cas , guéri
Catherine Troyens , âgée de six ans , fille de Hubert , d une constitution très-débile , allée des cygnes , commence à être affectée , dans la matinée du 28 août i832 , de coliques , de déjections par haut et par bas, bientôt suivies de crampes dans les membres ; symptômes qui vont en augmentant dans l'après-midi. La mère se rend à ma maison vers les huit heures du soir; mais étant absent je n'ai vu son enfant que deux heures après. Je remarque chez Catherine les phénomènes suivans : affaissement extrême $ froid glacial de la tête et des extrémités , peau de la paume des mains ridée et comme macérée , face décomposée , yeux retirés dans les orbites et entourés d'un cercle livide , pouls presque imperceptible , langue pâle ^ mais large et propre , assoupissement , contractions spasmodiques dans les membres ? etc. ; elle exprime de temps en temps , par
des cris faibles et profére's dune voix e'teinte , la douleur quelle ressent dans l'abdomen , vomit par intervalles une matière séreuse , ressemblant à une décoction d'avoine , et éprouve des évacuations alvines de la même nature. Peu d'instans avant mon arrivée, la mère , craignant de voir la petite malade succomber d'un moment à l'autre , accourt désespérée chez M. le pharmacien Schewyck, en le suppliant daller avec elle et de chercher à sauver la vie de son enfant. M. Schewyck, voyant que le danger réclame de porter du secours avec la plus grande célérité , et ayant été souvent témoin de mes succès obtenus du traitement indiqué dans ma Notice sur le choléra, publiée par les journaux, conseille de frotter l'enfant avec de l'esprit de vin chauffé , de lui couvrir le ventre d'un cataplasme chaud de farine de lin et les jambes de cataplasmes chauds et sinapisés, et lui prépare de suite une potion de trois onces d'infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob de sureau et une once d'esprit de Mindererus, pour en prendre une cuillerée de demi-heure en demi-heure. Je ne peux qu'approuver les moyens recommandés par M. Schewyck, et j'engage la mère à couvrir chaudementson enfant (a),
(a) Cette mère , réduite à la dernière indigence , a fait un trait de dévouement maternel qui mérite d'être rapporté: ayant déjà deux de ses enfans alités par suite du choléra , elle n'avait plus de quoi couvrir la fille qui venait de gagner la maladie. A cause de son affreux dénuement, j'employais ainsi que M. le docteur Baguet , qui m'accompagnait , tous les moyens de persuasion pour la déterminer à faire transporter cette troisième malade à l'hôpital. Jamais , disait-elle, je me séparerai de mes enfans. Après que nous l'eûmes quittée , elle se coucha à côté de sa petite Catherine pour la réchauffer, en la tenant étroitement serrée dans ses bras ; et lorsque le lendemain, à trois heures du matin, je revins auprès de son enfant, elle se levait en s'écriant avec joie et une espèce de triomphe: ma pauvre file va mieux , elle est toute chaude ; vous la sauverez, monsieur f aussi bien que vous avez sauvé mes autres enfans y et je prierai toute ma vie pour rous. Cette bonne mère , malgré sa misère et toutes ses fatigues, n'a pas contracté la maladie.
A trois heures du malin , elle est en pleine réaction; les crampes , les coliques et les déjections ont cessé. Elle ne prend que de l'eau d'orge en boisson.
Le 29 , amélioration notable : le pouls est relevé , la chaleur du corps universelle.
Le 3o , au matin , j'apprends que la petite malade a eu , dans la nuit , plusieurs selles liquides et blanchâtres ; mais pour le reste , son état est assez satisfaisant ; je lui prescris une diète sévère et quatre onces de mucilage de salep avec une once de sirop de diacode.
Le 3 1 , la diarrhée est arrêtée ; la sécrétion urinaire s'est rétablie : la malade a beaucoup uriné la nuit ; il ne se montre plus aucun symptôme capable de troubler mon espoir de la sauver.
Le 1 septembre , elle va de mieux en mieux.
Le 2, la convalescence n'est plus douteuse. Le 7 , guérison parfaite.
2g.e cas , guéri.
Madame veuve Shaw , âgée d'environ 55 ans , d'une constitution assez forte , rue des arquebusiers n° 1 267 , est prise, dans l'après-midi du 28 août i832 , d'un grand affaissement , de coliques , d'un engourdissement général, de tiraillemens spasmodiques dans les membres, d'une forte soif, de vomissemens aqueux, analogues à une décoction d avoine, et de plusieurs selles de la même nature , après avoir éprouvé , la veille , des maux de tête , des éblouissemens , des tintemens d'oreille , un malaise vague , des nausées et un sentiment de
vacuité dans l'abdomen. Je la visite à cinq heures après midi 'y elle offre les symptômes suivans : altération des traits de la face , yeux caves , membres refroidis , pouls petit , vibrant et à peine sensible , voix affaiblie , détections cholériques, etc. Frictions sèches , application de cataplasmes émolliens sur le ventre et sinapisés aux jambes , potion d'une once et demie d esprit de Mindererus avec deux onces de rob et quatre onces d'infusion de fleurs de sureau , préparée chez M. le pharmacien Van Hoebroek 5 diète absolue , eau d'orge pour boisson; la malade est couverte chaudement. A dix heures du soir , réaction , suivie d'une sueur copieuse ; disparition presque immédiate des coliques et des déjections : amélioration remarquable.
Le 29 , cessation des symptômes morbifiques , rétablissement de la sécrétion urinaire ; décoctum pétri fores ti en boisson.
Le 3o , elle entre en convalescence , mais elle est d'une grande faiblesse. Une potion composée d'eau de menthe crépue , d'extrait de saule et de sirop d'écorce d'orange , et un régime doux et légèrement fortifiant la ramènent à la santé.
3o.e cas , terminé par la mort
M- Corneille Pierre Paul Goossens , agent d'affaires , âgé de 59 ans , d'une constitution forte , rue des tonneliers n° 262 , prédisposé à l'apoplexie , ressent tout-àcoup , le 1 septembre 1 832 , vers les dix heures du matin , des défaillances à l'estomac, des tournoiemens de tête et un malaise vague , gagne de légères lipothy-
mies , qui se répètent à tout moment , et tombe dans un certain affaissement Je vois le malade vers midi ; il est encore debout 5 les traits de la figure sont de'composés , les jeux ternes et enfoncés , la langue légèrement chargée d'un enduit muqueux blanchâtre et sans aucun autre changement , la tête et les mains froides au toucher , le pouls ralenti , très-petit et vibrant , la voix affaiblie ; le malade ne se plaint que de soif, d'éblouissemens et d'une faiblesse dans le ventre : il n'a ni vomissemens , ni selles , ni coliques , ni contractions spasmodiques dans les membres. A peine l'ai-je examiné qu'il lui survient une syncope , qui dure environ dix minutes : elle est d'une telle force qu'on croit que la vie va s'éteindre. Aussitôt il y a absence du pouls , froid glacial de la tête et des extrémités, la voix s'affaisse et devient bientôt toute rauque : la seconde période s'établit avec une rapidité étonnante. J'ai recours aux moyens suivans : frictions camphrées ammoniacales sur la surface dorsale et les extrémités , application de cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes, potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob de sureau et une once et demie d'esprit de Mindererus, préparée chez M. le pharmacien F. Willems ; le malade est enveloppé de plusieurs couvertures de laine et prend de la décoction d'orge pour boisson. Je le revois à deux heures après midi ; il est dans la cyanose et vient d'avoir deux vomissemens séreux, analogues à une décoction d'avoine ; mais le corps commence à se réchauffer faiblement 5 le pouls se fait sentir à l'artère radiale : il est extrêmement petit et intermittent. A quatre heures , réaction ,
agissant vivement sur le cerveau j la situation du malade est très-sinistre : il est dans un e'tat apoplectique , ne' d'une forte congestion ce'rébrale ; la respiration est suspirieuse et suffocative , le pouls accéléré et très-irrégulier , la tête couverte d'une sueur froide et visqueuse 9 la mort paraît très-proche. Dans cette position désespérée , et voyant que le malade ne peut résister plus long*- temps à la congestion cérébrale , je n'ose pas hésiter ? bien que la réaction ne soit pas complète , à tenter la saignée dans le but de dégorger le cerveau. M. le chirurgien Cruls , malgré tous ses efforts , ne peut obtenir qu'à peu près cinq onces de sang. Le sang est noir et épais comme du sirop. Vers les six heures v on m'adjoint comme consultant M. le docteur Célarier, praticien éclairé et qui exerce l'art de guérir avec distinction à Anvers. Observant que l'action vitale s'éteint de plus en plus , par suite de l'inertie cérébrale, et qu'une sueur froide et visqueuse se répand sur le corps 9 nous convenons de faire couvrir de cataplasmes sinapisés le dos et les extrémités supérieures et inférieures du malade et de continuer à lui administrer l'esprit de Mindererus , dont M. Célarier avait vu les bons effets, non-seulement sur plusieurs de mes malades , atteints du choléra , auprès desquels je l'avais conduit, mais également dans sa propre pratique , où il l'employait avec beaucoup de succès depuis que je lui avais fait part de mes premières observations sur l'usage favorable que je faisais de ce remède contre cette affreuse maladie.
M. Goossens est décédé , à neuf heures du soir , le même jour de la manifestation de sa maladie , à laquelle on peut donner le nom de choléra apoplectique.
cas , guéri.
Jean de Potter , ouvrier, âgé de 32 ans, d'une constitution robuste, rue du paradis n° 1876, commence à éprouver , dans la nuit du 1 au 2 septembre 1 832 9 de violentes coliques 5 des vomissemens séreux , semblables à une décoction d'avoine , des contractions spasmodiques dans les membres ? etc. Je le vois , le 2 , à sept heures du matin 5 les traits de la figure sont trèsaltérés , les jeux ternes , creux et entourés d'un cercle livide , la voix rauque , la langue froide et légèrement chargée d'un enduit blanchâtre , le pouls petit , lent et ïrrégulier ; il y a rétention d urine 9 oppressions et resserrement à la région épigastrique , etc. La colonne vertébrale et les extrémités sont frottées à sec avec un morceau de flanelle chauffé 5 on applique des cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes ; le malade est enveloppé de plusieurs couvertures de laine, prend, chaque demi-heure, une cuillerée d'une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau ? deux onces de rob de sureau et une once et demie d'esprit de Mindererus 5 préparée chez M. le pharmacien Schewjck, est soumis à une diète absolue et boit de l'eau d'orge pour calmer ïa soif. Vers midi , je le trouve dans une bonne réaction , suivie d'une sueur copieuse , et tous les symptômes morbifiques sont bientôt enlevés comme par enchantement.
Le 3 , j'apprends que l'excrétion urinaire a reparu dans la nuit passée 5 l'amélioration devient de plus en plus évidente ; décoction pétri Joresti en boisson.
Le 4? il est en pleine convalescence. Le 5, il commence à prendre du bouillon de veau et de la bouillie enpetite quantité'. Le 6 , son alimentation est légèrement augmentée ; mais le 7 , il gagne une fièvre intermittente tierce, dont il est promptement rétabli.