‹ Considérations sur la valeur de la gymnastique dans l'éducation physiqueChapitre 11 sur 20 · III. — Objections d’ordre matériel et économique · texte numérisé non relu

III. — Objections d’ordre matériel et économique

Les objections d’ordre matériel se rapportent aux conditions hygiéniques défavorables dans lesquelles on pratique la gymnastique et aux installations encombrantes et coiiteuses qu’elle nécessite. Leur étude intéresse l’hygiène et l’économie sociale.

1“ La gymnastique se pratique dans des conditions hygiéniques défavorables. — Les gymnases sont, en effet, des locaux généralement clos et couverts. Les inconvénients de l’air confiné doivent s’y faire sentir d’autant mieux que l’homme en état d’activité musculaire devient une source très abondante d’émanations miasmatiques, (Recherches de d’Arsonval sur l’Antropotoxine) se surajoutant à l’acide carbonique exhalé lui aussi en plus grande quantité. Double cause de souil-

lure pour l’air^ que les poussières du gymnase mises en mouvement rendent plus impur encore.

Il serait donc illogique de contester que, i)ratiqué en plein air, l’exercice ne soit de beaucoup préférable. En fait, pendant la belle saison, nombre de gymnastes installent leurs appareils, soit sur une pelouse, soit dans une cour. Mais les mauvais jours arrivent, qui les obligent à recourir à un local couvert, ce qui n’est qu’un demi-mal, ou fermé ce qui est plus grave. C’est un pis-aller évidemment ; une hygiène bien comprise, dont l’étude sera faite dans la troisième partie de ce travail, en atténue dans une large mesure les néfastes effets. Cela est si vrai qu’en Suède où les beaux jours sont restreints, la gymnastique se fait dans des salles fermées. Pourtant tout le monde s’accorde à vanter les effets de la gymnastique suédoise. Du reste ce que nous venons de dire des gymnases s’applique avec plus de raison encore aux manèges et aux salles d’armes.

2® La gymnastique nécessite des installations compli-^ quées et coûteuses. — On a reproché à notre gymnastique la multiplicité des engins qu’elle utilise, alors que la gymnastique suédoise pédagogique ne comportait comme appareils, en dehors du matériel scolaire, que la « Bohm « (poutre horizontale) et l’espalier.

Il semble bien, en effet, que certains gymnases soient encombrés d’appareils superflus, sinon inutiles qui paraissent être là surtout pour le coup d’œil, rappelant les panoplies de fleurets et d’épées des salles d’armes. En tout cas il semble bien que ce soit le seul désir de varier les exercices qui ait poussé les

constructeurs à donner libre cours à leur faculté procréatrice d’appareils, c est leur excuse. La vérité est cpi’un nombre très restreint de ces engins peut suffire à faire de belle et bonne gymnastique; du reste, si nombreux que soient les appareils, leur nombre sera toujours inférieur à celui des machines qu’utilisent Zander à Stockholm, Nicander à Hambourg (Allemagne), pour cette chose qui paraît monstrueuse au premier abord : La gymnastique mécanique. Le prix des engins du gymnase est d’ailleurs généralement peu élevé.

Il ne saurait en être de même des accessoires des différents sports. Jouer au lawn-tennis, au foot-ball, chasser, pédaler, manier l’aviron, le fleuret, monter à cheval, sont assurément chose excellente et nousmême y avons eu recours dans les limites du possible. Mais il faut posséder pour cela matériel de lawntennis, d’escrime; il faut avoir chiens et fusils, « bécane », bateau, skiff ou yole, écurie enfin; il faut en outre pouvoir disposer de son temps, ne pas être obligé de subordonner ses loisirs aux nécessités de l’existence. Ces différentes conditions de temps, d’espace, d’argent font des sports des exercices accessibles seulement aux privilégiés de la fortune. Ces accessoires sont, du reste, presque toujours personnels et ne servent généralement qu’à un seul individu. On prête assez peu volontiers sa bicyclette; ceux qui pourraient avoir l’occasion de confier un cheval, même à un ami, sont bien rares, et, quoi qu’en dise M. Lecomte (*), il n’est pas possible d’avoir sous la main en toutes cir-

(1) Lecomte. L’escrime, thèse Paris, 1895, p. 12.

Perrin

constances un professeur d’escrime. D’ailleurs les maîtres d’armes content fort cliei*.

Si, d’antr(' ])art, on considère les services que peuvent rendre à toute une collectivité les appareils d’un gymnases municipal, servant dans la journée aux enfants des écoles, ouvert soir aux adultes, on en vient naturelUmumt à pi‘éfér<‘r la gyninastiqm*. aux sport.-'. En mettant l’exf'i'cici' à la portée d(‘ toutes l(\s bourses, elle lui donne un caractère, (‘ssentielhmient populaire. Elle est seule d’une a]q)lication pratique dans les grandes villes. C’est à ce titre que l’institution si injustement décriée de la « Société de gymnastique » a sa l'aison d’ètre. Que ceux qui peuvent le faire demamUmt aux sports l’éducation corporelle, rien de mieux. Mais nous ne saurions admettre que l’on conteste pour le j^euple, pour les adultes en particulier, l’utilité de l’éducatiou physique par la gymnastique. Cela nous paraîtrait tout aussi illogique que de méconnaître la nécessité des (d)ainsà bon mai*clié », sous le seul prétexte qu’un nombre restrednt d’individuspeut demander la propreté aux établissements luxueux des villes d’eaux ou des stations balnéaires maritimes.

C’est à ce titre que la gymnastique intéresse l’hygiène ; c’est pour cela que nous avons entrepris cette étude. Il ne ressort pas de ce qui précède que la gymnastique ait, pour l’adulte tout au moins, une valeur moindre que les sports. Nous vei*rons, dans les chapitres suivants, consacrés aux traumatismes, aux déformations, à l’arrêt de la croissance, qu’à ces divers points de vue les formes d’exercice, rivales de la gymnastique, ne lui sont pas supérieures.

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