e cas 9 terminé par la mort
Françoise Gornelissen ., garde de couches , âgée de 64 ans , d'une constitution lymphatique et usée , rue cle la boutique n° 872 , ressent tout-à-coup 9 le 19 septembre i8329 vers les six heures du soir, sans avoir été affectée d'aucun autre symptôme préalable , un grand resserrement dans le ventre , qui est presque immédiatement suivi de selles séreuses , de syncopes
et d'un grand abattement. Ses enfans réclament mes soins vers minuit ; je me rends aussitôt auprès d'elle. Les traits de la figure sont grippés, les yeux ternes et caves , la peau moite , très-flasque et d'une chaleur à peu près naturelle, le pouls ralenti, petit et mou, la voix éteinte , la langue pâle , plate et large ; la malade se plaint d'une soif ardente et de palpitations du cœur par intervalles 5 elle me dit qu'elle n'a ni crampe ni douleur ; mais elle paraît être en proie à de vives inquiétudes; elle me rapporte que, depuis six heures, elle a vomi deux fois une matière aqueuse , analogue au petit lait , et qu'elle a eu dix-sept selles de la même nature ; l'état d'indolence et d'affaissement où elle se trouve me semble d'un sinistre augure , surtout à cause de son âge , où la réaction se fait difficilement. L'issue de la maladie ne tarde pas à prouver que lorsqu'il y a grand affaissement sans douleur abdominale ni crampes et peu ou point de vomissemens , cela constitue un signe pronostic funeste.
Après avoir fait frotter , pendant un quart d'heure , avec de l'ammoniaque étendue d'eau de vie le dos et les extrémités de la malade , je la fais envelopper de couvertures de laine 5 on lui applique en même temps des cataplasmes chauds et sinapisés aux jambes 5 je lui prescris une potion d'une once et demie d'esprit de Mindererus , deux onces de rob et quatre onces d'infusion de fleurs de sureau , préparée à la pharmacie des pauvres ; je recommande de la tenir à la diète absolue ; on lui donne du thé pour boisson, parce qu'elle éprouve une grande répugnance à prendre de Teau d'orge ou toute autre boisson mueilagineuse.
Le 205 à six heures du matinée la trouve dans la cyanose et dans l'anéantissement : toute la surface du corps, hormis le bas-ventre et la poitrine, est livide ; les membres sont froids, le pouls nul, la respiration difficile, profonde et entrecoupée , la peau de la paume des mains et celle de la plante des pieds macérées et comme bouillies ; elle ne témoigne aucune douleur , elle est dans un état complet d'indifférence; on me rapporte qu'elle ne va presque plus à la selle , qu'elle ne vomit que lorsqu'on lui donne de sa potion , et qu'à cause de cet effet elle a cessé d'en faire usage ; chaque cuillerée qu'elle en prend, en ma présence, est aussitôt rejetée. Je fais couvrir le dos et les extrémités de cataplasmes fortement sinapisés et entourer le corps de cruches d'eau chaude ; j'ai recours, dans le but de calmer l'irritabilité de l'estomac , à une potion mucilagineuse avec trois gros d'eau de laurier-cérise et une once de sirop de diacode 5 mais îa malade ne la supporte également pas. Elle me demande avec instance de lui permettre de boire de la bière au lieu de thé. Je lui fais avoir de la petite bière d'orge d'Anvers. Elle en boit avec avidité et ne la rend pas.
Jerevoisla malade à midi; son état est aggravé : elle offre un aspect cadavérique ; une sueur froide et visqueuse couvre le corps ; les yeux sont fixes et hagards , les battemens du coeur presque imperceptibles , la voix entièrement éteinte et la déglutition à peu près nulle. Je fais renouveler les cataplasmes sinapisés et appliquer , d'heure en heure , un lavement composé d'une once d'esprit de Mindererus et de quatre onces de mucilage de salep. Je retourne chez la malade à six heures du soir. On m'informe qu'on est parvenu à lui faire garder
quatre de ces lavemens$ elle paraît un peu plus animée, balbutie quelques mots sans ordre ni liaison et avale facilement la boisson qu'on lui présente 5 il n'existe plus de sueur froide et visqueuse qu'à la tête ; une légère chaleur se fait apercevoir aux extrémités inférieures ; la chaleur du ventre et de la poitrine est sensiblement augmentée ; les battemens du cœur se font sentir davantage ; alors je fais changer les cataplasmes sinapisés et préparer une nouvelle potion dans laquelle entre une once et demie d'esprit de Mindererus. A minuit, je trouve la malade dans la même situation ; elle ne vomit plus son médicament. On continue de le lui administrer par cuillerée.
Le 21 ? à ma visite de cinq heures du matin, je n'observe aucun changement dans l'état de la femme Cornelissen ; la potion est prise sans avoir provoqué aucun vomissement ; je fais renouveler les cataplasmes sinapisés , et considérant l'extrême diminution de l'action vitale , je prescris une potion de trois onces d'infusion d'arnique (composée d'un gros de fleurs) , seize grains de camphre et deux gros de carbonate d'ammoniaque , à prendre par cuillerées d'heure en heure. Je revois la malade vers les dix heures ; elle est entièrement cadavérisée ; la tête et le tronc sont couverts d'une sueur froide et visqueuse 5 les membres sont glacés et comme frappés de mort, la pupille dilatée , la déglutition impossible , le pouls absent partout : on ne sent même plus aucun battement du cœur; il y a extinction complète de la voix ; le hoquet et une respiration stertoreuse annoncent l'approche du terme fatal. L'emploi de frictions ammoniacales , de sinapismes et de
plusieurs lavemens d'esprit de Mindererus , que je lui fais appliquer dans l'après-midi, n'est suivi d'aucun effet. La vie s éteint tranquillement :1a malade rend le dernier soupir le 22 , à cinq heures du matin.
48e cas ? guéri.
M. le capitaine Margarit, âge' d'environ zfoans, d'une constitution forte, plaine de Nassau n° 14, est pris , clans la journe'e du 18 septembre i832 , d'un grand mal de tête , associe à des vertiges , à un défaut d'appétit et à quelques selles liquides , ce qu'il cherche à combattre par un bain de pieds , par une diète rigoureuse et par le repos. Cette indisposition reste la même jusque clans la soirée du lendemain ; alors M. Margarit éprouve inopinément des défaillances , des vomissemens séreux et un accablement qui ne lui permet plus de se tenir debout : la maladie se développe. Gomme plusieurs cas de choléra s'étaient déclarés dans ce quartier , mes soins sont aussitôt réclamés. Je vois le malade vers les neuf heures ; la figure est décomposée et grippée , les yeux sont ternes et retirés , la voix faible et enrouée , la langue pâle , plate et large , la tête et les extrémités refroidies , la poitrine et l'abdomen plus chauds que clans l'état normal , l'abdomen légèrement ballonné j le pouls ralenti et vacillant , ne se faisant plus sentir que par intervalles et faiblement ; il se plaint d'étouffemens , de soif, d'une ardeur interne , d'un mouvement douloureux dans le ventre , d'un resserrement et d'un mal pongilif qu'il ressent à chaque instant
au cœur 5 il dit que tout son sang se concentre vers l'intérieur ; l'évacuation urinaire n'a pas îieu ; etc. Je lui fais frotter la surface dorsale et les membres avec deux onces d'ammoniaque et quelques onces d'esprit de vin camphré ; on l'enveloppe de plusieurs couvertures de laine ; on lui applique sur le ventre utt cataplasme chaud de farine de lin et aux jambes des cataplasmes chauds et sinapisés ; on lui administre de demi-heure en demi-heure une cuillerée d'une potion d'une once et demie d'esprit de Mindererus , deux onces de rob de sureau et quatre onces d'infusion de fleurs de sureau , préparée chez M. le pharmacien Van de Yelde ) diète absolue , eau d'orge pour boisson.
Le 20 , vers les cinq heures du matin , je le trouve en pleine réaction 5 la physionomie a repris son expression naturelle et indique le changement le plus satisfaisant : on n'observe plus de symptômes morbifiques 5 je lui prescris une potion mucilagineuse. Une sueur chaude et copieuse coule toute la journée.
Le 22 , convalescence 7 et le 26 , guérison parfaite.