‹ Considérations sur la nature et le traitement du choléra-morbusChapitre 5 sur 41 · CHAPITRE DEUXIÈ31E · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈ31E

CHOLÉRA-MORBLS ASIATIQUE.

Symptômes. Le choléra asiatique est très-ir régulier dans sa marche , ce qui rend difficile , pour ne pas dire impossible, d'en donner une description exacte, de le diviser en périodes et d'assigner à chaque période des signes pathognomiques. Rien n'est stable

dans cette maladie ; son caractère est tellement sujet à varier que non-seulement on observe dans un endroit la prédominance de tel ou tel symptôme , qui n'existe pas dans d'autres , mais souvent dans la même ville , cette variété se montre d'un quartier à l'autre. Toutefois je rapporterai ses symptômes comme je les aï observés , et je conserverai sa division en périodes, que j'établirai comme je ,1e crois le plus convenable.

La maladie peut se montrer dans toute sa forme et dans toute sa gravité , subitement et sans que le malade ait préalablement éprouvé le moindre malaise ou dérangement quelconque ; cependant il signale le plus souvent son début par des symptômes précurseurs : tantôt la tête est affectée primitivement , tantôt l'estomac, tantôt ces deux parties à la fois. J'ai vu des cas où la maladie s'annonçait par une affection cérébrale , par des étourdissemens , maux de tête , trouble ou obscurcissement dans la vision , bourdonnemens d'oreille , etc. J'en ai vu d'autres où il n'y avait aucun de ces phénomènes , mais où le malade éprouvait d'abord un sentiment de plénitude , de défaillance ou d'ardeur dans l'estomac ; une espèce de resserrement à l'épigastre ; des nausées , des borborygmes , une tension du ventre plus ou moins prononcée ; une sensation de malaise dans l'abdomen , laquelle il disait ne pouvoir expliquer , ou bien au lieu de ce malaise , des tranchées plus ou moins douloureuses, surtout vers le nombril ; une disposition à la diarrhée ou des selles liquides plus ou moins fréquentes, qui e'taient souvent bilieuses ; etc. J'en ai vu quelques-uns où il existait primitivement une réunion de phénomènes

d'affection du cerveau et de I estomac. Mais j'ai le plus fréquemment observé que le cerveau était l'organe qui semblait avoir reçu la première atteinte.

Au début de la maladie , le pouls devient fréquent, petit et faible , quelquefois serré, quelquefois irrégulier; d'autres fois il arrive qu'il se ralentit , et d'autres fois il ne subit aucun changement que dans l'instant où elle éclate. Pendant l'épidémie cholérique qui a régné à Anvers, j'ai rencontré différens cas où le pouls était devenu lent dans le premier moment de la maladie. J'ai observé deux cas où la lenteur du pouls et un malaise indéterminé précédaient seuls l'invasion. Les médecins qui prétendent qu'à cette époque le pouls est toujours accéléré sont dans l'erreur. Je ne suis pas le seul qui ait remarqué le contraire. M. le docteur Baguet, chirurgien habile et expérimenté , chargé de la direction de la maison de quarantaine d'Anvers , où un certain nombre de cas de choléra se sont déclarés , qu'il a vus à leur naissance , m'a assuré d'avoir fait plusieurs fois la même remarque. Cette lenteur dans le pouls au début de îa maladie n'a-t-eile existé qu'en cette ville ? C'est possible ; car le choléra n'a pas partout les mêmes formes. Mais j'ai constamment observé une accélération du pouls dans l'affection qu'on est convenu d'appeler cholérïne, qu'il ne faut pas confondre avec le choléra.

Les symptômes précurseurs dont je viens de parler, accompagnés ordinairement d'un sentiment de malaise vague , d'une soif plus ou moins sensible , de la diminution ou de la perte d'appétit , et dans quelques cas d'un léger tremblement , sont susceptibles de se présenter plus ou moins réunis et quelquefois isolés ;

ils peuvent durer quelques heures et même quelques jours ayant que la maladie ne se développe et ne montre ses phénomènes caractéristiques , indispensables pour la reconnaître et la qualifier.

A la suite des symptômes précurseurs arrive la première période ou période d'invasion , à laquelle je rapporterai les symptômes suivans, en faisant remarquer qu'ils n'existent pas toujours tous à la fois , et que la maladie est susceptible de varier dans ses formes et dans ses degrés de violence : ordinairement la figure se décompose, perd son expression naturelle et devient pâle , les traits se retirent à mesure que la maladie se développe , les yeux s'affaissent et la face annonce une espèce d'anxiété comprimée et porte l'empreinte de la nature du mal à un tel point que déjà le praticien habitué à voir des cholériques ne peut s y tromper ; la peau devient bientôt d'une pâleur mortelle ? sa chaleur diminue et finit par disparaître en raison des progrès du mal : la peau est d'ordinaire moite, quelquefois sèche , quelquefois saisie d'un spasme comme à l'apparition de l'accès de froid d'une fièvre intermittente, ce qui donne au malade une sorte d'horripilation ou mouvement fébrile ; le pouls tombe et s'affaiblit de plus en plus sous l'influence du développement de la maladie , et en proportion de sa chute la pâleur de la peau augmente; la langue n'offre d'autre changement que d être souvent blanchâtre , surtout au milieu : très-rarement, je l'ai trouvée rouge à ses bords et à sa pointe , ce que plusieurs médecins-écrivains ont signalé comme un des phénomènes ordinaires à cette époque ; le malade s'affaisse ; il éprouve une sécheresse

à l'arrière-bouche , de l'anorexie , de la soif, de l'anxiété, un sentiment d'ardeur et de barre à l'épigastre, ou bien une sensation de défaillance dans l'estomac ; de fortes envies de vomir ; un mouvement extraordinaire dans le ventre , qui est souvent plus ou moins tendu et gonflé , quelquefois retiré vers le dos ; des coliques , mais remarquons qu'il y a des cas sans aucune douleur abdominale dans tout le cours de la maladie , et cette absence de la douleur abdominale peut tenir à l'extinction de la sensibilité et indiquer l'extrême gravité de la maladie ; les excrétions de l'urine et de la bile cessent (a) ; la voix s'affaiblit ; des déjections par haut et par bas ont lieu et font accroître la faiblesse du malade ; ses mains tremblent ; il chancelle comme un homme pris de boisson et ne peut plus se tenir debout. Il rend en premier lieu les alimens que peut contenir l'estomac, ce qui n'arrive pourtant pas toujours, car on rencontre quelquefois à l'autopsie cadavérique des alimens non-digérés dans ce viscère ; souvent observe-ton qu'il rejette de la bile par le premier vomissement ; ensuite il vomit des matières séreuses, insipides , inodores , pâles et troubles , semblables à

(a) Les recherches nécroscopiques prouvent que la sécrétion urinaire se supprime complètement. Chez les cholériques qui périssent avant la réaction , on trouve presque toujours la vessie fortement contractée et tout-à-fait vide , ou bien ne renfermant qu'un peu de matière séreuse et blanchâtre. Mais elle contient de l'urine chez ceux qui meurent pendant la réaction. Il ne paraît pas en être de même de la sécrétion de la bile j car dans la plupart des cas , on trouve à l'autopsie cadavérique , la vésicule du fiel remplie d'une bile verte et noirâtre , et si celle-ci ne coule pas dans le canal alimentaire , cela semble provenir du rétrécissement ou contraction spasmodique du conduit cholédoque , rétrécissement que l'on observe à l'ouverture des cadavres des cholériques.

une décoction d'avoine ou de riz, quelquefois grumelées; dans quelques cas , elles sont aigres , verdâtres 7 analogues à une infusion foncée de thé et mêlées de glaires; dans d'autres cas, qui cependant sont très-rares, elles sont jaune- verdâtres et bilieuses. J'ai vu un cholérique gravement affecté \ chez lequel elles étaient sanguinolentes et d'une couleur noirâtre. Les évacuations alvines offrent la plus grande analogie avec les matières expulsées par le vomissement , sauf que les premières , lors de l'entier développement de la maladie , sont ordinairement d'une blancheur plus prononcée , ressemblant souvent à un lait de chaux , et se montrant dans des cas peu fréquens mêlées de sang (a) ; cependant cette dernière remarque peut rencontrer des exceptions qui pourraient faire croire que ce phénomène existe dans beaucoup de cas : M. le docteur Gouzée , médecin en chef des troupes belges à Anvers , homme plein de mérite et de probité , m'a dit avoir observé les selles sanguinolentes chez un grand nombre de cholériques parmi ceux qui sont entrés dans un état très-grave à l'hôpital militaire de cette ville.

Les vomissemens peuvent se montrer sans selles , comme ces dernières sans vomissemens. Dans nos climats tempérés, les premiers ne se sont pas présentés aussi constamment ; néanmoins on a vu des cholériques chez lesquels il y avait absence complète de selles. Dans les régions équatoriales, on a remarqué que communément

les vomissemens précédaient les évacuations alvines. L'in-

(a) A l'ouverture cadavérique , on trouve dans le canal alimentaire dm matières semblables à celles qui ont e'té rejele'es par le malade.

verse paraît s'être fait généralement observer en Belgique. J'ai traité à Anvers plusieurs cholériques chez lesquels les déjections par haut et par bas sont arrivées simultanément. Au reste les vomissemens peuvent prédominer dans une contrée et les selles dans une autre , et changer chaque fois que l'épidémie renaît. Il ny a rien de constant par rapport à ce phénomème , subordonné aux saisons, à la constitution atmosphérique , à la manière de vivre , à la qualité des alimens et à plusieurs autres causes trop longues à énumérer, et auxquelles un peuple est soumis.

Lorsque les vomissemens et les selles manquent tous deux , la maladie prend le nom de choléra sec , porte un caractère éminemment grave et fait souffrir au malade les plus grandes angoisses. Cette forme est rare, mais moins rare dans le choléra asiatique que dans le choléra bilieux.

Aux phénomènes précités se joignent des crampes, qui surviennent souvent quelques heures après l'invasion de la maladie , quelquefois plus tôt , quelquefois plus tard. J'ai vu deux cas où elles ont précédé tous les autres symptômes. Elles commencent ordinairement dans les doigts et les orteils, se propagent aux bras , aux mollets , aux cuisses , au bas-ventre , dont elles augmentent les douleurs , et vont même jusqua envahir les muscles du dos et de la poitrine, en multipliant les souffrances , en suscitant des maux dans les lombes et le dos , en faisant naître le hocquet et de pénibles oppressions. Quelquefois elles commencent premièrement dans le ventre et puis s'étendent aux membres. Cependant elles ne constituent pas un symptôme constant de la maladie ; elles manquent

souvent dans les cas les plus graves , où le principe vital a e'té foudroyé.

Les crampes se font observer plus fréquemment et avec plus de violence chez les individus d'un âge peu avancé que chez les vieillards. Ceux d'une constitution forte , musculeuse et sanguine y sont beaucoup plus sujets que ceux d une constitution faible et lymphatique. Elles sont rares chez les personnes dont la sensibilité esttrès-épuisée.

On ne saurait déterminer la durée de la première période ; elle dépend de l'intensité et de la marche plus ou moins rapide de la maladie. Celle-ci arrive , dans quelques cas , tout-à-coup avec les symptômes qui caractérisent la seconde période , appelée également période d'asphyxie, période algide et période de cyanose.

Dans la seconde période , la maladie est parvenue à son entier développement ; il y a exaspération des symptômes ; l'affaissement est considérable 5 ordinairement le malade est tourmenté , tour-à-tour , par les douleurs abdominales , les crampes , les déjections et la soif (il éprouve surtout un vif désir de boire de l'eau froide) 5 les extrémités , la tête et la langue contractent un froid glacial , et de ce froid glacial provient le nom de période algide $ il ressent des angoisses et une sensation d'ardeur au centre épigastrique , laquelle va quelquefois jusqu'à lui faire dire qu'un feu interne le dévore , pendant que l'extérieur du corps est glacé 5 il s'agitte , se jette à droite et à gauche dans son lit , cherche à sortir ses bras et à se débarrasser de ses couvertures, en témoignant une anxiété extrême ; il soupire , il gémit , ses souffrances lui arrachent souvent

— Iodes cris y il survient une exaltation de contractilité dans le système musculaire, les muscles se resserrent, et de ce resserrement résulte de suite l'apparence d une grande maigreur 5 les traits de la figure sont profondement altére's , les joues contractées , les yeux abattus, ternes, enfoncés dans les orbit* es et entourés d'un cercle de couleur plombée ou violacée , il n'est pas rare de trouver la pupille dilatée et la conjonctive injectée : la face grippée du malade est souvent d'un aspect hideux et effrayant et offre un caractère cholérique tellement distinct qu'à elle seule on peut reconnaître la présence de la maladie 5 la voix est affaissée et rauque 5 la bouche sèche malgré l'humidité de la langue ; cette dernière est d'un blanc cendré et embarrassée 5 la respiration gênée, profonde et brusque, accompagnée d'inspirations entrecoupées et dans quelques cas suffocative au point que le malade est menacé d'étouffer 5 l'air expiré est froid 5 la circulation extrêmement ralentie , et à cause de l'excessif affaiblissement du cœur , le sang n'est plus poussé aux extrémités , le pouls devient imperceptible , ou bien il n'en reste qu'un très-faible sentiment : il est , dans beaucoup de cas , tellement absent qu'on ne le sent plus aux artères carotides et crurales , et dans l'état avancé de la maladie , on ne distingue même plus les battemens du cœur ; le sang ne subissant plus dans le poumon ni à la surface cutanée les altérations chimiques nécessaires pour le transformer en sang artériel, il se carbonise avec excès, contracte une couleur noire, s'épaissit, devient d'une consistance huileuse , et ne coule pas lorsqu'on ouvre un vaisseau , ou bien il n'en sort que très-peu 5 il s'accumule dans

les grandes cavite's : cette accumulation occasionne les anxiétés et le dérangement dans la respiration , et l'afflux du sang vers le cœur donne lieu aux douleurs que le cholérique ressent à la région de cet organe , et dont la durée se prolonge quelquefois après la maladie (a) ; la pâleur , qui de la face se répand sur toute la surface du corps , est suivie d'une teinte bleuâtre , violacée ou livide , due à la stagnation et à la carbonisation du sang; teinte qui se fait premièrement remarquer aux lèvres et aux ongles , et après avoir gagné la tête , elle envahit les extrémités supérieures et inférieures 9 puis le tronc , où elle se fait apercevoir moins fréquemment. Elle a fait adopter la dénomination de période de cjanose. La peau de la paume des mains , qui conserve sa blancheur , est froncée et comme ayant été soumise à la macération 5 le même phénomène se fait observer à la plante des pieds $ l'excrétion de la salive se supprime comme celles de l'urine et de la bile. Il est à remarquer que , malgré la gravité de sa position , le malade ne semble pas sentir le danger qui le menace , du moins i! est fort rare qu'il en témoigne de l'inquiétude , quand même le choléra lui aurait inspiré auparavant la plus grande frayeur. J'ai vu plusieurs cholériques , parvenus à cette époque de la maladie , être étonnés des moyens que Ton employait auprès d'eux , prétendant que leur mal n'était

(a) C'est par l'accumulation du sang dans les grandes cavités que chez les cholériques le ventre et la poitrine conservent souvent leur chaleur plusieurs heures après la mort , et qu'à l'ouverture cadavérique , on trouve ordinairement le foie , la rate , le poumon et le cerveau chargés de sang et beaucoup de sang coagulé dans le cœur et les gros vaisseaux , qui sont souvent considérablement élargis.

qu'une indigestion , un excès de bile ou un simple refroidissement.

Lorsque le malade est épuisé par les vomissemens , les selles et les douleurs , il tombe dans une espèce d'assoupissement , ayant ordinairement les yeux entreouverts et n'en montrant que le blanc ?* les crampes, les eVacuations et les coliques cessent : alors il se croit mieux , les assistans et les médecins mêmes qui n'ont pas vu des cholériques , partagent cette opinion , d'autant plus que ses facultés intellectuelles paraissent intègres 5 mais hélas ! c'est le plus souvent l'avant-coureur de la mort qui n'est pas éloignée, et qui est presque toujours précédée par la cessation des évacuations et des souffrances. Il jouit communément de sa raison jusqu'à l'approche de sa fin.

Dans cette seconde période , où le malade peut succomber d'un instant à l'autre , et qui peut durer aussi pendant un , deux et trois jours i il n'est pas rare de le voir tourmenté dji hocquet; il survient quelquefois de forts bourdonnemens d'oreille , de la surdité , des hallucinations de la vue , des amauroses , etc. Lorsque la fin approche , une sueur froide et visquense, appelée sueur d'expression , couvre le corps dans un grand nombre de cas 5 le malade est quelquefois dans une agitation extrême et dans une horrible agonie ; mais ordinairement il est tranquille , tout-à-fait affaissé et ne souffre plus 5 il tombe dans une profonde léthargie , sa respiration est suspirieuse , ralentie considérablement t devient de plus en plus difficile, et c'est dans un ~ at apoplectique qu'il rend le dernier soupir.

On ne saurait dire rien de positif ni sur la durée de

la maladie ni sur 1 époque du terme fatal ; quelquefois le choiera procède avec une telle force qu'il frappe comme la foudre , le principe vital est anéanti tout-àcoup et le malade expire immédiatement. Il n'est pas rare que les attaques très-violentes enlèvent le malade dans la première heure ou quelques heures après l'invasion. Selon les déclarations faites à la commission sanitaire d'Anvers , il paraît que la mort est survenue le plus souvent du premier au troisième jour de la maladie.

Le choléra asiatique ne paraît pouvoir se terminer favorablement que par la réaction. Lorsque la vitalité n'a pas été trop détruite par l'effet de la cause moibifique , l'art de guérir a la faculté de la provoquer , et même dans quelques cas , surtout s'ils sont peu graves , les efforts seuls de la nature peuvent remporter cette victoire sur la maladie. J'ai vu , pendant l'épidémie cholérique à Anvers , un ouvrier , âgé d'environ quarante ans , et un enfant , âgé de trois ans , tous deux assez gravement atteints du choléra et à peine couverts dans leurs lits , gagner la réaction et se rétablir promptement sans avoir voulu employer d'autres moyens que la diète et du lait mêlé d'eau en boisson. Cependant il serait fort imprudent de se lier uniquement aux efforts de la nature ., même dans les cas qui se présentent sous une forme légère.

Mais n'allez pas croire que , quand la réaction existe 5 le malade soit sauvé ; il peut se former des congestions pulmonaires , cérébrales , etc. , lesquelles conduisent très-souvent à la mort en causant la suffocation et l'apoplexie ; il peut se former aussi des inflammations

viscérales , d'où peuvent résulter le typhus et d'autres accidens dangereux (a). Si la réaction s'opère dans les cas graves , elle donne souvent naissance à des lièvres typhoïdes , surtout quand on n'a pas soin de la modérer et de la contenir. J'ai vu à Anvers deux cas où elle s'est faite par des fièvres intermittentes soporeuses. Elle peut aussi déterminer des inflammations viscérales qui 5 passant à l'état de chronicité, mènent quelquefois le malade lentement au tombeau 9 après avoir fait naître l'hydropisie , la fièvre lente ou la phthisie pulmonaire , ou bien elles laissent subsister chez lui , longtemps après la guérison du choléra , plusieurs accidens non-mortels , tels que cardialgie, hématurie, strangurie 9 paralysie du col de la vessie , diarrhée ou constipation opiniâtre , sensation douloureuse dans le bas-venlre , douleur sourde au cœur , maux de tête , etc. Quelquefois le choléra traîne à sa suite des douleurs dans les membres, surtout dans les articulations et simulant le rhumatisme $ des dérangemens dans la vision , des amblyopies , des aliénations mentales, des écoulemens d'oreille., la surdité , etc. ; accidens qui persistent quelquefois avec opiniâtreté. Dans d'autres cas aussi , mais qui sont rares, l'épuisement des forces est tel que le

(a) L'autopsie cadavérique fait voir des traces de ces inflammations, comme des rougeurs à la membrane muqueuse gastro-intestinale , qui sont tantôt foncées et tantôt approchant du violet ou du brun ; un certain ramolissement ou l'induration de cette membrane ; des points gangreneux et des ulcérations dans le tube digestif j des rougeurs et quelquefois dégénérescence à la vessie et aux reins , des indurations et des abcès au foie ; des inflammations et des abcès aux poumons , qui , dans quelques cas , sont carpines en partie ; des rougeurs aux membranes du cerveau et de la moelle épinière ; le ramolissement de la substance cérébrale \ etc.

malade ne peut les regagner, qu'il devient directement la ■victime de cet épuisement, ou bien prédisposé par sa faiblesse à contracter des maladies , il périt bientôt , ne résistant même plus à aucune affection morbifique.

g. il

Pronostic. Après avoir parlé des symptômes du choléra asiatique , il importe d'examiner quels indices peut en tirer le médecin pour former son jugement sur Fissue de la maladie. Il est inutile de dire que le degré de gravité doit spécialement le guider. Les vieillards , les personnes maladives , celles dune constitution usée , celles qui s'adonnent aux excès de table ou à l'ivrognerie 9 celles qui sont débilitées par la misère 9 par l'incontinence ou par toute autre cause , offrent le moins de chances de guérison. Le danger n'est pas aussi grand chez les enfans que chez les adultes, parce que chez les premiers la réaction se fait beaucoup plus aisément. J'ai remarqué que les individus d une constitution sèche et maigre sont moins sujets à succomber que ceux d'une constitution pléthorique , probablement par rapport à la prédisposition plus grande chez les derniers à contracter les congestions viscérales , qui constituent une cause fréquente de la mort. Ce sont incontestablement les congestions au cerveau qui enlèvent le plus de cholériques. Aussi trouve-t-on presque constamment , à l'autopsie cadavérique , les vaisseaux de Cet organe et de la moelle épinière extrêmement injectés de sang noir , et quelquefois même du sang épanché entre les méninges.

Le danger est imminent lorsque clans la seconde période une réaction franche ne vient pas au secours du malade ; lorqu'au lieu d'une réaction salutaire , il survient une sueur froide et visqueuse , ou bien qu'il ne s'établit qu'une chaleur fébrile , accompagnée de symptômes typhoïdes avec un pouls petit et déprimé ; lorsque pendant la réaction le malade tombe dans un état d'indolence comateuse , enfin le hocquet , les hallucinations , la stupeur et l'assoupissement , quand il n'est pas produit par l'usage de quelque narcotique , sont des symptômes très sinistres.

Le pronostic est favorable si les forces vitales reprenent leur essor , si la chaleur renaît à la peau , si la réaction s'opère universellement et que la transpiration se montre ; si les crampes et les vomissemens disparaissent ou sont moins fréquens en même temps que le pouls se relève , et que les traits de la physionomie , sur l'expression de laquelle on peut si bien mesurer le danger , sont moins altérés et plus naturels ; si les excrétions de l'urine et de la bile se rétablissent ; si les déjections changent de couleur , deviennent brunâtres , verdâtres ou jaunâtres et contractent de la puanteur ; mais il ne faut pas confondre ces déjections avec celles de la couleur de chocolat , qui sont de mauvais augure. Toutefois il ne faut pas concevoir grande espérance de guérison du rétablissement seul de la sécrétion de l'urine ni de l'apparition seule de la bile dans les excrétions cholériques. J'ai vu la maladie se terminer par la mort tandis que l'excrétion urinaire avait reparu, et que les évacuations alvines étaient devenues jaunâtres , bilieuses et d'une odeur fétide. Il ne faut pas fonder le moindre

espoir de guérison sur la cessation des crampes et des vomissemens si le froid du corps , l'absence ou la faiblesse du pouls et l'altération de la figure continuent à exister»

J'ai observé plusieurs cas où le corps se couvrait, pendant la réaction , d'une espèce d'éruption morbilleuse , et qui tous se sont promptement rétablis ; de sorte que je regarde comme un signe favorable cette éruption , qui sans doute exerce une action dérivative, provoque le retour du sang dans les vaisseaux capillaires de la surface du corps et détourne l'irritation des organes essentiels à la vie. M. le docteur Gouzée m'a raconté d'avoir eu à traiter deux cas , terminés avantageusement par une rougeur scarlatineuse.

Le médecin doit établir son pronostic avec beaucoup de réserve et ne pas oublier que les apparences d'amélioration dans le choléra sont souvent perfides. Quelquefois le malade paraît tellement amélioré que déjà on le croit convalescent,, lorsqu'au troisième ou quatrième jour de la maladie survient une fièvre typhoïde ou bien une affection cérébrale , qui ne se signale que par un simple état soporeux 9 et il est bientôt enlevé au grand étonnement des personnes qui l'entourent.

Lorsque le choléra règne épidémiquement , il peut imprimer son caractère aux autres maladies naissant dans les mêmes contrées, ce qui peut induire en erreur le praticien non-habitué à voir des cholériques , en lui faisant regarder comme choléra des affections sou-

vent insignifiantes , et qui n'ont rien de commun avec cette terrible maladie que la similitude de quelques symptômes. J'ai observé., au mois d'août i832 9 quelques cas de fièvres intermittentes où , pendant le paroxysme , le malade avait la figure grippée , la voix éteinte et était tourmenté de coliques , de spasmes dans les membres , de vomissemens et de selles liquides, analogues à une décoction de gruau , etc. ; cas qui ont été guéris par le sulfate de quinine.

Je ferai ici une autre remarque 9 mais moins importante , c'est que les personnes sur lesquelles le choléra tombe , si elles n'y succombent pas , sont plus disposées à être affectées d'autres maladies. On a observé à Anvers , où les fièvres intermittentes sont endémiques pendant le printemps et l'automne, que, dans les mois de septembre et d'octobre , elles sont souvent survenues à la suite du choléra , notamment lors de la convalescence.

§IV

Causes. Quelle peut être la cause déterminante de cette maladie qui est venue fondre sur nous , qui ne respecte ni pays ni climat , ni sexe ni âge , ni tempérament ni constitution ? Ici , tout est obscurité , confusion et doute. Déjà dans un de mes articles , inséré dans la livraison d'avril 1826 de la Revue encyclopédique (p. n3 et suivantes ) 9 dont je fus un des collaborateurs , j'ai consigné quelques réflexions sur le choléra-morbus qui a commencé , en 1 8 1 7 , à exercer ses ravages au Bengale et quelques années plus tard dans l'île de Java ; j'ai soutenu qu'il ne décelait aucun virus quelconque , qu'il

n était pas contagieux , c'est-à-dire transmissible d'un individu atteint de la maladie à un individu sain, et que les faits rapporte's par les médecins-contagionistes pour prouver le contraire , étaient non-seulement fort peu concluans , mais me confirmaient même davantage dans mon opinion. Plusieurs médecins instruits , établis dans les possessions asiatiques des Pays- Bas , et qui ont eu occasion de voir et d'étudier le choléra épidémique , dès son apparition dans les Tndes orientales, m'ont assuré qu'ils la partageaient entièrement. Le plus grand nombre de médecins européens qui ont observé celte maladie sont aujourd'hui d'accord qu elle n'est pas d'un caractère contagieux. L'on ne peut , en effet , raisonnablement en attribuer la naissance et le développement quà des causes externes, qu'à l'influence de qualités particulières de l'atmosphère. Les argumensse présentent en foule à l'appui de cette idée.

Pour bien les établir , il faut jeter premièrement un coup d'œil sur l'origine de la maladie De mémoire d'homme, elle ne s'est manifestée dans l'Inde sous forme épidémique que depuis 1817. Il est vrai qu'elle était endémique, avant cette époque, clans les parties inférieures de l'Indos tan et dans diverses autres contrées de l'Inde ; mais elle s'y montrait à la fin de l'été et pendant l'automne , et disparaissait à l'entrée de la saison froide, qui, comme on sait, commence avec le mois de novembre et dure jusqu'à la fin de février.

Suivant les renseignemens qui m'ont été fournis par des médecins exerçant au Bengale et dans les endroits où le choléra a commencé à paraître sous la forme épidémique , il éclata sous cette forme , au mois

daoût 1817, presqu'au même moment à Jessore , dans le Baliar , dans le Dinapore , à Daca , à Calcutta et dans plusieurs autres lieux situés sur le Gange , et peu de temps après dans les districts de Silhes et d'Islamabad , etc. 5 et, pour le dire en passant , il se jetait là de préférence , comme partout 011 il a pénétré depuis , sur les personnes mal nourries , mal vêtues , mal logées , et surtout quand elles se livraient à la boisson , ou bien qu'elles étaient soumises à de fortes fatigues corporelles. Gomment concevoir qu'une maladie contagieuse puisse se déclarer en même temps dans plusieurs endroits , si éloignés les uns des autres , et attaquer un grand nombre de personnes à la fois ? Comment admettre qu'un virus quelconque puisse être transporté avec tant de promptitude à quelques centaines de lieues de distance ? Tout le monde connaît la marche du choléra depuis les bords du Gange jusqu'à nous , marche décrite par tant d'écrivains , et qu'il serait fasditieux de détailler ici. Est-il possible de concilier la contagion avec la célérité de la maladie à se montrer sur une si énorme étendue du globe , malgré tous les obstacles qu'on lui a opposés ? Toutes les mesures de précaution prises en Asie comme en Europe contre la propagation de ce fléau n'ont pas eu la moindre influence sur sa course. A-t-on remarqué que , dans sa marche , il a envahi plutôt des villes populeuses , où les communications sont multipliées et fréquentes , que des villes dont la population est faible ? Non certes. A-t-on remarqué que les médecins , les ecclésiastiques et les garde-malades ont été plus sujets à la gagner que les autres personnes? Non sans doute.

IS'a-t-on pas vu souvent dans des ménages nombreux un seul individu contracter la maladie et les autres en rester exempts ? Plusieurs fois on a observé qu'au milieu de ses plus horribles ravages , elle a disparu tout-à-coup , et d'autres fois quand on la crue éteinte , elle a reparu inopinément avec une activité plus acharnée qu'auparavant. Sa subite disparition et son retour brusque ne parlent-ils pas contre la contagion ? On ne saurait expliquer qu'une maladie contagieuse cesse soudainement et revienne quelque temps après en fondant avec violence sur une multitude de personnes à la fois. Le choléra s'est fait toujours observer le plus fréquemment le long des rivières. D'où viendrait cette préférence s'il était l'œuvre d'un virus ? J'objecterai aussi aux contagionistes qu'on a remarqué dans les villes qu'il bornait ses ravages à certains quartiers , qu'il déploiait une plus grande intensité dans une rue que dans l'autre , et que même cette intensité variait souvent de maison en maison 9 sans que l'on y ait pu assigner d'autre cause que l'accumulation d'une émanation spécifique , qui ., s'exhalant probablement de la terre par suite de quelque mouvement souterrain extraordinaire , agit comme un poison subtil et engendre la maladie.

Une maladie contagieuse se reproduit sous les mêmes formes. Il n'en est pas de même du choléra. J'ai remarqué maintes fois dans des maisons où il se déclarait que d'autres personnes du même ménage ou celles qui soignaient le cholérique ne gagnaient que de simples diarrhées. Dans les endroits où il s'est manifesté , on a observé qu'il était escorté de plusieurs

affections régnant épidémiquement , et dues sans cloute à la même cause, telles que des embarras gastriques, des diarrhe'es, des coliques , des cholérines, des céphalalgies , etc. , tandis que beaucoup de personnes n'éprouvaient que des lassitudes dans les membres et une perte d'appétit.

Dans les endroits les plus désolés par ce fléau, il s'est déclaré des épizooties, sévissant principalement sur la classe des gaîlinacées , et qui se sont développées en même temps que le choléra et ont disparu avec lui ; une odeur métallique s'est fait remarquer clans l'air ; l'eau d'une quantité de puits , très-bonne auparavant , était d'un goût désagréable , corrompue ? sale et contenait des matières étrangères en dissolution , pendant la durée de la maladie ?° les hirondelles et d'autres oiseaux sont partis et sont revenus dès qu'elle a cessé : toutes ces choses extraordinaires ont tenu , je n'en doute pas , à la cause occasionnelle du choléra. Mais voici une preuve plus convaincante de la noncontagion. Je peux garantir la vérité du fait qui s'est passé sous mes yeux. Dans la rue de la boutique à Anvers , l'une de celles où le choléra a le plus sévi , il existait une caserne occupée par un bataillon d'infanterie, dont vingt-sept hommes furent attaqués de la maladie , dans la nuit du :a3 au 24 septembre. Cette caserne fut immédiatement évacuée , et le bataillon logé chez les habitans d'un village, à une lieue et demie de la ville. Cette mesure hautement critiquée par les personnes qui supposaient le choléra de nature contagieuse , porta la consternation clans les campagnes. Quelques individus vinrent demander mon avis à cet

égard ; je leur répondis que je trourais cette mesure fort sage , que j avais la certitude morale qu'il n'était pas contagieux , et que non-seulement il ne se transmettrait à aucun habitant du village , mais qu'il cesserait d'affliger les militaires , étant sortis du foyer dlnfection. Le résultat confirma ce que j'avais prévu , et les liabitans furent bientôt rassurés en voyant que la maladie ne se communiquait à aucun d'entre-eux , et qu'elle ne régnait plus parmi ces soldats. Pendant les trois premiers jours de son arrivée à la campagne , ce bataillon eut encore quelques cas de choléra , qui avaient indubitablement pris naissance à Anvers , et dès lors il fut tout-à-fait délivré de cette maladie, ainsi que me l'ont affirmé positivement le docteur Gouzée et d'autres médecins militaires.

On peut opposer comme un argument contraire à mon opinion que lorsqu'au mois de juillet 1 832 le choléra a paru à Anvers , les premiers cas se sont manifestés parmi les hommes des navires stationnés au bassin , ce qui a fait présumer à plusieurs personnes qu'il est contagieux , et qu'il a été importé par ces bâtimens ; mais pour réduire cette conclusion à sa juste valeur, je ferai observer qu'il avait déjà éclaté quelques jours auparavant à la maison de détention de Saint-Bernard , située sur l'Escaut à deux lieues de la ville , et qui n'avait eu aucune communication quelconque avec des navires venant de l'étranger. Au reste , sans considérer qu'il semble suivre avec une préférence marquée les bords des rivières , il n'est pas étonnant qu'à Anvers , il se soit d'abord montré au bassin , encombré , à cette époque, de navires de toutes les nations, sur lesquels

dardait le soleil Cette encombrement, l'altération de l'air, très-sirpt à se corrompre dans les vaisseaux, la malpropreté des matelots , la chaleur du jour suivie de la fraîcheur de la nuit et les alternatives de pluie et de sécheresse auxquelles ils étaient exposés (a) , les excès auxquels ils se livrent et les miasmes marécageux de l'Escaut ont dû fortement prédisposer à l'empoisonnement de l'émanation cholérique. Je dis émanation cholérique , car il est permis de hasarder une hypothèse en traitant d'une chose aussi cachée et aussi obscure que la cause occasionnelle du choléra

Selon moi, cette affreuse maladie est le produit d'une exhalaison méphitique , se dégageant de la terre , et peut-être formée par l'effet de quelque révolution intestine inconnue , qui par son extension souterraine porte la cause morbifique d'un pays à l'autre. Il me semble que cette exhalaison , que j'appelle émanation cholérique , est particulièrement favorisée par une chaleur humide de l'atmosphère ; qu1 elle porte sur le principe vital une atteinte proportionnée à la disposition de l'individu qui y est exposé ; quelle a le pouvoir de paralyser le cœur , qu'elle est douée d'une propriété asphyxique particulière , ou pour mieux dire d'une action délétère spécifique sur le système nerveux ; qu'elle agit primitivement sur la surface cutanée et , pendant l'inspiration , sur le nerf pneumo-gastrique ; de là retentissement sur le cerveau , profond dérangement dans l'action du cœur . graves désordres dans les organes de la digestion et de la respiration , etc. Lorsqu'elle

(a) L'humidité qui succède à un état chaud et sec de l'atmosphère parait être favorable au développement 4e la maladie.

peut exercer toute son énergie sur l'organisme , le cœur , agissant sous l'influence du pneumo-gastrique , tombe dans l'inaction , la circulation s'arrête , et la mort frappe subitement.

Je pense que plusieurs causes peuvent prédisposer l'e'conomie animale à subir l'effet de 1 émanation cholérique , comme le séjour dans les endroits infectés de miasmes qui se dégagent de matières animales et végétales en putréfaction ; les fortes chaleurs atmosphériques et principalement quand elles sont réunies à l'humidité ; un refroidissement brusque ; la misère ; l'usage de fruits , d'alimens grossiers ou de difficile digestion, et de toute substance qui irrite le canal alimentaire ; l'ivrognerie ; les excès de table 5 les excès dans les plaisirs vénériens ; les grandes fatigues ; les veilles prolongées 5 la malpropreté ; les passions déprimantes , surtout la frayeur et le chagrin , enfin la négligence des règles de l'hygiène et tout ce qui porte une action débilitante sur l'organisme.

Il est possible que l'émanation cholérique se mêle à l'eau , et que telle soit la cause de l'altération de plusieurs sources de laquelle j'ai parlé précédemment , et que l'épidémie recherche principalement le voisinage des rivières , des canaux et des eaux stagnantes.

Dans les lieux où cette émanation se concentre ou acquiert le plus de développement 9 le choléra offre le plus de gravité : voilà peut-être la raison pour laquelle il déploie le plus ouvertement ses fureurs homicides dans les endroits où la libre circulation de l'air est empêchée. C'est ainsi qu'à Anvers , il s'est fait le plus remarquer dans les allées , comme celles de la rue des

vieillards, de la rue du fromage, de la rue de la boutique , dans l'allée des cygnes, etc.

D'autres faits viennent appuyer mon opinion : les attaques de la maladie sont beaucoup moins fréquentes le jour que la nuit , parce qu'alors les portes et les fenêtres étant fermées , l'émanation cholérique peut s'accumuler 5 la maladie sévit spécialement sur la classe indigente , étroitement logée ; elle visite ordinairement des maisons obscures , sales , humides , situées dans des rues bases, qui sont peu accessibles au soleil et au vent , des maisons où le renouvellement de l'air est difficile ou négligé , dans lesquelles l'émanation cholérique peut facilement se concentrer , au lieu qu'elle s'établit fort rarement dans des maisons vastes , bien aérées , entretenues proprement , situées dans des rues larges , qui donnent libre accès au soleil et au vent ; elle existe beaucoup plus souvent au rez de chaussée que dans les étages élevés. Il est certain que tout cela ne se ferait pas observer si la maladie était transmissible par contagion.

Mais si je suis clans la persuasion que le choléra épidémique qui est venu affliger nos provinces doit son origine et son développement à une émanation spécifique , chassée de la terre , je ne conteste pas qu'on ne puisse le contracter en s'exposant , un certain temps , dans des appartemens où il n'y a pas de ventillation , aux miasmes qui se dégagent d'un cholérique , surtout en respirant cette exhalaison nauséabonde qui s'élève du corps à l'approche de la mort , ou bien celle qui s échappe du ventre à l'ouverture cadavérique , odeur extrêmement désagréable et différente de l'odeur

ordinaire des cadavres. Je crois même que des marchandises , des liabillemens , des couvertures , des matelas , etc. qui en seraient imprégnés , pourraient transmettre la maladie et en multiplier les foyers d'infection $ mais je pense que ce pouvoir infectant ne réside pas long- temps dans des effets et se perd de suite eu les plaçant en plein air. On peut de même gagner la diarrhée et la dysenterie dans des foyers infectés par des individus atteints de ces affections ? qu'aucun médecin éclairé ne considère cependant pas comme contagieuses , enfin plusieurs autres maladies généralement reconnues comme non-contagieuses ont la faculté de se communiquer de cette manière , c'est-à-dire par infection , mot dont la signification diffère essentiellement de celui de contagion.

Déjà 9 depuis plusieurs années , j'ai conçu l'opinion que je viens d'émettre sur la cause déterminante du choléra asiatique. Les nombreuses recherches que j'ai faites sur cette maladie , m'y ont de plus en plus fortifié. Je la soumis , en 1826 , à M. le docteur Rudolphe , aujourd'hui établi à Amsterdam , et qui fut chirurgien-major des troupes néerlandaises à l'île de Java , pendant que le choléra y exerçait de grands ravages. Cet estimable médecin , dont j'avais appris à connaître le bon esprit observateur , dans le temps qu'il servait sous mes ordres à Utrecht , m'écrivit le 10 octobre 1826, une lettre, datée de Sourabaya (île de Java), en réponse à diverses questions que je lui avais adressées concernant le choléra. J'en traduirai ce

qui peut intéresser le sujet que je traite

* L'épidémie cholérique , dit-il , qui frappe tant de

« victimes dans Hle do Java , paraît Y en effet, avoir » pour cause occasionnelle , des miasmes qui s exhalent h de la terre. Je pourrais citer plusieurs exemples pro- » près à justifier votre conjecture ; mais un seul suffit : » dans les endroits ravagés par le choléra , plusieurs « animaux , surtout ceux appartenant à la famille des » gallinacées , meurent malgré tous les soins que l'en « prend pour les conserver en vie. C'est une chose qui

* ne se fait observer dans les parages que j'habite ac- « tuellement , dont le climat est ordinairement sain 9

« que lorsque le choléra s y manifeste Il y a quelques

« temps qu'un chirurgien de ma connaissance fit venir « d'une contrée lointaine vingt-cinq dindons. Ils conti- »? nuaient à se porter bien durant un mois , parce que - le temps avait été sec et serein , la saison bonne , et « aucune épidémie ne s'était déclarée ; mais un jour " vers le soir , la pluie tomba une couple d'heures , » la plupart de ces animaux furent trouvés morts le » lendemain 9 et le choléra éclata simultanément sur

* plusieurs points de ce district ( encore une preuve « contre la contagion ) , ce qui porte à croire que la » pluie a fait sortir de la terre des miasmes qui ont

« produit cet effet pernicieux Nul doute que

« des exhalaisons , naissant du grand nombre des « volcans de nos Indes , ne donnent lieu au choléra.

* Aussi remarquons-nous que clans sa marche à travers ♦* les diverses contrées de ce pays , lesquelles il visite , » il paraît dépendre des mouvemens volcaniques qui « s'y font observer périodiquement ; de sorte que tout

* annonce que cette épidémie qui tue tant de personnes, .«• provient d émanations spécifiques , dont l'atmosphère

» est le véhicule, ïl serait d'une haute importance,

» dans les épidémies cholériques , d'analyser lair et de

« chercher à connaître la nature de ces émanations *

Je sais que l'analyse de l'air, faite à Paris par d'habiles chimistes lors de l'existence du choléra dans cette cité , n'a fait découvrir rien qui puisse accréditer mon opinion 5 mais les émanations cholériques n'échappent-elles pas aux recherches chimiques ? Peut-être en se dégageant n'ont-elles qu'une durée instantanée , peut-être beaucoup plus légères que l'air atmosphérique , disparaissent-elles de suite , s'élèvent-elles immédiatement pour se perdre dans les confins de l'atmosphère. Il est à désirer que la chimie , qui a rendu des services si signalés à la médecine et à l'industrie , poursuive ses investigations sur cet objet , et qu'elle s'applique surtout à analyser l'air des maisons où le choléra apparaît ; alors il est probable qu'elle parviendra à éclairer l'étiologie de ce fléau qui décime tant l'humanité , et à détruire entièrement l'idée qu'il est contagieux, idée si nuisible au commerce et aux relations sociales , idée qui entraîne les gouvernemens à faire d'énormes et d'inutiles dépenses et à grossir leurs budgets , déjà si accablans pour quelques peuples, éerasés sous le poids des impôts.

Traitement. Avant de faire connaître le traitement que j'ai suivi à Anvers, il ne sera pas sans intérêt pour quelques-uns de mes lecteurs de leur donner un exposé succinct des principaux moyens employés contre le

choléra dans les Indes. Quelques médecins faisaient saigner largement dans le premier degré de la maladie , lorsque le sang coulait encore , surtout chez les européens vigoureux ; voyant le sang se concentrer vers l'intérieur, iîs avaient recours à de fortes saignées dans le but de rétablir l'équilibre de la circulation et de prévenir les congestions dans les viscères. Ces saignées instituées avec discernement ont été quelquefois efficaces dans l'invasion chez des personnes dune constitution sanguine , et pendant la réaction en cas de congestions ou inflammations viscérales.

D'autres médecins employaient dès le début de la maladie des purgatifs et l'émétique, non-seulement sans succès , mais l'usage de ces médicamens empirait le malade.

Le plus grand nombre de médecins , ne voyant dans le choléra qu'une prostration des forces portée au dernier degré et redoutant les émissions sanguines , prodiguaient les stimulans les plus diffusibles , tels que l'éther sulfurique , l'ammoniaque pure étendue d'eaude-vie , le carbonate d'ammoniaque , l'acide nitrique alcoholisé , le camphre , et même l'huile de menthe poivrée , etc. À ces stimulans , on réunissait l'opium a des doses effrayantes, qui était généralement employé, et dans beaucoup de cas , on y ajoutait la teinture de Colombo , dans laquelle quelques hommes de l'art avaient une confiance aveugle et que lien ne justifiait. On débutait ordinairement par l'administration d'un gros de laudanum liquide de sydenharn dans un gros d'éther sulfurique , dans de l'arack ou dans du rhum , et on la réitérait , chaque quart d'heure , tant que duraient

les évacuations, Jes crampes et les douleurs. Mais cette médication n'a pas offert des résultats satisfaisans ; et cela se conçoit, parce qu'elle est souvent contraire au début de la maladie, et tout-à-fait contre-indiquée dans la réaction. Les stimulans diffusibles ou très-actifs ne sauraient convenir à l'intérieur que lorsque les propriétés vitales ont reçu une profonde atteinte et qu'il s'agit d'un affaissement extrême ; alors le médecin est obligé d'exciter puissamment pour parvenir à opérer la réaction.

Les hommes de l'art aux Tndes étaient généralement d'accord sur l'utilité des frictions, exercées à la surface du corps avec de la flanelle , soit à sec , soit avec de l'arrack , de l'alcohol , de l'esprit de vin camphré , de la teinture d'opium 9 de la teinture de cantharides , de l'huile de cajaput , de l'huile de menthe poivrée, etc. 5 sur l'utilité des fomentations aromatiques ; sur celle des vésicatoires ou des cataplasmes sinapisés , appliqués aux extrémités inférieures et supérieures 5 sur celle d'envelopper le malade de couvertures de laine chauffées ^ sur celle de le couvrir de sacs de sable chauds, etc. Ces moyens ont été reconnus recommandables pour dériver et pour ramener la chaleur. Il n'en a pas été de même des bains chauds, dont on n'a obtenu aucun avantage. On a observé en général que leur usage prolongé faisait beaucoup de mal ; ils diminuaient à la vérité les spasmes et les vomissemens , tant que le malade y restait ; mais dès qu'il en sortait, ces symptômes renaissaient et l'abattement était augmenté : quelques médecins prétendent néanmoins en avoir retiré un bon effet , lorsqu'ils ont eu soin de ne pas en

abuser. Dans des cas où Ton a fait des déplétions sanguines, les Laies chauds peuvent être favorables quand on a la précaution d'appliquer en même temps le froid sur la tête ; cependant il ne faut pas perdre de vue qu'ils sont capables de porter le sang vers le cerveau , de déterminer des congestions cérébrales et de refroidir par le changement de température.

Parmi les remèdes externes dont les médecins aux Indes faisaient usage , il faut également citer les lavemens d'assafeetida , qui ont été beaucoup recommandés, et auxquels on ajoutait souvent du laudanum de sydenham. Nul doute que les lavemens d'assafeetida , qui irritent le gros intestin , ne puissent produire une action salutaire en dérivant ou en excitant les forces vitales lorsqu'elles sont trop épuisées, et sous ce rapport on peut espérer quelque bon effet de l'emploi des stimulans en lavement.

Dès que les vomissemens et les crampes cessaient , ces médecins recouraient à d'énormes doses de calomel , combiné avec de l'opium. On allait même jusqu'à donner à un adulte , chaque quart d'heure , une dose de vingt à quarante grains de cette préparation mercurielle, et on la réitérait toutes les fois que le malade la rendait. Mais le calomel n'a été employé avantageusement qu'après le troisième jour de la maladie, auquel elle n'arrivait ordinairement pas, sous la zone torride 9 sans se terminer d'une manière fatale ou favorable. Si le malade résistait jusqu'à cette époque, on lui accordait du vin et quelques alimens restaurans pour soutenir les forces , et on lui administrait quelquefois utilement, dans le but de chasser la surabondance

de la bile 3 des purgatifs , tel que le jalap , les feuilles de senne, le calomel ? l'aloës, etc. Le calomel, en portant une action excitante sur le système muqueux, et en déterminant à forte dose, comme les purgatifs., une irritation sur les intestins, peut convenir comme ceux-ci dans quelques cas, surtout après des évacuations sanguines , pour dériver certaines inflammations viscérales , faciles à déplacer et qui n'ont pas leur siège dans le canal intestinal.

Revenons aprésent à la méthode curative qui, à mon avis , est préférable à toutes celles que l'on a adoptées jusqu'à ce jour. Mais pour quelle puisse avoir tous les succès, il faut que les secours de Fart soient promptement réclamés et appliqués 9 que le malade ne soit pas dépourvu des moyens nécessaires, et que les prescriptions du médecin soient remplies avec exactitude. Dans une maladie où la vie est aussi gravement compromise , où le moindre retard dans l'administration des secours peut être un obstacle insurmontable à la guérison , il est du devoir du médecin de se rendre avec toute la célérité possible auprès du malade et de le visiter à chaque instant pour s'assurer de l'exécution de ses ordonnances , et pour observer les changemens pathologiques qui peuvent survenir et exiger des modifications au traitement institué , ou présenter d'autres indications thérapeutiques.

La première chose à faire pour guérir une maladie quelconque , c'est d'en détruire la cause occasionnelle. Comme je crois que la cause occasionnelle du choléra asiatique réside dans l'air , je considère , comme un point très-essentiel , de le faire renouveler par la venti-

lation et de le faire circuler librement dans la maison où le choiera se montre , toutefois en évitant les courants capables de refroidir le malade. Si ce renouvellement rencontre des difficultés, il faut tâcher de transférer le malade sur-le-champ dans un lieu supposé sain et convenable au traitement On vanle beaucoup le chlore pour détruire les miasmes et pour purifier l'air ; mais j'avoue que , dans cette circonstance, les fumigations guytoniennes ou d'acide muriatique oxygéné ainsi que les chlolures de chaux ou de soude ne m'inspirent pas de confiance : je crois même leur usage nuisible dans les appartemens des cholériques pendant la réaction , parce qu'il peut contribuer puissamment à faire naître des congestions pulmonaires et cérébrales , et qu'il les exaspère si elles existent.

Le traitement dérivatif, sagement établi, est à proprement parler le seul en état de donner une terminaison favorable à la maladie. Gomme dans le choléra toute l'action vitale semble abonner la périphérie pour se concentrer sur le tube intestinal, il faut s'attacher à diriger les forces toniques vers l'extérieur , recourir spécialement aux dérivatifs , aux remèdes capables d'augmenter fortement l'action de la peau. Les efforts du médecin doivent tendre à faire opérer la réaction , et s'il y est parvenu , il doit savoir s'assurer le succès de cette issue. Tout ce qui peut atteindre ce but est propre à conduire au rétablissement.

Lorsqu'il se manifeste des phénomènes que l'on suppose être des symptômes précurseurs du choléra, il faut de suite prescrire au malade la diète la plus sévère ; des bains de pieds ou l'application d'un cataplasme

chaud de farine de lin aux jambes ; l'application du même cataplasme sur l'abdomen en cas de colifpie , et à l'intérieur une infusion tiède de fleurs de sureau, de camomille , de tilleuls , de véronique ou de thé ordinaire, et si l'on veut agir plus sûrement on y ajoute de l'esprit de Mindererus ou du rob de sureau ; le malade doit se coucher et se couvrir chaudement afin de provoquer la transpiration ; cependant s'il existait des signes d'inflammation gastro-intestinale , il conviendrait de la combattre avant tout par l'application cte sangsues sur l'abdomen : voilà des moyens par lesquels on triomphe ordinairement dans le début de la maladie. Quand après les avoir employés , le malade est tourmenté de diarrhée et que les selles offrent encore un caractère bilieux , on peut avoir recours à l'emploi interne du laudanum liquide de Sydenham , réuni aux mucilagineux (a): Mais si l'opium peut être administré avantageusement au début de la maladie , tant que les évacuations alvines sont encore bilieuses et qu'il n'existe pas d'irritation aiguë dans le tube intestinal , il faut bien se pénétrer qu'il pourrait être extrêmement nuisible dans un état plus avancé de la maladie , ainsi que je l'exposerai plus loin. Le choléra asiatique , ayant une forte tendance à se compliquer de congestions et d'inflammations viscérales , impose une bien plus grande réserve à l'égard de ce médicament que le choléra bilieux , dont le caratère est différent.

Dans l'invasion de la maladie , lorsque la chaleur

(a) Le traitement que je recommande contre les symptômes précurseurs du choléra , réussit parfaitement aussi contre la cholérine et les simples diarrhées cholériques.

de la peau est encore pour ainsi dire naturelle , le pouls assez sensible ou développé , et que le malade offre des symptômes d'affection cérébrale , la saignée générale est indiquée 5 s'il se plaint de fortes coliques , on lui applique des sangsues à la région épigastrique et à l'anus. L'application de sangsues à l'anus est particulièrement indiquée quand la douleur semble avoir envahi l'intestin colon. Mais en faisant couler du sang, le médecin doit avoir la précaution de ne pas affaiblir , afin de né pas ôter à la nature les ressources nécessaires pour opérer la réaction , que l'affaiblissement pourrait empêcher.

Si les déplétions sanguines sont capables de faire un bon effet dans la première période , en favorisant l'action du cœur , en facilitant le cours du sang , en prévenant ou en enlevant les congestions viscérales , il n'en est plus de même lorsque la maladie est parvenue à la seconde période ; alors elles sont éminemment dangereuses : c'est un point sur lequel je dois insister , puisque l'expérience a prouvé la vérité de cette assertion.

Dans l'invasion 5 quand le malade est encore debout , on lui fait prendre un bain de pieds sinapisé ou bien rendu irritant par quelques poignées de sel de cuisine ou de potasse $ et dans la première période comme dans la seconde , on fait largement frotter toute sa colonne vertébrale et ses extrémités supérieures et inférieures , avec un morceau d'étoffe de laine fortement chauffé, à sec si l'affaissement n'est pas trèsconsidérable , mais imbibé de l'une ou l'autre substance excitante , comme l'eau-de-vie , le rhum , l'ammoniaque étendue d'alcohol . l'esprit de vin ou le vinaigre

camphres , Fetlier , le baume de Hoffmann , etc. si Faction vitale est fortement diminuée. Mais en employant ces frictions, il faut avoir soin de ne pas refroidir le malade et pendant qu'on les exerce sur une partie tenir les autres chaudement. Gomme on ne peut les pratiquer sans découvrir le patient, je ne les fais faire ordinairement qu'une fois , et c'est en commençant le traitement. Après ces frictions . ii faut couvrir les extrémités inférieures et même , en cas de grande prostration , les extrémités supérieures et le dos , de cataplasmes chauds et très-épais de farine de lin , couverts d'une couche de moutarde , en même temps on couvre l'abdomen d'un cataplasme convenablement chaud de farine de lin seule , de feuilles de mauve ou de bouillon blanc , auxquelles on peut joindre des feuilles de jusquiame , de stramoine ou de belladone , et l'on doit avoir l'attention d'entretenir la chaleur dans ces cataplasmes; il faut envelopper le malade chaudement de couvertures de laine , et l'entourer de cruches remplies d'eau chaude ou de sacs de son ou de sable chauffés , afin de faire revenir la chaleur vitale ; cependant en mettant en usage les moyens destinés à remplir cette indication , il faut avoir soin de ne pas aller trop brusquement et d'éviter une trop prompte transition du froid au chaud. L'application de larges vésicatoires sur la colonne vertébrale et sur les cuisses mérite d'être recommandée 9 surtout quand il existe un extrême affaissement. Mais à propos de vésicans , je dois faire observer qu'étant appliqués sur le ventre , ils produisent le plus souvent un effet nuisible.

Conjointement avec les remèdes externes que je viens

de conseiller, on fait boire au malade , de demi -heure en demi-heure et plus souvent si le danger est pressant, une demi -tasse d'une forte infusion de fleurs de sureau, de camomille ou de thé ordinaire, à laquelle on ajoute , suivant l'âge, la constitution et le degré' de la maladie, une, deux, ou trois cuillerées à café d esprit de Mindererus et même plus en cas de fréquens vomissemens , ou bien on lui prescrit d'une à trois onces de cette préparation ammoniacale avec une couple d'onces de rob de sureau dans quelques onces d'infusion de fleurs de camomille , de sureau, de tilleuls , de feuilles de mélisse , de lierre terrestre, etc. à prendre dans l'espace de quelques heures 5 et tant que la réaction n'est pas bien prononcée , on continue l'esprit de Mindererus à haute dose dans l'un ou l'autre véhicule approprié , ainsi que les cataplasmes sinapisés ou les vésicatoires.

Lorsque le péril exige d'accélérer la réaction, ou que le malade continue à rejeter l'esprit de Mindererus , ce que j'ai observé chez des cholériqueà , dont l'estomac était très-irritable ou malade auparavant , je le fais administrer en lavement : par exemple , je fais appliquer toutes les heures un lavement d'une once d'esprit de Mindererus , mêlée à quatre onces de décoction de salep , d'amidon ou de graines de lin , jusqu'à ce que la réaction se manifeste franchement.

J'ai très-souvent remarqué que de fortes doses d'esprit de Mindererus enlevaient la maladie comme par enchantement dans la période d'invasion , et que dans la seconde période les vomissemens , les selles et les crampes disparaissaient quelquefois immédiatement sous l'influence de ce remède, et une réaction franche ne

tardait pas à se faire. Les heureux effets que l'on obtient de ce médicament pourraient vraiment faire croire qu'il possède une vertu spéciale contre le chole'ra. Ce qui m'a déterminé à l'employer , c'est parce qu'il agit puissamment sur l'organe exhalant en s'accomodant assez Lien avec l'estomac et sans exercer une excitation nuisible sur la membrane muqueuse. C'est pourquoi on l'administre souvent avec succès au commencement des affections catarrhales ou phlegmasies des membranes muqueuses ? occasionnées par une transpiration arrêtée , affections que l'usage interne d'autres excitans aggraverait.

Je sais que plusieurs médecins éclairés n'ont pas de confiance dans l'usage interne des remèdes , lorsque le choléra est parvenu à la période algide ou période de cyanose , puisqu'alors l'action absorbante paraît enrayée , car après la mort ou rencontre plusieurs fois dans l'estomac les médicamens comme on les a employés; mais nonobstant l'action diminuée ou détruite du système absorbant, les remèdes administrés à l'intérieur peuvent agir sympathiquement tant qu'il existe de la sensibilité.

Dans la première période comme dans la seconde , il faut soumettre le malade à une diète absolue et lui donner une boisson adoucissante , comme leau d'orge , l'eau de riz ou de sagou. Il doit prendre la boisson en petite quantité , afin de ne pas surcharger l'estomac et de ne pas exciter des vomissemens.

Par les moyens indiqués et employés à temps , j'ai observé dans la plupart des cas que les symptômes morbifiques ne tardaient pas à s'amender, que la réaction arrivait proinptement , que le malade gagnait une bonne

transpiration et entrait bientôt en convalescence. J'ai vu des cholériques tomber , par l'effet de cette médication , dans une sueur salutaire tellement copieuse quelle perçait les matelas et durait deux à trois jours , tandis que j'en ai vu plusieurs autres chez lesquels il n'en résultait qu'une réaction succédée d'une légère sueur.

Aussitôt que la réaction est complète , il faut cesser l'emploi des dérivatifs , ôter les cataplasmes , les sinapismes et les vésicatoires , et supprimer l'usage de l'esprit de Mindererus ; il faut couvrir le malade assez chaudement afin de le prémunir contre le refroidissement 5 il faut continuer à le tenir à une diète absolue et à une boisson mucilagineuse , lui laisser un grand repos physique et moral 9 enfin éloigner de lui soigneusement tout ce qui est capable de contribuer à augmenter l'excitation de l'organisme ; car en excitant dans la réaction on lait naître des congestions et des phlegmasies viscérales. Lorsque la réaction est modérée , il faut la subordonner à la nature et s'abstenir de médicamenter le malade ; en suivant une médecine expe étante -, on remarque moins de complications et le rétablissement est plus prompt.

Quand il se manifeste, pendant la réaction , des congestions ou irritations viscérales légères , on peut se borner à l'emploi de cataplasmes chauds de farine de lin aux jambes , et si le cerveau est spécialement affecté, on applique en même temps sur la tête des compresses d'eau froide ou une vessie contenant de la glace pilée; mais si elles sont graves, surtout si elles se déclarent au cerveau ou au poumon , et que le malade est menacé de succomber à l'apoplexie ou à la suffocatiou , il faut , in-

dépendamment de cataplasmes chauds de farine de lin aux jambes , recourir sans retard à des émissions sanguines. Dans le cas oii le cerveau est principalement affecté , et où il s'agit de le dégorger promptement , la saignée à l'artère temporale ou à la veine jugulaire mérite la préférence sur celle au bras , et après avoir saigné suffisamment , on recourt à l'application du froid sur la tête. Dans le cas où le poumon et le cœur sont les organes spécialement affectés , il convient de faire des saignées au bras et à larges ouvertures pour que la déplétion soit immédiate. L'expérience a constaté qu'il en résulte un meilleur effet.

Si l'on craint d'affaiblir par la saignée générale , ou si après avoir institué celle-ci , le mal n'est pas enlevé , on applique des sangsues à la partie affectée.

Lorsque la douleur abdominale persiste pendant la réaction , on continue l'application d'un cataplasme émollient sur le ventre ; et si elle est forte , on cherche à la combattre par l'application de sangsues sur l'abdomen et à l'anus. Ces mêmes moyens sont indiqués en cas d'hépatite.

Mais on ne saurait trop recommander au praticien d'être prudent en instituant les émissions sanguines. Quand il tire une faible quantité de sang, la réaction, au lieu de se calmer , devient plus intense , et quand il en tire une trop grande quantité , il risque en débilitant , d'annihiler la réaction , et le malade peut en être la victime. Il ne doit avoir recours aux déplétions sanguines que lorsqu'il y a une impérieuse nécessité et que la réaction est forte et bien établie ; sans cette dernière condition , elles accélèrent le terme fatal , le malade

retombe clans l'affaissement et meurt presqu'aussitôt.

Lorsque les inflammations au cerveau, au poumon , au foie , etc. , provenant de la réaction , ont été convenablement attaquées par des émissions sanguines , ce sont alors les dérivatifs qui se recommandent, tels que le calomel à l'intérieur, les frictions mercurielles , lesvésicatoires et les sinapismes sur des parties éloignées du siège du mal. En cas de congestions cérébrales ou pulmonaires , que la saignée générale ni l'application de sangsues n'ont pu détruire , on emploie quelquefois avec avantage , si la réaction est beaucoup diminuée , des purgatifs irritans comme le jalap, l'aloës , la rhubarbe, les feuilles de senne , etc. dans le but de produire une dérivation sur le canal intestinal.

Dès que la réaction tombe , il faut cesser le froid sur la tête et les cataplasmes chauds aux jambes.

Quand à la suite de la réaction succède un affaissement considérable , c'est alors le cas d'employer à l'intérieur les stimulans, à des doses convenables, comme le camphre et Téther , administrés dans une eau distillée aromatique, ou bien dans une infusion de fleurs d'amique , de racines de serpentaire , d'angelique , etc. ; de donner au malade une boisson vineuse ou un peu de vin pur ; on secondera les moyens internes par des frictions excitantes sur la surface du corps et par les sinapismes ou vésicatoires ambulans.

Si des déjections affaiblissantes accompagnent l'affaissement dont je viens de parler , on combine les stimulans internes avec l'opium. Mais ne perdez pas de vue que l'opium est très-nuisible dans la réaction , parce qu'il exaspère l'irritation , augmente le narcotisme et

provoque des congestions viscérales , surtout au cerveau. C'est une réflexion sur laquelle on ne saurait trop fixer l'attention des praticiens , parce qu'on fait un grand abus de l'opium. Ce médicament , beaucoup trop vanté dans le traitement du choléra , n'est pas moins dangereux dans la première et la seconde période , notamment dans cette dernière lors de la cessation des voraissemens ; car si alors , pendant que la fonction absorbante est nulle ou considérablement diminuée , on administre imprudemment de grandes doses d'opium, comme cela se pratique , cette fonction se rétablissant par l'arrivée de la réaction , ce médicament est absorbé en masse , cause un empoisonnement meurtrier ou donne lieu à des congestions ou inflammations viscérales. Chez les cholériques que j'ai eu à traiter, j'ai souvent essayé l'emploi de l'opium dans l'intention de calmer les douleurs et les déjections ; mais je me suis convaincu des inconvéniens attachés à son usage prématuré. D'ailleurs il ne faut pas chercher à arrêter trop tôt les évacuations alvines. J'ai même généralement remarque qu'il est bon qu'elles aient une certaine durée , puisque ce foyer de fluxion dans le canal intestinal peut détourner l'irritation des autres organes et prévenir les congestions et les phlegmasies viscérales , si funestes au malade.

Mais aussitôt que la réaction est terminée , qu'on est parvenu à dompter l'état aigu de la maladie , que les évacuations alvines continuent et affaiblissent , on peut recourir avec sécurité et confiance à l'usage interne de l'opium , réuni aux mucilagineux , et l'administrer à hautes doses tant qu'elles persistent. Dans le même

cas, les lavemeus d'amidon ou de salep avec quelques gouttes de laudanum liquide de Sydenham , opèrent un bon effet; mais il ne faut pas oublier que l'opium employé en lavement semble agir avec plus de force sur l'organisme que par ingestion dans l'estomac, où son action est sans doute plus ou moins paralysée par le suc gastrique.

Si 1 état aigu de la maladie a cesse' et qu'il existe des étouffemens spasmodiques qui se font observer quelque fois, j'ai fait ordinairement prendre au malade avec succès de l'esprit de corne de cerf succiné (succinale d'ammoniaque) clans une infusion de fleurs d'oranger ou de tilleuls , ou bien dans de l'eau de menthe crépue ou poivrée , de fenouil ou de mélisse. Si après l'état aigu , le malade éprouve des douleurs dans les membres , on les frictionne avantageusement avec de la teinture de feuilles de stramoine , et s'il ressent des douleurs à la région du cœur ou au bas- ventre , on frictionne ces parties avec de l'extrait de stramoine ou de belladone.

Arrivé à la convalescence, le malade doit être exact observateur du régime et des règles hygiéniques que j'ai recommandés de suivre pendant la convalescence du choléra-morbus bilieux (voy. pages 7 et 8.)

En suivant le traitement qui précède, et que l'on modifie suivant les indications, j'ai remarqué que la convalescence n'a pas été longue , que le choléra a fort rarement traîné à sa suite le typhus ou d'autres accidens 9 et ce qui plus est , je suis parvenu à sauver une foule de cholériques , parmi lesquels il y a eu un bon nombre d'arrivés à l'état de cyanose. Je vais en exposer plusieurs que j'ai eu à traiter à Anvers.

— Si —

i .er cas y guéri,

Corneille Van Ramenant , maçon , âgé de 56 ans , d'une constitution sèche et usée, rue des chats n° 1804, après avoir été affecté , le 22 et le 23 juillet i832 , d'un malaise vague , d'un défaut d'appétit , d'éblouissemens, de trouble dans la vue et de légères coliques, est pris, dans la matinée du 24 , de syncopes , d'angoisses , de violentes douleurs abdominales , de spasmes dans les membres , surtout aux mollets , d'une soif ardente , de nombreux vomissemens aqueux, analogues à une décoction de riz , de fréquentes évacuations alvines de la même nature , etc. Je vois le malade vers midi ; il est dans un affaissement extrême , il ne témoigne presque plus aucune douleur à cause de la diminution de la sensibilité, il est plongé dans un état d'assoupissement, le corps est d'un froid glacial et d'une couleur violacée 9 la tête couverte d'une sueur froide et visqueuse , la peau des mains ridée et comme bouillie , la respiration lente , profonde et entrecoupée , la voix presqu'entièrement éteinte , la langue blanche et froide , l'excrétion urinaire arrêtée , le pouls nul , les battemens du cœur sont à peine sensibles, les yeux profondément enfoncés dans les orbites , tirés en haut et entre-ouverts , la pupille dilatée , des déjections par haut et par bas continuent , etc. Ayant fait frotter avec six onces d'esprit de vin camphré et deux onces d'ammoniaque pure les membres et le dos du malade , je le fais envelopper de couvertures de laine chauffées et entourer de cruches d'eau chaude , les extrémités inférieures sont couvertes de cataplasmes sinapisés fort chauds et le ventre d'un

cataplasme chaud de farine de lin seule, et je lui prescris une potion de six onces d'infusion de fleurs de sureau avec une once et demie d esprit de Mindererus (a) et deux onces de rob de sureau , préparée chez m. le pharmacien Beyle, et à prendre, tous les quarts d'heure, une cuillerée ; diète absolue et eau d'orge en boisson. Je le revois vers le soir 5 une légère chaleur existe à toute la surface du corps , le pouls se fait sentir faiblement , les déjections et les spasmes ont cessé , le malade est plus animé et moins assoupi 5 continuation des mêmes remèdes.

Le 25 , à six heures du matin , il est en pleine réaction : la peau , universellement chaude , commence à avoir une bonne moiteur , le pouls se relève , la respiration devient égale , la figure est animée et plus naturelle , la voix plv forte et plus distincte, etc. La potion de la veille est prise 5 les cataplasmes sont enlevés et les extrémités et le ventre sont enveloppés de flanelle chauffée ; je ne prescris au malade que six onces de mucilage de gomme arabique avec deux onces de sirop de guimauve , dont il prend , toutes les heures , une cuillerée. Je le revois vers le soir ; il sue abondamment; amélioration marquante ; l'excrétion des urines vient de reparaître.

Le 26, l'amélioration se maintient , sueur continuelle et générale, deux selles liquides d'une couleur jaune- ver-

dâtre et d'une odeur fétide, la physionomie reprend son expression ordinaire , la couleuret la chaleur de la peau

deviennent naturelles, la sécrétion urinaire continue à se

(a). L'esprit de Mindererus que j'ai employé était de sept degrés, ainsi qu'il existe généralement dans les pharmacies d'Anvers.

faire 9 la soif est très-faible , etc. ; le malade ne prend que de l'eau d'orge.

Le 27 et le 28 , il va de mieux en mieux , l'appétit revient ; néanmoins je n'accorde au malade que de l'eau d'orge mêlée de lait.

Le 29 , sa convalescence est assurée ; on lui donne de temps en temps et alternativement un peu de bouillon de veau et un peu de riz au lait avec une à deux cuillerées de vin de muscat Le 3o et le 3r , indépendamment du bouillon de veau et du riz au lait, il prend un œuf mollet et un peu de veau rôti froid avec du pain blanc. Pendant les jours suivans , son alimentation est peu à peu renforcée. Le 1 o août , il a repris ses occupations ordinaires , étant parfaitement rétabli.

2e cas 5 guéri.

Marie Van der Keeîen. bouchère, âgée de 3g ans, d'une constitution faible et maladive , rue des chats n° 1796, (rue affligée par le choléra) ressent au sortir de son lit , le 21 juillet i832 , vers les cinq heures du matin, un malaise général, des vertiges, delà soif, un sentiment d'oppression et de chaleur à l'estomac, des borborygnies, des nausées 9 une aversion pour tout aliment , etc. Après-midi , elle gagne des tranchées abdominales , des tiraillemens douloureux dans les membres , plusieurs évacuations al vines , aqueuses 9 analogues à une décoction d'avoine , précédées d'une couple de vomissemens de la même nature , la soif augmente, etc. A quatre heures, je visite la malade , et j'observe chez elle, outre les symptômes précédens, un grand affaissement, les

traits de la figure très-altérés et grippés , les yeux ternes , retirés dans les orbit es et entourés d un cercle livide , le corps refroidi , la langue blanchâtre , la voix affaiblie et rauque , les urines sont supprimées , le pouls très- petit et fréquent , la paume des mains ridée et comme macérée , etc.; je fais frotter avec un morceau de flanelle chauffée la colonne vertébrale et les extrémités de la malade 9 appliquer des cataplasmes chauds et sinapisés aux jambes , couvrir le ventre d'un cataplasme chaud de feuilles de mauve et de jusquiame ; elle est enveloppée chaudement et prend 9 toutes les heures , deux cuillerées d une potion de quatre onces d'infusion de fleurs de camomille avec une once et demie d'esprit de Mindererus et deux onces de rob de sureau , préparée chez m. le pharmacien Beyle ; diète absolue et eau d orge en boisson. Vers les dix heures du soir , la peau est plus chaude que dans l'état normal. Elle prend à minuit le restant de sa potion.

Le 22 , à six heures du matin , je revois la malade ; elle sue copieusement, les principaux symptômes morbifiques ont disparu, la figure est rouge et animée, le pouls développé, etc. 5 les cataplasmes sont enlevés 5 je prescris quatre onces de mucilage de salep avec une once et demie de sirop de diacod , pour en prendre , toutes les heures , une cuillerée. Vers le soir , il se manifeste plusieurs nouvelles selles blanchâtres et flocconeuses ; deux grains d'extrait aqueux d'opium.

Le 23 , à six heures du matin , état d'irritation générale : la peau est sèche et brûlante , la soif très- vive, la diarrhée augmentée , etc. J'attribue ce changement défavorable à l'administration trop prématurée de

l'opium , et je ne prescris à la malade qu'une solution de gomme arabique.

Le 24 , état entièrement satisfaisant : la peau est moite 5 la diarrhe'e et la soif ont cessé , la physionomie reprend son expression habituelle , la sécrétion urinaire se rétablit , l'appétit se fait sentir , etc. ; la malade ne prend que de temps en temps un peu de lait mêlé d eau d'orge.

Le 25 , elle est en pleine convalescence ; elle prend souvent dans la journée un peu de sagou cuit dans du bouillon de veau 5 elle a une selle jaune- ver dâtre.

Le 26 , sa convalescence se consolide de plus en plus; à cause de sa grande faiblesse, je lui prescris une potion d'eau de fleurs d'orange avec de l'extrait de saule et du sirop de menthe crepuë , et je lui recommande un régime approprie' à sa situation. Dans les premiers jours d'août , elle a recouvré ses forces et sa santé.

N. B. Le 28 septembre , la même malade gagne une atteinte de choléra sec très-grave. Elle a été' également rétablie par le traitement indiqué plus haut ; mais elle a conservé, pendant quelque temps , une sensibilité douloureuse à lepigastre, contre laquelle elle a employé avec succès des frictions d'extrait de feuilles de stra moine.

Page 1