SUR
LA NOSTALGlR
ds a donné le nom de nùstaigie k cette variété de la mélancofié qü-éprotivent les personnes éloignées de leur pays et de leurs parens, lorsqu’elles ressentent le désir insurmontable d’y retourner ou de les revoir. Elle est connue en France sous le nom maladie du pays j eu Suisse, on lui a donné cû\x\ àe dos heirtmeh ^ ce qui veut dire déses-^ paît d*absence J non pas tant à cause de la souffî'ânce quefait éprouver l’éloignement du pays natal, que par la crainte que l’on a de ne jamaispoüvoir y retourner.
Hardér^ le premier, assigna le nom de À.cette affection ;
d’autres avant lui ravaient observée, mais c’est à; loi qU’on en doit la première description raisonnée ; car, iusqué-là, on avait négligé son étude, GU on ne lavuit pas assez suivie pour lui donner un nom distinctif et la ranger-dans le cadre nosologique.
On no peut Se rendre raison du charme invincible dont se pare à nos yeux la vue des lieux de notre naissance, après qu’une longue absence noos en a séparés. Pourquoi s’y attache^t^on? pourquoi couserve-t-on toute sa vie le souvenir de tout ce que l’on a aimé dans son
enfance? et pourquoi sommes-nous toujours saisis d’une douce émotion lorsque ce souvenir vient nous frapper?
Montaigne , au milieu de sa douce philosophie, ne pouvait se détacher de son amour pour sa ville natale. « Oh! disait-il, dans son langage naïf, en parlant de la cité de Paris, elle a mon cœur dès mon enfance.Je ne suis Français que par cette grande cité. »
Ce n’est pas seulement aux pays où la nature est belle et riante que l’homme s’attache; la douce harmonie de ces contrées se répand sur son âme,. et la maintient à un égal niveau ; l’habitant des plaines est plus calme que celui des montagnes, il n’a pas les passions aussi vives; l’uniformité des lieux quil habite, dépourvue de ces grands accidens de terrain, qui donnent un rude aspect au pays du montagnard, a imprimé à la longue une teinte uniforme à ses pensées, tandis que la sauvage énergie du dernier reçoit le reflet de ce qui l’environne. Qui l’éloignera de ses rochers, de ses glaces, de ses torrens? Il y voudra retourner; et, pour parvenir à son but, rien n’arrêtera son courage , rien ne le fera chanceler. On cite l’exemple de Groënlandais qui, transportés en Danemark, bravèrent une mort certaine en s’exposant, sur dc:petits canots pour retourner dans leur pays ; dont ils étaient séparés par des mers immenses. Les Suisses, les Écossais sont ceux que la nostalgie attaque lé plus fréquemment ; les paysans de l’ouest de la France en sont atteints dès qu’ils quittent leur climat brumeux, et pourtant que. regrettent-ils ? Des bruyères, des rochers au bord de la mer, et des champs où la terre semble honteuse de porter quelques tiges rabougries et décolorées.
En l’an II, la nostalgie régna presque épidémiquement, et fit d’affreux ravages sur les jeunes Bretons appelés à l’armée de la Moselle ; en l’an VIII, l’armée des Alpes en ressentit de nombreuses atteintes. Suivant la relation du célèbre médecin en chef de l’armée d’Égypte , la peste qui désola notre armée fut rendue plus.meurtrière encore par la nostalgie qui vint la compliquer. Pendant le typhus qui se fit observer à Rennes en 1824 , la nostalgie s’appesantit sur les soldats bretons , quoiqu’ils fussent dans leur pays, et ce fut à l’heureuse idée
qu’on eut d’euvoyer la musique du régiment exécuter, sous les fenêtres de l’hôpital, des airs de la Bretagne, qu’on dut le salut de plusieurs de ses enfans.
L’homme est susceptible de grands et de nobles sentimens ; mais il en est de passagers, qui sont dus aux circonstances, à l’âge, à l’influence du moment, tandis que l’amour de la patrie ne se perd jamais ; que loin de s’éteindre avec les années, il ne fait que croître et grandir avec elles. Quel est en eflet celui qui, touchant son sol natal après une longue absence, qui, revoyant la maison paternelle, n’a pas senti son cœur palpiter d’une douce émotion? C’est sans regrets et sans larmes que l’on s’éloigne pour courir après la fortune ou la gloire; alors on est sûr du retour, on peut calculer l'intervalle qui le séparera du départ, et l’on songe d’avance avec bonheur aux fêtes que ce retour fera naître; mais le malheureux que, malgré lui, l’on arrache à ses pénates pour l’envoyer sur un champ de bataille , ou pourde jeter sur la terré de l’exil, qu’aura-t-il pour se consoler si le chagrin le porte à ne voir que la mort pour dernier terme à ses souffrances? mieux vaudrait pour lui une mort tranquille au foyer domestique, que les chagrins cuisans et le désespoir d’une séparation éternelle. Transporté loin de-ses habitudes, ne voyant autour de lui que des figures étrangères, des visages qui ne lui sourient plus, d’autres hommes enfin, qui voient ses maux avec indifférence, l’exilé languit, se consume et s’éteint en jetant un long et dernier regard d’amour sur l’horizon qui lui cache les lieux de son enfance.
€ Et dulces morîens reminiscitur Argos. b
Yirgiiæ.
C’est surtout au milieu des armées que l’on entend se manifester les regrets de l’absence; c’est là que l’on voit dépérir, sans motif apparent, de jeunes soldats, ceux-là même qui paraissaient devoir être les plus vigoureux défenseurs de l’état. On a beau leur rendre plus doux les commencemens de leur carrière, diminuer les fatigues, employer avec eux une douceur paternelle, et ne pas les effrayer par
j^appaiçîl (les rigueurs militaires , ils ne comprennent pas ce qu’on fait
pour eux; ils gémissent en secret, et rien ne peu|; les distraire deleuy unique pensée, de leur seul désir, celui de revoir IC; pays de leur amour.
Ce (chagrin devient donc une affeçtion morjbide, rentrant dans le domaine de la pathologie, puisqu’elle peut avoir pour terminaison la mort, causée par une série d’inflammations latentes, qui^ dans l’espace de peu de mois, attaquent divers organes et affaiblissent toutes les fonctions, surtout celles du système nerFeux, siège immédiat de la nostalgie. Nous allons successivement parcourir les phases de cette affection, rechercher les causes qui peuvent y donner lieu; enfin, signaler les moyens propres à la prévenir, à l’arrêter dans sa marche, et à s’opposer à des procès dont le prognostic est presque toujours fâcheux.
Si l’on considère, en effet, quelle différence inouïe il existe entre la vie des camps, vie agitée, sans repos, toute dHnquiétude pu d’exaltation, et la vie traUg-uille des villes pu des champs, oU ne. s’étonnera pas de l’impression que doit éprouver un jeune soldat à sou entrée au service; il quitte la bêche èt la charrue , et ses occupations les plus chères , pour en prendre de nouvelles, dures, pénibles à supporter. Sans doute, il n’était pas oisif avant de marcher sous les drapeaux ; son travail était aussi dur, pénible ; le soleil n’était pas levé , qu’il avait déjà quitté sa couche grossière pour accomplir sa tâche; et à peine si, pendant la journée, il-prenail quelques heures de repos. Mais aussi quand il rentrait le soir, harassé^ de fatigue, brûlé par les rayons ardens d’un soleit ii’été , ou refroidi par l’inclémence de la température , des mains amies s’empressaient à le servir, puis il s’asseyait gaîment au souper de famille, égayé par quelques joyeux contes et les caresses de ses jeunes sœurs. Oublieux des travaux terminés, de ceux à faire, il vivait de son bonheur, quand tout à coup le tambour a résonné, il a fallu partir; et, malgré les larmes versées, les bras qui le pressaient se sont ouverts pour obéir à la lof. ' ,
Le Toilà pleurant encore, confondu parmi ses compagnons d’armes^ trouvera-t-il de la sympathie? Les uns, pour s’étourdir, ont cherché dans le vin l’oubli de leur situation présente , et melent leurs cris aux clameurs des autres, qui, électrises par lamnur de la gloire, ne rêvent plus que combats, et déjà pcu'tent avec orgueil un drapeau , pour s’habitùer à celui qu’ils vont défendre, pour lequel ils vont prodiguer leur sang. Céux-là ont déjà tout oublié, ou s’ils pensent à leurs familles , c’est qu’ils voient dans l’avenir le jour où ils reparaîtront devant elles, revêtus des insignes que l’on accorde. à la bravoure.
A,a milieu de ces élans de joie, vous Rendez des soupirs ; au milieu de ces hommes tout dévoués, vous en voyez un autre qui marché les yeux baissés, regardant souvent derrière lui, se traînant avec peine sur lés traces dés autres; des pleurs sillonnent ses joues ; et déjà il entend gourmander sa paresse ^ ses larmes sont taxées de lâchété, et les sarcasmes des autres le punissent dé son hésitation Involontaire. Peut-être dans ce moment n’eùt 4 Lfàllu qu’un mot de consolation pour le sauver; mais aucune bouche ne s’est ouverte pour le lui dire, on s’est contenté de ne plus le tourmenter par les reproches.
Cette solitude, au milieu de tous, a accru son mal; il s’est retracé les larmes de sa mère, etles csiennes ont coulé plus abondamment ; il se rappelle qu’il s’est senti pressé sur le cœur paternel, et le sien se ferme pour jamais au bonheur. ^ Son moral s’aflhiblît peu à peu ; U suit instinctivement la masse , parce qu’il Sait que la désertion serait punie ; d’ailleuis il a du courage, et la preuve, c’est que, malgré son oppression et ses larmes, il n a pas songé aux fatigues delà roule, de cette première route si pénible pour les .jeunes soldats; mais il l’a faite comme: une victime dévouée àda mort. Car, dès ce moment., tout est fini pour lui ; une trop brusque transition s’est opérée d;^ ns sa position sociale pour qu il puisse la suppoiÆer , tourmenté qu’il est par une idée fixe , une idée qui le tue, et qu’il né peut chasser , c’est-à-dire qu’il a quitté son pays pour ne jamais le revoir. Dans
tout ce qu’ôn lui commande il agit machiiialément ; il obéit sans frturrôarer, sàiïs ise plaindrè; il est le plus docile de tous, mais il lest avec indolence, et ne fait que ce qu’on liil prescrit, sans jamais aller au-devant dés ordres qu’on poiirrait lui donner. Pourquoi? c’est qu’il a fait l’abandon de saviez ;ef n’a réservé pour lui que ses amères pensées , qui lé tiennent toujeurs éloigné du présent, et Tempêchent de
rêver un avenir plus heureux. Froid , impassiblé , il he profère pas un seul mot de reprochés contre ceux qui font le tnalhéür dê sa vie; tout lui paraît être indifférent ; toujours seul, il ne Cherche pas Un ami auquel il puisse ouvrir son âme. Encore, si rinfortuné trouvait au-dedansde lui-même les consolations dont il à besoin i Eoin de là, c’est dans sa solitude qu’il puise raccroisseUient dë soh'chagrinr Peu à peu ses traits s’allongent, son visage sé sillonne dë‘rides y ses cheveux tombent, son corps s’émacie, ses jambes fléchissent sous fui ; une fièvre lente le mine ; son estomac refuse lés alimens ; ’ une toux sèche le fatigue; laq)rostration des forces hé lui pèrinet bientôt plus de se lever de son lit. Alors il s’enveloppe dans ses draps , refuse de répondre aux questions qu’on lui fait ; ses lèVres Se^contractent avec force si on veut lui faire avaler quelque liquide. Il se parle à lui-même, ses discours sont incohérens; là fièvre redouble, et bientôt il succombe.
Le diagnostic'de cette maladie n’est pas obscur; il est presque impossible de se méprendre sur son existence , malgré les autres symptômes de trouble des fonctions qui pourraient se manifester. A quelle cause, en effet, pourrait-on attribuer ces souffrances négatives qui ne dépendent que de l’affection morale, et d’une irritabilité nerveuse excessive qu’acquiert alors le cerveau ? Mais les symptômes que nous avons énumérés ne sont pas toujours aussi violons; chez d’autres, leurs progrès sont plus lents, et ne s’annoncent que par une douce mélancolie. Leur figure décolorée, leurs traits abattus, dénotent bien chez eux la souffrance morale, mais portée à un bien moindre degré que chez les premiers ; ce .n’est pas qu’ils sentent moins , mais ils doivent cet avantage sur les autres à leur organisation moins déve-
( lï )
loppée. Le système sanguin est moins aetif, .le. nerveux moins, exquis ; les pensées douloureuses, les chagrins ont moins de force sur un cerveau émoussé par la faiblesse normale.
On ne peut confondre la nostalgie avec la mélancolie ni avec rhypochoudrie : les causes en sont différentes, et le diagnostic n est pas non plus le même. La nostalgie, d’ailleurs, est constante et invariable (fans sa marche ; tandis que les autres se montrent sous autant de formes qu’elles attaquent d’individus, et sont presque toujours symptomatiques d’une affection organique , notamment du cœur et de l’estomac. ‘
La nostalgie est du nombre de celles qui peuvent être simulées, et certainement plusieurs jeunes soldats ont abusé de la bonne foi et de la confiance des médecins commis à leur visite. Quelques-uns, sachantrbien qu’ils se,rendent intéressans;par cette affection , se-sont soumis;aux plus cruelles privations , ont enduré la faimont:passé des nuits sans somineil, pour'faire croire à la réalité dé leur mal. Parmi eux, les uns ont réussi à se faire renvoyer dans leurs foyers, les autres se sont lassé de poursuivre une libération achetée au prix de leur santé ; d’autres enfin , mais plus rares, ont succombé yictimes de leur dol et de leur imprudence. 11 est donc des.cas où il est très-difficile de rëconnaître si le mal est réel ou simulé : s’il est réel, rhumanité jdélend d’attendre qu’il ait fait des progrès contre lesquels l’art serait impuissant ; s’il est simulé, par quel moyen s’assurera^t-on du contraire.:? Dans l’un ou dans l’autre cas, on observe les mêmes symptômes , car ie fourbe les a trop bien calqués pour ne pas vous induire en >erreur. Il faudra dope se mettre en garde. contre la ruse, et tâcher de la reconnaître, si ellé a lieu , en recherchant la conduite antérieure de celui qui ^int d’être nostalgique. On s’efforcera adroitement de savoir près de scs camarades s’il est toujours chagrin, inorose., s il recherche la solitude et fuittoutes les occasionsde,plaisir. Si Ton vous assure, au contraire, qu’il est habituellement gai, et que ce n’est que depuis peu de temps qu’il se plaint, s’il n’est pas .d’une conduite régulière habituelle, abandonnezde à lui-même; earj de lui-
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même il tiendra sa gaérison, en ne pensant plus à retourner dans son pays natal par un moyen si peu digne d’un soldat.
Si vous vous montrez si sévère ■pour celui qui voulait vous tromper, d’un autre côté il vous faudra user de toute votre bienveillance
envers le mglbeureux^ qui souffre; et son traitement, tout en réclamant les soins du médecin, exige aussi ceux de l’homme éclairé par la philanthropie. Le médecin devra s’entourer de tous les dehors qui concilient la confiance ;, son devoir est de l’aborder avec le sourire sur les lèvres ; qu’il lui remontre qu’on ne veut pas prolonger ses souffrances ; qu’il lui sera permis de revoir son pays, et qu’il partira' dès qu’il pourra supporter le voyagev Qu’on lui parle des.objets de son affection, on fera naître sa confiance ; ses traits reprendront de sérénité ; peu à peu, aidé par de légers stimulans, par une alimentation appropriée d’abord à sa faiblesse , et ensuite ô i’état croissant de ses forces, il oubliera ses chagrins et ses peines passées, et retournera dans le pays de son affection, près des parens qu’il aime, en bénissant celui qui l’aura rendu à leur tendresse.
On a souvent réussi par d’autres moyens; il a suffi quelquefois de parler aux nostalgiques le patois de leur pays pour leur faire oublier qu’ils l’avaient quitté. Des exilés se sont plu à retracer l’image des lieux de leur naissance, en donnant aux pierres, aux arbres, aux ruisseaux de la terre d’exil un nom connu qui leur rappelait de doux souvenirs ; ils flattaient leur imaginatioii y et donnaient ainsi le change à leurs idées de chagrin et d’ennui par ces ingénieux moyens. ■
La nostalgie n’est pas rare ; on l’observe fréquemment aux armées et dans les hôpitaux. Le tempérament qui y dispose est le bilioso^an-^ guin j qui, unissant une vive sensibilité à une grande susceptibilité nerveuse, rend le moindre chagrin plus violent; et c’est toujours chez les individus qui en sont doués qu’on voit la maladie qui nous occupe se développer avec le plus de force et d’intensité. Il est rare d’en voir atteints des sujets lymphatiques , l’atonie de leurs organes étant pour eux nn sûr préservatif contre les émotions fortes et con^
stàntes. C*est plutôt chez eux semanifeste la
des âmes douces, lorsqu elle ft’est'pas portée ô'l’sxçès.
La mélaoGolié est use affefclion qui Oe cootrai^ eu riep, du J’este, les actes de la tiè\, et qui même pourrait s’y accommoder ^’atitant mieux, que cette espècfe d’affection contemplative, d’ahandon de soi-même, porte-à supporter avec plus de fésignâtion les inçon^é»^ niens et les déplaisirs-du moment. Le mélancolique s’est tellement fait une habitude de la souffrance qui n’exfcte que moralement chez lui, qu’un plaisir , qu’un événement heureux ne le touche pas, parce qu’il y trouve : toujours un mauvais côté , qui tôtrou tard devja , d’après ses idéesy lui faire payer avec usure la joie qu’il eù aurait éprouvée. Si c’est un chagrin, une perte sensible qui le frappent, pourquoi Se-désolerait-il? N’a-t-îl pas, depuis long - temps, prévu pour lui toutes sortes ^de malheurs ; ils surviennent quand il pourrait déjà-les ^oublier, tant il s’en est occupé d’avance.
Si Tmi voit- ie mélancolique rechercher la solitude^ ce n’est paS pour fuir les hommes^ c’est pour descendre en lui-méme, à son aise et sans témoins importuns pour accuser le sort de son injus*<
tice, sans se soucier si ses plaintes sont fondées ou non,; car la plupart dii temps dl Jui faut bien peu de chose pour se désoler. Il porte en tous lieux unx visage abattu^ sa démarche est cdle d’un homme souffrant ; ses mouvemens sont lents, et, quoiqu’il n’offre lôapparence d’aucun mal mtériëur, on peut cependant s’apercevoir qu’il a en lui des signes tendant à prouver que sa santé est détériorée et que son économie a perdu ses ressorts habituels. En effets qu’d;soit soumis à l’examen médicaL, on reconnaîtra presque toujours chez lui l’irritation de qudque organe important. Le pouls est petit, le teint pâle v la pean généralement décolorée ; la langue est rougei sur ses .bords ; d’autres fois une toux sèche.signale une affection de: poitrine, .etc^tte cause est une de celles qui^ en faisant naître la mélancolie^ disposent surtout au suicide ceui qui en sont atteints. Elle reconnaît iénenre pour causes un délire cxdusifism* üh objet, une pâsSioiï forte et poussée à l’eacès. Tek senties considérans qui doivent occuper le u^dé-
cîhi Sî' la ittélancolie lui pakît dépendre d’une maladie répercutée ou même existante ^ il devra s’attacher d’abord à se rendre maître du niai i oh bien à rétablir l’organisme dans rétat primitif; s’il reconnaît au Cêntiraire ; quelque çause morale, s’il a à combattre des idées nées d’nn' Cerveaii malade, que par des' soins aflFeetueux v que par l’aménité^dè son caractère , il sUnsinue dans l’esprit de son malade, qu’il cherche à gagner sa confiance ; en un mot, à s’en? faire un ami : alors il lui sera facile de faire renaître l’espérance dans son cceur , et de lui faire supporter j pour ne pas dire aimer , la vie qui lui était devenue à charge , et dont il voulait se délivrer. Le mélancolique devra ^ dans la société de quelques amis, se livrer à des.distractions agréables, telles surtout qu’en fournit la campagne?; que lâ chasse, la pêche, l’étude de la botanique occupent ses loisirs; que ses travaùx soient partagés par tout ce qui.peut éveiller des passons douces et gaies et des émotions légères ; par exemple, la musique, les exercices gymnastiques et les courses.modérées àxhevaL; que ses alimens soiènt de bonne nature , légers , de digestion facile , et point trop abondans^ Si quelques symptômes nerveux se faisaient ressentir, on devrait employer- les -bains -tièdes et les antispasmodiques ; on a quelquefois obtenu du succès par des bains de surprise. iGette immersion inopiî» née , en changeant le cours des idées, leur donne parfois unemieilleure direction ; cependant cîest un-conseil qu’il n%st p;as toujours bon de suivre ; à cause des accidens auxquels ces bains'peuvent don-s ner lieu. Si la pléthèré sanguine existe, ce qui est très-rare j on doit pratiquer une saignée. Pinel a recommandé l’association du quinquina et de Lopium, lorsque le malade éprouve un découragement extrême iqui le pforte à quitter la vie, et quand tout le corps semble être dans mn état de stupeur, résultat de l’asthénie et de l’absence dès forces soumises au siège des facultés intellectuelles.
Tous ces moyens curatifs sont souvent inutiles, et l’on est rarement dans la nécessité de lés employer. La mélancolie cèdepresque.toujours aux soins de l’amitié, et comme iLest facile de remonter aux causes qfii l’ont produite, on la combat et on la vainc aisément, lorsque lès
causes sont morales. ii’est pas nécessaire de dire que si elle est due
à une autre maladie organique , c’est?sur cette maladie qu il; faut diriger ses efforts et le traitement. Hueusest pas de même de 1 hypoefeondrie} que les anciens appelaient humeur noire ou atrabile, et qu ils attribuaient à la bile. L’hypocbondrie se décrie chez celui qui fen-ÆSt atteint par tous les symptômes .que nous avons reconnus dans laanér lancolié, mais,plus forts, plus ^iolens, puisque: cette :maladie est presque un princ^e d’aliénation mentale;: b^ypochoùdriaque est misanthrope ,cha^in, bourru, ne peut vivre en paix avec personne : il a le genre humain en horreur ^ il voudrait vivre seul, au milieu des forêts, avec les lôüps^ dont il samagine souvent avoir revêtu les, formes; Il éprouve des" hallucinationsj des vertiges:^ et se crée; des images fantastiques^; Tousies hommes sont ses ennemis ÿ et il.les envelnppe tous dans; l’anathême: qu’il lance contre eux. D’autres; fois, l’hypochonr driaque est un homme aux mœurs doucés, mais il est malheureux} un démon s’est attaché à lui nuire rien aie lui réussit, les choses les plus simples et lessplus ordinaires; de la vie sê compliquent pour lui ^ rien ne se trouve Jamais en harmonie avec ses idées. N est-ce pas une afféction bizarre que Celle-cifqui offre les symptômes les plus incohérens, quelquefois les plus graves en apparence, avec unejsaiité parfaite. vUhypochondriaque se croit tbujoürs sérieusement malade, et si cerlain d’une dissolution procl^ihê j qu’on; en a vuiqul j non çontens de faire leurs; dispositions testamentaires, s’occupaient encore dé celles qui’ne dèvraient; i^garder,que leurs héritiers.^; :
. Toutes les passions tristes se rattachent à; ces affections j elles traînent à leur suite la jalousie, l’envie, la haine, qui donnent naissance aux crimes nombreux qui désolent la société. L’homme qui se rend coupable d’un erime n’est .pas-toujours aussi criminel qu’on le croit; il est rare qu’il ne porte pas en lui le germe de sa dépravation, germe qui dépend de causes physiques organiques. Ceci est une grave question qu’il ne faudrait peut-être pas soulever sans la résoudre; je vais essayer d’appuyer mon assertion de quelques raisonnemens.
Souvent il arrive qu’un homme, accusé de quelque grand crime,
ea cémœét un seeoisd sous ks yeux mêmés de la justice ; n est-ee pas Jâ unfe âfètion qui oblige à le séquestrer de la société, eu eu purgeant un moûSlïe. Cepefidànt, l’avocat qui le défend invoquemsa faveur raliénation tnentale, et je crois qüe dans tous les cas de meurtre même avec préméditation, on devrait l’invoquer. Dès qu’il y a meurtre, il y a monoitranie homicide. Le meurtre serait toujours 1m* puni, si celui qui le commet n’y était pas poussé comme malgré lui. Les combats qu’il lui a fallu se livrer pour arriver jusque là, l’idée fixe qui l’y portait, la crainte du supplice qui devait l’en détourna, ont dû arrêter le développement d’autres idées et l’empêcher de pré* voir les affreuses suites du forfait. D ne calcule pas s’il restera ou non impuni; une fois que le crime a été résolu, rien n’arrêtera son exé* eution^ Peïit‘-on Croire que cet homme ait agi de sang-froid? ne lui a-'t-il pas fallu une surexcitation insolite pour le faire aipsi sortir des sentiëfô battus de la vie habituelle ? pour s’accoutumer au meurtre, ôû aurait-il trouvé des modèles sanglans P G’est son propre cerveau qui a élucubré d’infernales idées , et qui a conduit sa main , agent passif d’un centre phlôgosé.
C’est à l’éducation à donner une bonne direction aux idées ;; mais si elles dévient , soit par sth^ie , soit par asthénie des organes, le de* voir du médecin est tracé : c’est dans ses lumières, dans son apiour pour rhumanité, qu’il doit se confier ; qu’il sache prendre sur 1^ esprits un noble aseendant, qu’il s’applique à reeonnailre les causes physiques et morales desaffeclionSj et c’est à l’aide de ces utiles et in* dispensâbles connaissances qu’il parviendra à s’acquérir la confiance générale.
P R O P O S ITIO N S.
L^iNFiAMMiTioN gastro-intestiaàle peù^t être le résultat d’un éxetdce laoleüt et prolongé.
Les phlegmasies cutanées sont presque toujours symptoinatiques d’une irritation des organes digestifs.
La multiplicité des systèmes est la preuve de l’incertitude d’une science, et la médecine ne devrèndra positive que lorsque toute diversité d’opinions aura cessé.