DU SUCRE
Les observations que nous venons de présenter, montrent bien la puissance d'engraissement du sucre ajouté à la ration habituelle des malades.
Comme Monsieur le Docteur TouLouse l'a déjà fait remarquer, ce sont les plus amaigris qui grossissent le plus vite.
On voit l'augmentation se produire presque aussitôt le début du régime et se continuer jusqu'à une certaine limite variable du reste pour chaque individu. A partir de ce moment le poids reste stationnaire où même diminue légèrement, et l'on note souvent une chute brusque de la courbe de poids si l'on vient à supprimer le sucre.
L'état général s'améliore ; l'appétit revient, les digestions sont faciles ; leteint se colore ; la force musculaire augmente ; et ceux des malades dont la psychose est améliorée se rendent bien compte du changement favorable qui s'est
produit dans leur état physique.
Dans tous les cas que nous avons cités l'influence de la suralimentation sucrée s'est faite sentir d'une façon énergique, et en un temps trés court, d'autant mieux qu'on avait à faire souvent à des malades n'ayant pas d’appétit et s'alimentant mal.
L'action est parfois plus lente mais elle n'en est pas moins manifeste au bout de quelques jours.
La suralimentation sucrée sera donc à conseiller chez tous les affaiblis dont la nutrition insuffisante amène un amaigrissement — chez tous les anémiques qui usent leurs réserves et se préparent un terrain favorable à l'évolution tuberculeuse.
Dans cette période de la prétuberculose qui s'accompagne presque toujours de troubles digestifs, de perte d'appétit et de vomissements suivis en général de refus d’aliments par le malade, dans la tuberculose en évolution, la suralimentation sucrée sera certainement plus facilement supportée que la suralimentation par la viande et les corps gras.
Ce n’est pas à dire que la suralimentation carnée ne soit pas d'une grande utilité. Les expériences de Monsieur le Professeur Ricaer et les observations cliniques, ont montré les bons résultats qu'on pouvait en obtenir. Malheureusement, outre qu'elle surchage l'estomac, les déchets azotés, les toxines qui en sont la résultante dans l'intestin, augmentent encore les troubles digestifs et ont souvent un retentissement défavorable sur le rein. Ce dernier en général très rapidement atteint devient insuffisant à les éliminer, et on voit bientôt apparaître tous les symptômes
de l’auto intoxication.
Mure
La suralimentation hydrocarbonée a été mise en œuvre par les médecins pour l'éviter. Ils ont prescrit en abondance tous les féculents. Mais tous exigent d'être pris sous un très grand volume qui fatigue bien vite l'estomac.
Seul de ces hydrocarbones le sucre peut être administré sous un faible volume et sans produire de déchets. Il y a donc tout avantage à établir avec le saccharose la plus grande partie de cette alimentation hydrocarbonée.
La malade P... observation XXII est un cas d’amélioration obtenue par le sucre chez une tuberculeuse. Malgré les nombreuses localisations bacillaires qu'elle a présentées, elle se trouve à l'heure actuelle complètement guérie.
Aussi nous pensons que joint à la zomothérapie et à une ration ordinaire de viande de corps gras et de féculents, une forte dose de saccharose, grâce à sa valeur nutritive et à son rôle d'épargne pour les graisses et les albuminoïdes, pourra rendre chez les tuberculeux de grands services.
L'absorption de fortes quantités de sucre sera encore d'avantage à recommander aux tuberculeux mis au lait à cause de leur intolérance gastrique. Ce sera la meilleure façon de lutter contre l'amaigrissement qui se produit en général dans ce cas ; nous avons déjà signalé les résultats remarquables obtenus par certains auteurs avec cette méthode.
Les vicillards et les enfants qu'il est souvent nécessaire de suralimenter pourront tirer à certains moments grand profit de ce régime.
Le sucre joint au lait est encore indiqué chez les fièvreux et particulièrement chez les typhiques. Cela les placera
dans un meilleur état de résistance ; ils seront moins débi-
mer À STE
lités, moins amaigris à la fin de leur hyperthermie et leur convalescence en sera d'autant plus courte.
Dans les affections gastriques où l'on est obligé de nourrir les malades par la voie rectale, on pourra diminuer et parfois même empécher la perte de poids en additionnant les lavements nutritifs de fortes quantités de sucre.
Dans les services d'aliénés, la suralimentation sucrée sera indiquée chez les excités maniaques, nuit et jour en mouvement, qui dépensent une énergie considérable et ne tardent pas à maigrir. C'est le cas des malades des observations VII et VIT.
On le donnera encore avec efficacité aux malades qu’on
doit alimenter à la sonde comme dans l'observation VI.
La suralimentation sucrée pourra amener d'heureux résultats dans les cas de psychoses développées chez des malades tuberculeux. L'amélioration de leur état physique retentit souvent sur leur état mental et peut quelquefois faire cesser leur délire.
Enfin elle permettra souvent d'éviter le développement
de la tuberculose chez beaucoup de psychopathes dont la
bacillaire.
Mais, si la suralimentation sucrée a déjà pu enregistrer un certain nombire de succès thérapeutiques, elle exige l'emploi de quelques précautions dans sa mise en œuvre.
Avant de commencer le traitement, il faut rechercher au moyen de la liqueur de Fehling ou mieux à l'aide du saccharimètre, si l'urine du malade ne renferme pas de
glycose.
En présence d'un diabétique ou d’un glycosurique, on devrait renoncer à le prescrire.
Si l'analyse a montré l'absence de cet élément pathologique, il est nécessaire, comme le recommande Monsieur le Docteur Tourousr, de faire l'épreuve de la glycosurie alimentaire. Pour cela, on fait prendre au malade 80 à 100 grammes de saccharose dissout dans 250 cc. d'eau environ et on examine les urines émises une heure, deux heures, quatre heures après son ingestion. À aucun moment, on ne doit trouver de glucose ou de saccharose.
L'épreuveétant négative, on pourra commencer à donner dès le début de fortes doses de sucre. Mais, pendant toute la durée du traitement, il faudra s'assurer, de temps à autre, tous les huit jours par exemple de l'absence de glycosurie. Si l'urine du malade produisait une réduction nette de la liqueur de Fehling, il serait bon de cesser le régime.
A quelle dose doit-on prescrire le sucre ?
Nous avons vu dans nos observations certains malades en absorber jusqu'à 300 grammes par jour.
Nous pensons cependant qu'il faut réserver ces quantités à ceux qui dépensent beaucoup d'énergie et dont les oxydations organiques sont intenses.
Les excités maniaques les supportent très bien et il est même nécessaire de les atteindre pour obtenir une augmentation de poids.
Il pourra en être de même chez certains autres malades sommes, tuberculeux par exemple au début de leur infection. Souvent, les conditions sociales obligent ces
malheureux à eflectuer, en dépit de leur état, un travail
parfois pénible, et, cette proportion de sucre sera la dose qui leur permettra de lutter efficacement contre les phénomènes de dénutrition.
Mais, dans les cas ordinaires, chez les femmes, et d'une façon générale chez les malades qui restent au repos, la dose moyenne de 200 grammes est le plus souvent suffisante. Nos observations montrent qu'on a obtenu de bons résultats avec cette quantité et même déjà avec100 ou 150 grammes qui pourraient servir de début.
D'ailleurs, les eftets du sucre se font encore mieux sentir quand il est possible de donner aux malades un régime approprié. Le lait aide beaucoup la puissance d’engraissement du saccharose. Les observations XXI et X montrent qu'on peut obtenir des augmentations de poids avec un régime composé uniquement de lait et de sucre.
Il nous reste maintenant à examiner sous quelle forme on pourra administrer le saccharose.
Les malades que nous avons observées à l'Asile le prennent à la fin du repas sous forme d'eau sucrée.
La dose est partagée de la façon suivante : 1/5° au petit déjeûner du matin, 2/5° à chacun des autres repas.
Quand on donne le régime lacté absolu, le sucre est simplement dissout dans le lait.
Mais il est très facile de faire varier le mode d'administration et le malade arrive à prendre ses 200 grammes desucre sans aucun dégoût et souvent même avec plaisir, chose qui n'est pas sans importance si l'on songe à son appétit capricieux.
On pourra le donner en partie sous forme de confitures
dont l'arome peut être très varié. Bien préparées, elles
doivent renfermer environ 70 pour 0/0 d'un mélange de 3 sucres, saccharose, glucose et levulose dans lequel le premier domine.
Le chocolat servira aussi d'excipient au sucre. Il en contient à peu près la moitié de son poids.
Le miel constitué par du sucre interverti dans la proportion de 77 pour 0/j c'est-à-dire par les produits de dédoublement du saccharose sera quelquefois préféré par les malades.
Certains fruits desséchés arrivent à avoir une teneur très élevée en saccharose : les dattes 61 0/0, les figues 49 pour 0/0, les pruneaux #4 pour 0/0, les abricots 63 pour 0/6 ; ils pourront être utilisés pour établir la ration sucrée.
Il sera possible d'introduire dans le régime quelques entremets ou plats sucrés légers, crèmes de différents parfums ; et, on satisfaira souvent à cet égard les fantaisies du malade.
Enfin, quelques infusions aromatiques sucrées ou sirops étendus d'eau permettront, soit à la fin des repas, soit dans leur intervalle; de compléter la ration de saccharose. Quelques malades prennent même plaisir à croquer de temps en temps du sucre en nature.
Comme on le voit, on peut fort agrémenter la forme d'administration de ce régime ct nombreux seraient les types de menus qu'on pourrait proposer. Nous nous bornerons à en indiquer un ou deux comme exemple :
Déjeûner du matin : Lait 200% ; Sucre 24 gr. ; Pain 50 gr. ; Beurre 20 gr.
10 heures : une infusion aromatique avec sucre 16 gr.
Repas de midi: Viande rôtie 100 gr. ; Beurre 20 gr. ;
purée de légumes ou pâtes 100 gr. ; Pain 100 gr. ; confiture 40 gr.; Boisson 250ct; fnfusionaromatiqueavec16gr.desucre.
Gouter : Confiture 40 gr. ; Pain ou 4 biscuit 40 gr ; Infusion ou eau avec sucre 24 gr.
Repas du soir : Potage 100% ; Pain 400 gr. ; viande 100 gr. ; Légume vert 100 gr. ; Beurre 20 gr. ; un entremet avec 1 jaune d'œuf et 24 gr. de sucre ; 1 fruit frais ; Boisson 250 ; Infusion aromatique avec sucre 16 gr.
10 heures du soir : Infusion ou eau avec sucre 24 gr.
Ce régime est constitué par :
95 grammes d’albuminoides
83 — de graisses
457 — d'hydrocarbones correspondants à environ 2910 calories.
Le sucre y entre dans une proportion d'environ 210 grammes dont 144 donnés en nature.
Cette ration conviendra très bien à un malade au repos surtout à une femme. Ne représentant qu'un volume réduit, elle sera facilement supportée par l'estomac des dyspeptiques.
Pour les hommes obligés à travailler et à dépenser de l'énergie, il faudrait augmenter encore ie sucre et les légumes secs.
Dans les cas de tuberculose à évolution rapide, on accentuera sa valeur nutritive en ajoutant 500% de lait et 4 jaune d'œuf qu'on fera prendre à 4 heures et dans la nuit.
La ration comprendra environ :
418 gr. d'albuminoides 110 gr. de graisses
5090 gr. d'hydrocarbones