e cas , guéri
Isabelle Van de Walle , âgée de dix ans , d'une constitution faible , fdle d'un ouvrier , rue de jésus n° 1 1 75 9 est affectée subitement, dans la matinée du 21 septembre i832, de spasmes dans les membres, de coliques et de nombreux vomissemens semblables à une décoction d'avoine, Je la vois vers midi. L'altération des traits delà face, renfoncement des yeux, entourés d'un cercle bleuâtre, l'extinction de la voix, la pâleur
et le refroidissement de la tête et des extrémités , la chute du pouls, la nature des vomissemens, etc. marquent l'existence d'une atteinte de choiera. Frictions alcoholiques , cataplasmes chauds de farine de lin sur le ventre et sinapisés aux jambes , application de la chaleur au corps par des couvertures de laine et des cruches d'eau chaude, potion dune infusion de fleurs de camomille avec une once d'esprit de Mindererus et du rob de sureau , prépare'e chez M. le pharmacien Schewyck ; diète absolue , eau d'orge pour boisson. Vers les trois heures après midi la re'action est complète 5 les symptômes morbifiques disparaissent promptement.
Le 22 , elle va de mieux en mieux; l'évacuation urinaire se fait ; decoctum pétri fores ti en boisson.
Le iZ et le 24 , les fonctions reviennent à l'état normal. Le 28 , elle est complètement rétablie.
5ô.e cas 9 guéri.
Arnould Claes , âgé d'environ quarante-cinq ans f d'une constitution sèche et maigre , rue des douze mois n° 1084 , éprouve , dans la journée du 20 septembre i832, un malaise général avec perte d'appétit et une pesanteur douloureuse dans la tête ,est pris le lendemain dans l'après-midi , de nausées continuelles, d'un sentiment d'ardeur et de constriction au centre épigastrique, d'une forte soif, de borborygmes , de coliques , de fréquentes évacuations alvines , séreuses et analogues à une décoction de riz, etc. et tombe dans un grand abattement. Je le vois vers le soir 5 il est dans la première période de la maladie : la pâleur et la décomposition
de îa face , les yeux ternes et caves , l'affaissement de la voix , l'affaiblissement du pouls , la nature des déjections etc., ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. Frictions alcoholiques , cataplasme chaud de farine de lin sur le ventre, cataplasmes chauds et sinapisés aux jambes , quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec une once et demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau, diète absolue et eau d'orge pour boisson, ce sont les moyens que je fais employer , en recommandant en même temps de couvrir chaudement le malade. La réaction est prompte à s'opérer.
Le 22 , vers les six heures du matin , je trouve le malade dans une sueur chaude des plus abondantes ; il est dans un état tellement favorable , tellement exempt des symptômes graves de la veille , qu'on peut à peine s'imaginer qu'il se relève d'une maladie: il n éprouve qu'une légère soif et une certaine mobilité nerveuse ; je lui prescris le decoctum pétri foresti avec le sirop de iridace en boisson.
Le 23 , convalescence certaine. Le 28 , il est rendu à ses habitudes ordinaires.
5 1 .e cas , guéri.
Joséphine Ruymen, femme Van den Berghe , ouvrière , âgée de 23 ans , dune constitution sèche et nerveuse , enceinte de trois mois 9 rue de la boutique n° 865 , après avoir été bien portante , pendant la journée du 20 septembre i832, éprouve, clans la nuit, des coliques, des envies de vomir et d^es évacuations
atvines, séreuses et ressemblant, suivant son récit, à Ju petit lait. Elle fait réclamer mes soins, vers les six heures du matin , au moment où je visite un malade dans son voisinage. Je la trouve dans la période d'invasion du choléra. Elle me raconte que sa mère vient de mourir par suite de cette maladie. Après lui avoir fait frictionner avec de la flanelle chaude la surface dorsale et les membres , je la fais envelopper de couvertures de laine 5 on lui couvre le ventre d'un cataplasme émollient et les jambes de cataplasmes sinapisés 3 elle prend de demi-heure en demi-heure une cuillerée à bouche dune potion d'une once et demie d'esprit de Mindererus , de deux onces de rob et quatre onces d'infusion de fleurs de sureau , préparée à la pharmacie des pauvres; je recommande de faire observer la plus stricte diète , de ne donner que de la décoction d'orge pour appaiser la soif. Vers les onze heures , je remarque avec plaisir qu'elle est en pleine réaction ; la sueur commence à couler, et les symptômes morbifiques disparaissent. Mais vers midi , il se présente, à mon insu , chez la malade un de ces hommes habiles à exploiter , dans les calamités publiques , la crédulité du vulgaire $ il parvient par son verbiage à se faire admirer de cette femme simple et confiante, lui offre ses services moyennant une petite rétribution et l'emporte sur moi , qui la traitais gratuitement et pourvoyais à tous ses besoins. Cet individu ouvre portes et fenêtres , découvre tout-àfait la malade , qui est dans une forte transpiration , prétendant que la chaleur la tuerait , lave ensuite cette malheureuse avec du rum froid et emploie d'autres moyens non moins extravagans. Elle ne tarde pas à
tomber dans des syncopes , dans un affaissement extrême, à gagner une pâleur mortelle et un refroidissement glacial de la tête et ées extrémités , et à être affectée d'horribles étouffemens, d'une toux sèche et spasmodique? de coliques violentes , de crampes épouvantables dans les membres, de nombreux vomissemens semblables à une décoction d'avoine et de fréquentes évacuations alvines de la même nature , etc. Le mari consterné de la situation éminemment périlleuse de sa femme , maudit le soi- disant guérisseur , le chasse rudement , accourt chez moi , me raconte ce qui vient de se passer et me supplie tout éploré de retourner auprès d'elle. M. le docteur Van der Hejden , médecin des pauvres de la seconde section , vieillard respectable , rempli de zèle et de philantropie , témoin oculaire des résultats heureux que j'obtenais journellement dans le traitement du choléra , étant allé s'assurer du danger imminent auquel est livrée cette infortunée, me prie également de la voir au plus vite. Je la trouve dans la période algide avec cyanose légère (a). Frictions avec de Fammoniaque étendue d'alcohol , cataplasme chaud de farine de lin sur le ventre , cataplasmes chauds et couverts d'une couche de moutarde aux extrémités inférieures, application de deux vésicatoires sur les bras 5 je la fais recouvrir très-chaudement ; on lui administre de nouveau la potion avec l'esprit de Miudererus. Quelques heures après 9 les membres commencent à se réchauffer , et la réaction se montre bientôt avec force 5 mais elle n'est suivie d aucune sueur.
(a) La cyanose ne se prononce pas aussi fortement chez des personnes maigres et nerveuses que chez celles qui sont sanguines et dune constitution vigoureuse,
Le 22 , dans la journée , amendement notable , cessation des principaux symptômes morbifîques ; la malade ne prend que de la décoction d'orge pour boisson. Vers le soir , elle tombe dans un profond assoupissement , et la respiration est suffocative ; application d'un large vésicatoire dans le dos et du froid sur la tête , au moyen de larges compresses trempées dans de l'eau et du vinaigre.
Le 23 , à sept heures du matin , amélioration remarquable : l'assoupissement a cessé $ la peau est d'une chaleur à peu près naturelle , le pouls relevé , la respiration libre 5 on me rapporte que dans la nuit, l'excrétion urinaire s'est faite , et que la malade a eu deux selles d'une couleur jaune-verdâtre , qui annoncent le retour de la bile dans le canal intestinal 5 on supprime l'application du froid sur la tête 5 le vésicatoire est pansé 9 et je recommande de ne donner à la malade que de l'eau d'orge en boisson. Mais à cinq heures du soir , je retrouve la malade dans un état de stupeur et d'assoupissement ; les yeux sont injectés de sang \ le pouls petit et fortement accéléré , la peau aride et brûlante , le poumon embarrassé , la langue pâle et un peu sèche f le regard effaré 5 elle est en délire : dès qu'on lui parle , elle veut se sauver de son lit 3 etc. L'application du froid sur la tête est réitérée.
Le 24 , vers les sept heures du matin , je revois la malade , étant accompagné de M. le docteur Van der Heyden 5 un affaissement extrême a succédé à l'état d'irritation : la fréquence du pouls est considérablement diminuée , la chaleur fébrile a cessé , mais la peau reste sèche , la langue est pâle et humide 5 le délire et la stupeur continuent ; etc. Nous convenons de la faire
frictionner avec de l'esprit de vin camphré et de l'ammoniaque ; de lui appliquer des vésicatoires ambulans ; de lui administrer , toutes les deux heures , une cuillere'e à bouche d'une potion de seize grains de camphre , deux gros de gomme arabique , trois onces d'eau de menthe poivrée et un gros d'éther sulfurique ; de lui donner , de temps en temps , une cuillerée de vin de muscat et un quart de tasse de bouillon de veau. Je la trouve beaucoup améliorée à ma visite du soir : la peau est moite et d'une douce chaleur , le pouls développé et la physionomie plus naturelle ; l'état de stupeur est presque entièrement dissipé. Elle urine beaucoup dans la nuit.
Le 25,1e mieux continue 5 elle ne prend que du bouillon de veau en petite quantité et à des reprises fréquentes , et de temps en temps une cuillerée de vin de muscat.
Le 26 , elle va de mieux en mieux ; je lui permets , outre le bouillon de veau et quelques cuillerées de vin de muscat , un peu de café au lait. Elle a une selle naturelle dans la journée.
Le 27 5 même état 5 même régime.
Le 28 et le 29 , elle est en pleine convalescence ; on lui donne du riz au bouillon de veau et un peu de vin de Bordeaux. Les jours suivans , ses alimens sont augmentés convenablement. Le 8 octobre , elle est parfaitement rétablie sans avoir avorté, reprend ses occupations ordinaires et soigne sa sœur 9 attaquée du choléra , chez laquelle je suis parvenu , étant appelé au moment de l'invasion de la maladie , à enlever les symptômes morbifiques au bout de quelques heures 9 par l'emploi de frictions sèches , d'un cataplasme émoi-
lient sur 1 abdomen, de cataplasmes sinapisës aux jambes et d une once et demie d'esprit de Mindererus dans une infusion de fleurs de sureau , fournie par la pharmacie des pauvres.