‹ Considérations sur la Physio-Pathologie de la Plongée en Scaphandre Autonome: A Circuit OuvertChapitre 44 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La classification des accidents susceptibles d’arriver au cours de la plongée en scaphandre autonome pourrait se faire en tenant compte de leur bénignité ou de leur gravité; ou bien du fait que certains se produisent à la descente, d’autres à la remontée. Nous préférons exposer la pathologie de la plongée en scaphandre autonome en commençant par les accidents les plus fréquents, pour finir par les plus rares :

— D'abord les accidents O.RL. intéressant surtout l’oreille moyenne et le nez, auxquels s'ajoutent les accidnts bénins de l’œil dont la pathogénie est la même que celle des accidents du nez (squeeze local).

-— Puis les divers troubles provoqués par la décompression rapide.

— Les asphyxies.

— Les conséquences de la surpression pulmonaire et des explosions sous-marines.

Les accidents graves sont très rares chez le plongeur entraîné et prudent qui s'enfonce jusqu’à 40 à 60 mètres. Les accidents bénins sont au contraire fréquents, surtout chez le débutant.

A la descente, l'augmentation de la pression est responsable des lésions de l'oreille moyenne et des sinus (barotrauma des auteurs américains).

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L’augmentation des tensions d'oxygène et d’azote n’amène pas les accidents d’oxydose ou d'ivresse des grands fonds, car cette augmentation, jusqu’à 60 mètres de profondeur, n’entraîne pas encore l’intoxication franche par ces gaz pendant les durées des plongées courantes.

A tout moment, descente ou remontée, peut survenir Pasphyxie chez le plongeur inexpérimenté ou imprudent.

À la remontée, le principal danger réside dans la décompression trop rapide de l’organisme saturé par l'azote à de fortes tensions; et très rarement dans les accidents de surpression pulmonaire.

Quant aux explosions sous-marines, elles réalisent, avec davantage d'intensité, le blast injury des explosions aériennes.

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1° L’OREILEE :

Les accidents de l’oreille sont les plus courants dans la pathologie de la plongée. Ils se produisent surtout à la descente et résultent de l’inégalisation de pression entre la cavité aérienne de l'oreille moyenne, le reste de lorganisme et le milieu ambiant.

À la remontée, des accidents plus rares mais très graves se produisent après une décompression trop rapide : ils sont dûs au dégagement de bulles gazeuses dans l’oreille interne.

a) Accidents de l'oreille externe.

Ils relévent de deux étiologies : mécanique et infectieuse. Une hypersécrétion, un bouchon de cérumen forment au fond du conduit auditif externe une cavité close dont Ia pression ne peut s’égaliser exactement avec les pressions

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ambiante et interne. Suivant l'intensité de la dépression, les parois du conduit auditif externe et le tympan seront siège d’une simple congestion, d’hématome ou d’hémorragie. Le tympan, en particulier, peut présenter de petites phlyctènes hémorragiques qui dissèquent sa paroi, se rompent et produisent une otorragie externe.

Certains sujets ont lépithélium du conduit auditif externe très sensible au contact de l’eau de mer. Celle-ci provoque une irritation, à laquelle succède souvent de l'infection qui œdématie les parois et retrécit la lumière du conduit. Le repos et des soins locaux guérissent vite ces légers accidents.

b) Accidents de l'oreille moyenne.

L’inégalisation de pression est la cause la plus fréquente des accidents de l’oreille moyenne. Quand la pression dans la caisse du tympan n’augmente pas parallèlement avec les pressions interne et ambiante, il se produit une rétraction du tympan qui va en croissant jusqu’à rupture de ce dernier; en même temps l’épithélium qui tapisse la caisse tend à se décoller des parois osseuses. Les vaisseaux laissent transsuder le plasma dans la cavité aérienne de l’oreille moyenne ou se rompent et remplissent la caisse de sang. | |

L’infection peut également provoquer une atteinte de loreille moyenne chez le plongeur : les mucosités rhinopharyngées septiques en refluant à travers la trompe d’Eustache dans la caisse peuvent apporter des germes pathogènes qui déterminent une otite moyenne infectieuse.

Les sujets qui ne savent pas encore accommoder correctement en faisant la manœuvre de Valsalva ou en déglutissant leur salive, les sujets dont les trompes d’Eustache sont imperméables (blocked ear), ne peuvent agir sur la pression de leur oreille moyenne qui reste égale à la pression atmosphérique. Comme en s’enfonçant dans l’eau.

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les pressions interne et ambiante augmentent, l’inégalisation de pression dans la caisse du tympan amène des lésions. HAINES et HARRIS ont classifiées ces lésions. Ils donnent un chiffre aux différents degrés de lésion, loreille normale étant représentée par le chiffre 0 [24]

Otitic barotrauma n° 1 : Congestion de la membrane de Shrappnell et du manche du marteau.

O.B.T. n° 2 : Rétraction, congestion étendue du tympan.

O.BT. n° 3 : Rétraction, congestion étendue du tympan, rupture des vaisseaux du tympan.

O.B.T. n° 4 : Rétraction, congestion étendue du tympan, rupture des vaisseaux du tympan, hémorragie dans l’oreille moyenne et la trompe.

O.B.T. n° 5 : L’oreille moyenne est remplie de sang et d'air (niveau horizontal sur le tympan), ou est remplie complètement de sang (tympan noir). Le tympan saigne et rompt. L’acuité auditive est très affectée.

Voici une observation d’O.B.T. chez un débutant :

— Première plongée : 4 à 5 mètres. Impossibilité de descendre davantage. Sensation d’enfoncement des tympans accompagnée de douleurs intolérables. Après la. remontée, légère hypoaccousie pendant quelques heures.

— Le lendemain, deux plongées à 22 mètres. Descente très lente et difficile; accomodation de l’oreillé moyenne faite par à-coups et brutalement pendant les 15 premiers mètres. Légère douleur des tympans. À Ia remontée, squeeze local dans la lunette provoquant épistaxis et légère hémorragie sous-conjonctivale.

— Le surlendemain, quatrième plongée à 42 mètres; descente difficile les 15 premiers mètres. Une fois remonté,

hypoaccousie avec douleurs dans les oreilles; bruits subjectifs (bourdonnements) et sensation de déplacement liquidien dans l'oreille à l’occasion des mouvements de la tête. La manœuvre de Valsalva effectuée la tête penchée en avant ramène une séro-mucosité sanglante. L’otoscopie montre des tympans congestionnés, légèrement rétractés, avec niveau liquidien dans l'oreille moyenne.

Pendant plus d’une semaine, persistance de l’hypoaccousie; ébranlement dans la caisse à l’occasion de la marche; sensation de déplacement liquidien dans les oreilles en. remuant la tête. Les bruits arrivent très lointains. Guérison totale le quinzième jour. Le traitement ayant consisté en inhalations d’éphédrine et instillation de solution hypertonique dans le conduit auditif externe. Depuis cet accident, l’accomodation des deux oreilles est parfaite.

Il s'agissait donc d’un « otitic barotrauma » N° 4 ayant guéri sans séquelles. Le manque d’entraînement et la per-

sistance à plonger sont la cause de cet accident.

[7] Si les trompes sont totalement imperméables, les tympans éclatent pour une pression différentielle de 0,400 à 0,800 kg. Au contraire, un sujet normal ayant ses trompes perméables accomode une augmentation de pression de 2 kg. par minute; un plongeur entraîné davantage [19].

Le traitement de ces accidents est avant tout prophylactique : il faut s’assurer d’une bonne perméabilité tubaire; soigner les affections rhinopharyngées et dentaires qui congestionnent l’orifice pharyngé de la trompe d’Eustache; détruire l’hyperplasie lymphoïde, qui obture souvent cet orifice. On peut employer chez les plongeurs la méthode de Growe : irradiation localisée de l’orifice tubaire par un sel de radium contenu dans un petit cylindre métallique que l’on porte au contact de cet orifice.

Une fois déclaré, lotitic barotrauma sera traité

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par cathétérisme tubaire, inhalations d’éphédrine et solutions hypertoniques dans le conduit auditif externe.

Les sujets qui présentent des affections rhinopharyngées risquent en plongeant de faire refluer dans la caisse du tympan des mucosités septiques. Il peut alors se produire une otite moyenne aiguë dans les jours suivants. Cette otite ne présente aucuns caractères particuliers qui la différencient des autres otites moyennes aiguës, si ce n’est son étiologie.

c) Accidents de l'oreille interne,

Ils relèvent de la formation de bulles dans les vaisseaux de l’oreille interne, à la suite de remontées trop rapides : il y a d’abord ischémie, puis rupture capillaire et hémorragie. Les lésions, dans le second cas, étant irréversibles.

[107 Dans les cas graves, 15 minutes à une heure après la plongée, le sujet présente une attaque de vertige avec chute et perte de conscience. Revenu à lui, il se rend compte d’une surdité totale d’un côté, partielle de l’autre le plus souvent. Des bruits violents remplissent ses oreilles; son équilibre est troublé et des crises de vertige surviennent à l’occasion des mouvements brusques de la tête. C’est le tableau classique du vertige de MENIERE. Dans les cas moins graves, les symptômes sort moins intenses.

Le pronostic est très difficile à fixer : s’agit-il d’ischémie ou d’hémorragie ? Cela est très important car, dans le premier cas, on peut espérer un retour à l’état normal.

Le traitement des lésions de l'oreille interne est la. recompression immédiate du sujet, suivie d’une décompression très lente.

d) L'audition.

Toutes ces lésions entraînent des troubles de l'audition allant de l’hypoaccousie à la surdité complète; ainsi

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