cas , guéri
Jacques Vallé, âgé de 38 ans , d'une constitution assez forte , ancien soldat , ouvrier et gardien de l église des réformés , rue de la boutique , gagne le 20 septembre 1802, de légères douleurs au ventre et une
diarrhée , qu'il attribue à une indigestion , contre laquelle il ne demande aucun secours et qu'il néglige au point de manger et de boire comme à son ordinaire, nonobstant les ravages que l'épidémie cholérique exerce autour de lui. Dans la nuit du 21 au 22 , il est pris d'horribles coliques et de crampes dans les membres et pousse des cris déchirans; les vomissemens et les évacuations alvines vont sans discontinuer etsont de caractère cholérique. Mes soins ne sont réclamés que vers les sept heures du matin. Je vois le malade immédiatement. Il est dans le plus grand affaissement et tellement épuisé par les douleurs , les spasmes et les déjections qu'il est tout-à-fait cadavérisé; il ne peut plus se plaindre ni répondre à aucune question qu'on lui adresse ; il est dans un état complet de cyanose : son immobilité , la profonde altération de la face , l'enfoncement des joues et des yeux , qui sont à moitié ouverts et fixes , le froid glacial du corps , le ralentissement de la respiration devenue presque inapercevable, l'absence du pouls , la lividité du teint , etc. auraient pu le faire prendre pour un cadavre. Ce malheureux offre un de ces nombreux exemples de négligence que l'on a observés journellement dans la classe des pauvres , pendant la durée du choléra , malgré les suites funestes qu'ils voyaient résulter du retard à recourir au médecin. J'exprime à sa femme tout mon mécontentement de ne pas avoir été appelé plus tôt , mais elle paraît croire que l'essentiel consiste dans les secours spirituels , que son mari a reçus de MM. le curé de l'église des Capucins et de Ridder , vicaire de la paroisse de St.-Jacques
fa). Je cite ce fait afin que , si jamais cette cruelle maladie reparaît parmi nous , on cherche à décider les indigens à s'adresser à l'homme de l'art aussitôt que le moindre symptôme de choléra se déclare chez eux.
Après avoir été frictionné avec de l'esprit de vin camphré et de l'ammoniaque , Jacques Vallé est enveloppé de couvertures de laine et entouré de cruches d eau chaude ; on lui couvre le ventre d'un cataplasme chaud de farine de lin et les extrémités de cataplasmes chauds et couverts d'une couche de moutarde; on lui prépare entretemps à la pharmacie des pauvres une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau avec une once et demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau , dont on lui fait avaler avec quelque difficulté une cuillerée de quart d'heure en quart d'heure.
Je retourne chez le malade vers midi 5 point de changement. Gomme sa potion est prise, je lui fais administrer encore par cuillerées une once d'esprit de Mindererus dans quelques onces d'infusion de fleurs de sureau.
En le revoyant à huit heures du soir, je suis agréablement surpris par le changement favorable survenu
(a) Je saisis avec plaisir cette occasion pour rendre hommage au noble dévouement et à la charité véritablement chrétienne dont MM. le curé de l'église des Capucins , de Ridder , Torfs et Coenen , vicaires de celle de Saint- Jacques , ainsi que M. Heylarts , vicaire de la première de ces deux églises , ont donné tant de preuves aux indigens attaqués du choléra que j'ai traités pendant la durée de cette maladie à Anvers ; et je ne puis m'empêcher d'ajouter aux noms de ces amis de l'humanité celui de M. le juge Collins , maître des pauvres , qui s'est distingué par un zèle soutenu et par une philantropie active.
clans son état : toutes les parties du corps sont chaudes ; la sueur coule en abondance $ le pouls se fait sentir et se développe ; le malade me dit d'une voix faible et éteinte : 'Monsieur, vous m'avez guéri, il y a douze ans , lorsque vous étiez médecin en chef de V hôpital militaire dici : fêtais alors atteint de la fièvre putride ; vous me guérirez encore , je me sens beaucoup mieux 5 » il n'éprouve plus ni douleurs abdominales , ni vomissemens ni crampes : il ne se plaint que dune extrême faiblesse ; mais ses selles sont fréquentes et ressemblent à un lait de chaux. Il est à remarquer que toute sa peau est devenue d'une couleur noirâtre. Je ne lui prescris aucun médicament : il ne prend que de l'eau d orge pour calmer sa soif ardente.
Le s3, la réaction continue 5 l'amélioration se soutient ; le malade n'a que deux selles, mais elle sont liquides et analogues à un lait de chaux. Decoctum pétri foresti en boisson. L'excrétion urinaire se fait dans la nuit.
Le 24 , la situation du malade s'améliore de plus en plus ; les évacuations alvines ont changé de nature : elles sont fétides et d'une couleur jaune-verdâtre 5 la voix est claire , la couleur de la peau moins livide 9 la chaleur à peu. près naturelle, le pouls relevé , la soif considérablement diminuée , la physionomie presque revenue à son expression habituelle 5 l'excrétion urinaire reparaît 5 etc. Je lui ordonne une once et demie de sirop de diacode avec quelques onces de mucilage de gomme arabique , et deux lavemens de mucilage de salep laudanisés , dans l'intention d'enrayer ses selles , redevenues très-fréquentes.
Le 20 , à ma visite du matin, j'apprends que depuis
la nuit , les selles sont de nouveau séreuses et blanchâtres , que les urines sont supprimées , que la soif est augmentée , et qu'il est dans une insomnie continuelle $ la langue est rouge à ses bords , le pouls petit et accéléré, la peau sèche et plus chaude que dans l'état normal , etc. Je sens que j'ai commis une faute en prescrivant trop tôt du sirop de diacode et du laudanum. La fréquence des selles fétides et de couleur jaune- ver dâtre, observées la veille chez le malade, prouve la cessation du rétrécissement spasmodique du canal cholédoque et l'expulsion de la bile qui s'est accumulée dans la vésicule. La bile étant retenue contracte une acrimonie capable de produire une irritation au foie , laquelle retentit sur d'autres viscères : aussi ne saurait-on trop recommander au praticien de ne pas troubler l'évacuation bilieuse qui arrive à la suite des excrétions cholériques; car en arrêtant cette évacuation, il fait ordinairement naître des inflammations viscérales , surtout chez les personnes sanguines, d'une constitution forte et peu avancées en âge. Je ne laisse donc prendre au malade que de l'eau d'orge pour appaiser la soif, et lui fais appliquer quelques lavemens d'amidon. A ma visite de dix heures du soir , on me rapporte que ses selles sont redevenues verdâtres et fétides , et qu'il vient d'uriner un peu.
Le 26 9 vers les huit heures du matin , je trouve Vallé dans un état assez satisfaisant : les symptômes d'irritation sont beaucoup diminués 5 la couleur et la chaleur de la peau sont naturelles ; il m'informe qu'il n'a eu qu'une dizaine de selles de couleur jaune-ver dâtre depuis ma dernière visite , mais qu'il n'éprouve pas la
moindre tendance au sommeil. Il a encore une douzaine de selles de la même nature dans le courant de la journée. Je me borne à l'expectation.
Le 27 5 au matin , même e'tat que la veille ; 1 excrétion urinai re a eu lieu ; mais l'insomnie du malade continue : il n'a pas fermé l'œil depuis plusieurs jours 5 il me dit qu'il a eu , dans la nuit , vingt à trente selles jaunâtres. Vers le soir, trouvant la peau d'une chaleur naturelle et d'une douce moiteur , ne remarquant plus ni rougeur à la langue ni accélération dans le pouls 5 qui est faible 5 voyant que les évacuations alvines ne cessent d'être fréquentes et qu'elles commencent à l'affaiblir fortement , et porté à croire que la bile a été suffisamment évacuée , je pense que le moment est venu où l'opium peut être employé avantageusement 5 je prescris une potion de vingt-quatre gouttes de laudanum liquide de sydenham , une once et demie de sirop de diacode, trois gros de gomme arabique et quatre onces d'eau de fleurs d'orange . pour en prendre , d'heure en heure , une cuillerée à bouche 5 je fais appliquer un large vésicatoire dans le dos pour dériver , et toutes les quatre heures un demi-lavement de mucilage de salep avec six gouttes de laudanum (a).
Le 28 , je revois le malade vers les huit heures du matin; son état est entièrement favorable : il m'apprend qu'il n'a plus eu que quatre selles depuis ma dernière visite ; qu'il a très-bien dormi pendant deux à trois heures de la nuit , et que l'excrétion des urines se fait
(a) Le laudanum que j'ai employé était préparé suivant la pharmacopée belgique.
comme d'habitude ; je fais répéter la potion de la veille. Il n'a plus d'évacuations alvines dans la journée.
Le 29 , il va de mieux en mieux ; l'appétit se fait sentir fortement ; je lui permets de prendre de temps en temps quelques cuillerées de sagou au | bouillon de veau et un peu de lait coupé d'eau d'orge 9 et je fais cesser l'usage des médicamens.
Le 3o , la convalescence n'est plus douteuse et se consolide bientôt les jours suivans ; mais outre une grande faiblesse , qui est combattue par un régime analeptique , renforcé peu à peu et observé avec soin , il se plaint d'une douleur vague dans les membres , qui ressemble tout-à-fait à celle d'un rhumatisme musculaire chronique , et contre laquelle il emploie avec succès les frictions d'extrait de stramoine étendu d'eau de vie, pratiquées avec un morceau de laine chaud.
Le 1 2 octobre , il est entièrement rétabli.
Anne Marie Pinck , femme Ratinckx , ouvrière, âgée de 33 ans , d'une constitution cachectique , canal sale n° 1770, ayant souffert , pendant deux à trois jours, de maux de tête , d'étourdissemens , d'inappétence , d'une douleur au creux de l'estomac et d'un sentiment de vacuité dans le ventre , est affectée dans la nuit du 21 au 22 septembre i832, de défaillances , de fortes nausées , de violentes coliques , de crampes dans les membres, de nombreuses évacuations alvines, semblables à une décoction de riz , etc. Je la visite vers les six heures du matin ; alors la tête et les extrémités
sont froides , la face pâle , décomposée et hideuse , les yeux enfoncés et entourés d'un cercle bleuâtre , le pouls radial effacé , la langue blanchâtre et refroidie . la voix sépulcrale, la respiration difficile, profonde et entrecoupée , la peau des mains froncée et conservant les plis occasionnés par le serrement avec les doigts, les urines supprimées , les déjections continuelles ; il y a soif ardente , anxiété extrême , oppressions très-fortes , affaissement considérable, etc. Frictions ammoniacales camphrées , application de la chaleur par des couvertures de laine et des cruches d'eau chaude, cataplasme chaud de farine de lin sur le ventre > cataplasmes chauds et sinapisés aux extrémités inférieures , potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once et demie d'esprit de Mindererus , préparée à la pharmacie des pauvres , diète absolue 9 eau d'orge pour boisson. Je revois la malade vers les onze heures ; les membres commencent à se réchauffer et le pouls se fait sentir faiblement ; je fais réitérer la même potion. Vers les sept heures du soir , je trouve la femme Ratinckx dans une transpiration des plus abondantes 5 la physionomie est très-animée , toutes les parties du corps sont chaudes , le pouls développé 3 les douleurs , les contractions spasmodiques et les déjections ont cessé.
Le 23 , amélioration remarquable ; decoctum pétri foresti en boisson. L'excrétion urinaire reparaît dans la journée»
Le 24 ? continuation de mieux en mieux ; retour de l'appétit ; la malade prend du lait coupé d'eau d'orge.
Le 25 et le 26 , la convalescence se raffermit de plus
en plus ; on lui donne alternativement et à des reprises fréquentes du riz au bouillon de veau et de la bouillie en petite quantité. Les jours suivans , son alimentation est peu à peu renforcée. Le 3o , sa guérison est parfaite.
Henri Franssen , âgé de cinq ans , bien constitué , fils de Henri , ouvrier, courte rue de St.-Anne n° 1991 , présente dans la matinée du 23 septembre i832 , pendant que je visite sa sœur, les symptômes qui caractérisent la période d Invasion du choléra. Après lui avoir frictionné avec un morceau de laine chauffé la surface dorsale et les membres5 on le couvre chaudement; on lui applique sur le ventre un cataplasme chaud de farine de lin et surles jambes des cataplasmes chauds et sinapisés ; on lui administre, toutes les demi-heures, une cuillerée dune potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec une once desprit de Mindererus et une once de rob de sureau , préparée à la pharmacie des pauvres 5 il est tenu à une diète absolue et prend de la décoction d'orge pour calmer la soif. Quelques heures après, je le trouve dans une bonne réaction , qui n'est suivie d'aucune sueur. Vers les huit heures du soir, il n'existe plus de symptômes morbifiques. L'excrétion urinaire reparait dans la nuit.
Le 24 , état tout-à-fait satisfaisant 5 l'enfant ne prend que le decoctum pétri fore sti en boisson. Le 26, il est entièrement rétabli.
6o.e cas , guéri.
Pierre Punt, ouvrier, âgé de 34 ans, d'une constilion assez forte, allée des cygnes, fait réclamer mes soins le s3 septembre i832, vers les cinq heures du soir. Il me raconte qu'attaqué , depuis deux jours , d'une diarrhée , à laquelle il ne peut assigner aucune cause , il a commencé à éprouver, dans la matinée , une lassitude extrême dans les membres , une ardeur à l'estomac et a vomi deux fois une matière aqueuse. Dès-lors il est tombé dans un grand accablement ; ses évacuations alvines ont augmenté au point qu'il croit que son corps se fond ; l'excrétion urinaire est arrêtée ; il ressent une forte soif et des tiraillemens dans les membres ; la face est pâle et grippée , les jeux sont ternes , retirés clans les orbites et entourés d'un cercle livide , la voix enrouée , la langue légèrement couverte d'un enduit muqueux blanchâtre, là chaleur de la peau à peu près naturelle, le pouls petit, faible et inégal, etc. Frictions sèches, cataplasme chaud de farine de lin sur l'abdomen , cataplasmes chauds et enduits de moutarde aux jambes, enveloppement de couvertures de laine, potion d'une infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once et demie d'esprit de Mindererus , préparée à la pharmacie des pauvres , diète absolue , eau d'orge pour boisson. Je le trouve , vers les dix heures , dans une réaction complète , qui , suivie d'une sueur copieuse , enlève tous les symptômes morbifiques.
Le ^4 , état tout-à-fait favorable 5 rétablissement du cours naturel des urines 5 potion mucilagîneuse.
Le 25 et le 26, convalescence 5 mais il lui survient à la suite du choléra une fièvre intermittente , dont il est promptement re'tabli : dans les premiers jours d'octobre, il reprend ses occupations ordinaires.
6i.e cas , guéri.
Remy Baudoin , ouvrier , m âgé de ^6 ans , d'une constitution maigre et sèche, marché aux chevaux, à l'étal n° 487 5 (quartier affligé par le choléra^ après avoir ressenti, le 22 et le 23 septembre i832, un malaise indéterminé , une pesanteur douloureuse à la tête , des vertiges , des tiraillemens dans les yeux et un défaut d'appétit , gagne , dans la matinée du 2/^ , un sentiment de chaleur brûlante à l'intérieur , des défaillances continuelles , des oppressions , des angoisses pénibles au centre épigastrique , des douleurs dans tout le ventre , des vomissemens et de nombreuses selles , semblables à une décoction d'avoine , une soif dévorante et des contractions spasmodiques dans les membres. Je le vois vers une heure après midi 5 je remarque que les yeux sont enfoncés et entourés d'un cercle bleuâtre, la figure abattue , pâle et fortement décomposée , la tête et les extrémités refroidies, la voix éteinte, la langue froide et couverte d'un enduit muqueux blanchâtre , le pouls ralenti , faible et irrégulier , la peau des mains ridée et conservant les plis formés par le serrement -, l'abdomen gonflé et tendu , etc. Il m'apprend que sa belle-sœur vient de succomber au choléra, dans la même chambre et dans le même lit , sans toutefois me témoigner la moindre inquiétude
sur son état. Après lui avoir frotté avec de la flanelle chauffée la surface dorsale et les extrémités , on l'enveloppe de couvertures de laine 5 on lui applique sur le ventre un cataplasme chaud de farine de lin et aux jambes des cataplasmes chauds et enduits de moutarde ; on lui fait prendre , de demi-heure en demi-heure, deux cuillerées d'une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec deux onces de rob de sureau et une once et demie d'esprit de Mindererus , préparée à la pharmacie des pauvres ; il est tenu à la diète absolue et prend de l'eau de riz en boisson. Je trouve le malade, vers les six heures du soir , en pleine réaction : la figure est très-animée , les traits sont moins altérés , le pouls fort et développé , la langue chaude 5 la voix se ranime 5 les défaillances , les oppressions , les douleurs abdominales , les crampes et les déjections ont tout-àfait cessé. Il sue copieusement la nuit et n'a plus qu'une seule selle , qui est encore blanchâtre et floconneuse.
Le 25 , état très-favorable ; une sueur chaude et abondante continue à couler ; l'évacuation urinaire a lieu vers le soir 5 deux selles fétides et verdâtres marquent l'excrétion de la bile dans le canal intestinal. Prescription d'une potion mucilagineuse.
Le 26 , le malade va de mieux en mieux ; l'appétit revient ; on lui donne du lait coupé d eau d'orge.
Le 27 et le 28 , convalescence assurée ; retour de l'état normal des fonctions.
Le 3 octobre , il est parfaitement rétabli et reprend ses occupations ordinaires.
Ô2.e cas , gïieri.
Barbe Adriaenssens , femme de Jean Janssens , âgée de 23 ans , d'une constitution assez forte, enceinte de sept mois , rue de Jean van Lier n° 1722 , occupant une maisonnette fort étroite , où déjà deux de ses enfans ont été enlevés subitement par le choléra , est attaquée , le 24 septembre i832 , d'une diarrhée , accompagnée de légères tranchées dans le ventre , et contre laquelle elle ne réclame aucun soin , l'attribuant à une surabondance de bile et croyant qu'il est inutile de prendre la moindre précaution. Dans la matinée du lendemain , elle gagne des syncopes , des vertiges , un obscurcissement de la vue , de fortes envies de vomir 9 une soif très-vive et des crampes dans les membres 5 la douleur abdominable et les évacuations alvines 9 qui sont blanchâtres et floconneuses augmentent beaucoup , et des vomissemens , ressemblant à une décoction d'avoine , s'y joignent bientôt. Une dame charitable me fait prier de traiter cette infortunée , que je trouve , vers les onze heures , dans l'état suivant : coma , affaissement extrême , angoisses , respiration suffocative , figure profondément altérée et abattue . yeux très- enfoncés dans les orbites et entourés d'un cercle noirâtre , pouls radial très-petit , intermittent et presque effacé (a) , extrémités froides et livides , tâches bleuâtres et mar-
(a) Malgré le haut degré de développement de la maladie , le pouls n'est pas encore entièrement effacé , sans doute à cause de la grossesse , qui présente un obstacle à la concentration du sang vers l'intérieur.
brées au tronc, peau des mains ridée et comme bouillie, voix faible et rauque ? urines supprimées 9 langue froide et d'un aspect cendre' , mais plate et large 5 la soif est inextinguible 5 les déjections cholériques continuent à être fréquentes ; mais les crampes et les douleurs sont considérablement diminuées par l'épuisement. Je fais pratiquer immédiatement des frictions alcoholiques sur la surface dorsale et sur les extrémités, couvrir chaudement la malade en l'entourant de cruches d'eau chaude , appliquer aux jambes des cataplasmes chauds et enduits de moutarde , et préparer à la pharmacie des pauvres une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec une once et demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau , dont elle prend deux cuillerées de demi-heure en demi-heure 5 diète absolue ? décoction d'orge pour calmer la soif. Je trouve la malade , sur les six heures du soir , dans une réaction complète , suivie d'une transpiration abondante. Depuis qu'elle a commencé à faire usage de la potion , qui est terminée , elle n'a plus eu que quatre selles , analogues à un lait de chaux.
Le 26 , à ma visite de sept heures du matin, absence de toute douleur ; expansion des propriétés vitales : la peau est universellement chaude et d'une douce moiteur, le pouls de'veloppé, la voix distincte, la physionomie et la langue animées 9 enfin il existe une grande amélioration ; la malade vient d'uriner un peu et d'avoir trois évacuations al vin es verdâtres. Elle a encore plusieurs selles bilieuses dans la journée.
Le 27 9 état satisfaisant , rétablissement de la sécrétion urinaire , cessation des selles, mais abattement et
grande irritabilité de l'estomac , qui rejette chaque cuillerée d'eau d'orge que la malade avale. Gomme il n'y a plus de symptôme inflammatoire et que tout atteste un relâchement dans les organes de la digestion , je prescris du thé avec un peu de vin en boisson et une potion de trois onces d'eau de fleurs d orange , trois gros d'eau de laurier-cérise , deux grains d'extrait aqueux d'opium et une once de sirop de diacode 5 pour en prendre une cuillerée de temps en temps.
Le 28 , état entièrement satisfaisant.
Le 29 et le 3o , elle va de mieux en mieux ; elle se plaint d'une grande faim ; on lui donne , à des reprises fréquentes, de la gelée de veau en petite quantité avec une cuillerée de vin.
Le 1 octobre, elle est en pleine convalescence ; mais il lui reste une grande faiblesse, contre laquelle j'indique un régime analeptique 9 approprié à sa situation et qui est augmenté avec prudence.
Le 10 9 elle est entièrement rétablie sans qu'il y ait eu accouchement prématuré. Elle a mis au monde un enfant à terme.
Le cas que je viens de citer me paraît remarquable non-seulement par sa gravité , mais parce que les femmes enceintes qui contractent le choléra sont extrêmement sujettes à avorter , et se trouvent dans une disposition fort défavorable au rétablissement lorsque la grossesse est avancée.