INTRODUCTION
Nous pensons qu'il n’est pas inutile de revenir sur une question que justifie en premier lieu son importance vitale et à laquelle l’état de guerre présent donne un regain d’actualité : l'alimentation du soldat.
Telle est la raison pour laqueïle notre maître, le professeur agrégé Ferdinand Piéchaud, qui s’est lui-même, durant ces dernières années, occupé de cette question, nous a engagé à la mettre au point dans notre thèse inaugurale.
Certes, pendant des millénaires l'alimentation fut à peu près uniquement instinetive et les hommes ne connurent pas d’autres principes que leurs penchants naturels, certaines règles religieuses et un sage empirisme que justifiait bien, à cette époque, l’indigence de la science alimentaire.
Cependant en période de guerre, il semble que les chefs militaires se soient depuis longtemps préoccupés des questions alimentaires si importantes pour la santé et le moral des troupes. Au xvur siècle, Frédéric le Grand disait : « Quand on veut avoir une armée, il faut commencer par s'occuper de son estomac ». Aujourd’hui, tout le monde est de l'avis de l’illustre guerrier, mais la question, comme le dit Marcel Labbé, est « fort complexe, car elle fait intervenir des données scientifiques sur la ration alimentaire qui sont du ressort des hygiénistes, des notions culinaires qui regardent les commandants de détachement et des procédés de ravitaillement qui sont l'affaire de l’Intendance ».
Nous nous occuperons uniquement, au cours de cette étude, de l'aspect médical du problème et nous étudierons à la lumière des enseignements fournis par ces dernières
De
années, et en particulier par la guerre 1914-1918, si la diététique actuelle du soldat français applique les données nouvelles de la science alimentaire et si les règlements officiels en tiennent suffisamment compte.
En effet, si, en temps de paix, on peut assez facilement assurer au soldat une ration alimentaire saine et abondante, en temps de guerre le problème est autrement complexe en raison de la diminution de la production nationale et des difficultés économiques et financières qui imposent des restrictions alimentaires aux nations belligérantes
Seule alors la connaissance des bases rationnelles de lPalimentation permettra d'éviter les périls dont les disettes et les famines des guerres d'autrefois ainsi que les carences partielles de la guerre 1914-1918 ont montré de multiples exemples.
Ces diverses considérations se sont nettement imposées à nos aînés puisque, « après les errements des premières années de la guerre » (L. Randoïn et H. Simonnet), en novembre 1917, une Commission interalliée du Ravitaillement a dû être créée par une décision de la conférence interalliée. Composée des plus grands physiologistes alliés : Ch. Richet, Gley, Langlois, Lusk, Mendel, Armsby, Starling, Chittenden, Bottazzi, cette commission fut appelé à donner son avis sur la ration alimentaire du soldat et à répartir les aliments parmi les alliés.
En plus de ces raisons d'ordre médical et économique, une raison d'ordre moral suffirait à justifier et à imposer l'étude de ce problème. En effet, le soldat qui a le périlleux honneur de veiller au salut de la Patrie a droit à ce que ne vienne pas s'ajouter aux dangers de la guerre, celui des carences alimentaires et des maladies de la nutrition.
Notre étude de lPalimentation du soldat comportera quatre chapitres. Dans le premier, nous rappellerons succinctement quelles sont les bases rationnelles de l’alimentation de l’homme en général.
Nil
Dans le second, nous étudierons plus spécialement la ration alimentaire du soldat en France et à l'étranger.
Puis, le troisième sera consacré aux manifestations pathologiques dues à une alimentation irrationnelle dans l’armée.
Enfin le quatrième sera réservé à nos conclusions.
Les Bases actuelles de l’alimentation rationnelle de l’homme en général
« L'activité de tout être vivant entraîne pour son organisme des pertes de matière et d'énergie. Les unes et les autres doivent être compensées par des emprunts faits au monde extérieur sous forme d’aliments. » Médecin-Commandant Boïidé.
La croissance de l’homme se termine à 25 ans; audessous de cet âge, le soldat n’est pas encore un adulte et sa Croissance n’est pas achevée. De plus, les exercices physiques et les marches pénibles auxquels il se livre entraînent une augmentation de ses muscles d’où alimentation devra non seulement compenser les pertes résultant de lusure tissulaire, mais encore assurer lédification de tissus nouveaux.
D'autre part, l'être vivant est un producteur d’énergie. La vie, même au repos, représente une libération d’énergie qui est la « dépense de fonds » ou «dépense de service physiologique » ou « métabolisme basal ». A ce métabolisme basal s'ajoutent des dépenses variables et proportionnelles au travail fourni et à la régulation thermique.
Au total, l'organisme a des besoins plastiques (croissance et usure tissulaire) et des besoins énergétiques (en rapport avec le métabolisme basal, la régulation thermique et le travail fourni). De plus, l'expérience montre qu’il a besoin d'éléments agissant comme catalyseurs à doses infimes (vitamines, certains acides aminés, substances minérales),