APERÇU GÉNÉRAL SUR LA NEURASTHÉNIE
rasthénie, il nous a paru nécessaire de jeter un coup d'œil d'ensemble sur l'historique de cette affection.
Nous nous bornerons à montrer comment après
avoir été considérée au début comme une entité mor-
bide, la neurasthénie a failli disparaître de nouveau
dans le chaos du nervosisme d’où Beard avait réussi à
l’extraire.
Puis nous exposerons la conception nouvelle qui
tend à faire de la neurasthénie un simple syndrome.
C’est en 1869 que Beard, médecin américain, décrivit pour la HiSnnere fois la neurasthénie.
| L'entrée en scène de la nouvelle entité ne fit aucun - bruit.
Fe Le 5 août 1878 Beard lui son mémoire fondamental devant l'Académie de Médecine de New-York ; l’année suivante il le publia dans le ÆVew- OR medical jour- nal (mars 1879).
Avant d'aborder l'étude de la pathogénie de la neu-.
Cette fois la neurasthénie eut un retentissement considérable dans tout le monde médical.
Elle ne constituait pas une affection nouvelle mais elle avait le mérite de grouper sous une même dénomination de nombreux types morbides dont les principaux étaient: le nervosisme de Bouchut, la névropathie cérébro-cardiaque de Krishaber, l’irritation spinale de Franck, la névralgie générale de Valleix, la névralgie protéiforme de Cerise, l’hyperesthésie générale de Monneret, elc.….
Cette simple énumération indique suffisamment combien grand était le chaos au milieu duquel se débattaient les auteurs avant Beard.
La neurasthénie est définie par son appellation même qui signifie asthénie nerveuse : la popularité dont elle a joui, dont elle jouit encore actuellement, est due pour‘une large part à l’exactitude de son étymologie. |
Tous les symptômes, qui ont permis à Beard d’édifier cette névrose autonome, dénotent en effet un épuisement général du système nerveux.|Ils ont été divisés en deux catégories : 5
1° LES SYMPTOMES PRINCIPAUX, que Charcot considérait comme de véritables stigmates, sont à peu près
constants. Ce sont : |
La céphalée comparée par les malades à un casque trop lourd et trop étroit qui leur enserre la tête; elle est surtout marquée au réveil et disparaît en cénétal la nuit.
L'asthénie psychique qui consiste en un défaut d’at-
ri es tention, en un manque d'énergie . la mémoire est dimi-nuée, tout travail est pénible et souvent impossible. Le malade est triste, s'inquiète de son état et en mème temps devient très irritable.
L'asthénie musculaire qui se traduit par une sensation de fatigue continue, insurmontable,s’exagérant au moindre mouvement ; c’est surtout le matin que cette courbature générale est le plus accusée.
L'insomnie est presque la règle.
Les troubles dyspeptiques très variés (pesanteur, gonflement du ventre, rougeur de la face et somnolence après les repas, constipation...).
La rachialgie qui consiste en une sensation douloureuse de compression ou de pesanteur, peut siéger tout le long de la colonne vertébrale ou se localiser au niveau de la région lombaire ou de la région sacrée (plaque sacrée de Charcot).
LES SYMPTÔMES SECONDAIRES OU acceâsoires sont très
nombreux et beaucoup moins importants que les précé-
dents : ils manquent souvent. Dans quelques cas cependant certains d’entre eux présentent une intensité telle qu’on peut les considérer comme des stigmates.
Nous nous eontenterons de citer ceux que l’on rencontre le plus souvent :
Les bourdonnements et les sifflements d'oreilles, lhyperacousie, les vertiges, l’asthénopie accommodative, les palpitations, les fausses angines de poitrine, la tachycardie, les troubles génitaux tels que l'impuissance, la fausse spermatorrhée, l’éjaculation précoce, etc... Telle est brièvement exposée la symptomatologie de la
= 14 — maladie de Beard, symptomatologie sur laquelle tous les auteurs s'étaient mis d'accord.
Malheureusement le cadre de la nouvelle affection ne tarda pas à s’élargir, les médecins prirent peu à peu l'habitude de mettre sur le compte de la neurasthénie, maladie à la mode, tous lesétats nerveux qui les embarrassaient. C'était le retour inévitable à l’ancien nervosisme.
Certains neurologistes contribuèrent à obscurcir la question de la neurasthénie en considérant celle-ci
comme une maladie purement psychique au même titre
que l’hystérie, les obsessions, l’hypocondrie, la mélan-
colie légère. Nous reviendrons plus longuement sur
cette conception quand nous étudierons la pathogénie.
Dans ces dernières années le professeur Raymond et son collaborateur M. Janet, frappés de l'extension que prenait la neurasthénie,ont créé une nouvelle psychonévrose autonome, la psychasthénie dans laquelle ils ont fait entrer une foule de sympiômes rencontrés constamment dans la neurasthénie héréditaire ou constitutionnelle et qui n’ont rien de commun avec les symptômes d’épuisement nerveux tels que nous AS avons
décrits.
Pour le professeur Raymond «c’est l’incorporation au
syndrome de la neurasthénie de la plupart des symptômes de la psychasténie qui a créé le géant informe et démesuré qu'est la neurasthénie des auteurs modernes ».
Le besoin se faisait sentir depuis longtemps d’alléger
la symptomatologie grandissante de la neurasthénie.
C'est ainsi que Charcot décrivait deux variétés de
=. 45 — neurasthénies : la neurasthénie accidentelle etla neurasthénie héréditaire.
Puis c’est Gilles de la Tourette qui dans son livre sur les États neurasthéniques s’exprimait en ces termes : « Dans la neurasthénie vraie, le système nerveux n’est qu'accidentellement épuisé, tandis que dans la neuras- À __ thénie constitutionnelle il est congénitalement faible, > débile, dévié même dans ses fonctions les plus essentielles ; il est en un mot héréditairement mal constitué pour un fonctionnement normal. Le malade dans ces conditions est un vésanique aupetit pied sous une forme Es: sans éclat. »
E— La neurasthénie constitutionnelle apparaît le plus souvent de bonne heure chez des individus présentant un état mental très particulier : ce sont des phobiques,
des douteurs, des scrupuleux, des abouliques... en un
mot des psychopathes bien plutôt que des névropaihes.
C’est sur ce fond psychasthénique que surgissent spon- __ tanément ou sous l'influence d’une cause provocatrice très minime les symptômes vraiment neurasthéniques
qui n’ont eux qu’un caractère épisodique : leur dispa-
rition en effet n’entraine aucun changement dans la
mentalité du malade qui a bien des chances de rester
: | toute sa vie un psychasthénique. :
La neurasthénie accidentelle, peut-être moins répandue que la précédente contrairement à ce que pen-
__ saient Beard ét Charcot, s’installe chezdes individus, en
> apparence tout au moins, indemnes de toute tare ner-
veuse.
Il s’agit ici de malades âgés de 20 à 50 ans qui Ont som.
bré tout d’un coup ou insidieusement dans la neurasthénie à la suite d’un choc moral, d’un surmenage physique ou intellectuel, d’un « travail doublé d'inquiétude » comme l’a fort bien dit Déjerine ou bien au cours ou pendant la convalescence d’une affection organique quelconque.
Le caractère accidentel de cette variété de neurasthénie n'implique pas une absence complète de prédisposition.
Nous pensons avec Charcot et avec la grande majorité des auleurs que « ne devient pas neurasthénique qui veut ». Si l’on recherche soigneusement dans leurs antécédents tant personnels qu'héréditaires on arrive à cette conviction que tous les neurasthéniques appartiennent à la grande famille neuro-arthritique.
Bien entendu chez ces neurasthéniques accidentels, il ne s’agit pas du tout de la même prédisposition que celle que nous avons notée chez les constitutionnels. S'ils n’ont jamais eu pendant leur enfance des accès de tristesse injustifiés, s’ils n’ont jamais été des bizarres, ils n’en n’ont pas moins été souvent des eczémateux, des migraineux, etc.
Dans leurs antécédents héréditaires il n’est pas rare de trouver des maladies nerveuses ou des manifestations arthritiques, telles que la goutte, le diabète, l’asthme, etc.
Il est facile de concevoir que chez ces malades dont’ la prédisposition est souvent très légère, la cause provocatrice de la neurasthénie jouera un rôle beaucoup plus important que chez les psychasthéniques.
TPE
Ar Quelques auteurs ont eru devoir diviser les états
neurasthéniques accidentels en deux grandes classes :
{L° Les états neurasthéniques fvrais dans lesquels les
Symptômes principaux de la. neurasthénie sont très
marqués, alors que les accessoires restent dans l’ombre.
Ils correspondraient à la neurasthénie primitive consécutive à un choc moral (émotion, chagrin.…..).
2° Les états neurasthéniques faux qui sont caractérisés
par la prédominance de telou tel symptôme accessoire ; les stigmates existent également mais sont relégués au second plan. Ils constitueraient ce que d’autres'auteurs ont appelé les neurasthénies symptomatiques, les neurasthénies secondaires à une affection organique. * Nous n'acceptons pas cette division qui nous paraît trop arbitraire. En clinique on ne trouve pas de différences aussi marquées que celles que nous venons d'indiquer.
On se trouve en effet assez souvent en présence d’une neurasthénie considérée comme primitive si l’on en juge par son mode de début et dont ‘les symptômes saillants consistent en des vertiges ou des palpitations par exemple, accompagnés des stigmates de la neurasthénie qui demandent à être recherchés. Inversement il n’est pas rare d'observer au grand complet les symptômes classiques dans certaines neurasthénies
franchement secondaires à une maladie organique.
‘ Fortineau NN L