OBSERVATIONS
Entorses récentes.
Articulation tibio-tar sienne.
Obs. I. (Ego) Un jour, en février 1862 , je trouve mon ami le docteur J. L. le pied droit plongé dans l’eau froide ; un quart d’heure auparavant il s’était tordu le pied en montant un escalier, et fait une entorse. Un médecin distingué était là, il conseillait de recourir à une religieuse qui jouit, à propos d’entorse, d’une grande réputation U On comprend qu’il soit pénible pour un médecin de demander aide et secours à un rebouteur (si respectable qu’il soit du reste); aussi, sans trop d’hésitation , je proposai le massage (je l’avais vu pratiquer pour la première fois un mois auparavant; je ne le connaissais qu’imparfaitement).
D’abord je constatai un gonflement considérable autour et surtout au-dessous de la malléole externe, une douleur vive au moindre mouvement rendant la marche et même la station impossible. J’employai à peu près, à mon insu, le procédé de M. Brulet : frictions huileuses légères avec les pouces, suivies de frictions et de pressions avec la paume ce la main et surtout avec les éminences thénar et hypothénar, puis malaxations.
Au bout de trois quarts d’heure , diminution considérable du gonflement et de la douleur; le patient fait quelques pas dans la chambre Quelques heures après, deuxième massage de même durée avec pressions plus fortes et quelques mouvements communiqués à l’articulation. Bandage roulé autour de la partie entorsée.
Le lendemain, ce médecin peut se rendre chez ses malades; mais à la suite de la fatigue il y a encore du gonflement et un peu de gêne le soir; ces symptômes disparaissent les jours suivants.
Ce médecin, que ma première cure avait fait partisan du massage, m’a dit depuis que plusieurs fois il l’avait employé avec succès dans les entorses.
Obs. II. (Ego) En mars 1862 , Mœe Hiller, de Schiltigheim , âgée de soixante-cinq ans, fait un faux pas qui produit une entorse de gravité moyenne : la douleur est assez vive et la marche impossible. Un massage d’une demi-heure , pratiqué comme dans l’observation précédente, fait disparaître gonflement et douleur. Bandage roulé imbibé d’eau blanche. Le lendemain, la malade se servait de sa jambe, comme si la veille au soir elle n’eût pas eu d’entorse.
Obs. III. (Ego) Août 1863. — Mme A. D.. cinquante ans, à tempérament mixte et bien constituée, tombe d’un tabouret; le poids du corps porte sur le pied droit, qui se tord en dedans avec violence.
1 La sœur Marie-Joseph du Lycée de Strasbourg.
Presque aussitôt je constate une ecchymose, deux fois large comme une pièce de cinq francs, autour de la malléole externe avec gonflement considérable; au-dessous de la malléole interne le gonflement et l’ecchymose sont plus petits d’un tiers; les veines du dos du pied sont très-dilatées. La pression et le moindre mouvement arrachent des cris à la malade , qui cependant est courageuse.
Frictions huileuses et malaxations d’une demi-heure , qui diminuent le gonflement et un peu la douleur. Je laisse le pied dans l’eau froide, un moment seulement, parce que cela ennuie la malade.
Une heure après, le gonflement est presque aussi fort que d’abord et la douleur est un peu moindre. Nouveau massage d’une demi-heure avec des pressions plus fortes que dans le premier; diminution presque totale de la douleur et du gonflement. La malade se croit guérie ou à peu près, elle se promène clopin-clopant dans toute la maison; on lui recommande en vain le repos. Chaque soir, pendant les trois premiers jours, la malade accuse de la gêne, de la douleur, et son pied est enflé; il y a même un commencement d’inflammation; pendant la journée le pied va assez bien.
L’indocilité de la malade qui commence à m’inquiéter nécessite outre les deux séances du premier jour quatre autres séances de massage, chacune d’une demi-heure, après lesquelles j’applique un bandage roulé imbibé d’eau blanche.
Enfin, le quatrième ou cinquième jour, la malade est guérie.
Ce cas m’a prouvé la nécessité du repos après et entre les séances du massage dans les cas un peu graves; de plus, il m’a montré le massage arrêtant le développement de l’inflammation.
J’emprunte à M. F. Rizet, médecin-major, les obs. IV, V, VI, VII, VIII, IX, X.
Obs. IV. N., sergent. Le pied gauche est renversé en dehors dans une chute, le poids du corps porte sur le bord interne.
Douleur des plus vives, gonflement très-considérable qui cache les deux malléoles, ecchymoses sur la face dorsale et latérale interne du pied , impossibilité de poser le pied à terre, deux ou trois syncopes successives.
Un massage d’une demi-heure soulage le malade, lui permet de poser son pied, diminue le gonflement, ce qui permet de distinguer les malléoles, confondues jusque-là dans l’empâtement général.
Deuxième jour : Deux séances de massage d’un quart d’heure; on continue les applications d’eau froide.
Troisième jour: Un massage; les mouvements ne donnent aucune douleur.
Il reste un léger gonflement pendant les jours suivants; aucun accident consécutif.
Obs. V. Cosneau, sapeur, vingt et un ans. Dans une chute, le pied droit est tordu en dehors et supporte la masse du corps. Une heure après, l’articulation est douloureuse et les mouvements très-difficiles, la peau de la face dorsale est rouge, les téguments œdé- D 1
matiés et chauds; l’épanchement est surtout considérable à l’attache supérieure du pédieux.
Une demi-heure de massage ; le premier quart d’heure est très-douloureux.
Le même jour, deuxième et troisième séance; on a soin d'augmenter graduellement la compression avec la paume delà main.
Le lendemain, le gonflement et la douleur ont disparu ; la marche est libre. Le surlendemain , il reprend son service.
Obs. VI. Moreau , sapeur, vingt-trois ans. Double entorse des deux pieds en sautant un fossé.
Douleur vive du côté droit du pied gauche, gonflement très-prononcé de la face dorsale du pied gauche et de la face latérale externe du pied droit; l’espace intermalléolaire est comblé; impossibilité de la station.
Une heure de massage sans trop de douleur; compresse d’eau blanche sur les deux pieds.
Deuxième jour : Trois séances de massage avec mouvements, pressions longtemps soutenues; les liquides épanchés sont refoulés en haut. Le malade très-soulagé se tient sur ses pieds; on continue le massage.
Troisième jour : Le pied droit se dégage; encore un point douloureux au pied gauche; on continue.
Quatrième jour : Plus de gonflement; la rougeur est dissipée, mais les mouvements sont redevenus douloureux. Le soir, un peu de gonflement; le malade se sent bien.
Le massage est continué pendant plusieurs jours, et on le condamne au repos pour quelques jours à cause de sa faiblesse dans la marche.
Obs. VIL Tous, soldat. Entorse du pied droit dans les mêmes conditions que le précédent.
Douleur vive au niveau du ligament annulaire, gonflement couvrant la face dorsale du pied, rougeur assez forte , creux sous-malléolaire presque comblé.
Une demi-heure après, on pratique un massage d’une demi-heure; même jour, nouvelle séance; compresses imbibées d’eau froide.
Deuxième jour : Deux séances de dix minutes; la douleur se restreint, le gonflemen et la rougeur diminuent.
Troisième et quatrième jours: Le massage se fait sans douleur; mouvements.
Quelques jours après , guérison complète.
Obs. VIII P., sergent, vingt-deux ans. Dans le saut d’un fossé, la pointe du pied droit est ramenée avec violence vers le membre inférieur.
Douleur, tuméfaction de toute la face externe du pied.
Cinq massages en trois jours amènent la guérison.
Le massage dans les précédentes observations de M. llizet était fait à sec; dans ce cas il a employé un corps gras.
Obs. IX. C., caporal, vingt-cinq ans. Chute de trois mètres de haut; le pied est violemment tourné en dehors.
Douleur très-vive sous la malléole externe; bientôt tuméfaction considérable de la face dorsale et externe du pied; vaste épanchement, chaleur et rougeur considérables.
Deux massages d’un quart d’heure; les jours suivants on pratique jusqu’àf quatre séances par jour. La douleur ne diminue qu’après la dixième séance; ce n’est qu’au sixième jour qui suit l’accident que disparaît le gonflement, qui est remplacé par de l’ecchymose. Le dixième jour, après une station prolongée et une marche assez longue , il n’y a ni douleur ni tuméfaction; le douzième jour il reprend son service.
Pour arriver dans ce cas à un résultat heureux , il a fallu quarante séances de massage et les prolonger jusqu’à vingt minutes chacune. Avec le traitement ancien, pour obtenir pareil succès, on eût certes perdu trente jours.
Obs. X. B., sapeur, se tord le pied de dedans en dehors. 11 éprouve aussitôt une vive douleur dans l’articulation tibio-tarsienne du pied droit.
Le troisième jour, il se présente avec la face dorsale du pied tuméfiée; la malléole externe est masquée par le gonflement; elle est le siège d'une douleur intense qu’exaspère tout mouvement; il éprouve une très-grande gêne au calcanéum.
Trois massages de vingt minutes chacun ; la douleur provoquée dure de huit à dix minutes ; le lendemain , deux massages de quinze minutes; les jours suivants, un seul massage de dix minutes.
Le gonflement et la douleur disparaissent entièrement le cinquième jour; une entorse antérieure au même pied , traitée par l’eau blanche , n’avait été guérie qu’au bout de deux mois. Le traitement ici a été plus long parce que l’affection n’avait pas été prise au début.
J’emprunte à M. Quesnoy, médecin-major, les obs. XI, XII, XIII1.
Ce médecin emploie le procédé de M. Girard.
Obs. XI. H., jeune soldat. Entorse du pied gauche, suite d’un faux pas.
Deux heures dans l’eau froide. Le lendemain , le gonflement fait disparaître les deux malléoles, il s’étend en arrière du tendon d’Achille, remonte sur la jambe trois travers de doigt au-dessus de l’articulation; tégument très-tendu , pied gonflé jusqu’aux orteils. Cris au moindre mouvement.
Massage pendant une heure : douleur et gonflement diminués; mouvement possible, mais encore douloureux.
Deuxième jour ; Massage comme la veille avec bande roulée.
Troisième et quatrième jours: Même traitement; encore un massage.
Guérison après cinq massages et six jours de traitement.
1 Mém . de méd. et de chir. milit ., t. VII, 1862.
Obs. XII. T., chasseur de la garde. Dans un saut, il se fait une entorse au pied droit ; il reste sur place, puis fait un kilomètre, appuyé sur le bras d'un camarade.
Gonflement médiocre au niveau du cou-de-pied et de la malléole externe.
Quatre heures après l'accident, frictions légères de haut en bas sur la partie gonflée.
Le deuxième jour, ou trouve un gonflement à la malléole interne qui n'avait rien d’abord; quelques frictions la font disparaître.
Massage d’une demi-heure: diminution de la douleur, disparition du gonflement; les mouvements se font assez bien. Bande roulée. 11 reste un point douloureux au niveau de l'articulation
Le malade est guéri le cinquième jour.
Obs. XIII. Docteur Vaquez. Pied vivement tordu en dedans.
Gonflement notable au creux astragalo-calcanéen, en arrière et au-dessous de la malléole externe; douleur vive.
Compresses d'eau froide; insomnie. Forcé par son service de se rendre à l'hôpital, il souffre d’atroces douleurs et met trois quarts - d'heure pour faire un trajet de cinq minutes.
Frictions légères; douleurs vives d'abord, disparaissant bientôt; diminution de la douleur et du gonflement après une heure de ces frictions; deux autres séances d'une heure dans la journée.
Troisième jour: deux massages.
Quatrième jour: idem.
Cinquième jour: dernière séance; dans l'intervalle, bande serrée.
Le traitement ne change rien au genre de la vie du malade, il continue son service. Au bout de huit jours, la douleur qui avait survécu au gonflement s’était dissipée et la guérison était complète.
Un fait intéressant et qui fait naître des réflexions bien favorables au massage , c’est que cette entorse guérie en huit jours est la troisième qui ait affecté ce pied. La première, traitée par sangsues et cataplasmes, exigea un mois de repos au lit et six semaines pour la guérison complète. Pour la deuxième, traitée par la compression et le résolutifs, un mois s’écoula avant le rétablissement complet du mouvement.
Obs. XIV. [Ego) Michel, cultivateur, quarante-six ans.
Chute d’un lieu élevé ; en tombant il glisse et son pied droit se tord dans son sabot. C'était une entorse assez violente. Quelques heures après, un médecin le masse pendant une demi heure; le malade souffrait beaucoup; compresses froides, repos au lit. Le lendemain, second massage; la douleur disparaît. Un troisième massage que je pratique fait disparaître tout gonflement, et quelques jours après le malade va à la chasse.
Obs. XV. Razin (Thèse de Paris, 1860).
L oncle, médecin requis à Versailles. Entorse au côté externe dupied droit. Une heure de massage, des frictions, du repos et la compression par une bande le guérissent entièrement au bout de trois jours; l’entorse était légère, il est vrai.
A quatorze ans, pour une entorse grave au même pied et pour laquelle on lui fit deux saignées et des applications de sangsues, il était resté plus de six semaines avant de pouvoir marcher.
Obs. XVI (docteur Elleaume). Le 3, MIleL., premier sujet à l'Opéra, se fait une entorse à la répétition de Roméo et Juliette. Douleur vive au pied gauche , ne peut supporter le poids des couvertures du lit. Tout le côté externe de l’articulation est le siège d’un gonflement considérable passant au-dessus du tarse et gagnant un peu le bord interne. La peau a une teinte ecchymotique. Impossibilité absolue de faire aucun mouvement du pied. La malade se désole, elle ne pourra pas danser à la première représentation!
Le 4, premier massage d’une demi-heure, doux au début; le gonflement disparaît en partie; on peut imprimer quelques mouvements au pied. Deuxième massage le 5; la malade fait le tour du salon sans le secours d’un bras.
Le 6, elle se promène dans son appartement et opère avec la plus grande facilité les mouvements d’extension forcée du pied, mouvements appelés, je crois, en style de danse, faire des jointes. Trouvant encore un léger gonflement, le docteur Elleaume propose un troisième massage, qui est refusé.
Le 7, elle dansait, et dansait de manière à être applaudie.
M. Elleaume cite encore quelques observations où le massage a eu grand succès entre ses mains; il opère d’après le procédé Lebâtard, qui, dit-il, «a le grand mérite d’avoir le premier établi des règles fixes pour ce procédé, d’en avoir posé nettement les indications, en un mot: il a doté la science d’une opération nouvelle » (Gaz. des hop., 1858).
Obs. XVII (docteur Servier). T. fait une chute de douze à quinze pieds dans un escalier, accroché par l’éperon de sa botte gauche; il ressent une vive douleur au pied avec conscience d’une sensation de torsion. La botte est retirée avec peine; le gonflement est considérable; compresses résolutives. C'est une violente entorse avec beaucoup d’œdème. Une large ecchymose s’étend au-dessus des malléoles et sur le cou-de-pied. Deuxièmejour: massage très-doucement à cause de la douleur, grande diminution du gonflement; la douleur cesse. Cataplasmes de pommes de terre râpées; repos absolu. Les jours suivants, même traitement. En somme, on a pratiqué quatre séances de massage de une heure à deux. Le septième jour, le malade est bien guéri. Aucun accident consécutif pendant deux ans.
Obs. XVIII (docteur Ernoult , Gaz. des hôp ., 62).
Un serrurier, âgé de vingt-deux ans, fait un faux pas en tournant le pied gauche; aussitôt douleur très-violente.
Le lendemain , gonflement considérable tout autour de Tarticulation tibio-tarsienne gauche et s’étendant sur le dos du pied; la peau est violacée, tendue, ecchymosée surtout au-dessus de la malléole interne. Douleur excessive par le mouvement et impossibilité de poser le pied à terre. Massage de cinq minutes. Je fais exécuter quelques mouvements à l’articulation, puis j’applique un bandage compressif. Le malade a beaucoup souffert pendant l’opération. Vingt-quatre heures de repos.
Le troisième jour, il ne souffre plus et peut reprendre son travail, qui l’oblige à rester debout toute la journée et même à marcher.
Quelques jours après , il n’a pas plus de douleur que s’il n’avait rien eu.
Obs. XIX (docteur Ernoult). Entorse du pied droit en sautant un fossé; quoique souffrant beaucoup, il peut faire une lieue pour regagner sa demeure.
Le lendemain, bandage et pommade sur l’articulation. Ce traitemeut est continué pendant quatre jours. Le gonflement diminue, mais la douleur persiste. Au bout de quelques instants, la marche détermine de violentes douleurs; il y a encore du gonflement au côté externe et un point très-douloureux au devant de la malléole. Massage pendant huit minutes. Immédiatement après, le malade peut marcher comme auparavant; la douleur n’a pas reparu.
Voici comment M. Ernoult fait le massage :
«On presse avec les pouces sur toutes les parties tuméfiées ou douloureuses, en allant de l’extrémité du membre vers sa racine. Les pressions se font graduellement, très-légères d’abord , sans jamais devenir très-fortes ; on peut se servir de la paume de la main, mais on doit appuyer modérément. On fait exécuter quelques-uns des mouvements naturels à l’articulation quand l’intensité des douleurs ne s’y oppose pas. L’opération dure de 5 à 10 minutes au plus. »
Ce procédé est remarquable par la courte durée (trop courte peutêtre ?) de l’opération ; la crainte de déterminer l’inflammation, en prolongeant le massage, est peu fondée.
Articulation fémoro-tibiale.
Obs. XX (docteur Rizet). Trolet, vingt-quatre ans. Chute dans un escalier; le genou droit porte sur les marches, la jambe fortement pliée sur la cuisse. Impossibilité absolue de la marche; douleur très-vive. Un quart d’heure après, un épanchement abondant s’est produit dans l’articulation , que recouvre une teinte d’un rouge vif. La douleur est si aiguë qu’elle arrache des cris au malade pendant qu’on le transporte; craquements dans les mouvements. Y avait-il entorse avec ou sans déplacement des cartilages? Était-ce le
lieu d’appliquer les fortes tractions conseillées par Hey et A. Cooper? Nous n’eûmes recours qu’au massage et nous eûmes tout lieu de nous en féliciter, car entrois jours toute trace de rougeur et de tuméfaction avait disparu. Ce ne fut que le cinquième jour que cessa la douleur.
Après dix séances de massage, le premier de une heure, les autres de trois quarts d’heure, le septième jour après sa chute cet homme était guéri.
Articulation radio-car'pienne.
Obs. XXI (docteur Quesnoy). X., garçon de café. Dans une chute tout le poids du corps porte sur la main qui se renverse outre mesure. Au moment douleur très-vive, engourdissement du bras et de la main, impossibilité de s’en servir. L’accident s’est produit à onze heures du soir; on applique aussitôt des compresses imbibées d’eau-de-vie, de sel et d’eau. Insomnie, douleur continue dont l’intensité va en augmentant, et le lendemain elle est très-violente, surtout au moindre mouvement. Fièvre.
Le soir du premier jour, massage d’une demi-heure; la douleur cesse dans toute 1 étendue de la partie gonflée , elle persiste seulement au niveau des deux apophyses de 1 extrémité inférieure du radius et du cubitus. Nuit bonne.
Le deuxième jour, frictions et massage pendant une heure; la douleur qui avait un peu
reparu avec le gonflement diminue, mais persiste aux parties latérales de l’articulation quand on les comprime.
Pendant trois jours on fait un massage d’une heure. Ce n’est que huit jours après l’accident que le malade est complètement guéri.
M. Quesnoy attribue cette persistance des symptômes à de graves désordres dans les parties fibreuses.
Obs. XXII (docteur Rizet). C., sapeur, vingt-trois ans. L’explosion subite d’une mine le projette sur le poignet gauche. Douleur, épanchement notable sur tout le dos de la main, dont la peau est rouge et tendue; par le mouvement, on produit un bruit de craquement, qui paraît se passer dans les gaines des fléchisseurs; douleur fixe sous l’apophyse styloïde du radius. Une demi-heure après , massage d’une demi-heure , qui est très-pénible. Un deuxième massage fait le soir même l’est beaucoup moins.
Les deuxjours suivants, même opération pendant vingt minutes; les mouvements deviennent plus libres.
Le cinquième jour, le malade ne conserve que quelques craquements.
Obs. XXIII (docteur Quesnoy). M"0 L. Entorse de la main droite Deux heures après l’accident, gonflement considérable, peu de rougeur; toute la partie est douloureuse et peut à peine supporter l’application des doigts. Frictions et massage (c’était pour la première fois). Après un quart d’heure, la sensibilité a beaucoup diminuée et l’on peut presser de tout le poids de la main; après une demi-heure le gonflement et la douleur disparaissent. Dans la soirée, la jolie malade jouait du piano.
Le deuxième jour, pas de gonflement; les mouvements sont sans douleur, mais pas très-faciles.
Le troisième jour, pas trace d'entorse.
Obs. XXIV (docteur Rizet, Gaz. méd.). Galleton, soldat, tombe d’une hauteur de quatre mètres sur le pavé. On constate une entorse radio-carpienne du poignet gauche; une crépilation sensible à la partie inférieure et externe du bras fait croire à une fracture du radius. Compresses imbibées d’eau blanche.
Le lendemain , on trouve une ecchymose très-marquée de tout Lavant-bras ; la tuméfaction s’étend des phalanges jusqu’au coude; craquement très-prononcé dans la gaine des fléchisseurs. Douleur fixe un peu au-dessus de l’apophyse styloïde du radius. Mouvements très-douloureux; flexions et extensions impossibles. Un massage de trois quarts d’heure fait disparaître le gonflement, ce qui permet de reconnaître que la crépitation n’est pas due à une fracture. L’épanchement articulaire a beaucoup diminué; le malade, tout surpris, remue le bras sans douleur. On fait encore trois massages; après le troisième , le membre a repris complètement son volume normal. Cinq jours après l’accident il reprenait son service.
Grâce au massage, on a pu ici après une seule séance poser immédiatement un diagnostic complet rendu difficile par la coïncidence de la douleur fixe et de la crépitation. Grâce à lui aussi une lésion, qui eût demandé un mois de traitement par les moyens ordinaires, a été guérie en quelques séances.
Articulation métacarpo-phalangienne (docteur Rizet).
Obs. XXV. X., trente-six ans, chute sur la main droite; tuméfaction de l’éminence thénar, tension très-douloureuse du dos de la main, impossibilité absolue de mouvoir le pouce. Massage d’une demi-heure, eau blanche.
Le lendemain, deux séances, et le soir même le malade écrit sans douleur et sans gêne. Pas d’accidents consécutifs.
Obs. XXVI. L., douze ans, chute du haut d’un rempart, le pouce supporte tout le choc. Le lendemain, la main droite est tuméfiée, l’éminence thénar douloureuse et rouge. L. pousse des cris quand on veut mouvoir l’article, qui est distendu par beaucoup de liquide épanché dans la capsule synoviale. Après dix minutes de massage le malade se laisse malaxer la jointure en tous sens. Après trois séances il reprend ses jeux comme s’il n’eût rien éprouvé.
Obs. XXVII. Saby, sapeur, vingt-cinq ans, le poids du corps a porté sur l'articulation du pouce de la main droite. Le lendemain, gonflement considérable, douleur très-vive et rougeur. Trois massages d’un quart d’heure; le premier n’est supporté par cet homme courageux qu’avec force plaintes et cris.
Le troisième jour, il ne reste qn’un léger gonflement qui dure trois jours.
Le quatrième, il reprend son service.
Articulation phalango-phalangette .
Obs. XXVIII (docteur Rizet). D., chute sur la main gauche; le pouce reçoit tout le choc. Douleur violente à l’article, tuméfaction, rougeur et chaleur; impossible de la mouvoir sans grande douleur. Une heure après l’accident, il ne peut supporter le moindre attouchement; après de nombreuses instances, il se décide à se laisser masser. Au bout de dix minutes, il supporte l’application des pouces sur la partie; à vingt minutes de là , la rougeur étant de beaucoup diminuée, la douleur presque dissipée et le gonflement atténué, on peut pratiquer des frictions sur les tissus meurtris, avec la paume de la main. Cette séance dura une heure et ne fut suivie que d’une seconde. Après un jour de repos, le militaire était bien guéri et bien surpris d’en être quitte à si bon marché.
Entorses anciennes*
Art iculation radio-carpienne.
Obs. XXIX (docteur Rizet). X., sergent, se présente avec un gonflement prononcé de l’articulation radio-carpienne du bras droit, de la gêne et de la douleur dans les mouvements; on constate une assez grande quantité de liquide épanché dans l’articulation. Il raconte que s’étant foulé le poignet, on l’a traité par l’eau blanche et la compression méthodique ; au bout de deux jours il se mit à travailler aux champs pendant trois mois , malgré la gène et le gonflement qui se montraient chaque soir. Massage d’une demiheuie renouvelé pendant trois jours, en refoulant les tissus et les liquides et en comprimant de bas en haut. Après chaque séance changement notable; après la troisième séance, le patient assure que son articulation est aussi libre que celle qui n’a pas été malade,5 Depuis, aucune gêne, aucun gonflement.
M. Rizet s est aidé ici de la macération dans l’eau courante pour dégorger les parties, leur rendre élasticité et souplesse; il fait remarquer que ces deux puissants agents thérapeutiques (massage et hydrothérapie) se complètent.
Obs. XXX (docteur Rizet). Hugot, sapeur, tombe sur la paume de la main et se fait une entorse du poignet gauche. Fomentations résolutives. Dix jours après, la douleur, la gêne , le gonflement n’ont point diminués. Bandage innamovible solidifié avec la gomme qui n améliore point la situation. Liniments excitants; acide sulfurique en application directe et traînées de feu. Deux mois environ après l’accident, on fait plonger pendant plusieurs heures l’avant-bras et la main dans l’eau froide, puis massage. Cette première séance ne donne aucun résultat; on continue trois jours sans être plus heureux; ce n’est qu au quatrième jour, après trois quarts d’heure de massage, que le gonflement et la douleur commencent à se dissiper et que les mouvements jusque-là très-pénibles s’exé- D. 8
cutent facilement. Il fallut encore cinq séances pour amener une guérison parfaite, qui ne s’est pas démentie un seul moment. Avant chaque opération le membre a été soumis à l’action puissante de l’eau froide.
Obs. XXXI. Entorse übio-tar sienne (Nélaton , Bull. gén. de thér ., 1857).
Rollet, manouvrier, tombe en sautant un fossé et se tord le pied. La jambe est aussitôt plongée dans l’eau.
Au bout de trois semaines, la marche est toujours impossible; il entre à la Charité. M. Nélaton l’examine : aucune trace d’ecchymose ; les mouvements de latéralité développent une vive douleur au-dessous et en avant du sommet de la malléole interne et audessus de l’autre malléole.
On pratique le massage pendant un quart d’heure. Le malade commence à marcher le jour même; le surlendemain il quitte l’hôpital, bien guéri.
Le massage est souvent employé par M. Nélaton, qui a obtenu toujours d’excellents résultats, que l’entorse fût récente ou ancienne.
Obs. XXXII (docteur Elleaume). Mlle D., entorse du pied gauche, traitée par le repos au lit et l’eau blanche. Après un mois de ce traitement, il y a toujours une grande gêne dans les mouvements et un gonflement prononcé autour de la malléole externe et s’étendant sur le cou-de-pied. Dans la chute , cause de l’entorse , le genou avait porté sur le sol ; à cette époque on trouve autour du ligament rotulien une ecchymose notable et de la douleur.
Massage sur le genou et sur le pied; le lendemain, la douleur du genou a disparu. Un deuxième massage sur le pied amène une guérison complète.
Obs. XXX11I ( Union médicale). Un client de M. Sée s’étant donné une entorse, se soumet pendant plusieurs semaines aux soins de M. Michon sans éprouver de soulagement. M. Lebatard le vit alors et pratiqua un massage pendant trois ou quatre minutes, et dans ce court espace de temps le mit en état de se promener le jour même.
Le résultat presque instantané de cette pratique à frappé M. Sée, qui demande à ses collègues de la Société de médecine pratique s’ils ont vu des faits analogues.
M. Demarquay et plusieurs autres ont cité tour à tour des cas d’entorses, même avec épanchement , qui ont été rapidement guéries par le massage.
Articulation astragalo-scaphoïdienne (docteur Rizet).
Obs. XXXIV. Stallon, trente-cinq ans, se plaint d’une gêne et d’une douleur très-vive au pied droit, ressenties un mois et demi auparavant , après un faux pas. Gonflement trèsprononcé de la partie interne du dos du pied; douleur vive de la partie postérieure du bord interne du pied; grande difficulté de la marche, le soir surtout. On diagnostique une entorse ancienne astragalo-scaphoïdienne.
Massage de trois quarts d’heure pendant trois jours; et le soir du troisième, cet homme , qui ne se tenait qu’avec peine sur le pied , pouvait se promener sans voir revenir le gonflement habituel. On maintenait le pied dans l’intervalle par un bandage compressif (aussi utile dans l’entorse chronique que nuisible dans l’entorse récente, dit M. Rizet).
Je pourrais ajouter ici trois observations où le massage a été incomplet. Il n’a pu être continué : la première fois parce que le malade n’avait pas confiance dans le remède ou plutôt qu’il redoutait la douleur; la deuxième fois c était pour cause de départ, et la troisième, nous avions affaire à un entorsé en état de surexcitation bacchique.
Le résultat du massage incomplet, dans ces trois cas, a été, à notre avis: la durée abrégée, l’intensité de tous les symptômes diminuée.
Nous pensons donc que l’on fera bien de pratiquer une première séance de massage, quand même on ne pourrait continuer ce traitement jusqu’à guérison.
Nous aurions pu allonger encore cette liste d’observations1; une plus longue énumération n’aurait rien prouvé de plus et nous craignons de nous être déjà trop répété.