ESSAI DE PATHOGÉNIE
Nousavons montré dans le cours de notre troisième chapitre pourquoi nous ne pouvions nous rallier exclusivement à aucune des théories pathogéniques de la neurasthénie.
Les observations que nous avons relatées dans le précédent chapitre nous ont donné la preuve que toutes ces théories pouvaient en clinique trouver leur application. |
Nous allons donc essayer d'expliquer la conception que nous nous faisons de la pathogénie de la neurasthénie. Cette conception aura l'avantage, selon nous, de concilier toutes les théories en adaptant à chaque état neurasthénique celle qui paraît le mieux lui convenir.
Le syndrome neurasthénique n’apparaît pas sans cause appréciable ni indifféremment chez tous les individus.
Son évolution dépend de deux conditionsabsolument
nécessaires que l’on retrouve chez tous les neurasthé-
— 89 — ’ niques : ce sont le terrain et la graine. Nous dirons d’abord un mot du terrain. ;
Presque tous les auteurs, nous l’avons déjà vu, admettent la nature neuro-arthritique de ce terrain etson rôle de cause prédisposante, Mais il est bien évident que cette prédisposition varie avec chaque sujet : l’un pourra naître avec un système nerveux fragile dont la faiblesse sera révélée de bonne heure par un choc minime : l’autre peut arriver à un âge avancé de la vie sans qu'aucune cause ne soit venue déceler la prédisposition morbide de son système nerveux ; dans ce cas ce sera à l’occasion d’une émotion violente ou d’un trouble organique important qu’apparaîtront les symptômes neurasthéniques.
Tel est le cas de l’artério-scléreux qui fait l’objet de l'observation XV : ce malade, à l’âge de 58 ans, est devenu neurasthénique à la suite de vertiges manifestement liés à son affection organique et que le traitement ioduré a fait disparaître.
Rien n’est donc plus variable que le degré de prédisposition, et celle-ci, qu’elle soit apparente ou latente, existe dans tous les cas.
Mais le terrain ne constitue pas une condition suffi-
sante.
Que faut-il donc de plus pour que la neurasthénie puisse se développer ? Il faut une graine et c’est d’elle, que nous allons maintenant nous occuper.
L'examen de l’état mental des neurasthéniques nous montre que tous ces malades présentent une manière
d’être très particulière: ce sont des inquiets, des préoc-
cupés, ils ne cessent de penser à leurs souffrances et attachent une importance exagérée au moindre ma-
laise.
C’est la préoccupation morale qui est le fond de leur
. état mental ; c’est elle qui constitue la graine indis-
pensablée maïs non suffisante qui germera dans le terrain préparé à la recevoir. |
Prédisposition et préoccupation, telles sont les deux conditions sans lesquelles Le syndrome neurasthénique ne pourrait se produire. | :
Ce n’est pas spontanément qu'apparaît cette préoccupation; elle est toujours la résultante d’une cause et | celle-ci est d'ordre psychique ou organique.
Mais cette cause ne peut à elle seule engendrer la neurasthénie : les émotions, les chagrins [dure part n’agissent que par la préoccupation qu’elles détermineni ; les troubles organiques d’autre part, tels que les troubles dyspeptiques, les troubles hépatiques, les trou-’ bles liés soit à des infections, soit à des auto-intoxications agissent de la mème façon en développant chez le malade des soucis qui ont une répercussion sur son. état mental. |
, C’est ainsi que l’on voit souvent des troubles dyspeptiques graves ne provoquer aucune perturbation morale alors que des troubles relativement légers déterminent ehez les prédisposés l'apparition de la neurasthénie.
Nous ne distinguerons donc pas des états neurasthéniques vrais et des états neurasthéniques faux, nous ne considérerons pas une neurasthénie primitive essentielle et des neurasthénies secondaires,
OR
Nous croyons qu’il y a neurasthénie lorsque les causes déterminantes, quelles qu'elles soient (psychiques ou organiques), ont provoqué chez les malades des préoccupations morales qui elles-mèmes ne peuvent se pro-
duire que chez des prédisposés : il semble par consé-
quent qu'il n’y ait pas lieu d’adopter une théorie pathogénique exclusivement organique ou nerveuse. Il résulte de ces considérations que le traitement consistera à combattre la préoccupation morale et la cause qui l’a provoquée : s’il s’agit d’une cause psychique, c’est la psychothérapie seule qui sera employée, si la cause est un trouble organique quelconque la psychothérapie trouvera également ici sa raison d’être pour lutter contre la préoccupation, maïs il sera indis- ? pensable de lui associer le traitement de la cause : ce séra donc à un traitement mixte que l’on devra avoir
recours.
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