‹ Considérations sur la nature et le traitement du choléra-morbusChapitre 28 sur 41 · e cas, guéri · texte numérisé non relu

e cas, guéri

E. Schewyck , élève en pharmacie , Agé de dix-sept ans , d'une constitution robuste 9 fils de l'un de nos bons pharmaciens , marché de S'.-Jacques , visite sans Ja moindre crainte, dans la nuit du 26 au 27 septembre, Herman Van Uytroven, qui fait le sujet de la 64e observation , et chez lequel le choléra s'est montré sous une forme si grave. Le jeune homme est très-bien portant jusque dans la matinée du 27 , lorsque , vers

les sept heures, il éprouve tout-à-coup des lassitudes , un grand malaise, des étourdissemens , du trouble dans la vue , etc., prend un peu de café au lait et le rend aussitôt. Ce vomissement est suivi d autres vomissemens aqueux et semblables à une décoction d avoine. Le père, effrayé de l'état où il voit tomber son fils , accourt immédiatement chez moi. Demeurant dans son voisinage je vois le malade au moment même où les premiers symptômes se déclarent. Les traits de la figure sont décomposés et grippés : leur altération présente déjà le caractère cholérique; la peau est pâle et d'une humidité visqueuse ; les yeux 9 devenus ternes , se retirent à vue d'œil$ la voix s'affaiblit peu à peu ; le pouls petit et embarrassé tombe d'une manière sensible 5 l'action vitale abandonne visiblement la périphérie pour se concentrer vers l'intérieur 5 la langue est propre et n'offre rien d'extraordinaire sinon qu'un léger refroidissement 5 les mains tremblent; le malade s'affaisse, etc., tout annonce qu'il va être en butte à une forte attaque de choléra. Il ne ressent aucune douleur abdominale , peutêtre par la raison que la cause morbifique n'a agi qu'un instant et qu'elle n'a pas encore eu le temps nécessaire pour l'entier développement de ses effets.

Nul doute que le jeune hemme n'ait contracté la maladie par l'air infecté de l'émanation cholérique qu'il a inspiré chez Van Uytroven. Je cite ce cas parce qu'il me semble offrir une preuve contre la contagion, qui n'est jamais aussi prompte dans ses effets.

Revenons au traitement suivi chez le jeune Schewyck. Le père lui frictionne, pendant un quart d'heure, avec un morceau de flanelle chauffé et imbibé d'esprit

de vin camphre et d'ammoniaque , toute la surface dorsale et les membres ; puis il l'enveloppe de couvertures de laine , lui applique aux jambes des cataplasmes de farine de lin chauds et enduits de moutarde , lui fait prendre , de demi-heure en demi-heure , une couple de cuillerées de quatre onces d'infusion de fleurs de sureau avec deux onces de rob et une once et demie d'esprit de Mindererus , le tient à la diète absolue et lui donne de l'eau d'orge pour boisson. Sur les onze heures la réaction est déjà complète, et vers les deux heures après midi, je trouve le malade dans une transpiration des plus abondantes et exempt des symptômes morbifiques. L'excrétion urinaire a lieu dans la nuit.

te 28 , état entièrement satisfaisant ; mais on continue à faire observer la diète absolue.

Le 29, on lui donne du bouillon de veau en petite quantité et à des reprises fréquentes. Son alimentation est augmentée avec prudence. Dans les premiers jours d'octobre , il reprend ses occupations ordinaires.

69e cas, guéri.

Elisabeth van Drille , âgée de 39 ans , bien constituée , femme de Jacques Vallé , qui fait le sujet de la 57e observation, après avoir essuyé beaucoup de fatigues en soignant son mari , est prise , dans la matinée du 28 septembre i832 , d'un malaise vague, de lassitudes dans les membres , d'une pesanteur douloureuse à la tête et de vertiges. Dans l'après-midi , il se joint à ces phénomènes 5 un sentiment de resserrement à la région

précordiale et de vacuité dans les intestins , auquel succèdent des tranchées abdominales et une légère diarrhée, contre laquelle elle ne demande aucun secours. Le 29 , au matin , lorsque je visite son mari , elle me dit ce qu'elle a commencé à ressentir la veille ; sa douleur dans le ventre et ses évacuations alvines ont beaucoup augmenté depuis ; ses déjections sont troubles blanchâtres et floconneuses ; elle éprouve des syncopes , des anxiétés , une soif intense , une inappétence complète, des envies continuelles de vomir et un grand affaissement ; le visage est pâle , décomposé et grippé , les yeux sont enfoncés et entourés d'un cercle bleuâtre , la voix enrouée , les urines supprimées , le pouls petit , accéléré et déclinant sensiblement , etc. , enfin le concours des symptômes ne peut laisser aucun doute sur la nature du mal. Je fais pratiquer des frictions sèches , couvrir chaudement la malade , appliquer sur le ventre un cataplasme chaud de farine de lin et aux jambes des cataplasmes chauds et couverts d une couche de moutarde 5 je lui prescris une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec deux onces de rob de sureau et une once et demie desprit de Mindererus , préparée à la pharmacie des pauvres 5 diète absolue 9 eau d'orge pour boisson. Dans l'après-midi, je trouve la femme Vallé en pleine réaction. Elle sue copieusement durant la nuit.

Le 3o , cessation des symptômes morbifiques 5 les urines reprennent leur cours ordinaire. La malade ne prend que de la décoction d'orge.

Le 1 octobre , convalescence assurée 5 j'indique à la malade un régime convenable à sa situation. Elle est

restée , pendant plusieurs jours, dans un état de débilité avant d'avoir regagné les forces.

7o.e cas , guéri.

Nicolas Vallé , âgé de dix-sept ans, ouvrier, bien constitué , fils de Jacques et d'Elisabeth Van Drille qui précède , ayant commencé à ressentir , le 27 septembre i832 , des tournoiemens de tête , associés à un défaut d appétit , à un abattement de la vue et à des mouvemens spasmodiques dans les yeux , est affecté, dans la journée du lendemain , de fréquentes évacuations alvines , liquides, blanchâtres et floconneuses, auxquelles viennent se réunir, dans la nuit, des coliques, des tiraillemens spasmodiques dans les membres et des vomissemens aqueux, analogues à une décoction d'avoine. Je le vois, le 29 au matin de très-bonne heure ; la figure est pâle , abattue et exprime une anxiété comprimée , les yeux sont éteints , enfoncés et entourés d'un cercle plombé , le pouls petit , fréquent et embarrassé , la voix affaissée et creuse , la langue blanchâtre , les urines supprimées , etc. Frictions sèches , cataplasme chaud de farine de lin sur le ventre , cataplasmes chauds et sinapisés aux jambes, application de la chaleur au corps , potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec une once et demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau, préparée à la pharmacie des pauvres , diète absolue , décoction d'orge pour boisson. Quelques heures après, réaction très- forte . suivie d'une sueur très-abondante.

Vers le soir , disparition des symptômes morbifiques. Dans la nuit , retour de l'excrétion des urines.

Le 3o , il entre en convalescence , et le 4 octobre , étant parfaitement rétabli , il reprend ses occupations habituelles.

7i.e cas , guéri.

Catherine Royer , ouvrière , âgée de 19 ans , d'une constitution assez forte , rue dite : vekestraet n° 908 , (quartier affligé par le choléra) , éprouve 9 dans l'aprèsmidi du 27 septembre i832, après avoir joui d'une santé parfaite , des étourdissemens , des tintemens d'oreille, des lassitudes dans les membres, des défaillances , un sentiment d'ardeur au centre épigastrique , puis des anxiétés très-fortes, des oppressions de poitrine, des coliques ? des nausées continuelles , de la soif , de fréquentes évacuations alvines séreuses, analogues à une décoction de riz , etc. Je la visite vers les huit heures du soir. L'altération de la physionomie , l'enfoncement des yeux , entourés d'un cercle bleuâtre , la faiblesse et l'enrouement de la voix , la chute du pouls , le refroidissement de la peau , qui est flasque , pâle et dune moiteur gluante , l'affaissement , la suppression des urines et la nature des déjections attestent la présence du choléra. Frictions ammoniacales camphrées , application de la chaleur au corps, cataplasme chaud de farine de lin sur le ventre , cataplasmes chauds et sinapisés aux jambes , potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec une once et demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau , préparée

à la pharmacie des pauvres , diète absolue , eau d'orge pour boisson.

Le 28 , je trouve cette fille dans un calme parfait et dans un état tellement satisfaisant que , si je ne l'avais pas vue la veille , j'aurais eu de la peine à me figurer qu'elle avait été malade :1a peau, d'une couleur naturelle et universellement chaude , est d'une douce moiteur ; la physionomie revient tout-à-fait à son expression habituelle ; la voix est distincte et lé pouls relevé , les urines reprennent leur cours ordinaire , enfin on ne remarque plus aucun phénomène morbifique. Elle se borne à l'usage d'une solution de gomme arabique.

Le 29 et le 3o , convalescence assurée 5 la malade prend du bouillon de veau et un peu de bouillie. Elle gagne à la suite du choléra une fièvre intermittente , qui retarde sa guérison de quelques jours.

Je ferai observer, à cette occasion, que lorsqu'il s'agit d'arrêter les fièvres intermittentes qui se manifestent pendant la convalescence du choléra, il faut administrer le sulfate de quinine en lavement , et non pas par l'estomac , qui est souvent d'une grande irritabilité. Cette méthode m'a toujours parfaitement réussi. J'ai fait ordinairement préparer, pour un adulte , quatre lavemens , chacun de cinq grains de sulfate de quinine et quatre onces de mucilage de salep , en les faisant appliquer , à des intervalles plus ou moins longs d'après la durée de l'intermission , avant le retour du paroxysme que je me proposais de prévenir. S'il y a disposition à la diarrhée , on ajoute à ces lavemens quelques gouttes de laudanum liquide de sydenham ou bien de la teinture d'opium.

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