cas y guéri
Jean Troyens , frère d'Isabelle , âge de seize ans , ouvrier , d'une constitution forte , allée des cygnes , est pris, dans l'après-midi du 2^ août i832 , de coliques, d une soif ardente , de vomissemens et devacuations alvines; ces déjections vont en augmentant vers minuit et sont bientôt accompagnées de crampes très-douloureuses dans les membres. Le lendemain vers les six heures du matin , la mère , voyant le danger imminent où se trouve son fils , accourt chez moi , et je le vois immédiatement. Il est dans un état comateux et dans' un grand affaissement 5 la tête et les extrémités sont froides et glacées >la peau d'une pâleur mortelle et légèrement marbrée de livide , les yeux ternes , caves, tournés en haut , cachés à moitié sous la paupière supérieure et entourés d'un cercle violacé , la pupille dilatée v la figure profondément altérée et hideuse , la langue froide et blanche t le pouls nul , la respiration lente , tantôt petite , tantôt abdominale , la peau des mains et de la plante des pieds froncée et comme bouillie , les selles continuelles, involontaires et semblables à une décoction de riz grumelée , la voix sépulcrale, les urines supprimées , etc. Frictions camphrées , cataplasmes chauds de farine de lin sur lé ventre et sinapisés aux jambes , potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec deux onces de rob de sureau
et une once et demie d'esprit de Mindererus , préparée chez M. le pharmacien Schewyck , diète absolue , décoction d'orge pour boisson , tels sont les moyens que j 'employé , en faisant couvrir chaudement le malade. A peine a-t-il terminé sa potion , qu'il se ranime , que les déjections diminuent et que la réaction se montre. A trois heures après midi , l'amendement est remarquable : la chaleur du corps est universelle , la peau d'une douce moiteur , le pouls relevé , les évacuations et l'assoupissement cessent : ce qui me plaît d'autant plus que lorsque 9 pendant la réaction , les selles s'arrêtent et que le malade reste ou tombe dans un état comateux , c'est un présage très-défavorable.
Le 26 , l'amélioration se soutient 5 je ne prescris aucun médicament ; le malade ne prend que de l'eau d'orge pour boisson.
Le 27 , au matin , sa mère me rapporte qu'il a bien uriné , mais qu'il a plusieurs selles liquides d'une couleur jaunâtre, qui semblent l'affaiblir. Comme je ne remarque aucun signe d'inflammation aiguë et que la chaleur de la peau est naturelle, je lui fais administrer par cuillerées quatre onces de mucilage de salep avec deux grains d'extrait aqueux d'opium et une once de sirop de pavots blancs.
Le 28 , la diarrhée a cessé ; l'expression seule de la physionomie annonce le retour prochain de la santé.
Le 295 il est en pleine convalescence ; il prend quelques cuillerées de sagou au lait.
Le 3o, son alimentation est légèrement augmetée; je lui accorde un peu de café au lait , puisque j'ai généralement observé que , pendant la convalescence ,
le café est une boisson salutaire, que l'estomac supporte bien , et qui relève les forces de cet organe.
Le 5 septembre , jean Troyens , entièrement rétabli , reprend son travail.
27e cas, guéri.
J. G. Tolhuisen, femme Verstraten, âgée de 35 ansr ouvrière , d'une constitution forte , enceinte de quatre mois, allée des cygnes, commence à se plaindre j le 24 août i832, de légères coliques et à éprouver plusieurs évacuations alvines , après avoir souffert , pendant deux à trois jours , de grands maux de tête , d'étourdissemens et de trouble dans la vue ; elle ne demande aucun secours de l'art , attribuant son indisposition à sa grossesse. Mais le 26 vers midi , elle tombe dans des lipothymies , qui se répètent à chaque instant 5 de fréquens vomissemens séreux , semblables à une décoction d'avoine , se joignent à ses évacuations alvines ; la douleur abdominale accroît bientôt 5 des crampes tourmentent cruellement la malade $ sa soif est extrême; elle dit qu'un feu interne la consume ; la voix devient sépulcrale et se perd presque totalement ; les yeux, se retirent dans les orbit es et s'entourent d'un cercle livide , les traits de la figure s'altèrent tellement qu elle est d'un aspect effrayant ; elle se sent étouffée et fait d'horribles contorsions; etc. Mes soins sont réclamés à trois heures après midi ; je m'y rends immédiatement. Je la trouve dans la seconde période : le pouls est absent, la langue d'un gris cendré, la peau des mains et de la plante des pieds froncée et comme
bouillie ; la figure et les extrémités , d'un froid glacial , signalent déjà le commencement de la cyanose. Je fais pratiquer des frictions ammoniacales camphrées , envelopper la malade chaudement de couvertures de laine, couvrir les extrémités inférieures de cataplasmes sinapisés et le ventre d'un cataplasme émollient 5 je prescris une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob de sureau et une once et demie d'esprit de Mindererus, préparée chez M. le pharmacien Schewyck ; diète absolue , décoction d'orge pour boisson. A sept heures du soir , je retourne chez la femme Verstraten avec M. le docteur 33aguet, que j'avais prié de m'accompagner, parce que sa présence pouvait devenir nécessaire en cas d'avortement , et que sa philantropie m'était connue ; la réaction commence à s'opérer , mais faiblement. Comme la potion est prise, je la fais répéter , et un large sinapisme est appliqué sur la colonne vertébrale. A onze heures , aucun changement ; répétition de la même potion.
Le 27 , à quatre heures du matin , je trouve la malade dans une forte réaction: les spasmes , les vomissemens et les selles ont cessé ; l'habitude du corps est animée et annonce qu'il y a un mieux sensible dans son état ; mais le pouls est petit et déprimé , la peau sèche ; elle se plaint à tout moment d'une douleur au ventre et retombe aussitôt dans un léger assoupissement, que j'attribue au retentissement de l'irritation gastrointestinale sur le cerveau. Je lui fais appliquer à l'abdomen quinze sangsues , dont les piqûres ont saigné quatre à cinq heures. A deux heures après midi , je revois la malade ; le pouls est régulier et plus développé,
la douleur abdominale diminuée considérablement , l'assoupissement dissipé , la peau moite , etc. ; potion mucilagineuse.
Le 28 , état satisfaisant ; la sécrétion urinaire se rétablit
Le 29 , au matin , même état ; mais dans l'aprèsmidi se sentant toumentée de la faim , elle mange , à mon insu , du pain d'épice , d'où résultent une constriction très-douloureuse à l'estomac , une toux sèche et spasmodique , plusieurs vomissemens et évacuations alvines, séreux et d'une couleur jaunâtre ; je lui fais appliquer un cataplasme chaud de feuilles de mauve sur l'abdomen et des sinapismes aux jambes ; je lui prescris , outre une diète sévère , une potion de trois onces d'eau de fleurs d'orange , deux grains d'extrait aqueux d opium et trois gros d'eau de laurier-cérise.
Le 3o, à quatre heures du matin , je la trouve dans une situation favorable ; la surface du corps est couverte d'une éruption analogue à celle de la rougeole ; elle a fort bien uriné et n'a plus eu de selles ni de vomissemens depuis minuit ; mais la douleur à l'estomac , quoique diminuée , persiste et s'étend à la région du «œur. Je fais répéter la potion d'eau de fleurs d'orange avec l'extrait aqueux d'opium et l'eau de laurier-cérise , et frotter légèrement la région précordiale avec de l'extrait de stramoine»
Le 3i, la malade va de mieux en mieux 5 l'appétit se fait sentir ; elle ne reçoit que du lait coupé d'eau d'orge. Lorsque , dans le choléra , la convalescence commence h s'établir , le médecin ne saurait être trop attentif à ce que le malade n'use pas trop tôt
d alimens : l'estomac , devenu d'une grande irritabilité , doit être scrupuleusement ménagé.
Le i septembre , la malade est en pleine convalescence 5 elle prend de temps en temps et alternativement quelques cuillerées de gelée de veau , de sagou au lait et un peu de café.
Son estomac est devenu tellement sensible que , pendant long-temps , l'alimentation a dû être dirigée avec le plus grand soin. Le i5 septembre , elle est rétablie , mais se plaignant toujours de maux d'estomac après l'ingestion des alimens % quelque faciles qu'ils soient à digérer.