CONSEIL GÉNÉRAL D’ADMINISTRATION
Extrait des Registres des Délibérations.
Le 19» février 1851, le Conseil a entendu la lecture d’un Rapport de M. de Polinière sur les améliorations hygiéniques les plus importantes effectuées à l’Hôtel-Dieu depuis quinze à vingt ans, et qui avaient eu pour résultats un augmentation de salubrité dans cet hôpital, et une diminution notable de la mortalité.
Dans la séance du 11 août 1852, M. de Polinière
(1) Bruno Faure , président ; Fleurdelix , Brisson aîné, DE Polinière, Fleury Durieü , Remi Charrin, Thollon , DE PoMMEROL, Théod. Broüzet, Henri Seriziat, Pitiot-Colletta, Ribodd , Félix Jacquier , César Michel , Louis Guérin , Paul Joly , Lombard de Buffières , Elisée Piégat , Hippolyte DE St-Tritier , Monterrad, Fayard.
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a lu un Rapport de même nature pour l’hospice de la Charité, et, ainsi qu’il l’avait fait pour l’Hôteh Dieu, il a indiqué les améliorations dont cet établissement paraissait encore susceptible.
M. Durieu et M. le Président pensent que l’impression de ces deux Rapports serait très utile, principalement pour MM. les Administrateurs qui seront appelés à délibérer surles^perfectionnements à ajouter à ceux que l’Administration a déjà réalisés.
M. le Président propose, en conséquence, de décider que les Rapports sus-mentionnés seront imprimés au nombre de deux cents exemplaires, aux frais des Hospices, et que M. le Conseiller d’Etat sera prié de vouloir bien autoriser cette impression.
Le Conseil adopte cette proposition.
La présente délibération sera soumise à l’approbation de M- le Conseiller d’Etat, chargé de l’administration du département du Rhône.
(Séance du 17 août 1853. )
Messieurs ,
Tous les édifices publics destinés à recevoir une agglomération d’hommes, doivent être soumis particulièrement à l’application des lois générales de Thygiène. Les établissements consacrés aux malades, aux blessés et aux infirmes réclament, en outre, des précautions de salubrité toutes spéciales, qui, ailleurs, seraient considérées comme une sorte d’exagération. En fait de salubrité dans un hôpital, le superflu n’est que le strict nécessaire.
Dans les hôpitaux, l’hygiène n’est pas tout ; mais elle est l’objet essentiel; elle est la condition fondamentale sans laquelle tous les moyens de secours sont firappés d’impuissance. Que la salubrité cesse
2 SALORftiTP. Ré. LtuÔTÆL-RlEü.
de régner dans un hôpital, les médecins les plus expérimentés, les chirurgiens les plus habiles, bien que secondés par de-^honnes distributions de médicaments et d’aliments, s’y épuisent en vains efforts (1).
Cet asile qui promëttait le soulagement et la guérison des souffrances humaines, devient un vaste foyer d’infection, où les maladies les plus légères ne tardent pas à se compliquer d’accidents funestes. On y contracte des maladies qu’on n’avait pas, et la mort exerce ses ravages dans des proportions effirayantes. Ce tableau n’a rien de chargé: c’est celui des hôpitaux improvisés, encombrés et insalubres, tels que nous les avons vus dans nos grandes guerres et pendant les épidémies.
Au milieu de ces désastres, que la bienfaisante influence de l’hygiène apparaisse, l’art de guérir reprend sa force d’action, et la mortalité rentre dans ses limites ordinaires. C’est que les médications n’opèrent que sur des individualités et dans des cir constances données, tandis que l’hygiène agit sur les masses et à toute heure du jour et de la nuit (2).
(1) « On ne peut jamais compenser le manque d’air pur et salubre par le régime et par les remèdes. » Pringle , chevalier, baronnet, médecin ordinaire de la reine, etc. : Observations sur les maladies des armées , etc., t. i, p. 198 et 296 j 2 vol. in-12, 1771. Traduction de la 7® édition anglaise.
(2) Traité de la salubrité dans les grandes villes, suivi de VHygiène de Lyon; par les doct. Monfalcon et de Polinière, page 145. Paris, Baillière, 1846, in-8.
SALÜBBiTÉ DÉ l’hÔTEL-DIEÜ. 3
Mais, sans invoquer ces circonstances extraordinaires, observons le mouvement journalier des grands hôpitaux dans leur état normal, comparons les mouvements partiels d’une salle dotée de bonnes conditions hygiéniques avec Une autre salle moins favorisée. Cet examen, on peut rafidrmer d’avance, aura pour résultat des chiffres de mortalité essentiellement différents. Le mouvement de la salle sa^ lubre étant donné, on pourra déterminer à priori et d’une manière précise qu’elle sera la mortalité de la salle insalubre. Que dans la première, par exemple, on compte sur 1,000 malades 129 morts, ce chiffre total s’élèvera dans la seconde dé 136 à 153, et même au-delà, suivant le degré des conditions contraires aux lois de l’hygiène.
Quoique nous fassions peu de cas de l’impor-^ tation des calculs de l’arithmétique dans ledonaaine de la médecine, quoique nous considérions l’applb cation de la méthode numérique comnae antiscientifique, nous avons du, ,èn cette occuirence, employer le moyen des chiffres. Et en effet, lorsque pendant une longue suite d’années ces proportions se seront maintenues toujours les mêmes, bien que d’ailleurs les malades aient reçu des soins également bons, dans l’une et l’autre de cès divisions du service soit médical, soit Chirurgical, ne faudra-t-il pas forcément en conclure que dans un grand hôpital, le rôle de l’hygiène domine tous les autres moyens de secours? 11 me serait facile de mettre en évidence par des tableaux comparatifs de mouve-
4 SALÜBUITÉ 1)K l’hÔTEL-DIEü.
ment et des observations exactes ce fait capital, si digne de la plus sérieuse attention. Mais on conçoit quelle réserve impose un sujet de cette nature, et l’on n’exigera pas, sans doute, que j’en pousse plus loin la démonstration.
Le point essentiel est de rappeler ici des faits qui deviennent, pour les administrations, une source précieuse d’enseignement et une véritable règle de conduite. Ce sont là, du reste, des vérités qui n’ont pas besoin de démonstration, tant elles sont devenues vulgaires; et cependant elles ont été longtemps négligées et comme méconnues.
Sans nous reporter aux époques éloignées du moyen-âge, jetons un regard rapide sur la situation des hôpitaux telle qu’elle était dans le siècle qui a précédé le nôtre. Quel triste spectacle ! Dans la plupart des grands hôpitaux, à Lyon comme ailleurs, chaque lit est occupé par plusieurs individus. Le malade y respire l’haleine de l’agonisant, le convalescent touche le corps refroidi d’un mort.
Ces couches hideuses, d’où s’exhalent des miasmes fétides et délétères, sont étroitement serrées les unes contre les autres dans des salles privées d’une quantité d’air suffisante et dépourvues de ventilation. On attache même une si médiocre importance à l’introductinn de l’air, qu’on supprime encore, en les murant, toutes les fenêtres d’un côté de la salle, qui devient alors un cloaque impur. Poursuivant ce déplorable système de mutilation de l’édifice, dont le plan pouvait être primitivement judicieux, on
SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 5
encombre les cours de constructions malsaines, on spécule sur les terrains environnants pour y bâtir de hautes maisons; elles seront adossées aux murs de l’hôpital; il faudra boucher de nouveau plusieurs fenêtres : qu’importe? à quoi bon conserver tant d’espace? Pense-t-on que l’air confiné des cours et des salles de malades a besoin d’un renouvellement libre et continuel? Nullement!
Tout ceci paraît exagéré et difficile à croire, et pourtant c’est ce qui se faisait alors dans un très grand nombre d’établissements hospitaliers; nous en fournirons bientôt des preuves. On ne croyait point mal faire. La mortalité était grande, on n’en cherchait pas la cause.
Ces vices d’organisation, ou ces atteintes fâcheuses portées à la structure d’édifices primitivement bien conçus , étaient passés en habitude.
Cependant plusieurs hôpitaux, notamment ceux de la capitale, commençaient à recevoir des améliorations utiles. Mais l’Hôtel-Dieu de Paris se maintenait comme le type de tout ce qu’on peut concevoir de plus barbare. Quoiqu’il donnât asile à des mendiants, à des fous, à des femmes enceintes, parmi lesquels on compte en général peu de mortalité, le chiffre des morts était de 1 sur 4. On sait que les malades y étaient réunis au nombre de quatre et de six dans chaque lit; qu’on en plaçait même assez souvent deux ou trois de plus sur l’impériale du lit, où l’on arrivait au moyen d’une échelle (1).
(1) « Ne pouvant étendre l’édiHce en superficie, dit Cuvier,
6 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ.
En 1772, cet hôpital devint en partie la proie d’un incendie. Toutes les misères qu’il cachait, vues à la lueur des flammes, causèrent une impression générale et profonde.
Un homme essentiellement bienfaisant, qui eh 1763 avait déjà signalé les vices inhérents à l’Hôteb Dieu, M. de Chamousset, publia un nouveau mémoire en faveur de la réforme de tant d’abus. De toutes parts de grands efforts se déployèrent vers le même but. L’architecte Poyet proposait de transférer l’Hôtel-Dieu à file des Cygnes.
on éleva étages sur étages : les salles basses étaient encombrées de lits , les lits de malades : quatre , six misérables étaient souvent entassés sur un grabat de quatre pieds, et quelquefois l’on en mettait autant sur le ciel du lit. Les souffrances de l’enfer doivent surpasser à peine eelles de ces malheureux serrés les uns contre les autres , étouffés, brûlant, ne pouvant ni remuer ni respirer j sentant quelquefois un ou deux morts entre eux pendant des heures entières. On jetait pêlemêle toutes les maladies, sans distinguer les eontagieuses ; celles de la peau régnaient partout avec fureur. Les femmes en couches , les enfants nouveau-nés étaient à côté des hommes atteints de la petite-vérole ; les fous furieux s’agitaient, hurlaient tout près des blessés qu’on opérait. L’air était si corrompu, qu’aucune opération grave ne réussissait et que la gangrène s’emparait aussitôt des plaies. «
Lorsque, dans la séance publique de l’Institut, du 17 mars 1817, le baron Cuvier, prononçant l’éloge de Tenon, présenta cet horrible tableau , nous vîmes plusieurs femmes du brillant auditoire tomber évanouies 5 l’émotion générale- interrompit nn instant l’éloquent orateur.
SALDBBITÉ DE e’hÔTEL-DIEü. 7
Le roi Louis XVI se fit rendre compte de là situation de cet hôpital, et donna, en 1781, des lettrespatentes que nous voudrions pouvoir reproduire ici textuellement. Elles sont empreintes de tant de sagesse, elles respirent des sentiments si nobles et si touchants, elles révèlent si bien le désir des grandes et utiles réformes, qu’on doit considérer cet acte spontané de l’infortuné monarque comme un de ses plus beaux titres à la reconnaissance publique. — Le roi voulait que désormais l’Hôtel-Dieu abritât 3,000 malades, tous couchés isolément, les hommes et les femmes dans des corps de logis distincts; qu’il y eût des promenades et des salles particulières pour les convalescents; et il ajoutait: « La dépense de ces améliorations dont nous voulons faire jouir les pauvres, sans qu’il en coûte rien à l’Hôtel-Dieu, sera entièrement à notre charge : en conséquence nous y destinons, dès à présent, les objets particuliers que nous avons désignés, et, en cas d’insuffisance, nous y pourvoirons des fonds de notre trésor royal. »
Sur l’ordre du roi, l’Académie des sciences, saisie de la question qui préoccupait les meilleurs esprits, nomma pour l’examiner huit commissaires : Lassone, Daubenton, Tenon, Bailly, Lavoisier, de la Place, Coulomb et d’Arcet, auxquels Tillet fut ensuite associé.
Cette Commission, composée de noms si éminents, ne se borna pas à étudier le projet de l’architecte Poyel; elle voulut connaitre par elle-même la si-
tuation de l’Hôtel-Dieu. Mais l’Adininistration n’eut pas honte de lui en interdire l’entrée et de lui refuser toute communication des plans, des règlements et des registres. Tenon y suppléa. Depuis quarante ans il observait en silence et recueillait d’aflfreux détails que lui fournissaient des médecins et des chirurgiens de ses amis, employés dans la maison.
Bailly, chargé d’écrire le rapport de l’Académie, eut le bon esprit de sentir que tous les artifices de l’éloquence ne pourraient qu’affaiblir un pareil tableau ; il s’en tint à l’énoncé rigoureux des faits, à un simple extrait du travail de Tenon, et son ouvrage eut un effet prodigieux (1).
Présenté à l’Académie le 2 décembre 1786, le rapport de la Commission peut être considéré comme un traité lumineux sur le régime hygiénique des hôpitaux. Il se terminait par la proposition de transformer l’Hôtel-Dieu en quatre hôpitaux, chacun pour 1,200 malades. « Si le roi, y estil dit, n’a encore rien statué à cet égard , il a pesé dans son cœur les intérêts de l’indigence souffrante; il à senti qu’un grand hôpital est une grande calamité, et la bonté souveraine a eu la pensée d’y substituer plusieurs hôpitaux. Il faut que le pauvre le sache, et le pauvre ne l’oubhera pas. Il faut surtout qu’il se souvienne, lorsqu’il sera couché seul dans
(1) Baron Cuvier, Eloge de Jacques Tenon, 1817.
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ces hôpitaux, qu’il le doit autant à la sensibilité de riiomme qu’à la bienfaisance du monarque (1). »
Les médecins remplirent un rôle très actif dans la publication des écrits propres à éclairer l’opinion du public et des administrations. Parmi eux se distinguent l’abbé Teissier, docteur en médecine, de l’Académie des sciences ; les docteurs Regnier, Antoine Petit, Le Roi, et enfin le professeur Tenon qui, en 1788, fit connaître le résultat de ses laborieuses recherches. Il eut le mérite de réunir pour la première fois dans un corps d’ouvrage les grands principes du régime sanitaire des hôpitaux : ses mémoires, au nombre de cinq, seront toujours consultés avec fruit ; ils sont pleins d’observations critiques judicieuses et de sages prescriptions.
Cet esprit de réforme se répandait dans les provinces. A rHôtel-Dieu de Lyon un même lit contenait toujours deux malades et quelquefois un plus grand nombre, c’est-à-dire quatre à cinq. Les recteurs se montraient fort désireux d’abolir cet usage déplorable. Privés de toute ressource pécuniaire pour l’accomplissement de leurs généreux desseins, ils firent, en 1787, un appel à la charité lyonnaise ; ce ne fut pas en vain. La ville tout entière prit part aux souscriptions. Il s’agissait de créer 300 lits en fer d’un mètre environ de lar-
(1) Paroles de Bailly que M. Arago a modifiées dans la Biographie de L.-S. Bailly^ Annuaire des longitudes 1853, page 468.
,10 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ.
geur, et de recouper 436 lits en bois, afin que leur largeur ne dépassât pas la proportion nécessaire à un seul malade. L’argent arriva de toutes parts avec tant d’empressement et d’abondance, qu’eu moins de six semaines non-seulement les listes de souscription étaient remplies, mais encore qu’elles fournissaient un excédant assez considérable pour payer 134 lits en sus du projet. Le souvenir de cet élan de la charité lyonnaise reste consacré par les huit tables de marbre blanc, écrites en lettres d’or, qui sont placées sous le grand dôme del’Hôteh Dieu. L’archevêque de Lyon, Monseigneur Malvin de Montazet, s’associa libéralement à cette bonne oeuvre en fournissant de ses deniers tous les lits contenus dans une salle, à laquelle son nom reste attaché : elle est ornée de son portrait et d’une inscription commémorative. Ces deux objets, récemment restaurés, attestent la perpétuité du respect pour la naémoire du fondateur.
Cet hôpital peut donc revendiquer l’honneur d’avoir montré le premier les avantages des lits en fer, et provoqué par son initiative une émulation générale.
Sur ces entrefaites, la révolution de 1789 éclata; la Terreur vint bouleverser la société française; les biens des hôpitaux furent saisis, vendus ou dissipés. Lorsque, après cette époque sanglante et à jamais exécrable, la France commença à se rasseoir sur sa base, les hôpitaux attirèrent de nouveau l’attention
SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 11
du Gouvernement, et excitèrent au plus haut degré la sympathie publiqne.
En attendant les améliorations qu’ils devaient obtenir plus tard, ces établissements reçurent des dénominations nouvelles. Celle d’Hôtel-Dieu rappelait trop la religion et la charité chrétiennes; celle d’hôpital était trop répugnante, alors que la philanthropie , la sensibilité et la mélancohe étaient à la mode. On chercha par des noms plus philosophiques et plus doux à éçarter de l’esprit des images horribles, et l’on ne voulut plus reconnaître que des hospices civils et militaires : l’Hôtel de Paris se vit longtemps décoré du titre de grand Hospice de l’Humanité.
Quoi qu’il en soit de cette déviation du sens véritable des mots, la charité publique, qui s’intitulait philanthropie et bienfaisance, associa sesdons àceux du Gouvernement. Enfin l’ère régénératrice du Consulat fut marquée par les soins attentifs apportés au régime des hôpitaux. Le vainqueur de Marengo, dans sa visite à l’Hôtel-Dieu de Paris, ordonna l’érection d’un monunient à la mémoire de Bichat et de Desault, et chercha à introduire dans ce vaste établissement, l’ordre et la salubrité dont les hôpitaux Necker, Beaujon, la Charité, St-Louis, etc., offraient d’heureux modèles. Ce fut bientôt après que le premier Consul, pendant son séjour à Lyon, en 1802, y reconstitua l’administration hospitalière que la tourmente révolutionnaire avait renversée.
Les travaux d’assainissement de l’Hôtel-Dieu de
12 SALÜBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü.
Paris furent poursuivis sous l’Empire et sous la Restauration. Mais les progrès les plus notables dans la voie de la salubrité datent de l’avénement du roi Louis-Philippe, et de l’impulsion qu’il donna, par son propre exemple, à l’achèvement et à l’amélioration de tous les édifices publics de la capitale et des provinces.
Les considérations qui précèdent ne nous ont point paru étrangères à l’objet essentiel de ces études ; elles vont servir à expliquer et à justifier la situation stationnaire, au point de vue de l’hygiène, dans laquelle se sont maintenus jusqu’à une époque récente l’hospice de la Charité et l’Hôtel-Dieu de Lyon.
L’Administration des hôpitaux de Lyon, réorganisée en 1802, avait repris les habitudes d’ordre et de conservation qui se perpétuaient dans ces étabhssements d’une manière traditionnelle. Redoutant les innovations, considérées comme révolutionnaires, elle proclamait la sagesse des temps anciens et s’apphquait à maintenir dans leur intégrité l’esprit et les habitudes consacrées par un long usage.
A cette tradition inaltérable de respect pour les oeuvres du passé, succéda tout-à-coup un principe contraire. Ce fut en 1830. L’Administration hospitalière, entièrement renouvelée, ne tarda pas à montrer de nouvelles tendances, des idées nouvelles : la tradition des usages stationnaires était rompue; on voulut remplacer l’immobilité par le progrès.
SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DÎEÜ. 13
Loin de moi la pensée de donner ici des éloges à l’Administration actuelle aux dépens de celle qui ye* nait de se retirer. L’ancienne Administration s’était signalée par un zèle, un dévouement et un sentiment de charité chrétienne qu’on peut égaler peutêtre , mais qn’on ne surpassera jamais. En lui rendant cet hommage si bien mérité, nous croyons être le fidèle interprète de l’opinion unanime de nos concitoyens, Toutefois on dira, peut-être, que trop exactement soumise à une règle très louable de conduite, la conservation, elle ne sentait pas assez la nécessité d’innover dans le régime des hôpitaux les applications hygiéniques, et de suivre le mouvement que la science imprimait à tous les établissements publics, notamment à ceux qui servent de refiige aux malades et aux blessés. EUe entourait ceux-ci de soins attentifs et bienfaisants ; elle ménageait sagement la fortune des pauvres, mais en donnant à ses actes une direction différente de celle qui nous occupe dans ce travail.
Après cet exposé très explicite de mes sentiments, auxquels se joint l’expression de mon respect pour l’Administtation pleine de dignité que j’ai vue présidée par MM. de Lacroix-Laval , Delphin et de Virieu, il ne peut y avoir, dans ce qui va suivre, aucun prétexte à des interprétations fâcheuses, que d’avance je repousserais de toutes mes forces. Qu’il me soit donc permis maintenant d’aborder, en toute liberté d’esprit, Texamen des grands changements
14 SALUBRITÉ DE l’hOTEL-^DIEU;
qui ont successivement ramené à de meilleures cùn^
ditions hygiéniques l’Hôtel-Dieu de Lyon.
Fondé en 542 par le roi Childebert, fils de Clovis, et par sa femme la reine Ultrogothe, agissant sous la pieuse influence de saint Sacerdos, évêque de Lyon, notre Hôtel-Dieu est un des plus anciens hôpitaux de France.
Bien des constructions se sont succédé, dans la suite des temps, sur le vaste terrain de cet établissement hospitalier primitivement éloigné des habitations, et dont la surface de forme oblongue n’a pas moins de 30,870 mètres carrés. Les plus anciennes constructions, parmi celles qui concourent à l’ensemble de l’édifice, ne remontent pas au-delà du XVI® et du commencement du xvii® siècle.
En 1637 fut bâtie l’église, remarquable par son architecture élégante. Ducillet en avait donné lé plan, et plus tard André Palladio, de Vicence, se chargea du soin de l’embellir. C’est à la même époque que furent construites les quatre salles disposées en forme d’une croix, au centre de laquelle se trouvent un vestibule quadrilatère et un bel autel de marbre surmontés d’une élégante coupole, appelée par comparaison le petit dôme.
SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 15
Mais c’est du côté du quai du Rhône que la vue est frappée de l’aspect monumental et majestueux de l’Hôtel-Dieu. Là, sa façade se déploie sur une longueur de 315 mètres.
D’une architecture peut-être trop magnifique pour une telle destination, ornée des statues colossales des royaux fondateurs et de figures allégoriques, surmontée du grand dôme au sommet duquel un groupe d’anges soutient la croix, cette vaste façade a été terminée de nos jours. La partie qui joint le corps de bâtiment du grand dôme à l’aile septentrionale restait inachevée : elle fiit construite en l’année 1821, grâce à la munificence du duc d’Angoulême. Quant à l’aile méridionale, sa date est encore plus récente.
Ce n’est pas au luxe du dehors que nous devons nous arrêter; ce sont les dispositions intérieures qui appellent spécialement notre attention. Si elles ne répondaient pas, par leur salubrité, à la richesse de l’ornementation étalée aux regards, celle-ci ne pourrait être pardonnée : elle serait d’autant plus répréhensible quelle aurait causé une cruelle déception (1).
Sous la coupole du dôme que soutiennent des pilastres d’ordre corinthien, on voit un immense vestibule pavé de marbre, au centre duquel un ma-
(1) Mémoire sur les hôpitaux et les secours à domicile , par le docteur de Polinièee. Lyon, 1821 , in-8.
16 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ.
gnifique autel formé de marbres précieux est entouré d’une balustrade dorée. Quatre grandes salles de malades, deux au premier étage, deux au second, viennent aboutir à ce vestibule, remarquable par ses proportions grandioses et ses ornements architectoniques.
Ce n’est pas comme objets de pure décoration que nous mentionnons le grand et le petit dômes de l’Hôtel-Dieu; ils fournissent de puissants moyens de ventilation et d’assainissement. Les miasmes méphitiques étant toujours en ascension, se trouvent incessamment appelés et recueillis dans ces vastes entonnoirs qu’ils parcourent sans y séjourner, trar versent les ouvertures toujours béantes du sommet, et se dispersent dans les régions élevées de l’atmosphère extérieure..
La, masse des gaz méphitiques qui s’accumulent et trouvent leur issue dans les lan ternons des dômes est incroyable : on ne pourrait s’en faire aucune idée lorsqu’on visite, les salles, et qn’on respire un air exempt de toute mauvaise odeur près des autels placés sous les coupoles des dômes. Pendant ce temps-là, que des ouvriers soient obligés de pénétrer dans rintérieur de la coupole ou des lanternons pour y exécuter des travaux, ils ne peuvent y rester que pendant une heure et demie tout au plus. Quelquefois même, après une demi-heure de séjour dans ce milieu infect, ils en sortent pâles, abattus et tellement incommodés, que parfois ils tombent en dé-
SALUBBITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. l"/
faillance. Plusieurs ouvriers sont obligés de s’y succéder pour faire la besogne d’un seul homme.
La ventilation produite par les courants des dômes ne peut avoir lieu sans devenir une cause de refroidissement pour les salles, qui pourrait être très nuisible, surtout pendant la saison d’hiver. Nous verrons bientôt comment on a remédié à cet inconvénient.
Quelque admiration que l’on accorde aux belles lignes architecturales de Souffrot, qui a fait de notre Hôtel-Dieu l’un des édifices les plus imposants et les plus brillants de la cité, on doit reconnaître .que ce grand artiste ne s’est pas suffisamment inspiré des études hygiéniques concernant les hôpitaux; et pourtant elles étaient déjà portées à un haut degré, ainsi que le témoignent les travaux philanthropiques de cette époque. Plusieurs fautes auraient été évitées : l’architecte n’aurait sans doute pas consenti à -morceler le sol par de petites cours d’un espace beaucoup trop restreint; disposition d’autant plus mauvaise que les corps de bâtiments très élevés qui les entourent, empêchent l’air et les rayons du soleil d’y pénétrer convenablement; il n’aurait pas donné aux salles de malades des proportions qui paraissent exagérées. Elles le sont en effet, surtout si l’on se renferme exclusivement dans le système de Tenon qui demande des salles de quatre, huit, dix, douze lits, et ne permet pas qu’on dépasse le nombre de vingt-quatre. « Nous ne plaçons, dit-il, que vingt-quatre lits dans les plus grandes salles...,
18 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü.
pour ne pas rassembler trop de malades dans un même lieu... Ce n’a été qu’après m’être étayé de mon mieux par des observations répétées pour éviter les maux qui naissent de salles trop hautes et trop fi-oides, trop basses et trop chaudes et trop fétides, qu’enfin je me suis déterminé à lenr donner quinze toises de long, vingt-cinq pieds de large, seize pieds de hauteur à celles des malades et quinze à celles des convalescents (1). »
Mais il ne faut pas oublier que le savant réformateur écrivait sous l’impression de l’horrible spectacle des vastes salles encombrées et puantes de l’Hôtel- Dieu de Paris. Les auteurs modernes, exempts de cette pénible émotion, n’en ont pas moins adopté ses idées ; on les retrouve partout ; et c’était justice : car il est difficile de pénétrer plus avant que Tenon dans ces questions complexes et d’un si haut intérêt, dont l’examen approfondi a rempli une grande partie de sa généreuse et belle vie.
Partant de ce principe, excellent sans doute, qu’on doit autant que possible rapprocher le malade placé dans un hôpital, des conditions d’isolement que lui ofiriraitun domicile particulier, ces auteurs exigent aussi des salles de la contenance de douze lits (2), et ne permettent pas qu’elles en reçoivent un plus grand nombre. Tout cela est d’une facile exécution
(1) Tenon, 5« Mémoire, p. 4S6, note -, in-4, 1788.
(2) M. le professeur Trousseau,
dans un petit hôpital ; mais dès qu’il s’agit d’un de ces grands établissements hospitaliers destinés à abriter de mille à douze cents malades^ les recommandations en faveur des petites salles sont-elles encore aussi applicablés ? Nous ne le pensons pas ; et il nous semble que cette réprobation dont on a frappé les grandes salles est trop absolue. Invoquons la parole d’un homme compétent : « Il est faux, dit Goste, premier médecin des armées, qu’il soit impossible de rendre de grands hôpitaux salubres; ce n’est point le nombre de lits, mais leur proportion trop forte en raison de l’espace, qui engendre le méphitisme (!)• »
Il est bon, sans doute, de ne pas dépasser une certaine limite, qui a été assez généralement reculée jusqu’au chiffre de quarante à cinquante lits par salle (2) 5 mais le point essentiel, c’est le maintien de la salubrité. Que les grandes salles, telles que les nôtres, soient dotées d’un air abondant et facilement renouvelé, que la propreté y règne constamment , seront-elles nuisibles à la vie des hommes ? A cette question, les faits journaliers répondent d’une manière péremptoire. Nous reviendrons bientôt sur cet important objet à propos de l’aération des salles. En attendant, qu’une réflexion nous soit permise. Dans un grand hôpital^ le service a ses exi-
(1) Dictionnaire des Sciences médicales, t. xxij p. 443;
(2) M. Michel Lévy j Traité d’hygiène publique et privée * t. ti, p. 615]: 2 vol. in-8®; Paris, Baillière, 1850.
20 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.
gences; il doit être fait non-seulement avec ordre et économie, mais encore avec facilité et promptitude. Or comment pourrait-on, au milieu de subdivisions des services par petites salles de quatre, six, huit, dix et douze lits, fonctionner régulièrer ment et promptement? ne faudrait il pas commencer par doubler le personnel des servants ? Ces considérations administratives ne sauraient trouver ici un développement qui nous entraînerait au-delà des bornes de notre sujet. Poursuivons.
Quoique nous ayons signalé les reproches légitimes qui peuvent être adressés à l’œuvre de Soufflot, l’illustre auteur du Panthéon n’en a pas moins réahsé dans nos murs une grande pensée, en dotant les malades pauvres d’un magnifique lieu de refuge, emblème majestueux de la charité, qui, à toutes les époques, a formé un des traits distinctifs du caractère lyonnais.
La population de l’Hôtel-Dieu a éprouvé des variations quant au nombre et à l’état des personnes malades. C’est ainsi qu’avant la création de l’Hôpital militaire, les officiers, sous-officiers et soldats de la garnison ou de passage, y étaient admis dans des salles actuellement occupées par des malades de la classe ouvrière. C’est ainsi que les enfants de deux à quatorze ans de notre ville y étaient mêlés avec les adultes, avant l’institution de l’Hôpital des enfants malades dans le claustral de l’hospice de la Charité. Espérons que cet hôpital d’enfants étendra son bienfait au-delà du cercle dans lequel il est restreint, et qu’il
SALÜERITÉ DE l’hÔTEL-DIEU. 21
s’ouvrira non-seulement aux enfants de l’agglomération lyonnaise, mais encore à ceux qui lui sont étrangers et qui se trouvent encore en trop grand nombre dans les salles de l’Hôtel-Dieu.
Aujourd’hui la population de l’Hôtel-Dieu com¬
prend :
Hommes fiévreux, 260 |
Hommes blessés, 290 5 ‘ ‘ ‘ ’
Femmes fiévreuses, 390 j Femmes blessées, 170 ;
Femmes en couche. . . . . . . 30
Econome, aumôniers, frères, sœurs, et
employés logés dans rétablissement. 21^8
Sept médecins et un professeur de clinique médicale.
Trois chirurgiens et un professeur de clinique chirurgicale, secondés par vingt élèves internes.
Un pharmacien, ayant sous ses ordres plusieurs frères et sœurs, composent le service de santé.
Pour une telle population, renfermée dans la même enceinte, l’espace est-il suffisant? la ventilation est-elle facile et abondante? les conditions hygiéniques, en un mot, sont-elles bonnes? les changements introduits dans le régime des malades, dans la disposition matérielle de l’édifice, ont-ils exercé une influence sur la vie des hommes et diminué la mortalité? Ce sont là précisément les
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questions que nous cherchons à résoudre, en prenant notre point de départ à l’année \ 830,
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Installée le 19 octobre 1830, la nouvelle Administration commença en 1832 ses travaux d’assainissement, sous la présidence de M. Terme, et les poursuivit sans relâche pendant les années suivantes (1).
L’Hôtel-Dieu était imprégné dans toutes les parties de l’édifice d’une odeur infecte, causée et entretenue par les émanations provenant des cours, des salles de dissection, du dépôt des morts, des salles de malades et de la boucherie.
Il existe dans les cours, dans la cave même et dans les cuisines de nombreuses ouvertures, destinées à recevoir les eaux pluviales et ménagères qui se rendent au Rhône par des conduits souterrains. Ceux-ci communiquent avec les égouts
(1) Je devrais mentionner souvent mon ami , M, Terme ; car il a montré dans l’administration des hôpitaux, comme plus tard dans celle de la ville de Lyon, dont il fut l’un des maires les plus honorés, cette haute intelligence et ce dévouement au bien puhlic, qui surmontent les difficultés et produisent les œuvres utiles êt durables.
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chargés de toutes les immondices de l’hôpital. Il s’échappait incessamment, par ces orifices béants, des masses de gaz fétides et délétères qui viciaient l’atmosphère des cours et pénétraient dans les salles des malades. A cette mauvaise odeur venant du dehors, se joignait celle que répandaient dans l’intérieur des salles les latrines et les chaises percées.
On eut soin de faire un curage complet des égouts, de réparer les canaux et d’en fermer les orifices au moyen de cuvettes à la de Parcieux. Les latrines eurent des appareils inodores, et les chaises percées furent munies de vases hermétiquement fermés. Il en résulta une amélioration appréciable dans la qualité de l’air confiné des cours, des salles de malades et de leurs dépendances.
On établit des fourneaux de fonte en forme de potager dans quinze salles de malades, et bientôt après dans toutes les autres. Il serait à désirer, peutêtre, qu’ils jfussent placés à proximité des salles, et non dans leur intérieur ; tels qu’ils sont cependant, ils rendent des services réels : on y chauffe facilement les remèdes internes ou externes, ainsi que le linge de corps. Chacun de ces fourneaux remplit, en outre, une fonction importante : au moyen de sa cheminée d’appel, il attire et chasse sans cesse une masse d’air confiné, et procure de la sorte une ventilation bienfaisante. Qu’on n’abuse pas de ces fourneaux pour y faire indûment la cuisine, ils ne mériteront plus les reproches qu’on leur a souvent adressés.
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L’Hôtel-Dieu ne possédait que quelques baignoires en mauvais état, absolument insuffisantes aux besoins. On organisa un système de bains et de douches assez satisfaisant, mais qui devait quelques années après se développer dans de grandes proportions.
Au commencement-de Tannée 1832, le zèle des Administrations municipales et hospitalières était stimulé par la marche et les approches menaçantes du choléra asiatique ; avant même qu’il eût éclaté à Paris, on sentait la nécessité urgente d’améliorer, autant que possible, les conditions de la salubrité publique : aussi fit-on de grands efforts dans ce sens à THôtel-Dieu. Blanchiment à la chaux d’une partie des murs de l’édifice au dedans et au dehors, nettoiement des cours, réfection de leur pavé afin d’accélérer l’écoulement des eaux, ouverture de plu^ sieurs ventilateurs dans les salles, ordres sévèrès relativement au maintien de la propreté, rien ne fiit négligé.
Enfin, le Conseil d’administration osa prendre une délibération qui fait époque. Nous avons dit qn’en 1787, lors de la création des lits en fer, leur largeur réduite à un mètre avait été calculée dans l’intention que chaque lit ne pût recevoir qu’une personne seule. Cependant, malgré cette précaution, on continuait à coucher deux malades dans le même lit. Cette coutume barbare, empruntée au moyenâge et abolie dans tous les hôpitaux des nations civilisées, se perpétuait parmi nous, sous l’empire
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de la routine, à la grande surprise des étrangers.
Le Conseil arrêta, dans sa séance du 25 avril 1832, qu’à partir dü l®*" mai de la présente année, il n’y aurait jamais, sous aucun prétexte, deux malades couchés dans le même lit; et depuis cette époque jusqu’à ce jour, cette décision a été respectée.
Pour faire prévaloir cette mesure, si salutaire, si sage, si hautement approuvée par la raison et la morale, il fallait pourtant la réunion de deux circonstances : l’imminence dans nos murs du terrible fléau qui déjà frappait la capitale; et surtout les volontés unies des membres d’une Administration toute nouvelle, dont la marche n’était point gênée par les tiraillements et les embarras de la tradition. Cela est si vrai, que dans le principe quelques esprits éclairés, mais trop facilement assujettis aux habitudes routinières, ne manquèrent pas de raisonnements spécieux pour s’élever contre une décision , qu’ils considéraient comme trop sévère et trop absolue et qu’aujourd’hui ils sont forcés d’approuver sans aucune restriction.
Dans les hôpitaux de Paris, les malades sont couchés dans des lits' à rideaux et sans ciel. Ici la disposition est différente, il n’y a de rideaux que pour les lits des salles payantes (1). Tous nos lits en fer, longs de 2 mètres et larges de 90 centimètres , ont
(1) Dans ces salles, chaque malade payait par journée 2 francs, qui ont été réduits à 1 franc 25 centimes.
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un ciel en toile blanche, accompagné d’une toile qui tombe du côté du chevet et l’enveloppe ; le ciel est joint à une bande de toile appelée tour de lit, et qui forme avec le ciel une sorte de baldaquin. Autrefois ce tour de lit, qui était en drap pendant la saison d’hiver, descendait à 70 centimètres au-dessous du ciel. Afin d’examiner un malade, il fallait que le médecin glissât sa tête sous ce tour de lit pour la relever dans un réceptacle de miasmes fétides sans issue.
Sur ma demande, les tours de lit furent réduits à 40 centimètres de hauteur (1). L’inconvénient, quoique diminué, subsistait ; je le fis disparaître en restreignant l’étendue de la toile du ciel de lit du côté des pieds du malade, de manière à laisser un large passage aux miasmes. Cette mesure si simple et si avantageuse, appliquée maintenant à tous les lits de l’Hôtel-Dieu, a contribué à purifier l’atmosphère particulière à chaque malade, et par conséquent à assainir l’air confiné dans les salles.
Les canaux et les égouts furent l’objet de nouvelles réparations; l’église et le réfectoire, ainsi qu’une
(1) La direction de l’Hôtel-Dieu était alors confiée à un administrateur dont le dévouement et les lumières y ont laissé de profonds souvenirs de reconnaissance, M. Jacquier, père de l’un de nos collègues.
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