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A) Dans le premier cas, si l’on ne peut pas tenir compte de preuves formelles en, faveur de l’origine exclusivement syphiltique de la maladie, plusieurs principes plaident en sa faveur : ce sont, soit l’extrême fréquence de syphilis ancienne dans les anamnestiques des paralytiques généraux, soit la rareté de cette affection quand il n’y a pas d'infection vénérienne. Citons pour mémoire, ce fait connu, signalé par * Arnaud, à la Société médico-psychologique : un médecin avait annoncé que la paralysie générale ne tarderait pas à faire son apparition dans une île du Pacifique où jamais on n'avait observé de cas de méningo-encéphalite paralytique et où la syphilis venait d’être importée. Quinze années plus tard, en effet, était signalé le premier cas, de méningo-encéphalite. Notons aussi, en passant, tous les faits suivants que nous avons déjà signalé en partie et qui viennent à lappui d’une théorie d’origine syphilitique de la paralysie générale : l'existence d’antécédents syphilitiques héréditaires, pour ainsi dire constants chez des enfants atteints de paralysie générale juvénile; les cas de plus en plus fréquents de paralysie générale conjugale où l'atteinte du mari explique la contamination de la femme; la rareté de cette affection chez les religieux, voués à la continence, et leur fréquence chez les intellectuels, les cérébraux, les officiers, les fonctionnaires, les-étudiants, les voyageurs etc. en un mot, chez tous ceux qui menant une vie moins réglée et plus exempte de préjugés sont susceptibles de contracter plus facilement la syphilis: la plus grande fréquencé de la paralysie générale dans les pays de développement industriel, Europe, Amérique du Nord, par exemple, alors qu’elle est à peu près inconnue dans les pays où la civilisation n’a pas pénétré avec les méfaits de la syphilis. Enfin cliniquement nous pouvons remarquer une communauté de symptômes entreles deux affections :signe d’Argyll-Robertson, et dans l'étude du liquide céphalo rachidien, lyÿmphocytose et réaction de Bordet-Wassermann positive.
Un fait clinique cependant a été opposé aux prédécents :
\ nous voulons parler de la présence d’un chancre typique chez
des malades déjà atteints de paralysie générale : cas rares, il est vrai, mais qui existent. Ne pourrait-on pas expliquer cela par une réinfection dont la possibilité nous a été démontrée depuis les récents traitements intensifs par les arsenicaux?
Pour nous, tous ces faits concordent suffisamment pour prouver qu'incontestablement il y a de fortes présomptions équivalant à une certitude pour qu’il y ait infection syphilitique dans le passé des paralytiques généraux.
B) La seconde des lrois questions, — la paralysie générale estelle de nalure spécifique? — est moins facile à résoudre. Ne pourrait-on, plutôt, la ranger parmi les affections parasyphilitiques, : c'est-à-dire, parmi ces maladies qui, après les mémorables travaux du professeur Fournier, se caractérisent anatomiquement par l’absence de lésions spécifiques, diffuses, la présence de lésions banales, localisées, et cliniquement par leur apparition tardive, l'existence de signes particuliers et une évolution fatale, malgré tout traitement.
On serait facilement tenté d’assimiler la paralysie générale à une affection très voisine et qui présente de grandes analogies avec elle : la syphilis cérébrale. Si elle en diffère par la clinique et l’histologie, par l'efficacité du traitement anti-syphilitique qui agit mal dans la paralysie générale, elle s’en rapproche par l'identité de nature de la réaction de Bordet- Wassermann dans le liquide céphalo-rachidien. |
La découverte du tréponème pâle, dans le voisinage des cellules nerveuses cérébrales serait un argument sérieux en faveur de la nature syphilitique de la paralysie générale, malheureusement cette constatation ne s’est faite que dans un petit nombre de cas. Etant donnée la difficulté de distinguer paralysie générale et syphilis cérébrale, et d'expliquer pourquoi le tréponème donne tantôtl’une,ettantôtl’autreaffection, ne pourrait-on pas aussi, penser que chaque fois que l’on a rencontré du tréponème dans le cerveau, il s'agissait d’une syphilis cérébrale diagnostiquée à tort, paralysie générale?
Quoi qu’il en soit, admettons que la syphilis soit à l’origine
de la paralysie générale mais ne connaissant pas son mode d’action, nous sommes obligés. de faire de la paralysie générale, une entité morbide, qui n’a pas les caractères ordinaires d’une maladie spécifique, et que l’on ne peut pas classer comme une dernière période de l'infection vénérienne.
C) La troisième question — la paralysie générale ne peut-elle pas avoir d'aulres crigines que la syphilis ? nous ouvre une large discussion : pour ne rien négliger, il nous faudrait passer en revue toutes les causes susceptibles, en l'absence de syphilis, de produire la maladie et étudier ensuite si la syphilis est une condition suffisante pour produire la paralysie générale, et s’il n’y a pas lieu de tenir compte d’un autre facteur inconnu.
Nous avons déjà étudié dans la première partie de ce travail, dans l'exposé sommaire de l’étiologie de la maladie qui nous intéresse, toutes les causes qui auraient pu provoquer la paralysie générale ; résumons-les en quelques mots :
Ge basant sur les faits que la paralysie générale apparaît rarement dans les campagnes et dans les pays à civilisation précaire, alors qu'au contraire, elle se présente fréquemment dans les milieux urbains et dans les pays plus civilisés, et sur cet autre fait, qu’on la rencontrait plus souvent et même à vrai dire, presque exclusivement, chez les intellectuels, on a incriminé en premier lieu la « cérébralité » des futurs paralytiques, si bien que pour Krafft-Ebing, toute l'étiologie de la paralysie générale tenait dans les deux mots : « civilisation, syphilisation ».
Les intoxications, les infections, l'alcoolisme et la tuberculose surtout ont été également mis en cause, mais dans ce cas on a plutôt affaire à des pseudo-paralysies générales qui peuvent régresser, alors que la paralysie générale paralytique proprement dite peut être entrecoupée de rémissions, mais ne regresse jamais. Pour l'alcoolisme notamment, on est frappé du fait qu’en Normandie par exemple, où les alcooliques constituent la majorité des malades, on ne compte qu’un nombre infime de paralytiques généraux, alors qu’à Porto on peut cons-
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tater la fréquence extraordinaire de la paralysie et la rareté de l’alcoolisme. |
Le traumatisme, mérite une mention spéciale, car la question de son rôle étiologique a une grosse importance dès que l’on . aborde le point de vue médico-légal. I] peut déterminer l’affection chez un syphilitique, il peut accélérer ou aggraver une méningo-encéphalite latente mais tant qu’à penser qu’il puisse créer cette maladie sans le secours de la syphilis, nous n’y songeons pas; 11 faut, en outre, admettre certaines règles de temps, entre le trauma et les premiers symptômes de maladie pour que l’on puisse penser qu'il existe relation de cause à effet entre l’accident et la maladie. |
Les influences de l’âge, du sexe, du pays, de la profession ont été étudiées sans qu’on en retienne rien de bien spécial, pouvant expliquer l’étiologie de la méningo-encéphalite paralytique.
«La paralysie générale est de la syphilis, plus quelque chose qui nous est inconnu » disait-on déjà en 1916. Et s’il existe un facteur inconnu qui agit en présence de cette syphilis pour engendrer une méningo-encéphalite paralytique, quel pourrait-il donc bien être ? :
Pour celui qui cherche, la question scientifique de la paralysie générale et de la guerre reste entière. Mais avant de discuter le problème étiologique, que l’on nous permette auparavant de citer un fait d’ordre statistique :
Reprenant une statistique publiée en partie par M. Benon, dans un article de la Presse médicale, nous l’avons complétée en rassemblant toujours des chiffres concernant les paralytiques généraux du service de la division des hommes du quartier des malades de l’Hospice général de Nantes, de 1912 à1920.
1912. Entrées : 171 P..G.: 22 Pourcentage 12:85 1913: — 183 —— 32 —— 15.30 1914. — 245 — 32 —- 13.06
LOL — 232: — 33 — 14.22 1916, — 224 — 29 — 12.94