‹ Considérations sur la nature et le traitement du choléra-morbusChapitre 27 sur 41 · e cas , guéri · texte numérisé non relu

e cas , guéri

Jacques Janssens , ouvrier , âgé de 32 ans , d'une constitution sèche et maigre , rue de la boutique n° 870, après avoir éprouvé, le 25 septembre i832, une forte céphalalgie , accompagnée d'anorexie , de soif, d'étourdissemens et de trouble dans la vision , est affecté , dans l'après-midi du lendemain, d'un grand accablement, d'oppressions , d'un resserrement au centre épigastrique , de coliques , de selles fréquentes , aqueuses et analogues à une décoction de riz , de nombreux vomissemens de la même nature , de crampes dans les membres , etc. Je le vois vers les neuf heures du soir. L'altération de la face , renfoncement des yeux, entourés d'un cercle livide , l'extinction de la voix , la chute du pouls , l'abaissement dans la température de la peau, la suppression des urines , la nature des déjections , etc. prouvent évidemment une atteinte de choléra. Après avoir frotté le dos et les extrémités avec de l'esprit de vin camphré et de l'ammoniaque, on couvre le ventre d'un

cataplasme chaud cle farine cîe lin et les jambes de cataplasmes chauds et enduits d'une couche de moutarde ; on enveloppe le malade de plusieurs couvertures de laine ; on lui administre de demi-heure en demi-heure deux cuillerées d'une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once et demie d'esprit de Mindererus, préparée à la pharmacie des pauvres ; il est tenu à la diète absolue et prend de la décoction d'orge pour boisson.

Le 27 , vers les sept heures du matin , je trouve le malade dans une sueur copieuse , résultant de la réaction; le corps est universellement chaud $ les douleurs , les crampes et les déjections ont cessé depuis minuit ; la voix est claire et le pouls relevé ; je ne prescris que le decoctum pétri foresti. Dans la journée , les urines reprennent leur cours ordinaire , et quelques selles verdâtres et fétides attestent le retour de la bile dans le canal intestinal.

Le 28 , l'amélioration se manifeste de plus en plus et s annonce par la physionomie , revenue à son état habituel. Mais tourmenté par la faim , il mange, vers les neuf heures du soir, quelques pommes de terre, malgré le conseil que je lui avais donné de ne prendre que de la décoction d'orge , et éprouve dans la nuit une indigestion , signalée par un mal de ventre et plusieurs selles liquides , blanchâtres et floconneuses.

Le 29 et le 3o, observant strictement la diète absolue, ne prenant que de 1 eau d'orge , il se remet entièrement.

Le 1 octobre, il est en pleine convalescence, mais d une grande faiblesse. Un régime analeptique, renforcé peu à peu et dirigé soigneusement, le ramène bientôt à la santé.

Jacques Pécher 9 âgé de dix ans , bien constitue' , fils d'un tailleur de pierres , rue des arquebusiers , est pris soudainement , dans la matinée du 26 septembre i832, de défaillances, de vertiges , de coliques, de tiraillemens spasmodiques dans les membres, de quelques évacuations alvines et de vomissemens séreux et semblables à une décoction de riz , etc. Je le vois immédiatement. Les yeux sont ternes , enfoncés et entourés d'un cercle plombé 5 la figure fortement décomposée , pâle , grippée 9 abattue et exprimant une anxiété comprimée , porte l'empreinte du mal ; le pouls est très-petit , fréquent et disparaissant sous le doigt $ la langue légèrement couverte d'un enduit muqueux blanchâtre est rouge à ses bords 9 la voix affaissée et rauque, la chaleur de la peau diminuée, les déjections sont blanchâtres et floconneuses, etc. Frictions sèches , cataplasme émollient sur le ventre , cataplasmes sinapisés aux jambes , application de la chaleur au corps , potion d une infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once d esprit de Mindererus , préparée chez M. le pharmacien Van Hoebroeck; diète absolue , eau d'orge pour boisson. Quelques heures après , une réaction franche s'opère. Vers le soir , la sueur coule en abondance , et les symptômes morbifiques sont disparus.

Le 27 9 état entièrement satisfaisant 5 l'excrétion des urines se fait comme d ordinaire 5 le malade ne prend que de la décoction d'orge.

Le 28, convalescence assurée, et le 2 octobre, guérison parfaite.

67^ cas y guéri.

Anne Marie Smits, ouvrière, âge'e de 81 ans , d'une constitution sèche et usée , marché aux chevaux , à l'étal n° 485 , ayant toujours mené une vie sobre et laborieuse , qui lui a valu son haut âge et l'intégrité de ses facultés intellectuelles, est prise sans cause connue, le 24 septembre 1 832 , d'une légère diarrhée avec quelques tranchées dans le ventre. Elle ne réclame aucun secours de l'art malgré les ravages du choléra dans les maisons de son voisinage. Cette diarrhée reste stationnaire jusqu'au 27 vers les onze heures du matin ; alors la maladie fait éruption par des syncopes , des crampes dans les mollets , de violentes coliques et de nombreux vomissemens aqueux, analogues à une décoction de riz ; les évacuations alvines augmentent et sont blanchâtres et floconneuses. Je trouve la malade, à deux heures, fortement affaissée, assoupie et tellement épuisée par les douleurs et parles déjections qu'elle ne témoigne presque plus de souffrances ; la figure est grippée et creuse 9 les yeux très-enfoncés sont environnés d'un cercle noirâtre 5 le corps est froid excepté le ventre , le pouls imperceptible , la voix éteinte , la peau des mains ridée et conservant les plis formés par le serrement ; à la face et aux membres se font apercevoir de larges taches violacées , etc. Sans nourir aucun espoir de sauver cette femme si âgée et parvenue à ce haut degré de la maladie , je fais frictionner le corps avec de l'eau-de-vie chauffée et couvrir ensuite le ventre d'un

cataplasme chaud cle farine de lin et les jambes de cataplasmes chauds et enduits de moutarde ,-» en la faisant envelopper de couvertures de laine et entourer de cruches d'eau chaude ; et j'ordonne de lui administrer chaque demi-heure une demi-tasse d'infusion de fleurs de camomille avec une cuillerée à bouche d esprit de Mindererus. Ces doses d'acétate d'ammoniaque peuvent paraître énormes ; mais il faut considérer l'épuisement de l'incitabilité de la malade. En la quittant , je crois sa mort tellement prochaine que je ne serais plus retourné chez elle , si l'on n'était pas venu , vers les huit heures du soir , m'avertir de l'améliora tion survenue dans son état : quelle est ma surprise en la trouvant dans une réaction salutaire ! toutes les parties du corps sont chaudes et d'une douce moiteur, le pouls relevé la voix distincte, quoique faible, et les vomissemens disparus ; elle n'est plus assoupie et me dit qu'elle ne souffre plus que delà soif. Je fais enlever les cataplasmes et lui recommande de ne plus rien prendre que de l'eau de riz en boisson. Dans la nuit 9 elle urine un peu et l'évacuation de la bile s'annonce par plusieurs selles verdâtres.

Le 28, en la revoyant , vers les six heures du matin f j'apprends qu'elle est tourmentée de nombreuses évacuations alvines , devenues jaunâtres , qui la jettent dans une grande faiblesse ; pour le reste, sonétat est assez favorable : l'expression de la physionomie 9 bien qu'elle annonce l'abattement , est bonne , la chaleur de la peau à peu près naturelle , la langue pâle , plate et large , le pouls régulier , mais faible , et la soif nulle. Je lui fais appliquer , pour dériver l'irritation intestinale , des

vésicatoires ambulans sur la colonne vertébrale , et lui prescris une potion de quatre onces d'eau de fleurs d'orange , vingt-quatre gouttes de laudanum , trois gros de gomme arabique et une once et demie de sirop de diacode , pre'pare'e à la pharmacie des pauvres , et dont elle prend , toutes les heures , une cuillerée à bouche. La fréquence des selles diminue bientôt : vers le soir , elles sont très-rares $ et dans la nuit , la malade ne va pins que deux fois à la garde-robe.

Le 29 et le 3o , aucun incident ne vient troubler l'amélioration ; l'excrétion des urines se fait très-bien. On ne donne à la malade que de l'eau d'orge.

Le 1 octobre , elle va de mieux en mieux ; l'appétit se fait sentir 5 je lui permets de prendre de temps en temps et alternativement un peu de café au lait et de riz au bouillon de veau.

Le 2 et le 3, convalescence assurée. Son alimentation est renforcée peu à peu. Le 4 ? elle est rétablie , mais il lui reste un certain affaiblissement. A cause de son grand âge , la famille Ta fait entrer dans un hospice.

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