XVIII PRÉFACE
ainsi que, par exemple, lorsqu'il raisonne, lorsqu'il déduit, il ne se demande jamais s'il ne va pas fatiguer le lecteur par des déductions un peu trop serrées ou trop mathématiques. Il ne cherche en rien à rendre son raisonnement attrayant, et on a l'impression souvent qu'il doit se dire : Je n'écris point pour celui qui ne se donnera pas la peine de me comprendre. — Mais ceci est surtout le défaut de ses ouvrages de pure théorie, de ses ouvrages où il reste dans l'abstrait, comme dans sa Théorie du pouvoir politique et religieux. Mais il échappe à cette légère critique dans presque tous les écrits qui ont été choisis pour ce recueil.
Car dans ses œuvres où il entre de la polémique, comme dans cet admirable opuscule où il réfute la baronne de Staël, et qui se trouve en tête de ces extraits, ou bien lorsqu'il est en contact avec le concret comme dans cet émouvant résumé de la vie de Louis XVI que l'on trouvera également ici, alors Bonald se montre un grand écrivain. La phrase est pleine en même temps que concise ; aussi de nul autre auteur on ne peut tirer autant d'aphorismes profonds et bien frappés. La parole est grave, supportant toujours une pensée noble et élevée, ce qui donne à L'ensemble quelque chose de majestueux, mais d'un majestueux qui n'a lien d'impassible. Car celle parole