EFFETS PHYSIOLOGIQUES
1° Fonctions cutanées.
Souplesse et flexibilité de la peau à la suite de ces alternatives de tension et de relâchement; exhalation et absorption augmentés par l’amincissement de la peau et son décrassement, qui la débarrasse d’une couche inerte formée surtout de débris épidermiques ; circulation capillaire activée par l’augmentation de l’exhalation et le mouvement communiqué; disposition plus grande des houppes nerveuses aux sensations extérieures, parce que l’épiderme est ramolli et diminué d’épaisseur; telles sont les principales modifications fonctionnelles de la peau produites par le massage.
De plus, il excite et facilite la sudation, et débarrasse les cryptes sébacés de leur produit de sécrétion.
1 Nous aimons mieux renvoyer au traité de M. J. Estradère que de le répéter en l’écourtant. Massage hygiénique et thérapeutique , p. 75 et suiv.
*2° Locomotion .
1° Muscles. La laxité de la peau permet des contractions plus étendues ; les mouvements communiqués facilitent l’abord du sang dans leurs vaisseaux et le glissement des fibres contractiles; l’alternative de pression et de dilatation , changeant leur manière d’être habituelle, doit changer leur mode de sensibilité (Piorry).
Il augmente la vitalité du système nerveux et du système circulatoire des muscles, il détermine la contraction et par l’action directe et par l’action réflexe que produit l’excitation nerveuse. La contraction est indispensable à la vie du muscle, c’est sous son influence qu’il se nourrit; le système musculaire gagnera donc force et volume par le massage.
La contraction musculaire et la respiration cutanée produisent de la chaleur. Cependant M. Sarlandière a remarqué un abaissement de température à la suite d’une percussion très-forte; ne serait-elle pas due à l’exhalation cutanée activée?
2° Articulations. Les tiraillements assouplissent les parties ligamenteuses, et comme en même temps les muscles et les tendons ont perdu leur rigidité, les mouvements deviennent plus étendus.
Il favorise les fonctions des synoviales et entretient le poli des surfaces.
3° Circulation et respiration.
A la surface du corps, le contact entre le sang et l’air ambiant est plus immédiat, l’échange gazeux qui constitue la respiration cutanée est donc plus actif. (Ne pourrait-on pas venir ainsi en aide à une respiration pulmonaire incomplète?) M. J. Estradère admet que cette respiration cutanée est ce qui active surtout la circulation capillaire périphérique. Cette excitation capillaire se communiquant au reste de la circulation veineuse et artérielle, se manifeste par un pouls large, plein , régulier.
La circulation des vaisseaux lymphatiques est aussi favorisée, c’est ce qui produit la résorption des infiltrations. La tendance à la stase des liquides est ainsi détruite. Les mouvements respiratoires sont plus amples et plus faciles.
4° Innervation.
Le massage agit directement sur le système nerveux périphérique, l’impression ainsi reçue se transmet aux centres nerveux; cette action se réfléchit sur les fonctions de la vie animale et de la vie végétative ; aussi le massage fait-il sentir son influence sur toutes les fonctions auxquelles préside le système nerveux.
Il est naturel de parler ici de l’action générale du massage :
«Il détermine dans l’économie un changement accompagné des plus agréables sensations. L’existence a un charme tout nouveau , on apprécie plus complètement le bonheur d’exister. A la fatigue succède un sentiment de légèreté rendant propre à tous les exercices du corps. Les muscles agissent avec plus de facilité et d’énergie, les fonctions cérébrales présentent un surcroît d’activité. L’imagination se développe, le riant tableau des plaisirs s’y retrace sous un jour plus voluptueux et avec de plus vives couleurs» (Piorry).
Ce doux sentiment de satisfaction, de bien-être général et de vitalité plus grande, que les auteurs semblent décrire avec une plume reconnaissante, à quoi doit-on l’attribuer? N’est-ce pas à l’harmonieux fonctionnement de tout l’organisme? Le massage agit, en effet, sur toute l’économie par le système nerveux, et, en vertu de la solidarité fonctionnelle, par des modifications puissantes produites sur les muscles et les fonctions cutanées.
Outre cette cause générale : ce le massage, en excitant les papilles nerveuses de la peau, détermine une espèce de sentiment voluptueux qui s’étend à tout l’organe ainsi titillé, et sympathiquement à tous les organes internes en rapport avec lui» (Dict. des sciences méd .).
Quant au réveil de l’imagination, à l’élan , à la force de la pensée, qui se manifestent après le massage opportun et bien fait, j’y trouve deux explications :
1° La réaction sur le cerveau de tout l’organisme fonctionnant bien1.
2° En se fondant sur ce principe : « Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu,» comme le massage ranime la perception cutanée et perfectionne les sensations, les conceptions intellectuelles doivent être plus vives.
3° Une troisième raison serait celle-ci : l’exercice physique vient souvent en aide à l’activité de l’esprit, ce qui faisait dire à J. J. Rousseau : «Il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit» ( Confessions ).
A l’innervation se rattache l’action sur les organes génitaux. Le massage direct produit une excitation facile à expliquer; quant à la suractivité produite par le massage qui n’a point atteint ces organes , elle s’explique par action réflexe ayant son point de départ dans les malaxations des lombes, des cuisses et autres parties du corps. On pourrait aussi invoquer l’action cérébrale; c’est une manifestation localisée de ce sentiment général d’aptitude à la vie, à l’accomplissement de toutes les fonctions.
Le massage en hygiène*
«Il est évident que cette manipulation variée, comme les frictions à un moindre degré, appelle le sang dans les tissus excentriques, en favorise la circulation , produit une révulsion douce , une déplétion interne sans perte de matière, active les fonctions du derme, réveille la contractilité musculaire, assouplit les parties articulaires etc.... Aussi est-il un bienfait pour les indolents Indiens et pour les Orientaux qu’affaiblissent leur climat et leurs mœurs» (Michel Lévy, Hygiène , t. II).
1 Chaque trouble, chaque imperfection fonctionnelle n'a-t-elle pas son retentissement dans le cerveau?
La vie sédentaire qu exigent beaucoup de professions condamne le système musculaire à 1 inertie , c’est-à-dire au dépérissement; de là l’utilité, la nécessité d’une gymnastique destinée à suppléer au défaut d exeicice de certaines parties, a corriger l’effet de l’action exagérée d’autres parties, à contrebalancer l’influence funeste de la stagnation du corps ou des attitudes tourmentées. Souvent, soit paresse, indolence ou toute autre raison, on néglige cette gymnastique, on s’en abstient, cest alors que Ion trouvera dans le massage une gymnastique passive, un utile exercice1, qui remédiera aux inconvénients du repos. La pratique du massage devrait faire partie des habitudes de toute existence casanière.
Ceux qui sont débilités et raidis par la fatigue et la maladie ou par l’âge, voient l’élasticité musculaire de la jeunesse se réveiller sous la main qui les presse, et le jeu des fonctions s’exécuter plus librement. La fatigue surtout qui résulte de l’abus de la marche, de la veille ou
des plaisirs de l’amour, disparaît pendant l’acte même du massage (Tr. et P. Thér.).
On voit que si chez nous le massage n’est pas, comme dans les pays chauds, une nécessité hygiénique, il peut du moins être fort utile.
Orthopédie. «Les manipulations en sont l’âme, » ont dit plusieurs auteurs, de tout temps le massage vient en aide à l’art de corriger les difformités du corps 2. Il était fort apprécié des dames romaines puisqu il faisait partie de l’art d’embellir; à cet effet on employait surtout la percussion, et le masseur, comme le pédagogue, corrigeait les défauts avec la férule :
Si pædagogis , medicis etiam ferula (Pline).
1 Le terme exercice ne fait pas entendre un acte nécessairement volontaire ou même spontané, il doit être pris plutôt dans le sens d e fonctionnement organique normal ou anormal, spontané ou provoqué (docteur Daily).
s Les Grecs 1 employaient pour développer la beauté des formes, ou pour réformer ce qu’elles avaient de défectueux.
Le massage pourra être fort utile quand on aura à combattre certaines tendances vicieuses de l’organisme et à modifier certaines constitutions; chez le sujet lymphatique, bouffi, disposé aux scrofules, il produira l’absorption des fluides blancs qui surabondent, il prononcera le système musculaire et sanguin, il corrigera la langueur et l’inertie des fonctions, tandis que chez le sujet à pléthore sanguine il fixera l’exubérance des fluides plastiques sur les organes du mouvement et diminuera ainsi la tendance aux congestions internes. Le massage par des tractions , des pressions douces et légères , des titillations aidées de la succion, forme le mamelon défectueux. Dans le rachitisme, il sera reconstituant et aidera à prévenir certaines déformations. Dans le traitement du pied-bot, il peut prêter secours aux appareils; on insistera avec soin sur le massage des parties faibles et atrophiées. Ses heureux effets contre l’obésité sont plaisamment racontés par le Dictionnaire des sciences médicales ; un de ses auteurs emploie chaque jour la percussion au grand profit de sa digestion et de son abdomen.
Balnéothérapie. Le massage s’associe tout naturellement aux bains. Nous avons vu que chez beaucoup de peuples il se combine avec les bains, les affusions, les étuves et surtout les douches. Il occupe un certain rang dans la médecine thermale : à Aix-en-Savoie on en fait l’objet d’une application spéciale, et d’autres stations (Luchon, Uriage, Plombières etc.) ont suivi cet exemple. A Luxeuil on trouve un habile masseur, que le docteur Méry a fait venir d’Afrique. Le massage mérite d’être vulgarisé comme un utile auxiliaire des eaux minérales.
Après le bain froid, il favorise la réaction ou bien il contrebalance l’excès de l’effet sédatif; il s’oppose au refroidissement qui suit le bain; de plus il perfectionne le nettoiement de la peau et excite la sudation. Rien de mieux qu’un bain suivi d’un massage pour dissiper l’empâtement des articulations et la fatigue, suites d’un long voyage ou d’un exercice violent.
Nous avons cité une foule de témoignages en faveur du massage; citons maintenant l’opinion de M. Rostan.
Après avoir décrit le bien-être, l’état satisfaisant du corps et de l’âme que produit le massage, il ajoute: «Je ne doute pas que ces émotions voluptueuses n’aient un retour fâcheux. L’abattement, la tristesse, la mélancolie ne doivent pas tarder à succéder à cette douce et passagère excitation. Peut-être cet ébranlement général est-il capable de faire naître la plupart des maladies nerveuses. Ce qu’on y cherche surtout, ce sont les sensations voluptueuses. Le massage produit encore la mollesse, la laxilé des chairs, la faiblesse, l’énervement général qui résulte de l’impression de volupté qu’on éprouve et des pertes considérables que la perspiration occasionne, et de plus l’aptitude à être frappé par les causes extérieures » ( Dict . de méd. en 30 vol.).
Sans doute l’abus d’un moyen aussi actif ne saurait être sans danger. Ces reproches sont des a priori, des vues de l’esprit, ce qui diminue de beaucoup leur valeur ; en effet, d’autres auteurs qui l’ont expérimenté et ont été plus à même d’en étudier les effets de visu, sont loin de lui reconnaître tous ces inconvénients.