‹ Considérations sur la paralysie générale et la guerreChapitre 19 sur 21 · PR 1 ENT · texte numérisé non relu

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ÉD" RER 1917. Entrées : 230 P.G.:33 Pourcentage 14.34 RS D QT LS 80 15.23 1919. TANT 27 = 11,78 1920. — 191 — 15 — 7.85

Cette statistique nous montre que dans le département de la Loire-[nférieure, le nombre des paralytiques généraux traités à l’asile a été à peu près le même que ce soit avant, pendant, ou après la guerre. Si le chiffre des malades qui ont été traités pendant la guerre a légèrement augmenté la proportion de paralytiques généraux est restée sensiblement la même.

Il y a lieu de noter, comme le faisait remarquer M. Benon, que c’est le même médecin qui a examiné tous les malades qui figurent dans cette statistique, de telle façon que l’on peut, penser à un Juste équilibre des diagnostics exacts et des diagnostics erronés. En outre, cette statistique porte sur une population qui a été diversifiée : du fait de la guerre, le département de la Loire-Inférieure, a été comme tous les départements de l’arrière, modifié dans la constitution de sa population, tant au point de vue numérique, qu’au point de vue originaire : notre statistique englobe tous les cas de paralysie générale, rentrés à l’asile sans distinction d’origine.

En présence des résultats de cette statistique, peut-on dire que la fréquence de la paralysie générale a augmenté du fait de la guerre, c’est-à-dire, du fait des fatigues, du surmenage, des dangers, des émotions, de toutes les obligations de la guerre ?

Dans la paralysie générale traumatique, bien étudiée sous tous ses rapports par MM. Régis et Verger, où l’on peut retrouver au début un accident bien déterminé : chute violente sur la tête, éboulement, plaie du crâne avéc symptômes consécutifs de méningo-encéphalite etc.., on doit admettre le rôle influent de la guerre, mais il faut dans tous les cas, considérer le traumatisme comme n'ayant joué qu’un rôle, le plus souvent révélateur, parfois accélérateur, plus rarement aggra-

vateur, d’une affection existant déjà à l’état latent chez un sujet prédisposé.

Mais dans la paralysie générale, où l’on ne retrouve aucune trace de traumatisme, ni de commotion quelconque, quel est le rôle de la guerre ?

L'opinion doit être prudente sur ce ecrain où les abus sont si faciles : la guerre comme toutes les causes exogènes, en pathologie mentale, n’agit de façon sérieuse que sur des esprits tarés, fragiles ou préparés au déséquilibre. Il peut exister malgré tout une question de terrain, sinon une question d’hérédité qui aurait peut-être pu — en dehors de l’hérédo-syphilis — créer une prédisposition organique, uno vulnérabilité du système nerveux et rendre ce dernier plus sensible aux causes de la méningo-encéphalite paralytique.

Déjà, dans les temps derniers, on a envisagé qu’il pouvait peut-être y avoir deux formes de syphilis, suivant les mañifestations tardives de cette affection vénérienne, formes que l'on a proposé d'appeler syphilis neurotrope, si elle portait se sur le système nerveux, dermotrope si elle se manifestait surtout, par des accidents cutanés. La question n’a pas été poussée plus avant sur ce point.

À côté des prédispositions morbides qui peuvent être acquises par l'alcoolisme, les infections, les intoxications, la syphilis etc…., il faut aussi dans notre étude faire entrer en ligne de cause les facteurs propres à la guerre. Les émotions de guerre, l'angoisse permanente du danger, les visions, les bruits des champs de bataille, l'influence perturbatrice d’un bombardement intense et prolongé etc..., sont autant de facteurs moraux dont on ne peut apprécier la valeur. Parmi les facteurs physiques, le surmenage avec toutes.ses conséquences déprimantes, a été particulièrement incriminé depuis 1914.

La multiplicité des engins et des procédés de guerre, leur aspect inaccoutumé et impressionnant, la puissance de leur moyen d'action, la durée des émotions et des fatigues ont porté au plus haut point le surmenage nerveux et les conditions favorables à l’éclosion des troubles psychiques : et c’est

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pourquoi on est arrivé à se demander si le surmenage n'aurait pas pu jouer un,rôle dans l’éclosion de la paralysie générale.

A notre avis et c’est celui de beaucoup, on ne peut pas penser que le facteur surmenage n’ait pas existé : surmenage physique, surmenage émotionnel, surmenage intellectuel même, ont joué un rôle réel pendant la guerre, du fait des opérations militaires, du service etc.

On a noté depuis la guerre que la paralysie générale avait une évolution plus rapide qu'auparavant : on a incriminé la « cérébralité » de plus en plus grande de nos cerveaux entrai-

nés vers un degré de plus en plus avancé de la civilisation, mais nous serions plutôt enclins à penser que se sont la fatigue et le surmenage, en épuisant la résistance de notre système nerveux, qui précipitent vraiment dans quelques cas l’évolution de cette maladie. Mais il est souvent difficile de fixer la réalité de ce surmenage chez nos malades : quelquefois il est évident, mais le plus souvent il est obscur et on ne sait pas toujours déterminer la juste place qu'il doit occuper, comme cause étiologique dans la paralysie générale. Le fait statistique que nous avons rapporté plus haut, n’est d’ailleurs pas favorable à la pensée que le surmenage puisse exister en temps que facteur étiologique : nous admettons que la guerre a été une cause de surmenage : or, la paralysie générale ne paraît pas avoir augmenté de fréquence dans les établissements d’aliénés du fait de la guerre.

« Ainsi l’étiologiste dans ses recherches, dit M. Benon, rejoint de degré en degré ces ténèbres décevantes que sont les prédispositions individuelles et les virulences microbiennes spéciales »

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