HISTORIQUE
Le sucre est un des rares corps chimiquement définis que l’homme ait isolé pour son alimentation. Sa préparation industrielle date déjà de plus d'un siècle ; mais, il faut le reconnaître, sa haute valeur alimentaire a été méconnue
en France jusqu'à ces dernières années.
Pourtant, dès la plus haute antiquité, certains peuples ont mis à profit cette puissance nutritive des matières sucrées en les utilisant largement dans leur alimentation
journalière et dans celle de leurs malades.
Quelques auteurs, en se basant sur les écrits de Drosco- RIDE, PLINE et GALIEN, ont voulu identifier notre sucre au 54x/200v des grecs et au saccharum des latins quiavaient été importés des Indes au moment des expéditions d'Alexandre.
Muxcx et Ewan, dans leur traité de diétetique, affir-
ment qu'HrppocrATE l'employait déjà sous forme d'eau de
miel qui, avec l'acetum mulsuam, constituait la boisson des fébricitants.
Au x° siècle, Ar Apb5as, médecin arabe, préconise le
sucre dans l'alimentation des nouveaux-né6s.
LE BRETON, Inspecteur général des Remises des Capitaineries royales, dans son traité : Sur les propriétés et les effets du Sucre, paru en 1789, l'appelle « aliment », le considère comme la « panacée des vieillards » et le recommande dans un grand nombre de maladies, affections de poitrine particulièrement, comme le stimulant le plus
efficace et le meilleur adoucissant que l'on connaisse.
Les observations empiriques faites par le peuple abondent. Mais c'est surtout dans les pays chauds où la canne à sucre est très répandue, que, de temps immémorial, les habitants ont usé largement des matières sucrées, non seulement pour eux, mais aussi pour leurs animaux, en leur attribuant des propriétés stimulantes très fortes, Aussi en font-ils une consommation énorme dans tous les cas où ils ont à fournir un surcroît de travail, dans les cas, en un mot, où ils ont à se suralimenter pour couvrir l'excédent de äépenses énergetiques faites par l'organisme.
Aux Antilles, au moment de la récolte très pénible de la canne à sucre, les planteurs ont remarqué que les indigènes peuvent fournir un travail considérable, presque continu et sans pour ainsi dire dormir, à condition de leur laisser manger du sucre à volonté.
Les Arabes, dans le sud-algérien, se nourrissent presqu'exclusivement de figues et de dattes séchées, dont la
teneur en sucres arrive à être de 60 °/,. Et cette seule
mure
alimentation leur permet de résister très bien aux rigueurs du climat.
VAUGHAN HarLey cite ce mot d'un ouvrier anglais déchargeant du sucre, qui en mangeait abondamment parce qu'il avait constaté pouvoir ainsi fournir un travail plus considérable. » C’est le meilleur petit coup que l'on puisse boire. »
D'ailleurs, le peuple anglais consomme depuis longtemps de fortes quantités de sucre (40 kilogrammes par tête et par an contre 13 kilogrammes seulement en France). Et certains auteurs ont attribué à cela la vigueur de cette race et la faible proportion de tuberculeux dans ce pays.
Mais ce n'est qu'à la suite des découvertes de Claude BERNARD sur le glycogène et la glycogenèse, et des travaux de CHAUvEAU et KAUFMANX sur l'utilisation des hydrocarbones pendant la contraction musculaire, que l'on s'est rendu compte d'une facon scientifique de la valeur alimentaire du sucre. De cette époque seulement date son introduction rationnelle dans nos régimes. Et l’on peut dire que « l'alimentation au sucre n’est qu'une application pratique de la théorie générale de la glycogenèse ».
Cette théorie du sucre aliment ne s'est répandue que trés lentement dans le public, habitué qu'il était à ne voir en lui qu'un condiment agréable, dont il ne fallait même pas abuser pour sa santé et pour sa bourse.
Les heureux résultats obtenus dans le monde sportif par l'introduction de fortes quantités de sucre dans la ration journalière, les essais faits dans l’armée allemande, puis dans l'armée française, ont peu à peu effacé dans l'esprit
du public l’idée du sucre condiment.