‹ Considérations sur la salubrité de l’Hôtel-Dieu et de l’Hospice de la Charité de LyonChapitre 3 sur 35 · partie des corps de bâtiment, reçurent des améliorations notables · texte numérisé non relu

partie des corps de bâtiment, reçurent des améliorations notables

La salle Montazet et les salles dites des Quatre- Rangs, qui s’ouvrent sous le petit dôme, furent restaurées complètement; on remit à neuf plusieurs toits dont les gouttières, hors de service, furent remplacées. Ces travaux, qui demandaient du temps et de fortes dépenses, se poursuivirent pendant les deux années suivantes.

tS35—1836.

On plaça dans toutes les cours des guérites-urinoirs, et les réparations furent continuées sur divers points.

La cour d’entrée s’élevait d’un mètre au-dessus de la galerie en forme de cloître, qui l’entoure; il en résultait une humidité permanente, fort malsaine pour tous les locaux situés dans ce périmètre. La cour fiit abaissée et pavée au niveau des dalles de la galerie. La croix placée au centre de la cour fut restaurée.

C’est à cette date que se rapporte un changement important relatif aux salles de dissection. Elles étaient établies au deuxième étage, au-dessus de la salle Ste-Anne, dans un corps de bâtiment entouré de salles de malades, de telle sorte que des fenêtres voisines on voyait les cadavres mutilés par le scal-

28 SALUBRITÉ DE LHÔTEL-DlEn.

pel des étudiants. Il y avait, en outre, trois cabinets situés au deuxième et au premier étage, où les chirurgiens pratiquaient des opérations sur le cadavre , faisaient des préparations anatomiques, et tenaient en macération des débris humains. C’étaient autant de foyers d’infection, indépendamment du dégoûtant spectacle de ces translations continuelles de cadavres par les escaliers à l’usage des malades.

Sur la proposition de l’administrateur de l’intérieur, M. Delahante, qui devait bientôt remplacer M. Terme au fauteuil de la présidence, ce vicieux état de choses dut cesser. — Dans la cour méridionale, dite des Internes, on construisit un amphithéâtre pour les études anatomiques, et les locaux naguère infectés, se transformèrent en salles destinées aux malades : ce sont la salle St-Roch et la Clinique médicale. Les cabinets anatomiques des chirurgiens furent purifiés, et servirent comme annexes aux salles voisines.

L’état de vétusté, l’aspect hideux des murs dont les enduits tombaient de toutes parts, exigeaient une restauration complète de l’édifice; on l’entreprit sur une vaste échelle. Tous les corps de bâtiment donnant sur les cours furent recrépis et blanchis; ce travail s’étendit à l’intérieur des salles, dont tous les plafonds reçurent des couches de badigeon.

SALUBRITÉ DÉ l’hÔTEL-DIE ü. 29

Plusieurs boutiques de la façade du Rhône étaient occupées par des marbriers ; le bruit de la scie, l’odeur infecte et pénétrante du mastic en fusion, incommodaient les malades. Voulant remédier à ces graves inconvénients,, le Conseil décida que tous les locataires à profession incommode ou insalubre ne seraient plus admis dans ces locaux, et que ceux qui les habitaient recevraient immédiatement la résiliation de leur bail avec injonction de se retirer au bout de six mois.

L’Hôtel-Dieu était dépourvu d’un magasin général pour les approvisionnements. Cet entrepôt, jugé indispensable, fut créé dans d’assez grandes proportions, et composé de casiers pour recevoir les objets de nature diverse qui devaient les remplir.

En même temps qu’on restaurait la glacière, on plaçait des calorifères dans la maison des élèves internes et dans les salles de malades.

Une machine à vapeur destinée à fournir de l’eau à tous les étages, pour tous les besoins du service, s’éleva dans la cour Ste-Marie, où une buanderie commode ne tarda pas à être organisée.

Grâce à cette machine à vapeur, l’eau est devenue abondante et conserve toujours une très bonne qualité; elle provient du Rhône par filtration naturelle et s’accumule incessamment dans un puisard creusé à cet effet, jusqu’à un mètre au-dessous de l’étiage du fleuve. Epurée par son passage au travers d’un lit de gravier, cette eau est toujours limpide, fraîche en été (10® R.), et d’une température suffisante en

30 SALÜBRITÉ DE L’HOTEL-DIEti

hiver pour qu’il n’y ait pas de congélation à redou* ter. La machine à vapeur^ de la force de sept che^ vaux et qui ne la déploie pas en entier, fait mouvoir plusieurs corps de pompe qui débitent en moyenne 2,000litres d’eau par minute. Deux réservoirs, placés à trois mètres environ au-dessus du sol, desservent les bains et la buanderie; un troisième réservoir contenant trente mètres cubes d’eau, placé à dixsept mètres au-dessus du niveau du sol des cours, est destiné aux autres services : c’est de ce réservoir que les eaux se distribuent dans toutes les saUes de malades, souillardes, latrines, réfectoire, cuisine, pharmacie , promenoir, etc. Le volume d’eau est consommé à peu près dans les vingt-quatre heures.

Avant la construction de la machine à vapeur, qui date de 1839, l’eau était portée dans les salles à bras d’hommes ou par le moyen de pompes placées dans les cours. On n’usait alors, en vingt-quatre heures, que sept à huit mètres cubes d’eau, c’est-àdire trois cent quatorze de moins qu’à présent, et encore on en employait une partie à un détestable et dangereux usage dont nous parlerons, le lavage des salles.

A la distribution de l’eau se lie la fondation d’un bel établissement de bains. Déjà, en 1832, on avait amélioré les salles de bains et augmenté le nombre des baignoires. Ce n’était pas assez. L’Administration résolut de régénérer complètement cette partie essentielle du service médical, et confia son organisation à M. Rapou, qui avait fourni ailleurs des

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU. 31

preuves d’habileté en ce genre. Ce nouvel établissement, terminé en 1842, contient trente-cinq baignoires en cuivre , dix-sept pour les hommes et dixhuit pour les femmes; douze baignoires en bois, quatre appareils pour les bains de vapeur, deux appareils pour les douches de vapeur, et un pour les douches froides.On a pu y donner, dans un jour, cent quarante bains ordinaires, quarante bains de Barèges, quarante bains de vapeur et quarante douches de vapeur; mais, en général, il ne se distribue guère plus de cent quarante à cent cinquante bains par jour. Les salles de bains, spacieuses et bien aérées, offrent toutes les garanties nécessaires au maintien de la décence et de la salubrité.

Sous le petit dôme de l’Hôtel-Dieu, s’ouvrent quatre salles destinées aux femmes fiévreuses, et qui, par leur disposition eh forme dé croix, regardent l’autel de marbre qui s’élève au point central. Les quatre grandes arcades qui unissent ces salles au vestibule du dôme, tout en étant un moyen puissant de ventilation, avaient l’inconvénient de s’opposer au chauffage de ces salles pendant la saison d’hiver. Au petit dôihe comme au grand dôme, on à fermé par des portes vitrées ces larges ouvertures, mais en conservant le bienfait de la ventilation de la manière suivante : les portes vitrées du petit dôme sont surmontées d’une imposte à châssis mobiles qui s’ouvrent comme des croisées et laissent un libre passage aux miasmes en ascension. Il y a, en outre, dans la partie moyenne des plafonds de

32 SALUBRITÉ DÉ LHÔTËL-DiEÜ.

ces salles, plusieurs ouvertures fermées par des trap^ pes: celles-ci étant soulevées, l’air confiné de la salle trouve une issue facile dans les greniers toujours ouverts. G’est ainsi que le renouvellement de l’atmosphère des malades est obtenu a volonté et très promptement. Quant aux portes vitrées du grand dôme qui n’ont point d’impostes, il a suffi d’enlever quelques carreaux de vitres du rang supérieur pour conserver une ventilation permanente, sans incommoder les malades par l’impression de l’air froid. Moyennant ces simples précautions, on a maintenu le bénéfice de la ventilation du grand et du petit dômes, en garantissant les malades d’un excès d’air firoid.

1^40—iS4t.

La façade de l’Hôtel-Dieu restait incomplète; des maisons en mauvais état occupaient le sol qui devait recevoir l’aile méridionale. On entreprit sa construction, qui s’avança jusque sur la rue de la Barre. Ce grand travail amena la restauration complète de la façade, qui est ornée, nous l’avons dit, des statues du roi Childebert et de la reine ültrogothe. Pendant le siège de 1793, un certain nombre de cornicbes, de chambranles et d’ornements avaient été brisés par les boulets et les bombes, les murs avaient été crevassés en plusieurs

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü. 33

endraits. Tous ces déplorables vestiges de la guerre civile disparurent, et les attiques de la façade furent bientôt surmontés des statues allégoriques dues au ciseau facile de M. Eschhoëct. L’établissement des trottoirs compléta cet ensemble de travaux.

Toutes les salles de malades avaient un carrelage qu’on soumettait deux fois par mois à une sorte de nettoiement dont il serait difficile de se faire une idée exacte : on appelait cela le grand et le petit lavage. Le jour du grand lavage, la visite du médecin ou du chirurgien était impossible. Dans une salle de cent lits, par exemple, on répandait environ mille litres d’eau de lessive qu’on y laissait séjourner pendant plus de trois heures, en agitant les flots de ce liquide infect, au moyen de petites bêches et de balais destinés à gratter les carreaux pour en détacher la crasse qui y était adhérente. Après avoir ainsi promené cette eau de plus en plus fétide sous les lits des malades, on épongeait les carreaux, qui ne devenaient secs que vers la fin de la journée. De leurs interstices, contenant une boue humide et puante, s’élevaient des émanations nauséabondes dont l’air stagnant de la salle était tellement imprégné, que, malgré la précaution de tenir les fenêtres ouvertes, il n’avait pas encore recouvré le lendemain ses conditions normales.

Quand on n’a pas été témoin du désordre, de l’agitation bruyante qui accompagnaient cette opération de nettoiement, on ne peut pas s’en rendre

34 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

compte. Il est facile, toutefois, de concevoir combien les malades avaient à en souffrir. Quinze jours après on recommençait, mais avec plus de ménagements : c’était le petit lavage.

Les malades redoutaient avec raison les Jours de grands lavages et demandaient souvent à sortir avant leur entière guérison, afin d’être affranchis de cette fatigante incommodité. Pour les malades atteints d’affections graves, cet usage barbare avait parfois les effets les plus funestes : combien de fois* n’avons-nous pas eu à déplorer des rechutes, pour ne pas dire plus, chez les fiévreux et les blessés, à la suite de ces grands lavages !

L’Administration, écoutant enfin les justes plaintes des médecins longtemps méconnues, prit la résolution d’abolir ce mode de nettoiement; et ce ne fut pas sans peine qu’elle y parvint, tant il était protégé par l’habitude et la routine ! Aussi ne vit-on pas sans étonnement des planchers bien confectionnés, cirés et frottés, remplacer le carrelage des salles. Quelques personnes de la communauté, fort bien intentionnées, blâmèrent cette innovation en disant que les malades et les convalescents ne pourraient éviter des chutes sur un parquet ciré auquel ils n’étaient point accoutumés. Sourde à ces clameurs aussi vives que persistantes, l’Administration poursuivit son oeuvre : après avoir fait planchéïer, en 1837, les sallesMontazet, St-Bruno, etc., elle étendit ce nouveau bienfait à d’autres salles, telles que St- Louis, St-Charles, etc ; et voulant assimiler, autant

SALUBRITÉ t)E l’hÔTEL-DIEÜ. 35

que possible, aux salles planchéïées celles qui ne l’étaient pas encore, elle décida que toutes les salles qui restaient carrelées, par suite de la pénurie des finances, seraient immédiatement mises en couleur, cirées et fi-ottées. Dès ce moment les lavages furent entièrement abolis dans tous les services.

Sur ces entrefaites, une grande conquête en faveur de la salubrité de l’Hôtel-Dieu avait été réalisée : je veux parler de la suppression de la boucherie.

Tout le côté nord de l’édifice dans la direction de l’est à l’ouest était occupé par un établissement connu sous le nom de Boucherie de l’Hôpital, mais qui n’était pas simplement une réunion de boutiques destinées à l’étalage delà viande fraîche; c’était en même temps un abattoir et une tuerie. Quelles scènes pénibles exposées aux regards, dans l’un des quartiers les plus fréquentés ! Nul passant ne pouvait s’y soustraire ! A chaque instant, les animaux égorgés ou assommés faisaient entendre des bêlements ou des cris plaintifs ! Le sang coulait à flots sur les dalles de cet odieux théâtre, et s’y mêlait aux liquides infects , aux immondices accumulées ! Ce n’est pas tout : les greniers situés au-desius des boutiques, étaient remplis de débris d’animaux, tels que des peaux, de la graisse, de la corne, etc., qu’on y faisait sécher, et qui n’étaient livrés au commerce que pour être immédiatement remplacés par d’autres substances de même nature.

Si les habitants des maisons voisines en étaient fortement incommodés, jugez de l’effet qu’en res-

36 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

sentait notre population hospitalière. Enclavée dans

le claustral dont elle faisait partie, cette boucherie répandait tout à l’entour une odeur habituellement repoussante et tout-à-fait insupportable pendant les chaleurs de l’été, surtout au moment du lavage des dalles. Par les orifices des égouts destinés au service de la boucherie, s’échappaient des gaz chargés de matières animales en putréfaction : le vent du nord, au lieu de purifier l’Hôtel-Dieu, y rabattait des masses d’effluves délétères. La boucherie était, en un mot, un véritable foyer d’infection, dont on ne comprit bien toute l’horreur qu’au moment de sa démolition. Les filtrations putrides, les amas de vers et d’insectes qui pénétraient de toutes parts dans les locahtés voisines, rendirent pour les ouvriers ce travail rebutant et dangereux, à tel point que plusieurs d’entre eux tombèrent malades.

En 1840, ce lieu de puanteur et de méphitisme a été transformé en voie de conamunication et livré au public : une galerie ou passage large de plus de sept mètres, ayant cent vingt-six mètres de longueur^ surmonté d’un comble vitré suspendu à une hauteur de plus de quinze mètres, offre aujourd’hui deux rangées de boutiques élégantes. En créant cette galerie d’un aspect monumental qui fait honneur au talent de l’architecte des Hôpitaux, M. du Buisson de Christot, 1 Administration a substitué au cloaque impur, dont nos malades ressentaient la nuisible influence, un nouvel élément de salubrité.

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ.

Telles étaient les grandes améliorations que vous veniez d’opérer, lorsque vous me fîtes l’honneur de m’appeler à faire partie du Conseil. Mettant à profit cette position toute nouvelle, je vous soumis, comme administrateur, les idées hygiéniques, applicables à THôtel-Dieu , que j’avais pu concevoir comme médecin, pendant mon exercice dans les hôpitaux.

Entrés dans une voie de progrès, vous vous montriez disposés à y persévérer avec ardeur ; je crus le moment favorable pour vous proposer l’exécution d’un projet que j’avais médité depuis bien des années. Il consistait à assainir par l’accès de l’air, de la lumière et du soleil, divers locaux jusqu’alors obscurs, insalubres et impropres à tout service; à rouvrir des fenêtres murées, à en percer plusieurs dont le besoin était impérieux; à procurer par le moyen d’une large ventilation transversale, qui n’existait en aucune façon et qui pourtant était indispensable, le renouvellement facile et incessant de l’air confiné dans les cours et les salles des malades; il consistait enfin à créer des promenoirs destinés aux convalescents des deux sexes.

Pour atteindre ce but complexe et si désirable, il fallait un assez grand nombre d’agencements et de dispositions matérielles d’un ordre nouveau, auxquels on ne pouvait songer sans une première et

38 SALUBRITÉ DF. l’hÔTEL-DIFÜ.

grande opération: qui était la démolition de toutes les maisons formant le côté oriental de la rue Bourgchanin, maisons fort hautes, adossées à 'la façade occidentale de l’Hôtel-Dieu et à l’église, et construites sur le terrain même qu’il importait de déblayer pour y planter des arbres.

A l’appui de cette proposition je disais ; Les hôpitaux perdront 20,000 francs de rente; mais qu’estce qu’une telle perte d’argent, si l’on acquiert à ce prix des con’çalescences plus franches et plus promptes, un séjour moyen de malades plus court, une diminution sensible dans la mortalité, et enfin le soulagement d’un plus grand nombre d’infortunes? Ces considérations, qui furent reproduites par M. Clément Reyre, alors premier adjoint du maire et rapporteur de la Commission des immeubles, vous avaient vivement touchés. Messieurs; car, dans votre séance du 13 juillet 1842, c’est-à-dire six semaines après la présentation du projet, vous décidâtes à l’unanimité qu’il serait exécuté sans aucun retard.

En effet, l’année suivante, en 1843, seize maisons de la rue Bourgchanin avaient disparu pour faire place à une plantation d’arbres, bordée du côté de la rue d’une belle grille en fer: cette transformation fut achevée en 1844.

Cette même année, on vit les salles St-Jean et Ste- Anne éclairées par de nouvelles fenêtres, purifiées par une aération abondante, dotées, en un mot, de deux conditions qui changeaient entièrement leur aspect et leurs conditions.

SA.LUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 39

Le vaste réfectoire de la communauté, qui était sombre et humide, devint clair et salubre au moyen de la belle arcade vitrée à châssis mobiles qui remplaça le mur de l’extrémité occidentale de cette pièce donnant sur le promenoir (1845).

Le périmètre de forme oblongue du promenoir fut divisé par des murs de deux mètres de hauteur, en trois parties : la première destinée aux convalescents, la deuxième aux convalescentes, la troisième à la communauté. Sur ce dernier terrain, on bâtit des offices et des dépendances pour la cuisine qui en était dépourvue. o

Le long de la grille, on posa un trottoir dans cette rue Bourgchanin, naguère sombre et humide, aujourd’hui claire et assainie. A ce travail se lie une opération d’assainissement, trop importante pour n’être pas mentionnée : à l’entrée de cette rue, près de l’église, existe l’ouverture d’un grand canal qui chemine sous l’Hôtel-Dieu, pour aboutir au bord du Rhône. Destiné à recueillir les immondices de l’hôpital, il reçoit, en outre, les eaux pluviales et ménagères des rues adjacentes. Par l’orifice béant de ce canal, il s’élevait, sous l’action des vents du midi, des masses de vapeurs méphitiques, d’autant plus abondantes, que tous les orifices des canaux de nos cours sont, comme nous l’avons dit, fermés par des cuvettes à la de Parcieux. L’air était tellement infecté par ces émanations putrides, que, dans un rayon de plus de cinquante mètres, on en était fortement incommodé. C’était vainement que,

40 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

pour s’en garantir, on fermait les fenêtres des salles de malades. On parvint enfin à s’affranchir de ces influences délétères au moyen d’une cuvette inodore de grande proportion. Ce fiit un véritable service rendu et à l’Hôtel-Dieu et à tout le quartier environnant.

Plusieurs salles de malades furent restaurées et planchéïées, les caves assainies ; la lingerie, instituée depuis peu d’années, fut blanchie et plafonnée. On établit des compteurs pour le gaz, qui répandit sa lumière sur les cadrans de l’horloge et sous le grand dôme, où l’on éleva, à chaque angle du bel autel de marbre qu’on y admire, des candélabres élégants.

On acheva la façade du corps de bâtiment sur la rue de la Barre.

Si nous n’avons pas encore parlé du régime alimentaire des malades et des convalescents, c’est qu’il n’a pas donné lieu à des changements bien importants. Le pain et le vin sont, ainsi que les aliments en gras et en maigre, de très bonne qualité.

Cependant les procédés employés pour la cuisson de la viande et la confection du bouillon sont susceptibles de diverses améliorations. Il importe que les aliments des malades soient préparés complète-

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU. 41

ment à la cuisine centrale, afin qu’il n’y ait plus de prétexte de convertir en cuisines particulières les fourneaux des salles. La grande réforme que l’Administration se propose d’opérer dans cette partie du service, sera entreprise dans l’intérêt des malades, et surtout au point de vue de l’ordre et de l’économie. Car, si les aliments peuvent être rendus plus délicats afin d’être mieux appropriés à certains malades atteints d’affections graves et aux convalescents qui exigent des soins particuliers, on peut dire que, dès à présent, pour la généralité des fiévreux et des blessés, ils sont aussi bons, au moins, que dans la plupart des hôpitaux réputés par leur bon régime intérieur.

En fait d’aliments, ce qui est préjudiciable et funeste dans beaucoup d’hôpitaux, c’est l’introduction de comestibles souvent indigestes, que se permettent des parents et d’imprudents amis des malades, en trompant la surveillance exercée à la porte, quelque attentive qu’eUe soit. Notre Hôtel-Dieu offre, plus qu’aucun autre établissement hospitalier, ces déplorables exemples de rechutes de maladies et d’accidents mortels, occasionnés par l’introduction frauduleuse de comestibles et de boissons alcoohques. En effet, les visiteurs y affluent quatre fois par semaine, et rendent impossible l’exécution exacte des règlements, confiée cependant à des agents attentifs à remplir leur devoir. Si la plupart des hôpitaux se garantissent de ce danger, c’est qu’ils ne sont ouverts qu’un ou deux jours dans la semaine, et

h2 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

pendant très peu d’heures, à tous les visiteurs des malades.

On a dit que les visites des parents entretiennent les liens de la famille. Ce motif est respectable, sans doute; mais, par combien d’abus et de dangers un tel avantage n’est-il pas compensé et presque détruit! Un hôpital ne peut être tenu avec ordre et propreté , il ne peut être un asile paisible et favorable à la guérison, qu’autant qu’on aura soin d’en écarter toutes les causes de perturbation et de soustraire les malades aux écarts si redoutables du régime alimentaire prescrit par les médecins.

Une mesure administrative, de date toute récente, et adoptée sur la proposition de l’Administrateur de l’intérieur, va contribuer à diminuer l’introduction des comestibles. L’Hôtel-Dieu a un certain nombre de salles payantes, où l’on est traité à raison de 1 franc 25 centimes par jour. Les malades de cette catégorie, au nombre environ de 60, tant hommes que femmes, avaient le privilège de conserver leurs vêtements et de sortir bbrement dans la journée. Ils rapportaient presque toujours des vivres et des boissons, soit pour eux, soit pour d’autres malades. Désormais, assujettis à la loi commune, ils quitteront leurs vêtements en entrant et ne les reprendront qu’à leur sortie de l’hôpital; les promenoirs seront à leur disposition quand ils voudront respirer l’air extérieur. Grâce à cette nouvelle disposition réglementaire, des abus de plusieurs sortes et inutiles à mentionner ici, vont enfin cesser.

SALtiBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

1848—tS5S.

L’année 1848, avec tous les malheurs d’une révolution qui brisait tant d’existences et bouleversait toutes le? institutions les plus respectées, n’empêcha cependant pas le cours des améliorations dans le sein de rHôtel-Dieu. Quoique l’action de l’Administration hospitalière fut devenue précaire et semblât chaque jour près de son anéantissement, les travaux commencés se poursuivirent; loin de se ralentir pendant les années suivantes, ils reçurent une impulsion croissante. Comme ces travaux ont été, depuis 1848 jusqu’à ce jour, plus nombreux peut-être qu’à aucune autre époque, nous devons nous borner à mettre en évidence les plus considérables.

L’une des mesures les plus urgentes à prendre dans l’intérêt des malades, était relative au rétablissement de l’ordre, et c’était précisément ce qui offrait le plus de difficulté. Qu’on se rappelle cette eff’ervescence révolutionnaire, cette arrogance démocratique, qui proclamait l’abolition de tout frein, de toute règle opposée aux caprices populaires ; qu’on se rappelle ces scènes bruyantes causées par une foule de visiteurs, de colporteurs de nouvelles et de journaux, qui envahissaient du matin au soir les cours et les salles de l’Hôtel-Dieu pour y planter des arbres de liberté et y former des clubs jusque

44 SALUBRITÉ DE l’HÔTEL-DIEU.

dans les salles : on comprendra quelles étaient l’im. possibilité du repos pour les malades, les entraves des médecins pour leur service, les anxiétés de l’Administrateur de l’intérieur chargé du maintien de la décence et de l’exécution des règlements.

U parvint néanmoins par le raisonnement, par certains moyens de fermeté et de concession tour à tour employés, et enfin par des démarches réitérées auprès de l’autorité d’alors, à obtenir qu’on remettrait en vigueur les règlements concernant l’admission du public. Ce fut le commencement des améliorations intérieures entreprises sm' plusieurs points à la fois.

En entrant dans un hôpital, le malade reçoit, par les objets dont sa vue est frappée, une impression de laquelle peuvent souvent dépendre, en bien ou en mal, l’action de son traitement et l’issue de sa maladie. Suivant cette opinion d’un savant auteur, les abords d’un hôpital ne doivent avoir rien de sinistre.

Autrefois la première cour de l’Hôtel-Dieu, avec son cloître et sa croix centrale entourée d’ifs et de romarins, avait tout-à-fait l’air d’un lieu funèbre. Rendue complètement salubre par le récent établissement de canaux qui reçoivent avec promptitude les eaux pluviales, cette cour a pris un riant aspect; la croix restaurée s’élève au milieu d’un parterre de verdure, d’arbustes et de fleurs; d’autres jardins et des plantations d’arbres ont embelli les cours que traversent les malades. Toute cette végé-

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU. 45

tation, qu’on a multipliée autant que possible, récrée la vue et contribue à l’assainissement de l’atmospbère.

Dans la cour St-Martin, des bancs placés sous les arbres et autour d’un parterre, servent au repos des convalescents, ainsi que les bancs disposés le long des allées des préaux ou promenoirs. Cétte cour St-Martin, aujourd’hui salubre et agréable, ornée d’une pompe-fontaine de forme gracieuse, était, il y a peu de temps encore, fort négbgée, et recelait en outre un foyer d’infection insupportable surtout pendant les chaleurs de l’été. En effet, on avait osé établir dans la partie méridionale de la galerie qui l’entoure, le dépôt des morts, la salle, d’autopsies cadavériques, et, qui pis est, la morgue : la morgue d’une grande cité comme la nôtre, introduite dans le cœur de l’hôpital! Etait-ce tolérable? A ce grave inconvénient de la puanteur, d’autant plus forte que ce cloaque était dépourvu de tout moyen d’aération, venait se joindre le désordre causé par l’affluence des visiteurs. Il faut avoir été témoin de cet affreux spectacle; il faut avoir respiré l’air empesté de toutes les localités du voisinage; il faut avoir vu la pénible impression qu’en ressentaient les malades et les convalescents traversant cette cour, pour comprendre combien il était urgent de soustraire l’IIôtel-Dieu à ces influences méphitiques, et de cacher aux yeux des malades ces objets de dégoût et d’horreur.

Afin d’atteindre ce but, il s’agissait non-seule-

46 SALUBRITÉ DE I.’hÔTEL-DIEU.

ment de séparer la morgue, institution municipale et ici fort déplacée, de tout contact avec le séjour des malades, mais encore de restaurer la galerie en transférant sur un autre point le dépôt des morts et la salle d’autopsies cadavériques. Ce fut alors que des démarchés actives auprès du maire de Lyon, M. Reveil, eurent enfin un plein succès ; ce magistrat éclairé avait immédiatement compris l’opportunité de la réclamation, et, d’après ses ordres, une morgue fut établie dans un bateau amarré au quai de l’Hôpital.

Ce fut alors encore que, sur la demande de l’Administrateur de l’intérieur, on fit rentrer dans le service de l’Hôtel-Dieu une cour louée au public et qui devait agrandir le périmètre de la cour des amphithéâtres ; qu’on reprit également possession des maisons dites Aguettant et Linossier, occupées par des locataires qui, de leurs fenêtres, avaient vue sur les salles de dissection et assistaient aux opérations anatomiques.

La cour méridionale de l’Hôtel-Dieu contient la maison destinée au logement des élèves internes les amphithéâtres de dissection et l’écurie. Cette cour a besoin, plus que toute autre, d’être aérée et tenue avec propreté. Eh bien ! par l’adjonction des locaux dont nous venons de parler, nous avons pu:

Reconstruire sur un nouveau plan les amphithéâtres, et améliorer singulièrement leurs conditions de salubrité ;

2'’ Créer un dépôt des morts spacieux et coin-

SA.LUBRITÉ DE I,’hÔTEL-DIEü. 47

mode, dérobé à la vue des malades, ventilé notam ment du côté nord ;

3° Construire un bangar bien aéré, pour recevoir le corbillard, qui a heureusement remplacé l’ignoble tombereau employé jusqu’alors ;

4®-Loger les hommes de peine ou journaliers, organiser un atelier pour le frère serrurier ;

5" Trouver un emplacement convenable pour l’écurie et les fourrages;

6® Et dans les divers étages des deux maisons, établir des dortoirs pour les frères, des ateliers pour la confection du linge de la chirurgie, etc.

Au moyen de l’abaissement du mur qui sépare cette cour de celle de l’Ecole de médecine, un courant d’air règne du quai du Rhône à la rue de la Barre et renouvelle incessamment l’atmosphère de cette localité, qui est devenue, autant que possible, exempte de mauvaise odeur.

Une salle de malades, contenant vingt-six lits et fort commode par ses dépendances, a été créée dans un local qui était impropre à tout service: c’estla salle St-Martin, sise au rez-de-chaussée, dont les fenêtres donnent d’un côté sur la cour de ce nom, et de l’autre sur le promenoir.

Outre les fenêtres nouvelles que l’on a pu ouvrir du côté de la rue Bourgchanin, nous avons donné aox salles des opérés et de Ste-Martbe, de St-Charles et de St-Sacerdos, un supplément d’air et de lumière, en rétablissant des fenêtres qui étaient bouchées par la maçonnerie, et en multipliant, dans ces divers

48 SALUBRITÉ; DE l’hôtel-dieü.

locaux, les carreaux de vitres mobiles. Dans ces dernières années, une restauration complète opérée successivement de la salle Montazet à la salle St- Philippe, comprend douze salles, situées l’une au rez-de-chaussée, les autres au premier et au second étages, c’est-à-dire que quatre cent quarante-cinq malades se trouvent chaque jour dans de meilleures conditions de propreté qui augmentent les chances de guérison.

Quant à la salle de clinique chirurgicale ou St- Philippe, elle a été l’objet d’un travail spécial, long, difficile, fort coûteux, mais très utile. Ce local, qui renferme trente-six lits de blessés, n’avait point été primitivement destiné à cet usage. Séparé en trois parties par des murs de refend, il était en outre divisé, au moyen d’un faux plancher, en deux entresols. Les malades installés dans l’entresol inférieur manquaient d’air, malgré les ouvertures pratiquées dans le faux plancher. L’entresol supérieur était converti en une^sorte de magasin contenant des matelas et des paillasses, qui s’y trouvaient constamment imprégnés de miasmes délétères émanant de la couche des malades. Un tel état de choses exigeait une réforme radicale. Aujourd’hui cette saUe, bien aérée par sept nouvelles fenêtres et des ventilateurs, dégagée des cloisons et de l’entresol qui formaient l’ensemble le plus disgracieux, est devenue par une véritable transformation l’une des plus belles et des plus salubres de l’Hôtel-Dieu.

La façade du côté du promenoir a été, on peut le

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü. 40

dire, non-seulement restaurée, mais véritablement créée ; car elle n’existait pas lorsqu’elle ne servai t que de point d’appui aux maisons qui y étaient adossées. Percée aujourd’hui de vingt-deux grandes fenêtres, outré la grande arcade vitrée du réfectoire, cette façade, sans être comparable à celle du quai, n’en est pas moins d’une apparence monumentale.

Tous les murs de l’édifice donnant sur les cours ont été remis à neuf II a fallu laver et gratter avec des brosses de fer les belles pierres de taille déshonorées par un épais badigeon. On a fait disparaître les vieux crépis des murs, en se bornant à bien mastiquer les joints des pierres et à couvrir le tout d’un lait de chaux. Par ce procédé simple et économique, on a produit une réparation durable, et qui permettra de blanchir, à peu de Irais, les murs noircis par l’action de la fumée et du temps.

Le jardin botanique de la pharmacie a été nivelé et préservé, au moyen de canaux, du séjour des eaux pluviales et d’une humidité malsaine. Dans ce jardin deux pierres tumulaires remarquables, dont l’une a été considérée comme celle de la fille d’Young, se dégradaient de jour en jour; elles ont été restaurées.

De grandes améliorations ont été apportées à la cuisine et à ses dépendances, augmentées d’un nouvel office ; un ciel-ouvert vitré a rendu les souillardes plus commodes et plus salubres; le beau réfectoire de la communauté a été restauré.

50 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü.

L’église n’a pas été négligée ; sombre, froide, humide et réputée, non sans motif, malsaine, elle était peu fréquentée par les habitants du quartier; l’humidité était entretenue dans cet édifice par la terre et les ossements dont ses vastes caveaux étaientremplis. Agissant à la manière d’une éponge, ces amas souterrains conservaient l’eau qui s’y infiltre à chaque crue du Rhône : de là des émanations nauséabondes et délétères. Nous avons extrait 224 mètres cubes de terre et 53 mètres cubes d’ossements de ces caveaux, qui maintenant peuvent être impunément visités par l’eau du fleuve; elle ne fera que les laver sans y séjourner; ils seront d’ailleurs promptement séchés par l’action d’un calorifère dont la construction est terminée, et qui répand une douce châleur dans l’église et ses dépendances.

Grâce à la démofition des maisons adossées à l’église, on a pu rouvrir ses hautes fenêtres bouchées par la maçonnerie ; de sorte que l’air, la lumière et les rayons du soleil du midi ont tout-àfait corrigé les conditions naguère si insalubres de cet édifice, dont les clochers et la façade ont été restaurés.

Sans les restrictions que nous impose ce cadre purement hygiénique, nous parlerions des embellissements qu’ont reçus les chapelles de l’église, par la restauration des tableaux, par des peintures à la fresque, par l’acquisition d’un précieux reliquaire et de deux groupes en marbre d’une beauté

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU. 51

remarquable, éclos sous l’habile ciseau de M, Fabisch. Nous dirions encore que des orgues, dues à la munificence de l’une de nos sœurs hospitalières (la sœur Condamin), contribuent à rehausser l’importance de ce monument religieux. Mais ne nous écartons pas de notre sujet.

Dans la cour Ste-Marie, qui renferme les bains et la buanderie, on a établi deux appareils nommés hydro-extracteurs et destinés à la dessiccation du linge; un séchoir, chauffé par le calorifère Chaussenot, a été disposé au-dessus de la salle des bains. Enfin un appareil spécial, exempt de mauvaise odeur et destiné à essanger les linges des cataplasmes, les bandes et compresses à pansement, a remplacé, dans cette même cour, un autre appareil affecté à cet usage et qui, par sa proximité des salles de malades et sa mauvaise confection, était d’une puanteur repoussante.

L’air de la cour Ste-Marie incessamment imprégné d’humidité répandait dans tout le voisinage, notamment dans les salles de malades, des buées qu’une longue stagnation avait rendues fétides. Cette cour communique avec le quai du Rhône au moyen d’une allée voûtée, large et longue, qui était fermée par une grande porte cochère très rarement ouverte. Il a suffi de lui substituer une grille en fer pour changer entièrement les conditions mauvaises de tout ce quartier de l’Hôtel-Dieu. Le courant d’air qui arrive du quai balaye sans re-

52 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEU.

lâche les vapeurs et les chasse dans les régions supérieures de l’atmosphère ; il renouvelle à chaque instant l’air confiné de la cour, devenue parfaitement saluhre.

Nous avons tiré parti de cette ventilation puissante en faveur d’un établissement tout nouveau: je veux parler du dépôt général du linge sale. Sur vingt salles de malades que comprend l’Hôtel- Dieu, il en est dix qui ont chacune un dépôt de linge sale relégué dans des dépendances tout-à-fait séparées du lieu où couchent les malades. Mais, dans l’intérieur des dix autres salles, on rassemblait ce linge sale dans un cabinet borgne, hermétiquement fermé par une porte qui ne pouvait s’ouvrir sans laisser échapper des bouffées d’un air méphitique. C’était dans ces cabinets que séjournait pendant une semaine entière le linge sah par les malades atteints de fièvres graves, de dyssenterie, etc. U est facile de concevoir qu’un usage aussi condamnable devait contribuer à empester l’air respiré par les malades, et à exercer sur eux une influence funeste. C’est d’après cette considération qu’un dépôt général pour le linge sale a été créé près de la cour Ste-Marie, ou plutôt delà buanderie. Divisé par des claires-voies, il contient des cases dont le nombre correspond à celui des salles. Là, on apporte tous les matins le linge qu’ont sali huit cents malades : il est mis en ordre sur des rayons à claire-voie élevés de 40 centimètres au-dessus du plancher, et disposés de telle sorte

SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 53

qu’ils sont ventilés de tous côtés par-dessous comme par-dessus, et soumis à l’air abondant versé par la grille du quai du Rhône. Les malades ont pu être ainsi affranchis d’un élément délétère, sans qu’aucun dommage fut à craindre de la création de ce dépôt général, vu les précautions que nous avons prises pour assurer son innocuité.

Parmi les innovations de date récente, il en est une qui excite les vives sympathies et la haute approbation du public: c’est l’ouverture etla disposition du vaste local qui sert aux consultations gratuites et à l’admission des malades. On peut chaque jour en apprécier les heureux effets, surtout si l’on se reporte au temps où il n’y avait, pour l’élève interne préposé au service de la porte et pour les consultations des médecins et des chirurgiens, qu’un cabinet étroit, obscur, d’une puanteur incorrigible, dans lequel les pauvres malades se succédaient avec la plus grande difficulté, à cause du défaut d’espace. Ce spectacle, fort triste par lui-même, offrait d’autres scènes non moins tristes. Dans la galerie qui longe le bureau d’enregistrement des malades et la pharmacie , on voyait tous les jours, et surtout les jours de consultation gratuite, des centaines d’individus, atteints de maladies plus ou moins graves, rester exposés au vent sans pouvoir trouver un abri, en attendant les formalités de leur admission ou la prescription des remèdes.— Les fiévreux et les blessés apportés sur des bran-

54 SALÜBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEü.

cards restaient également, malgré le froid de la mauvaise saison, couchés en plein air. Quelle cause d’aggravation pour les malades aftéctés de fièvres éruptives, de fluxions de poitrine, etc.! N’est-il pas évident que plusieurs ont senti leur mal se compliquer d’accidents nouveaux pendant ces heures d’attente ?

Il fallait, à tout prix, faire cesser un état de choses si indigne de notre Hôtel-Dieu, si compromettant surtout pour la vie des malades. Quelles que fussent les difficultés de l’entreprise, à force d’y penser et de chercher les meilleures combinaisons , je parvins, après de nombreux essais, à vous proposer un plan que vous accueillîtes avec empressement. Enlever à la pharmacie un vaste local qui lui était nécessaire en le remplaçant par un autre encore plus spacieux et plus commode, emprunté à l’une de nos maisons louées au pubhc, telle était la base de l’opération. Dans la prévision des immenses avantages qu’elle promettait, on ne devait être retenu par aucune entrave financière. Commencés en 1850, les travaux forent poussés avec activité et bientôt amenés à leur terminaison. Aujourd’hui, en présence des résfotats obtenus et qui répondent si efficacement aux besoins des malades, ne semblerait-il pas que cette salle d’attente et ses dépendances ont toujours été disposéescomnae nous les voyons? Une salle de 84 mètres carrés de superficie se déploie sous des voûtes de 4 mètres

de hauteur, qui facilitent le chauffage entretenu par un calorifère. Des bancs à dossiers et en nombre suffisant reçoivent les malades, un espace reste vacant pour que les brancards contenant les fiévreux et les blessés soient facilement introduits dans cette enceinte. On y compte parfais jusqu’à cinq brancards ou chaises à porteur.

Deux grandes arcades vitrées, donnant sous la galerie de la cour, laissent pénétrer la lumière dans cette salle, où la pureté de l’air est entretenue par une ventilation transversale. Deux cabinets s’ouvrent au fond de la salle : l’un est occupé par les médecins, l’autre par les chirurgiens, les jours dé consultation gratuiteet, tous les jours, de neuf heures du matin à trois heures après midi, un médecin, assisté d’un élève interne, préside à l’admission des malades. Ceux-ci, munis de leurs billets , se présentent au bureau d’enregistrement qu’un vestibule joint à la grande salle. Les malades qui doivent recevoir des remèdes gratuits se rendent du côté opposé à la pharmacie , où la prescription est exécutée.

L’Hôtel-Dieu reçoit, chaque jour, de 15 à 60 nouveaux malades : c’est, en chiffire moyen, 36 à 37 admissions par jour. De plus, il donné chaque semaine 400 consultations gratuites à des malades externes, qui obtiennent aussi gratuitement les remèdes dont ils ont besoin.

Eh bien ! grâce aux dispositions nouvelles que

56 SALUBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ.

nous venons d’indiquer sommairement, l’ordre le plus satisfaisant règne dans tous les détails du service dit de la porte. C’est une des réformes dont l’Administration ait le plus à s’applaudir.

Les grandes réparations faites dans les locaux de la cour d’entrée ont été complétées par la restauration du bureau annexe et du logement des frères portiers, qui est devenu commode et salubre.

En jetant un coup d’œil rapide sur cette longue suite de travaux exécutés dans le but d’améliorer le sort de nos malades et d’accroître autour, d’eux les conditions du bien-être, nous avons dû négliger une foule de détails secondaires ; mais il est bon de mentionner que l’Administration a voté des fonds pour la formation d’une bibliothèque à leur usage. Des livres utiles et agréables, écrits dans l’esprit de la religion et de la morale, satisferont précisément à un des préceptes de l’hygiène qui s’occupe des soins de l’esprit comme de ceux du corps. Les cent premiers volumes de cette collection sont dus à la libéralité de M. Brun, libraire de l’Empereur, à Lyon.

Quoique tracée à grands traits, l’esquisse des changements considérables apportés au régime intérieur et à l’état matériel de l’Hôtel-Dieu, suffira peut-être pour démontrer que l’administration n’a reculé ni devant les difficultés, ni devant les dépenses.

Quelle a été leur influence sur la population

SALÜBRITÉ DE l’hÔTEL-DIEÜ. 57

hospitalière? La page suivante répond à cette question. Le mouvement de l’Hôtel-Dieu y est représenté dans deux périodes, composées chacune de quinze années : la première s’étend de 1823 à 1837 inclusivement; la seconde part du premier janvier 1838, époque où l’action des travaux d’assainissement a commencé à se manifester, et se termine au 31 décembre 1852.

inoiiYement de l’Hêtel-Dieu ^

Page 1