MODE OPÉRATOIRE
uSurge et ambula. (Évangile).
Nous prendrons pour type l’entorse du pied.
1° Procédé de M. Girard. Quelle que soit la gravité de l’entorse , il ne s’occupe d’abord que du gonflement et de la douleur, sauf à constater plus tard les complications et à y remédier.
Premier temps : frictions très-légères avec les doigts réunis de bas en haut, de manière à ne pas provoquer la douleur, ce qui permet après dix, quinze ou vingt minutes, une pression un peu plus forte que l’on augmente ou diminue suivant les sensations du malade. Après une demi-heure, il y a soulagement, surtout si la douleur est continue.
Deuxième temps : massage proprement dit. Il se fait avec les doigts écartés pour les faire glisser dans les gouttières des régions, et avec la paume de la main, de manière à embrasser toute l’articulation et les parties environnantes.
Un corps gras facilite le glissement; on procède petit à petit, d’une manière douce, moelleuse, progressive, les mains toujours promenées dans le même sens, de bas en haut sur toutes les parties tuméfiées.
Dans l’entorse du pied et celle du poignet on masse depuis les extrémités des doigts jusqu’au tiers supérieur du tibia ou du radius, en mettant les mains alternativement dans la pronation et la supination.
Ces manipulations se prolongent suivant la gravité ou l’ancienneté de l’accident; ensuite on fait opérer à l’articulation des mouvements dans tous les sens, mais alors seulement que les plus fortes pressions faites avec les mains n’éveillent plus de douleur; si les mouvements sont douloureux, on revient au massage jusqu’à ce qu’ils puissent être exécutés sans peine. Ces mouvements communiqués ne laissent pas que d’être dangereux, et l’on ne doit y recourir que comme moyen d’appréciation du résultat du massage {Gazette hebdomadaire , 1858).
Sans douleur, mais lent.
2° Procédé de M. Lebatard. «Le malade est assis, sa jambe est étendue, et son pied est appuyé sur la jambe de l’opérateur. Si l’on agit sur le pied droit, on embrasse le talon dans la paume de la main gauche, on le fait basculer de bas en haut et d’arrière en avant, exerçant de la sorte une forte traction sur le tendon d’Achille. Le pouce de la main gauche s’étend autant que possible sur tout le gonflement tibio-tarsien, en cherchant à amener derrière la malléole externe tous les tissus qui en sont le siège. On procède ainsi jusqu’à ce qu’on ait ramené à sa forme naturelle l’articulation tuméfiée. Le gonflement dissipé par cette forte pression dirigée du bord externe au bord postérieur de la malléole externe, le pouce de la main gauche exerce encore des pressions puissantes pour terminer l’opération.
La main droite agit de concert avec la main gauche, exerce les mêmes mouvements en contournant de la même façon la malléole interne; la main droite ramène le pouce de la racine du gros orteil à l’articulation tibio-tarsienne, et fait exécuter à celle-ci des mouvements de va et vient pour détruire le gonflement de la face interne.
Lorsque la face dorsale du pied et de l’articulation a , par ces pressions rapides et excessives , repris son état normal, par l’absence de toute tuméfaction, l’opérateur saisit le talon par ses deux bords plan-
taires, et de la main droite il contourne l’extrémité inférieure de chacune des malléoles avec le médius et le pouce, dirige ceux-ci dans les rainures sous-malléolaires, et exerce, à l’aide de ces deux doigts, une forte pression de bas en haut; du calcanéum au bord du tendon d’Achille, jusqu’au bas du mollet; il répète cette pression longitudinale jusqu’à ce que le membre ait repris sa forme. On exerce alors de la main droite, sur le dos du pied, de fortes pressions dirigées de bas en haut, contournant l’articulation d’avant en arrière et obliquement de chaque côté.
«Le pied reprend sa forme, les douleurs déterminées par les pressions cessent à mesure qu’on les exerce. Le malade peut aussitôt se chausser et marcher.»
Prompt, mais douloureux.
3° Procédé de M. Magne. Frictions légères d’abord et augmentant d’intensité, les frictions portant sur tout le pourtour de l’articulation. On insiste sur les points douloureux. Ce premier temps dure de 45 minutes à une heure. La douleur et le gonflement sont bien diminués. Légers mouvements ; frictions portées jusqu’au massage. Au bout de 30 à 40 minutes, on fait mouvoir l’articulation dans tous les sens, ce qui a lieu presque sans douleur. On termine par un massage de 15 à 20 minutes ; après quoi on fait marcher le malade.
L’opération a duré deux heures.
4° Procédé de M. Millet (de Tours) '. Passes légères (attouchements, frôlements) durant dix minutes; frictions légères, puis, les pouces appuyés sur les parties entorsées suivent, pour ainsi dire, le contour des tendons. Ces frictions, de même durée que les passes, diminuent le gonflement : ta tuméfaction fond sous les doigts. Alors frictions ou pressions très-accentuées, très-vigoureuses. On se sert des deux mains avec lesquelles on embrasse alternativement tout le pied, toute l’articulation malade et le bas de la jambe, les soumettant à la malaxation, au pétrissage et leur imprimant à la fois quelques légers mouvements
1 Gazette médicale de Paris, 1864.
de latéralité, d’élévation et d’abaissement, et cela pendant 8 à 10 minutes. Puis on fait faire quelques pas au malade, on lui met une bande roulée et on le laisse en repos. Le lendemain, même manœuvre avec plus de force.
Le troisième jour, même séance de 25 à 30 minutes dans les cas graves, et de 15 à 20 minutes dans les cas légers. On peut masser à sec, excepté chez les femmes dont la peau est trop délicate.
5° Procédé de M. Brulet (de Dijon). On débute par embrasser, avec les deux mains, l’articulation, avec l’un des pouces ou avec tous deux ensemble on cherche les lieux les plus douloureux et la direction que suit la douleur. On commence par frotter avec les pouces sur le trajet des parties les plus sensibles, tantôt dans un sens vertical , tantôt en décrivant des lignes divergentes.
Bientôt la friction est plus énergique, la douleur s’accroît par elle, et ses aiguillons sont quelquefois d’une grande violence. La conduite à tenir alors varie selon la nature du sujet, la douleur, son courage et les effets locaux; on prolonge, on suspend ou on modère simplement les frictions. La durée totale de cette opération, à laquelle on joint les autres manœuvres du massage, varie selon les cas. Généralement on persévère dans tout ce qui la constitue, jusqu’à cessation entière de la douleur; c’est le fait le plus commun.
Quelquefois il faut revenir pendant deux ou trois jours à cette opération. Chez un petit nombre de sujets on est forcé d’insister sur elle cinq à six jours.
Les médecins qui pratiquent le massage combinent le plus souvent ces procédés et y apportent quelques modifications personnelles sans grande importance.
Le détail des observations fera voir la manière dont on opère suivant la région.