‹ Considérations sur le but moral des beaux-arts (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · PEINTURE DES VITRAUX · texte numérisé non relu

PEINTURE DES VITRAUX

Pendant le siècle précédent^ l'on a souvenu regretté, pour nos églises, l'abandon de l'art de peindre sur verre ; on disait même que le secret en était perdu. Mais ce genre de peinture, essentiellement favorable à la décoration des édifices religieux, était plutôt négligé qu'abandonné. Dès que l'autorité, se rendant au vœu général, excita l'émulation des artistes & le zèle des savants, nous avons vu les baies des églises ornées d'essais de plus en plus heureux, & une louable tendance à remettre en honneur ce beau genre de peinture.

Des Beaux-Arts.

Longtemps le style particulier à Tarchitecture chrétienne^ appelé gothique, était tombé en défaveur, lorsqu'au commencement du siècle présent des poètes & de savants archéologues signalèrent au respect & à la faveur publique ces antiques sanctuaires de la foi chrétienne, auxquels se rattachent de graves souvenirs historiques. A ce double intérêt se joignit aussi l'attrait d'un art qui semblait nouveau, bien qu'en réalité ce ne fût qu'un juste retour au goût poétique & religieux des générations dont nous descendons. On ne peut qu'applaudir à cette pacifique réaction.

Pour rendre complètement hommage au style de nos anciens monuments religieux, il devint nécessaire que, entre autres ornements qui les caractérisent, on rendît aux baies les vitraux qui en sont l'ornementation obHgée.

On chercha & l'on retrouva presque tous les procédés pratiques de ce genre de peinture. On présuma d'abord que l'invention de la peinture sur verre datait du xii^ siècle; mais aujourd'hui, par des études plus approfondies.

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& surtout d'après le témoignage de Grégoire de Tours^ l'on reconnaît que les vitraux les plus anciens que le temps ait épargnés datent du vii^ siècle.

Lorsqu'à cette époque on commença à vitrer les églises^ on dut sans doute recourir aux morceaux de verres coloriés^ en vue de l'imitation de peintures en mosaïque. On ne tarda pas à représenter par ce moyen des emblèmes religieux^ &^ dans la suite^ des figures de sainteté. Dès lors la peinture sur verre devint un art qui^ par des progrès successifs^ parvint à l'apogée de sa perfection au xvi« siècle.

Les moyens les plus simples produisent parfois les plus grands eiFets. Ainsi le peintre verrier^ procédant avec la série restreinte des trois couleurs primordiales : rouge^ jaune^ bleuj y ajouta le violet & le vert de deux nuances différentes^ l'une foncée^ l'autre claire^ couleurs qui suffisent par leurs contrastes harmonieux aux brillants aspects des vitraux.

L'intelligente juxtaposition de verres d'une riche coloration, la simplicité de détails judi-

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cieusement choisis & d'ombres réduites dans leurs plus étroites limites^ afin de ne point atténuer l'éclat des couleurs qui reposent ainsi sur les plus grandes surfaces possible ; enfin le caractère noble & fier d'un dessin déterminé par l'enchâssure des joints de plomb^ lesquels produisent un vigoureux contour enveloppant tous les objets représentés : tels sont les artifices employés par le peintre verrier ^ .

Aux exemples que lui offrait la fresque^ la peinture sur verre ajoutait l'avantage de s'assimiler la splendeur même de la lumière du soleil & de la répandre sur toutes les nuanc^. Cette lumière passant à travers les saintes images faisait apparaître aux

I. Frappé de Teffet de ces belles peintures, Paul Véronèse en sut reproduire les heureuses combinaisons dans ses propres chefs-d'œuvre. Ce grand maître fait ressortir la puissance du clair-obscur par l'artifice des oppositions de tons diversement colorés qui constituent l'aspect de ses tableaux ; merveilleux coloris que l'on admire dans le tableau des Noces de Cana.

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yeux du peuple rassemblé dans les nefs, comme des visions célestes du paradis cntrouverc. Dans cecce contemplation, leurs yeux charmés transmettaient à l'âme de pieuses émotions. L'intelligence de tous pouvait facilement comprendre ces inscriptions religieuses , ainsi produites en langue universelle.

Tel est le degré d'élévation où parvint un art qui s'allie si bien à l'architecture religieuse. Mais plus tard il dévia de cette pureté traditionnelle, & les artistes, séduits par de prétendus progrés, se persuadèrent qu'ils surpassaient le mérite de leurs devanciers en s'efforçant de donner à ce genre de peinture la puissance de modelé & la précision d'imitation positive que l'on obtient de la peinture à l'huile. Par une telle erreur on oubliait qu'un vitrail a ses qualités propres & qu'on lui enlève son véritable caractère dès qu'on ose tenter de le faire rivaliser avec un art différent.

La décadence de la peinture sur verre commença du moment où l'on ne procéda plus

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avec la prudente réserve qui maintient en de justes limites les élans du génie. L'ambitieuse prétention des artistes les porta aux dangereux changements qui devaient substituer aux augustes fictions de graves & religieuses images^ l'imitation positive de la réalité.

Pour obtenir le succès de ces regrettables effets^ on recourut à tous les moyens artificiels^ à toutes les ressources des procédés pratiques^ mais on n'y parvint que faiblement.

De telles prétentions ont prouvé que le caractère particulier à la peinture des vitraux en était faussé, comme le témoignent deux verrières qui se voient dans l'église de Saint-Maclou , à Rouen. Rubens, tout en y marquant l'éminent talent qu'on admire dans ses œuvres, a eu le tort d'oublier que ■ce genre de peinture exigeait d'autres qualités.

Dès à présent des artistes d'un grand mérite prouvent, par leurs travaux, toute l'importance que ce beau genre de peinture ac-

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quiertdenosiours^etnous ne doutons pas que les occasions fréquentes de produire des peintures sur verre ne donnent lieu de louer des œuvres dignes des artistes & de l'art.

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