictions ammoniacales camphrées sur les extrémite'set sur la colonne vertébrale, cataplasmes chauds , émolliens sur le ventre et sinapisés aux jambes, potion d'une infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once et demie d'esprit de Mindererus , préparée chez M. le pharmacien Van Hoebroeck, diète absolue et eau d'orge en boisson , sont les moyens auxquels j'ai recours, en recommandant, en même temps , de couvrir chaudement la malade A cinq heures du soir, chaleur universelle, sueur légère, pouls relevé , cessation des coliques , des vomissemens , des selles et des crampes. Vers les onze heures , elle retombe dans l'affaissement , une sueur froide couvre le corps , les extrémités sont glacées , le pouls imperceptible , le prognostic devient alarmant ; je la fais frictionner de nouveau avec de l'esprit de vin camphré et de l'ammoniaque , je fais envelopper ses extrémités de cataplasmes sinapisés et lui prescris une potion d'eau de fleurs d'orange avec deux gros de succinate d'ammoniaque. Une forte réaction se manifeste vers les trois heures du matin, une sueur chaude coule bientôt en abondance, et les symptômes morbifiques s'amendent comme par enchantement.

Le 1 7 , amélioration marquante ; la sécrétiou urinaire se rétablit ; potion muciîagineuse.

Le 18 et le 19, elle va de mieux en mieux; elle prend de l'eau d'orge vineuse en boisson, et de temps en temps quelques cuillerées de gelée de veau. Le 20 , sa convalescence est assurée; on lui donne à des reprises fréquentes un peu de sagou au bouillon de veau et quelques cuillerées de vin pur. Elle est revenue à son état ordinaire.

12e Cas, guéri.

Pierre François Bollinckx , ouvrier , âgé de 35 ans , d'une constitution sèche et nerveuse , à la porte des béguines n° 2092 , ressent, le 16 août i83a , un malaise général , un violent mal de tête , des étourdissemens , du trouble dans la vue , des tintemens d'oreilles , de la soif, des envies de vomir et des frisonnemens entremêlés de bouffées de chaleur. Le lendemain vers midi , il est pris de douleurs abdominales et de déjections aqueuses par haut et par bas , semblables à une décoction de riz , des crampes se manifestent dans les membres , la tête et les extrémités se refroidissent , la voix s'éteint et devient sépulcrale , les urines sont supprimées 5 la soif est ardente , etc. Je le vois à trois heures après midi ; la colique , les déjections et les crampes continuent , les traits de la physionomie sont décomposés et grippés , les yeux caves et entre-ouverts , les membres glacés 9 bleuâtres et marbrés , le pouls nul , la langue froide et blanchâtre , la respiration lente et entre-coupée , la peau de la paume des mains froncée et comme bouillie , etc. 5 frictions alcoholiques, cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes , potion d'une once et demie d'esprit de Mindererus, deux onces de rob et quatre onces d'infusion de sureau , préparée chez M, le pharmacien de Jonghe , diète absolue et eau d'orge en boisson , tels sont les moyens que je prescris, en faisant envelopper le malade de plusieurs couvertures de laine. A peine a-t-il pris sa potion que la réaction

s'opère franchement , et bientôt la transpiration est très-abondante ; les symptômes morbifiques disparaissent successivement*

Le 18 , les détections ont cessé , la physionomie du malade reprend son expression naturelle et annonce le changement le plus favorable ; l'excrétion des urines se fait ; potion mucilagineuse»

Le 19, convalescence, et le 25 , retour à la santé.

i3.e cas, guéri.

M.île J. Vêts , marché de Saint-Jacques n° 1619 , âgée de 22 ans , d'un tempérament nerveux , est atteinte , dans la nuit du 17 au 18 août i832, de coliques , de selles et de vomissemens très-fréquens et semblables à une décoction de riz. Elle réclame de suite mes soins , parce que , peu de temps auparavant , il y avait eu dans la même maison une personne attaquée du choléra , que j'avais traitée et guérie. Je visite M.lle Vêts à six heures du matin ; les traits de la face sont altérés , les yeux ternes , retirés dans les orbites et entourés d'un cercle bleuâtre , la voix éteinte et rauque , les extrémités froides , le pouls petit et lent , la langue blanchâtre et froide , la soif très- forte ? etc. ; frictions sèches, bain de pieds sinapisé , cataplasme chaud de farine de lin sur l'abdomen , la malade est enveloppée de plusieurs couvertures de laine , potion d'une once et demie d esprit de Mindererus , deux onces de rob et quatre onces d'infusion de sureau , préparée chez M. le pharmacien Beyle , diète absolue , eau d orge en boisson. Quelques heures après, forte réaction, la sueur ne

tarde pas à couler copieusement , les symptômes morbifiques diminuent à vue d'œil et se dissipent bientôt entièrement. Les mucilagineux et un régime doux, observé exactement , ont promptement consolidé la convalescence et amené la guérison.

i4-e cas , guéri.

Marie Caroline Katereîs , ouvrière , âgée de ^5 ans , d'une constitution assez forte , sect. 3 n° 201 5, affectée , le 1 5 août 1 83s , d'une céphalalgie intense , accompagnée de vertiges, de bourdonnement d'oreille, d'envies de vomir et d'une grande soif, éprouve, dans la matinée du lendemain, des coliques, des tiraillemens spasmodiques dans les membres , des selles liquides et de nombreux vomissemens , aqueux et analogues à une décoction d'avoine ; la face est pâle et grippée , les yeux sont abattus , enfoncés et environnés d'un cercle livide, la voix rauque , la peau froide , la langue blanchâtre , le pouls faible et lent , les urines supprimées , etc. Je la visite à onze heures du matin ; bain de pieds fortement sinapisé, frictions sèches sur la colonne épinière , cataplasme chaud de farine de lin sur le ventre, infusion de fleurs de sureau avec une once et demie d'esprit de Mindererus, préparée chez M. le pharmacien Van Hoebroeck , diète absolue , eaû d'orge en boisson ; la malade est chaudement couverte. Il se manifeste , au bout de quelques heures, une réaction très-forte, bientôt une bonne sueur couvre le corps 9 et les symptômes morbifiques disparaissent.

Le 17, l'amélioration se prononce de plus en plus 5

îe 18 , convalescence assurée ; le 22 , rétablissement parfait.

1 5.e cas , guéri.

Madame Smeyers , âgée d'environ quarante ans, d une constitution assez robuste , rue du couvent n.° 2327 , affectée depuis huit jours d'une légère diarrhée bilieuse, vient me consulter le 16 août i832. Je n'observe chez elle rien d'extraordinaire , sinon qu'un certain affaissement et le pouls plus lent que dans l'état normal ; je lui prescris une décoction de salep avec le sirop diacod et lui recommande une diète sévère.

Le 1 7 , dans l'après-midi , elle éprouve de fréquentes déjections aqueuses par haut et par bas, ressemblant à une décoction d'avoine , après avoir rendu ce qu'elle avait pris depuis le matin. Je remarque chez elle , vers les sept heures du soir, les symptômes suivans : affaissement considérable , anxiété extrême , membres froids , bleuâtres et marbrés , spasmes dans les doigts , pouls presque insensible , paume des mains ridée et comme macérée ,' langue pâle , froide et tremblotante , enrouement de la voix, vomissemens continuels d'une matière séreuse , trouble et blanchâtre ; les traits de la face sont altérés , les yeux enfoncés et entourés d'un cercle livide ; la soif est très-forte 5 l'excrétion urinaire ne se fait pas ; etc. Frictions excitantes , cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes , potion de quatre onces d'infusion de sureau avec durob de sureau et une once et demie d'esprit de Mindererus ; diète absolue ? eau dorge en boisson ; la malade est couverte

chaudement. Vers les onze heures , la réaction se fait , bientôt une sueur copieuse couvre le corps, et les principaux symptômes morbifiques disparaissent comme par enchantement.

Le i89 amélioration de plus en plus manifeste; potion mucilagineuse.

Le 19, convalescence, et le 25, guérison assurée.

i6.e cas , choléra sec, guéri.

Thérèse Van Sprenger , ouvrière , âgée de 36 ans , d un tempérament sanguin et d'une constitution forte , ruelle dite : allée des cygnes (ruelle étroite , habitée par des pauvres , et ou le choléra a beaucoup régné ) 9 après avoir éprouvé , pendant quelques jours , une légère diarrhée avec des tranchées par intervalles i, mange des fruits , le 18 août 1882 , et dans la nuit du 18 au 19, elle se plaint d'une douleur déchirante dans l'abdomen , accompagnée d'envies continuelles de vomir et daller à la garde robe ; mais il paraît que le spasme est tellement fort qu'aucune déjection ne peut avoir lieu. Cette douleur dure environ une heure , cesse tout-à-coup , et la malade tombe , selon le rapport de sa famille , dans des syncopes , dans un entier anéantissement , donnant à peine quelque signe de vie. Voici les symptômes que j'observe chez elle à quatre heures du matin : toute la surface du corps est livide , la figure profondément altérée , les yeux sont fixes et enfoncés , la pupille dilatée , la tête et les membres d'un froid glacial , le ventre tendu et gonflé, la langue froide et d'un gris cendré , la paume des mains et la plante des

pieds froncées et comme bouillies , le pouls nul , les battemens du cœur lents et à peu près imperceptibles , la respiration suffocative , aphonie presque complète , etc. ; elle est dans un véritable état d'asphyxie. Après lui avoir fait frotter, avec de l'esprit de vin chauffé, le dos et les membres , je la fais envelopper de plusieurs couvertures de laine et de cruches d'eau chaude ; on lui couvre les extrémités inférieures de cataplasmes fortement sinapisés et très-chauds , et le ventre d'un cataplasme émollient ; on lui applique un lavement deau de son avec du miel sans eflet , et on lui administre de quart d'heure en quart d'heure une cuillerée d'une potion de quatre onces d'infusion de camomille , une once et de demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau , préparée chez M. le pharmacien Schewyck. Deux à trois heures après , le* corps se réchauffe , la réaction ne tarde pas à être très-vive ; alors la malade commence à se plaindre de nouveau des plus horribles douleurs au ventre , en même temps surviennent des contractions spasmodiques dans les membres et une soif inextinguible. Je lui fais faire une large saignée au bras et appliquer à l'épigastre une vingtaine de sangsues , qui produisent une forte évacuation sanguine ; je lui prescris une potion de mucilage de salep avec du sirop de guimauve , et de l'eau d'orge en boisson. Le soir vers les dix heures , elle se trouve mieux , la douleur abdominale et les contractions spasmodiques sont disparues ; la langue est rouge à ses bords, mais plate et large ; la respiration accélérée , mais égale ; la peau plus chaude que dans l'état normal , mais moite ; la voix plus forte , mais encore rauque ; le pouls

fréquent , petit et déprime' ; la malade accuse une douleur , assez forte par intervalles , à la région du cœur , sur laquelle je fais appliquer quinze sangsues , dont les piqûres ont saigné jusqu'à mon arrivée du lendemain , à cinq heures du matin.

Le 20 , calme parfait , douce transpiration ; l'état de la malade est tellement amélioré que je peux à peine en croire mes jeux , l'ayant vue la veille dans un danger si grave : elle ne ressent plus aucune douleur quelconque , la physionomie a repris son expression , la chaleur de la peau est naturelle et la couleur revient , le pouls est relevé , la sécrétion urinaire se rétablit , la soif a cessé , enfin tout annonce qu'elle entre en convalescence ; les mucilagineux et la diète sont continués.

Le 21, elle va de mieux en mieux 5 l'appétit se fait sentir ; je lui permets de mêler un peu de lait à l'eau d'orge.

Le 22,1a convalescence se consolide; la malade prend de temps en temps un peu de bouillon de veau avec du sagou.

Le 23 , le 24 et le 25 , son alimentation est peu à peu renforcée; le 29, je l'ai déclarée guérie. Elle a conservé , pendant long-temps «, une douleur sourde dans les membres.

i7-e cas , guéri.

Catherine Verhaert , ouvrière , âgée de 48 ans, d'une constitution faible et nerveuse , marché aux bœufs n° 845 ( place affligée par le choléra ) , éprouve 5 dans la matinée du 21 août i832 , perte d'appétit , malaise vague , sentiment de défaillance dans le ventre , puis

des coliques , des selles et des vomissemens fréquens d une nature se'reuse , flocconeuse et blanchâtre , des contractions spasmodiques dans les membres, une soif ardente , etc. Je la visite vers les deux heures après midi ; les jeux sont ternes , enfoncés et entourés d un cercle livide , la face de'composée 9 grippée et exprimant une grande anxiété , le pouls faible et lent , la respiration gênée et profonde , la voix rauque , le ventre tendu , les urines supprimées , etc. Frictions sèches , cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes , infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob de sureau et une once et demie d esprit de Mindererus , préparée chez M. le pharmacien Schewyck 5 diète absolue , décoction d'orge en boisson 5 la malade est couverte chaudement. Je la revois vers les huit heures du soir ; amélioration remarquable , le corps est couvert d'une sueur chaude et tellement copieuse qu'elle perce le matelas.

Le 22 , disparition des symptômes morbifiques ; le 23 , convalescence ; le 26 , guérison.

18e casj guéri.

Thésère Wittelaer , ouvrière , âgée de 24 ans , d'une constitution assez forte , rue de la boutique n° 87 1 (l'une des rues où le choléra a le plus sévi) , est affectée , le 2 [ août i832 vers midi, de coliques, de crampes dans les membres , de selles et de vomissemens aqueux ? trèsfréquens et de la couleur dune décoction de riz , après avoir souffert , pendant deux jours , d'une céphalalgie intense , de vertiges , d'éblouissemens , de perte d'appé-

tit , de soif et de borborygmes. Mes soins sont aussitôt réclamés ; en la visitant vers les deux heures , je remarque chez elle les symptômes suivans : déjections cholériques , pâleur extrême de la peau , anxiété, pouls petit et accéléré , respiration difficile , voix rauque , traits de la face grippés , yeux ternes , caves et entourés d'un cercle bleuâtre , langue froide et blanchâtre , les mains et la figure froides au toucher , grand affaissement , etc. Frictions sèches , cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes, infusion de fleurs de sureau avec du rob de sureau et une once et demie desprit de Mindererus , préparée chez M. le pharmacien Beyle ; diète absolue , eau d'orge en boisson $ la malade est chaudement enveloppée de couvertures de laine. Vers les sept heures du soir , je la trouve en pleine réaction , et vers les neuf heures 5 la sueur coule copieusement 5 les douleurs abdominales , les spasmes , les vomissemens et les selles ont cessé ,1e pouls est relevé , la respiration presque naturelle , etc.

Le 22 , état entièrement satisfaisant , rétablissement de la sécrétion urinaire ; potion mucilagineuse.

Le 23, elle est en pleine convalescence , et le 27 ? guérie.

ic).e cas , guéri.

Jeanne Catherine Verhoeven 9 âgée de 24 ans, d'une constitution robuste , nourrice à la maison de M. Bob linckx, poids de fer n9 ioo3 , après s'être plainte, le 21 août i832 , d'un grand mal de tête, accompagné de malaise général ? de tintemens d'oreille 5 de vertiges , d'obscurcissement de la vue, d'anorexie 5 de nausées , de soif, d'un sentiment de défaillance et d'ardeur dans l'es-

tomac , est prise , le lendemain dans la matin e'e , de tranchées dans le ventre , de selles aqueuses , trèsfréquentes et analogues à une décoction de riz , et d'une couple de vomissemens de la même nature. Je visite aussitôt la malade ; son pouls est petit et très-lent , la langue couverte d'un enduit muqueux blanchâtre , la physionomie pale , décomposée et grippée , la respiration embarrassée , la voix enrouée , la chaleur de la peau diminuée , les yeux sont éteints et retirés , elle est dans un état d'indolence et éprouve une grande soif, quelques tiraillemens spasmodiques dans les membres , une anxiété comprimée , etc. Je lui fais prendre un bain de pieds sinapisé et en même temps frotter à sec le dos, puis on la couvre chaudement et on lui enveloppe l'abdomen d'un cataplasme émollient; je lui prescris une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau 9 dune once et demie d'esprit de Mindererus et de deux onces de rob de sureau , préparée chez M. le pharmacien Verbeuken 5 la diète absolue et de la décoction d'orge en boisson. La réaction se fait franchement au bout de quelques heures et amène un grand amendement.

Le 22 ,' état satisfaisant , la sécrétion urinaire se rétablit : il ne reste plus qu'une légère irritation gastrointestinale , que la diète et les mucilagineux font bientôt disparaître.

Le 23 , elle est en pleine convalescence , et prend alternativemeut un peu de bouillon de veau avec du sagou et un peu de lait.

Le 24 , le 25 et le 26 , l'alimentation est graduellement renforcée.

Le 27 , le rétablissement est assuré.

2o.e cas 5 terminé par la mort.

Madame veuve Symans , âgée de 53 ans , d'un tempérament nerveux et d'une constitution débile et affaiblie par de longs chagrins, rempart de Sainte- Catherine n° 233 , après avoir e'té affecte'e , depuis plusieurs jours 9 d'une légère diarrhée , fait une promenade fatigante , le 19 août i832 , et prend , en rentrant le soir chez elle , quelques verres de vin et de la bière pour calmer la soif dont elle est tourmentée. Dans la matinée du lendemain , elle ressent de petites coliques, vomit tout ce quelle avait pris à son déjeûner, et les évacuations alvines vont en augmentant Vers midi , à ma première visite auprès de la malade , elle est encore debout ; la physionomie est pâle , les traits sont altérés , les yeux ternes et retirés , la langue plate et large , couverte d'un enduit blanchâtre et sans aucune rougeur à ses bords, le pouls petit et fréquent, la peau d'une chaleur à peu près naturelle , les déjections blanchâtres et flocconeuses ; elle se plaint d'une céphalalgie intense , d'une soif très-vive et d'une tension douloureuse a la région précordiale. Je lui fais prendre un bain de pieds irritant pendant qu'on frictionne à sec la colonne vertébrale, ensuite elle est enveloppée chaudement ; on lui. couvre l'abdomen d'un cataplasme émollient et les jambes de cataplasmes sinapisés ; je lui prescris une diète sévère, de l'eau d'orge en boisson et une potion de quatre onces d'infusion de sureau et d'une once et demie d'esprit de Mindererus , préparée chez M. le pharmacien Moîyn ; maïs elle se refuse

à la prendre. Dans l'après-midi , surviennent quelques vomissemens et de nombreuses selles d'une nature aqueuse ; la maladie marche avec tant de rapidité à son entier développement que lorsque vers les huit heures du soir, je revois madame Symans, elle est déjà dans un état complet de cyanose : son corps est glacé et d'un teint cadavéreux , la peau livide et marbrée , le pouls imperceptible , la voix presque éteinte , la respiration faible , lente et parfois entrecoupée de profonds soupirs , etc. Le mécontentement que je lui témoigne de son indocilité et les vives instances de sesenfans, la déterminent à faire usage de la potion mentionnée. Je recommande de lui frotter la surface du corps avec de l'esprit de vin camphré et de l'ammoniaque, de lui couvrir de cataplames sinapisés les extrémités inférieures et le dos , et de lui appliquer une chaleur convenable au moyen de couvertures de laine et de cruches d'eau chaude. Vers une heure du matin , le corps commence à se réchauffer.

Le 1 1 , à six heures du matin , au lieu de trouver la malade dans une réaction favorable , je remarque chez elle une fièvre de mauvais caractère : la peau est sèche et brûlante , le pouls petit et très-fréquent , la respiration difficile et accélérée ; elle se plaint d'une forte douleur au ventre et d'une soif dévorante 5 elle continue d'avoir un grand nombre de selles , qui ressemblent à un lait de chaux 5 on lui applique à 1 epigastre douze sangsues , dont les piqûres ont saigné plusieurs heures de suite. Elle prend, pendant la journée, d'heure en heure une cuillerée à bouche de mucilage de salep avec du sirop de guimauve,

Le 11 , à quatre heures du matin , il y a de l'amélioration : la peau est d une douce moiteur , le pouls moins fréquent , la voix plus distincte , la respiration plus facile , la soif diminuée 5 la douleur abdominale ri existe plus 5 la malade vient d uriner , mais a eu plusieurs nouvelles selles dans la nuit. Mucilage de salep avec du sirop de diacod. Dans la soirée, mouvement fébrile : la malade est très-alterée , la figure devient rouge et animée , le pouls donne 92 pulsations par minute ; application du froid sur la tête. Je la revois à minuit; plus de soif, plus de rougeur à la face, plus de déjections , la peau est moite , la chaleur à peu près naturelle , l'excrétion urinaire a lieu , l'état de madame Sjmans paraît favorable.

Le 23 , au matin , aucun changement défavorable ; mais à midi retour de la fièvre. A quatre heures , la face est rouge , la conjonctive fortement injectée de sang , la peau aride et brûlante , le pouls très-accéléré , la soif vive ; la malade est dans un état soporeux , ne faisant que rêvasser, témoignant une grande indifférence sur sa position quand on lui adresse la parole, se croyant toujours avec son mari, décédé depuis quelques années; application de quinze sangsues au cou, renouvellement du froid sur la tête, sinapismes aux pieds. Les piqûres des sangsues ont saigné pendant six heures.

Le 24 5 au matin , même état que la veille avant midi ; potion mucilagineuse, et comme la malade n'avait plus été à la garde-robe depuis le 22 au soir , on lui applique un lavement d'une décoction de son avec du miel , qui lui procure une selle jaunâtre et l'excrétion d'urine. Dans la soirée 3 elle retombe dans le même

état où je l'avais vue le jour précédent à quatre heures après midi ; nouvelle application de sangsues au cou et aux tempes , froid sur la tête et sinapismes aux pieds. A minuit, léger amendement.

Le 25 , à six heures du matin , la situation de la malade est alarmante : il y a exaspération fébrile, hoquet, délire taciturne , l'affection cérébrale est augmentée , la langue sèche et fuligineuse. Vers midi , elle tombe dans un état complet de stupeur , la sensibilité paraît éteinte, le pouls est absent , la tête et les membres sont froids , et une sueur visqueuse couvre le corps ; des frictions ammoniacales , des cataplasmes sinapisés , une potion d'eau de fleurs do range et d'esprit de corne de cerf suc ciné, des lavemens irritans pour re veiller l'action vitale et dériver sur le gros intestin , tout cela est employé sans le moindre effet. La malade reste dans la même position jusqu'au lendemain , sept heures du soir , lorsque la mort, précédée du râle, est venue l'enlever.

2i.e cas, guéri.

M.Ile Marie Symans , âgée d'environ 20 ans , d'une constitution nerveuse , fille de la malade qui fait le sujet de l'observation précédente , éprouve tout-à-coup , le 22 août 1882 \ les symptômes qui caractérisent la première période du choléra. Elle réclame mes soins immédiatement. Une pâleur extrême , l'altération de ses traits , l'enfoncement subit de ses yeux , devenus ternes , l'affaiblissement de sa voix \ la lenteur de son pouls , la diminution progressive de la chaleur de ses membres, une grande anxiété, unev ardeur au centre

épigastrique, une soif vive, des tranchées et des déjections sont les principaux phénomènes. Un bain de pieds irritant, des frictions sèches sur la colonne vertébrale, un cataplasme émollient sur l'abdomen et l'emploi d'une potion d'une once et demie d'esprit de Mindererus dans une infusion de fleurs de sureau 9 préparée chez M. le pharmacien Van Peborgh , provoquent promptement la réaction, une sueur très-copieuse et la cessation des symptômes morbifiques. Le i^ , la malade est en pleine convalescence, mais d'une grande faiblesse 5 elle prend un peu de bouillon de veau et quelques cuillerées de vin ; je lui prescris une potion d'eau de fleurs d'orange avec un gros d'extrait de ratanhia. Le 3o , elle est entièrement rétablie.

22e cas, guéri.

Charlotte Van Pelt „ âgée de huit ans 9 d'une constitution assez forte , longue-rue-neuve n° 1 7 , atteinte d'une diarrhée , depuis deux à trois jours , lorsque 9 dans l'après-midi du s3 août i832 , elle mange beaucoup de pruneaux , et dans la nuit suivante , le choléra éclate chez elle avec violence , en s'annonçant par des coliques , des contractions spasmodiques et par des vomissemens aqueux , analogues à une décoction de riz. Je vois l'enfant à huit heures du matin ; état d'asphyxie et de cyanose : les parens vivement attristés attendent , d'un instant à l'autre , le dernier soupir de charlotte. Frictions ammoniacales c amphrées, cataplasmes émoiliens sur l'abdomen et sinapisés aux extrémités inférieures , potion d'une once et demie d'esprit de Mindererus,

deux onces de rob de sureau et trois onces d'eau , préparée chez M. le pharmacien Schewyck , et à prendre une cuillerée à bouche de quart d'heure en quart d'heure, voilà ce que je prescris en recommandant d'envelopper chaudement, la petite malade de couvertures de laine. Elle semble sortir de son état comateux à chaque cuillerée qu'on lui fait avaler de sa potion. Dès qu'elle en avait pris à peu près la moitié , les déjections disparaissent , le corps , tout froid d'abord , se réchauffe , le pouls se fait apercevoir de nouveau , charlotte est un peu plus animée et articule d'une voix faible et rauque quelques mots. A midi , elle est dans une forte réaction ; les cataplasmes sont enlevés ; on ne lui donne que de l'eau d'orge en boisson. A quatre heures après midi , congestion cérébrale très-forte , assoupissement profond , état apoplectique , résultant de la vive réaction , peau brûlante et sèche , figure gonflée et livide , yeux très-injectés de sang et tournés en haut ; application de huit sangsues aux apophyses mastoïdes. Après que les piqûres ont saigné une couple d'heures , la sueur devient générale et très-abondante, l'enfant commence à se ranimer , et l'état de stupeur se dissipe visiblement. Sur les neuf heures du soir , les parens, ne pouvant arrêter le sang et effrayés de la quantité qu'il en perd, font demander leur chirurgien, M. le docteur Eaguet, qui juge convenable de ne fermer les piqûres que deux heures après : il agit sagement , car lorsque dans le choléra il survient 9 pendant une vive réaction , de fortes congestions cérébrales, il faut faire couler le sang assez copieusement 9 et pratiquer les émissions sanguines à temps, avant que ces congestions n'aient

jeté le cerveau dans un état d'inertie ou n'y aient fait naître quelque lésion organique.

Charlotte a été sauvée par la perte de sang qu'elle a éprouvée. Le 25 , à six heures du matin , le changement favorable , survenu dans sa position , est étonnant : il n'y a plus aucune apparence de stupeur , la physionomie a repris à peu près son expression naturelle , la voix est distincte, le pouls relevé malgré le sang qu'elle a perdu , la lividité de la peau s'est dissipée , les urines viennent de couler, etc. Une diète sévère est continuée, et l'enfant prend d'heure en heure une cuillerée de mucilage de gomme arabique avec du sirop de guimauve.

Le 26 et le 27 , l'enfant va de mieux en mieux ; la convalescence n'est plus douteuse.

Le 28 , on commence à lui donner un peu de bouillon de veau avec du sagou. Le 29 et le 3o , son alimentation est légèrement augmentée. Le 6 septembre , Charlotte 9 parfaitement rétablie, sort pour faire une promenade.

Page 1