PREFACE XIX
grave est soulevée, réchauffée parla vive émotion, l'indignation profonde, intellectuelle et sentimentale, que l'on sent toujours présente, d'un puissant cerveau et d'un cœur ardent, devant les efforts tentés pour ruiner l'ordre social.
Cet ordre social attaqué, c'est au nom de l'expérience, de l'histoire, de la raison, ou mieux du bon sens, que Bonald le défend. Ceci est important à signaler. On a souvent, en effet, accolé au nom de Bonald l'épilhète de métaphysicien. Certes Bonald a fait de la métaphysique, mais là seulement où il est légitime d'en faire, c'est-à-dire dans les questions que l'on ne peut résoudre autrement dès lors qu'on se refuse à les passer sous silence. Mais en politique Bonald s'est toujours montré profondément réaliste, positiviste. Ce qui a pu, sur ce point, induire en erreur, c'est qu'on voit souvent chez Bonald des expressions comme celleci: « La volonté de Dieu esl que... » Mais Bonald nous donne lui-même la traduction de eette expression en langage positiviste au commencement de sa Théorie du pouvoir: * La nature des êtres en soeiélé, dit-il, la volonté de Dieu, veulent la même chose ou soûl conformes... Aussi nature des êtres sociaux ou de la société, volonté sociale,
volonté de Dieu même, sont des expressions synonymes dans cet ouvrage. »
XX PREFACE
Aussi il faut avoir lu bien superficiellement Bonald pour l'accuser en politique de métaphysique. « Il est étrange, disait-il, que les partisans de l'idée la plus abstraite qu'il y ait au monde, la souveraineté du peuple, aient accusé de métaphysique les défenseurs de la monarchie, qui est en politique ce qu'il y a de plus positif, de plus sensible et de plus réel. »
Oui, ce sont les partisans des idées révolutionnaires qu'il faut qualifier de métaphysiciens. Car ce n'est pas au nom du salut public, au nom des intérêts du pays, qu'ils défendent les divers régimes issus de la Révolution. C'est là un terrain qu'ils sentent trop dangereux pour eux. Ces divers régimes, ils les défendent au nom des Droits de l'homme, au nom de la Liberté, au nom de l'Egalité, bref au nom de principes absolus, au nom d'idées abstraites qu'ils disent innées et qui ne sont que des formes, divinisées par eux, de leurs caprices.
Au contraire, pour défendre la monarchie, c'est toujours sur le terrain positif des intérêts du pays que Bonald se place.
Bonald doit être dit encore positiviste dans un sens plus spécial qu'Auguste Comte a donné à ce mot. Bonald doit être dit encore positiviste en ce sens que dans toute sa philosophie il considère