FACULTÉS DE L'ARTISTE
L'imagination peint intuitivement, Tesprit compare , le goût choisit , le génie pressent & devine ; le talent exécute.
Telles sont les conditions fondamentales des intelligentes aptitudes de Tartiste; éminemment sensible aux beautés de la nature & de Tart, il reproduit dans ses œuvres les émotions dont son âme est pénétrée. L'amour de Tétude développe, soutient, exalte ces dons précieux; il faut aussi qu'une haute raison, un jugement sain règle & maintienne en de justes
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limites les élans de l'inspiration ; il faut enfin que, par une volonté constante, inflexible aux difficultés; aux lenteurs inévitables de l'exécution, l'artiste conserve le chaleureux enthousiasme qu'il a ressenti au début de son œuvre.
Cette analyse indique à peine la variété des aptitudes dont les artistes marquent leurs œuvres. Mais quelle que soit la diversité de leurs qualités, d'où résulte l'originalité du talent, les maîtres n'en sont pas moins fidèles aux principes immuables de l'art.
Pour les gens du monde, cependant, il ne semble pas que les créations de l'art, quoique prodigieusement empreintes de puissance, de grâce ou d'énergie, aient dû coûter aucun efibrt. On se plaît en général à les considérer comme la conséquence naturelle d'une organisation heureusement douée; mais l'artiste sait que les chefs-d'œuvre sont le fruit de méditations profondes & d'eflforts d'une constante ardeur.
« Ce qui est fait vite ^ est bientôt m, »
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disait le grand peintre David ; Newton répondait à ceux qui lui demandaient comment il avait fait ses grandes découvertes : (( en y pensant toujours, )) Léonard de Vinci ne blâme- t-il pas sévèrement la trompeuse & folle vitesse de certains peintres, lorsqu'il dit: (( Si vous ambitionnez la gloire & la fortune, travaillez longuement vos œuvres ; toutefois, gardez que celles-ci n'en trahissent le secret? ))
Obéissant à de tels enseignements, c'est par le recueillement & l'étude, par l'intelligente contemplation des beautés de la nature & des chefs-d'œuvre de l'art, c'est enfin en accumulant ces richesses qui fécondent le génie , que l'arriste développe ses facultés natives.
Prompt à saisir les lueurs subites & fugitives de l'inspiration, il donne un corps à l'idée préconçue qui brille en son imagination.
Déjà l'œuvre lui apparaît resplendissante de beauté , mais alors commence le travail de la réalisation & surgissent des diiEcultés, des obstacles imprévus, que sa constante persévérance saura surmonter.
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Dans Télan des intelligences il ne faut dédaigner aucune des manifestations diverses de l'art. De même que la nature voit d'un même amour ses innombrables créations, l'artiste choisit à bon droit, selon son penchant & ses aptitudes personnelles , la part qu'il s'attribue dans le spectacle des beautés qui s'offrent à sa vue.
Le succès éclatant, en justifiant l'essor audacieux qui s'élève jusqu'au sublime, doit en une certaine mesure couronner aussi de plus modestes aspirations.
Quelle que soit la gloire de l'artiste, son caractère naturellement impressionnable l'expose à ressentir cruellement de funestes atteintes; alors, si sa verve faiblit & si son génie, un moment obscurci, révèle le moindre indice de décadence,... malheur à lui ! Aussitôt ses admirateurs, lassés peut-être de le louer, saisiront cette occasion de l'accabler de critiques amères, dont son énergie devra triompher. .
L'énergie du caractère est une base essen-
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tielle du talent, & la générosité des sentiments est aussi une des nobles qualités qui distinguent le grand artiste.
Entre de nombreux exemples rappelons ceux-ci : Dans l'antiquité nous voyons Apelles exaltant le haut mérite de son émule Protogéne, jusqu'alors méconnu de ses compatriotes les Rhodiens.
En 1400, lors du concours ouvert à Florence pour l'exécution des portes du Baptistère, les deux illustres concurrents, Brunelleschi & Donatello, se reconnaissent vaincus par Laurent Ghiberti, & décident eux-mêmes les magistrats à décerner le prix à leur jeune rival.
N. Poussin pressentant la gloire future d'Eustache Lesueur, encore élève chez Simon Vouet , l'initiait aux beautés de l'art italien, aidant ainsi par sa docte parole & par de savants exemples au développement d'un génie transcendant. N'est-on pas touché de la vive sollicitude dont le vieux Gluck et Haydn étaient animés pour le merveilleux enfant qu'ils devi-
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naient devoir être un jour le musicien suprême : Mozart ?
On reconnaît à de pareils sentiments l'amour du Vrai y du Bien^ du Beau ^ que le culte des arts libéraux développe dans les organisations d'élite destinées à les honorer par leurs propres œuvres.
Il est malheureusement des époques néfastes qui amènent la société à ne plus sentir, à ne plus comprendre ce qui est digne & grand.
C'est un temps d'arrêt. On s'efforce alors d'abaisser la gloire des hommes de génie. Mais l'artiste inébranlable dans ses convictions, le regard fixé sur la postérité, s'efforce à bien mériter d'elle; car c'est de son jugement souverain qu'il attend la consécration de sa gloire, un moment voilée par l'ignorance envieuse.
C'est ainsi que se reproduisent en leur temps les oscillations de l'esprit humain. De nos jours, n'avons-nous pas vu la gloire de L. David, de Gros, de Mozart, voire même celle de Raphaël, contestée par des hommes qui s'attribuent le titre de progressistes? La
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fable du Serpent et de la Lime contient la réponse que méritent de si folles aberrations.
A cet aperçu des qualités particulières à l'artiste, ajoutons cette citation de Vauvenargues : « Le génie qui fait les poètes & les peintres est le même qui donne la connaissance du cœur de l'homme. On ne peint bien le genre humain que parce que l'on a une grande imagination; tout homme qui ne saura pas peindre fidèlement les passions, la nature, ne méritera pas le nom de grand peintre , de grand poëte. »
Bien avant le jeune philosophe français, Simonide n'avait-il pas dit : (( La poésie est une peinture parlante, comme la peinture est une poésie muette ? ))
Les poètes, les musiciens, les peintres, les statuaires, les architectes, tous également épris des beautés de la nature, source éternelle de nobles inspirations, réalisent, par leurs œuvres animées de ce même amour, cette grande pensée de l'antiquité; symbolisée par le mythe d Apollon conduisant le chœur des Muses : ingé-
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nieuse expression de Tunité intellectuelle des Beaux-Arts.
L'artiste fidèle à sa mission dédaigne d'invoquer le secours de Tart en faveur de sujets qui n'en seraient pas dignes ; mais il est ardent à pénétrer les esprits de poésie, de piété, d'héroïsme, & il s'efforce d'empreindre son œuvre du caractère le plus élevé. Par le prestige de l'art, ce puissant auxiliaire du génie, l'artiste parvient à réaliser les beautés rêvées d'abord en son imagination. Mais l'art soigneusement caché sous les beautés de l'œuvre n'y sera découvert & admiré que par les intelligences supérieures, & ces beautés produiront une sensation d'autant plus vive, que les moyens employés pour les faire briller sembleront plus simples & plus naturels.
Quel que soit son élan, l'heureuse & soudaine inspiration de l'artiste, s'il ne possède point l'art d'imprimer à sa pensée la forme qui seule lui convient & la caractérise, son œuvre demeurera incomplète... Peut-être un jour servira-t-elle à l'artiste plus habile, qui, frappé
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de rinspiration première de tels essais, saura s'emparer de ces éléments comme point de départ, les développer & leur donner ce .pur éclat dont brillent les œuvres dignes de l'attention générale.
• Nés d'un même principe, les Beaux- Arts, par leur langage divers, se rencontrent dans l'expression des sentiments du cœur humain. La musique & la peinture ne présentent-elles pas une certaine similitude entre elles? La mélodie n'est-elle pas comparable au dessin de la forme ? Les riches combinaisons de l'harmonie n'offrent -elles pas un remarquable rapprochement avec les brillants effets du coloris & la magie du clair-obscur ?
Conformément à la philosophie de Leibnitz il a été dit des beautés de l'art : « L'élégance qui séduit, la délicatesse qui charme, la suavité qui nous impose l'admiration, sont autant de preuves de l'irrésistible pouvoir de cet art merveilleux qui ne consiste que dans l'imitation de quelques-unes des innombrables choses que Dieu, par sa sagesse infinie, a inventées &
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créées... La bonne peinture est noble & pieuse par elle-même, car chez les sages rien n'élève plus rame & ne porte davantage à la piété que la perfectibilité qui s'approche de Dieu. Or la bonne peinture n'est qu'une copie de ses perfections, une ombre de ses merveilleuses beautés, une musique, une religieuse poésie! »
Les œuvres de l'art ne sont absolument complètes qu'à la condition d'être un tout, auquel on ne saurait rien ajouter ni retrancher, sans porter atteinte à son harmonieuse homogénéité, car un chef-d'œuvre doit être en quelque sorte comparable à un être vivant & bien constitué.
Un auteur a dit quelque part : admirer, c'est égaler.,. Cela est vrai dans une certaine mesure, car c'est en conséquence de l'intelligence, de l'instruction, de la sensibilité de chacun, que l'œuvre animée par la puissance de l'art & de l'inspiration du génie impressionne & exalte au suprême degré. Les connaissances spéciales ne sont point absolument nécessaires
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pour ressentir les qualités essentielles d'un chef-d'œuvre, car les succès légitimes & durables émanent surtout de la vive émotion publique.
Ces conquêtes de l'esprit humain ne s'obtiennent que par le concours d'un principe fécond & les eflforts d'une ardente volonté, capables d'en développer les beautés & les perfections.
Chez les Grecs, à partir des éléments primitifs de l'art archaïque, trois siècles suffisent à peine pour l'élever à la hauteur dont resplendit l'époque de Périclès.
Dans l'Italie moderne, l'art suit aussi cette marche ascendante. Au xiii^ siècle Giotto ^ s'aflPranchissant des étrangetés byzantines, fonde la grande Ecole italienne, dont ses œuvres, empreintes d'un caractère national, contiennent le germe puissant.
Cédant à cette forte impulsion, des générations d'artistes, parmi lesquels brille Masaccio, lèguent à d'ardents successeurs les trésors de progrès qui semblaient attendre la venue du
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génie prédestiné à couronner cette œuvre de Tintelligence. Léonard de Vinci ^ Michel-Ange^ tels grands qu'ils furent, cédèrent néanmoins cette gloire à l'invincible éclat de leur jeune émule, le divin Raphaël.
A la vue, au souvenir de tant d'inimitables chefs-d'œuvre dus à ce prince des peintres, à l'admiration qu'on en ressent, se joint toujours le regret de sa fin prématurée.
Comme par un pressentiment funeste, il se hâte d'imprimer à la figure du Christ ce caractère divin dont il sent en lui-même la révélation . En vain il dispute à la mort un monde d'images qui attendaient la vie de son pinceau créateur... Vaincu, il tombe en face de son œuvre inachevée, &, pour adieu suprême, Raphaël abandonne à l'admiration du monde le tableau de la Transfiguration.
DE LA BEAUTÉ
DE LA BEAUTÉ
La beauté est le caractère de perfection imprimé par la nature aux sujets d'élite dans les divers genres de ses créations. Mais c'est chez l'être humain qu'on en peut admirer la suprême expression, car en lui seulement s'unissent aux beautés de la forme les beautés de l'âme & de l'intelligence ; d'où résulte la beauté par excellence, beauté qui s'impose par le charme irrésistible, le bonheur, l'admiration, qui transportent l'esprit à son aspect.
L'accord des proportions & de la symétrie,
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Télégante plénitude & rharmonie des formes, la grâce des mouvements, la puissante vitalité de l'organisme, enfin Texquise conformation de l'ensemble répondant au vœu absolu de la nature : tels sont les principaux éléments de la beauté physique. Cette observation se reproduit avec justesse à l'égard de tous les êtres organisés, depuis les plus infimes jusqu'aux plus parfaits.
Ces qualités brillent plus vivement encore dès que les divers phénomènes de la lumière, faisant ressortir les nuances & l'éclat du coloris, ou les prestiges du clair-obscur, ajoutent à la réalité de ces créations une splendeur nouvelle.
Inspirés des beautés de la nature vivante, les chefs-d'œuvre de l'art antique éclairent notre esprit en développant le goût des perfections du beau, & nous enseignent ainsi la véritable source de la beauté idéale, poétique exaltation de la forme & du caractère.
L'élégante pureté, l'élévation du style, la majesté, la grâce austère, enfin tout ce qui
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dans les beautés de Tart peut enflammer Timagination, les anciens, nos maîtres, en reproduisant la poésie de la nature, ont su l'exprimer admirablement.
Ces exemples donnés par de tels hommes excitent en nous la noble ambition de nous élever jusqu'à eux, de tenter même de les égaler, quoique ces devanciers des temps antiques aient eu sur nous des avantages qui rendent difficile le succès complet de cette rivalité. Le climat, les usages, les costumes, les mœurs, la brillante poésie du paganisme, la politique, tout concourait dans la civilisation grecque à favoriser le culte de la beauté, ainsi que le développement de la force physique.
Aussi, grâce à cette heureuse influence sur les Beaux-Arts, Phidias, Polyclète, Praxitèle, Ictinus , Apelles , Parrhasius , Protogène & leurs émules, ont-ils excité l'admiration de leurs contemporains ; & la gloire de si grands noms, malgré les siècles écoulés, est parvenue jusqu'à nous dans son imposante suprématie.
Malheureusement, à ces brillantes époques de
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civilisation succéda la barbarie. Longtemps Tignorance & tous les maux qu'elle entraîne affligèrent Thumanité, lorsque enfin le christianisme apparut, releva les courages, régénéra la société. Dès lors les sentiments religieux pénétrèrent les âmes d'une fervente piété, de divines aspirations & d'espérances célestes; de là le principe & la source de cette beauté morale que l'art des époques modernes a su puissamment exprimer, & qui en est la gloire incontestable. Cette beauté, religieusement morale, qui surpasse même les autres beautés justement admirées dans les chefs-d'œuvre de Raphaël, distingue aussi les œuvres de Giotto, de Fra Angelico de Fiesole^ de Fra Bartolomeo, du Dominiquin , d'Eustache Lesueur, dont le candide génie mérite d'être cité aux premiers rangs de l'art chrétien.
Les vertus chrétiennes & le caractère religieux, en excitant l'enthousiasme du génie, sont les éléments de cette beauté qui distingue particulièrement les chefs-d'œuvre de l'art moderne.
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Si le ciel de nos climats, moins favorisé que celui de la Grèce, si la différence de civilisation, si la chaste réserve des mœurs & du costume, laissent voilées les beautés du corps, contrairement aux usages antiques, moins sévères à cet égard ; si enfin ces richesses manquent à notre admiration contemplative, tout cela n'est-il pas compensé par la pénétration plus intime des émotions de Tâme, que révèle surtout l'expression du visage en dévoilant de nobles & sublimes aspirations ?
Des auteurs anciens '& modernes ont brillamment traité le sujet que nous effleurons à peine. Ariscote s'exprime ainsi : (c Les formes « essentielles du beau sont l'ordre, la symé- (( trie, la détermination, la limitation : dire (( beauté, c'est dire grandeur et ordre. )>
Isocrate célébrant la beauté de la plus belle des Grecques, d'Hélène, dit : (c Rien n'est plus (( précieux que la beauté; elle rehausse le '( mérite de toute chose. Par elle tout doit « plaire, & rien sans elle ne peut être aimé (( ni admiré. Son privilège est de polir les
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« mœurs, d'exciter ramour de la gloire, d*en- (( flammer le génie, & les arts qu'elle inspire « lui doivent leurs chefs-d'œuvre. » Ajoutons que le charme séduisant de la grâce accomplit la parfaite manifestation de la beauté.
Selon Plotin, auteur de cette définition célèbre : La beauté est la splendeur du vrai, les corps deviennent beaux par leur participation à une raison qui leur vient de Dieu.
D'autres présentent cette définition : « La « beauté est l'harmonie des formes, d'où ré- (( suite l'unité dans la variété. » Quelquesuns en appellent aux chefs-d'œuvre de l'art grec, & définissent ainsi la beauté : « Le mer- « veilleux caractère de proportion & d'unité « joint à la majesté simple, à la grandeur « tranquille, à la grâce austère, forment (( ensemble le suprême caractère de la beauté. »
Quelles vives impressions, quel ravissement, & parfois quelle extase n'éprouve-t-on pas à l'aspect de la beauté ! Aussi se soumet-elle difficilement à l'analyse du raisonnement, souvent elle lui échappe. Comme l'amour qu'elle
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inspire, la beauté émeut plutôt qu'elle ne s'explique. Par son influence souveraine, elle exalte l'imagination & lui persuade que la beauté terrestre n'est peut-être que le reflet d'une beauté plus haute, qui seule est la véritable beauté.
C'est ce qu'une pensée philosophique de Vauvenargues indique si bien : (( Toutes les (( démonstrations ne tendent qu'à nous faire (( connaître les choses avec la même évidence « que nous les connaissons par sentiment.
(( Connaître par sentiment est donc le plus « haut degré de connaissance ;. il ne faut pas (( demander une raison de ce que nous con- (( naissons par sentiment. ))
Platon disait que traduire la beauté de l'âme par les beautés du corps dans de belles attitudes, ou par la sonorité de belles mélodies, ou par d'éloquentes & poétiques paroles, est le but de l'art * dans sa plus digne ac-
I . Parmi les Beaux- Arts, expression directe de l'âme, il n'est pas hors de propos de signaler ÏArchi"
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ception. Et dans le ravissement que la beauté lui cause, Platon interroge les secrets des dieux. Il pense que les âmes existaient avant les corps, & que, libres & pures, elles avaient des connaissances universelles, dont elles ont perdu le souvenir en revêtant une enveloppe grossière. Toutefois ce souvenir peut être réveillé, & le tressaillement que nous éprouvons à l'aspect des beautés de la nature est produit par une réminiscence de la perfection suprême que nos âmes ont vue dans leur état d'indépendance & de pureté.
Par de telles .pensées, il semble que la haute intelligence du philosophe athénien entrevoyait déjà la régénération morale, qui, en éclairant les âmes, devait un jour offrir à l'art chrétien les beautés dont il est l'expression éloquente, & l'élever à ce point d'être une des gloires de la civilisation des temps modernes.
tecture, dont la symétrie & les proportions harmonieuses empruntent leur principe aux beautés de la configuration humaine elle-même.
Vitruve le dit clairement dans son IV* livre.
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Ainsi, le sentiment & Tadmiration de la beauté suprême, dans les créations diverses de la nature, se modifient selon le caractère & la civilisation des peuples. Les Beaux-Arts, 'expression naturelle de telles aptitudes, sont par conséquent inévitablement soumis à cette influence. De là naissent les inspirations du vrai, du beau, du sublime, ou fatalement de déplorables décadences.
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