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OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Les Beaux-Arts ouvrent un vaste champ au développement des facultés innées d'imitation & d'idéal, dont Thomme a été doué par le Créateur. Dès lors le génie remonte au principe même de toutes les beautés que renferme la nature, source éternelle d'inspiration.

En conséquence de l'unité de ce principe, s'établissent les lois du beau & les divers modes qui ressortent de son essence : la poé-

Des Beaux-Arts,

sie, Téloquence, la musique, la danse & la pantomime, la peinture, la statuaire & Tarchitecture.

Les rayonnements propres à ces manifestations constituent les Beaux-Arts; on les nomme aussi arts libéraux, car^ enfants des libres esprits, ils n'obéissent qu'aux vocations naturelles.

Les Beaux -Arts dans leur essor sont donc l'expression d'une grande pensée chez les peuples arrivés à une époque de force virile & de besoins moraux, où le sentiment cherche à manifester, par des objets saisissables, les notions de Divinité & de patrie, ces puissants liens du faisceau social. C'est ainsi que le besoin d'emblèmes, d'images sensibles, de supports sur lesquels l'imagination & la pensée peuvent se fixer, est, sinon absolument l'origine des arts, du moins leur plus digne application.

Fidèles à une si belle mission, les Beaux- Arts sont donc les éloquents interprètes des sentiments du cœur humain, en même temps

Observations générales.

qu'ils savent exalter- les âmes jusqu'au plus noble enthousiasme.

Quoique fraternellement unis dans la philosophie de l'art en général, chacun des Beaux- Arts obéit à des règles particulières à ses attributions. Ces règles constituent Vart pratique, qui préside à la perfection des moyens d'exécution, en réalisant la pensée conçue par le génie. Si l'art dans une suprême imitation ose parfois rivaliser avec les beautés de la nature, son triomphe est de savoir se cacher luimême ; & l'on peut dire avec raison que la règle est la vertu de l'art. Toutefois, l'illusion absolue n'est point le but de l'art ; des conventions obligées en caractérisent les diverses formes d'expression. Bien que dans la vie réelle l'action de chanter indique une sorte de satisfaction, de contentement intérieur^ tel est cependant le propre de l'art musical, que, par des chants d'un accent pathétique, il attendrit jusqu'aux larmes, ou, selon le sujet , il impressionne l'âme d'émotions fortes ou terribles.

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Le sentiment est la source vitale de Tart; on oserait presque dire qu'il en est le génie même. Le goût, Tesprit, la science, sont les auxiliaires dont il s'aide pour manifester & rendre sensibles les perfections qu'il a pressenties.

La peinture, la statuaire, suivant leurs moyens d'expression, modifient l'apparence des objets par de savants contrastes qui en rehaussent l'effet, & par d'habiles mensonges ; leurs productions sont néanmoins toujours assez vraies y dès qu'elles semblent dire la vérité.

Les Beaux-Arts, par des moyens divers, parviennent également à impressionner l'esprit & l'âme; ils n'ont point à se porter envie, car chacun d'eux est un tout complet vivant de sa propre vie. Cependant, nés d'un même principe, parfois ils s'empruntent des beautés qu'ils savent transformer & rendre nouvelles par les qualités qui leur appartiennent.

Si, par ses élans impétueux, l'éloquence électrise l'âme, l'illumine de pensées,... la Poésie élève l'esprit & le cœur par ses fictions en-

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chanteresses;... la Musique n'est pas moins puissante à s'emparer des sens & de Tâme, par le charme irrésistible de la mélodie & de rharmonie; la Danse, par la grâce ou la noble fierté d'attitudes variées^^ semble offrir l'union simultanée de la statuaire , de la peinture & de la musique, animées du mouvement de la vie.

Le mouvement successif de l'action, de même que les accents de la voix, sont, il est vrai, refusés à la Peinture; mais par les magiques effets qui résultent de la forme & de la couleur, par la séduisante illusion dont elle possède le prestige, elle étonne & ravit à la fois... Parmi tant de merveilleuses créations qu'elle se plaît à prodiguer, son plus beau triomphe pourtant est moins de charmer les yeux que d'émouvoir par la grande pensée dont elle veut frapper les esprits & les cœurs.

De l'unité de principe des Beaux-Arts, il résulte une sorte de similitude de sentiments, & par conséquent aussi de rapports sensibles, entre le génie des grands artistes.

lo Des Beaux-Arts,

Au xvi« siècle Palestrina, par d'émouvantes compositions religieuses & de savantes théories, pose les bases de Tart musical, porté à une si glorieuse perfection par ses illustres successeurs, Léo, Gluck, Sacchini, Piccini, Grétry, Mozart, & nos illustres contemporains.

Dans Palestrina ne voit- on pas quelques rapports avec Giotto? Et comme pour rendre plus évidents ces liens de parenté du génie, ne croit-on pas reconnaître Raphaël dans Mozart? Poussin & Corneille ne semblent-ils pas se ressentir Tun de Tautre? Cimarosane seraitil pas comme un musical ressouvenir du Cor- • rége? Et le génie de Dante n'est-il pas tout entier dans les œuvres de Michel-Ange?

Gluck disait : <( Je suis convaincu des rapports intimes de tous les Beaux- Arts, .& je crois que la musique doit ajouter à la poésie ce qu'ajoutent à un dessin correct & bien composé la vivacité des couleurs & l'accord heureux des lumières & des ombres, qui servent à animer les figures sans en altérer les con-

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tours. Le succès en justifiant mes idées m'a démontré que la simplicité & la vérité sont les grands principes du beau dans toutes les productions des arts. »

L'instinct inné de l'imitation, commun à l'humanité en général , se développe en raison du degré de civilisation. Imiter, c'est parler aux yeux, aux oreilles & aux passions l'idiome qui leur est propre ; la nature nous entoure de modèles, l'essentiel est de choisir. L'imitation la plus efficace pour afiecter l'âme dans ses sympathies les plus vraies & les plus délicates sera donc le succès de l'art, soit qu'on y parvienne au théâtre par la déclamation & la pantomime, ou bien que les actes les plus importants de la vie soient transportés sur la toile ou sur le marbre, soit enfin que les accents de la musique & de la poésie excitent l'enthousiasme. N'en est-il pas de mêpie si un antique édifice, dans son silence éloquent, rappelle à des êtres qui passent eux-mêmes les événements des temps qui ne sont plus?

Le progrès des arts étant donc une consé-

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quence de la civilisation, le peuple le plus intelligent de la terre devait naturellement sentir & développer le véritable caractère des arts, en concevant leur but de perfectibilité humaine. En vain Tlnde, l'Assyrie, TEgypte^ s'épuisent à de colossales créations : le but final de l'art leur échappe. Les Grecs seuls, par l'intuition de ce qui est vraiment grand, beau, sublime, ont su porter l'art jusqu'à l'apogée de sa perfection. Dans tous les genres les chefs-d'œuvre qu'on leur doit sont les modèles où tous les peuples civilisés, depuis les Romains jusqu'à nos jours, ont puisé les plus précieux enseignements.

Evoquer les génies qui illustrèrent la Grèce, n'est-ce pas rappeler à l'imagination le souvenir de leurs chefs-d'œuvre ? Dire Phidias ! Alcamène! Scopas! Micon! Polygnote! Ictinus!

n'estrce pas dire les beautés du Pœcile^ de la Minerve d'ivoire et d'or^ des Frontons & du Parthénon?

Aux noms d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, la pensée se reporte à la scène antique

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animée de leur génie... Si Pindare s'exalte aux transports lyriques, Tyrtée sait embraser les cœurs d'un généreux courage;... enfin, remontant à la source du vrai beau^ Platon en découvre le principe éternel dans le sein de Dieu même !

Et tous ces glorieux génies, & tant d'autres encore , sont l'auréole radieuse dont brille le front de leur maître immortel, le divin Homère !

Nous avons reconnu l'art interprète des croyances religieuses & des sentiments d'un peuple libre; mais, par l'instabilité des choses humaines, des événements funestes produisant la corruption des mœurs, l'art dévie alors de son noble but. Sous le règne d'Alexandre^ ^ous la volonté d'un maître absolu , la haute signification des œuvres du génie, bientôt répudiée, céda au culte de Vart pour Part. Toutefois si l'art, cette philosophie pratique des beautés de la nature, renonce à la gloire de sa mission morale, c'est vers les perfections les plus délicates qu'il dirigera ses efforts; la grâce exquise, les merveilles du goût, de l'élégance des

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formes & la suavité du fini le plus parfait caractériseront ses nouveaux chefs-d'œuvre.

La femme ^ type le plus parfait de la beauté organiyue^ et les grâces de la molle adolescence^ sont alors les modèles de prédilection de Tart, désormais asservi à la vanité ou aux voluptueuses fantaisies d'un maître... Alors, cependant, par des œuvres d'une perfection inespérée, le génie semble franchir les limites de l'arc... Ravissante de beauté divine, Vénus Anadyomene apparaît sous le pinceau d'Apelles, &, par les perfections de la statuaire, le Cupîdon immortalise la gloire de Praxitèle...

Mais, en dépit des plus admirables créations, l'art, devenu le flatteur des sens, est par cela même frappé d'une atteinte funeste, &, du faîte où le génie l'a fait parvenir, sa décadence est déjà prévue... Descendant de si haut, longtemps encore il pourra briller d'un certain éclat, mais son déclin & sa chute sont inévita- *bles... jusqu'au jour où, dans un avenir éloigné, semblable au phénix, l'art renaîtra de ses cendres.

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