B. — SYNTHÈSE ANATOMIQUE
Après cette revue descriptive et analytique, je vais faire la synthèse des caractères observés, et indiquer, dans un tableau d’ensemble, le résultat de mes constatations.
À considérer la morphologie générale de l’os, j'estime qu’on peut distinguer deux types principaux de péronés cannelés :
1° Les péronés cannelés angulaires, c’est-à-dire ceux dont la face externe est si profondément excavée que la diaphyse prend l’apparence générale d’un angle dièdre. A ce type correspondent le péroné n° 1 de Bramabiau (pl. IL, fig. 3), le péroné n° 1 de Sorgues (pl. IL, fig. 7), le péroné du grand vieillard de Cro-Magnon, celui de l’homme de Laugerie et de la vieille femme de la grotte des Enfants.
2° Les péronés cannelés aplatis, c’est-à-dire ceux où l’élargissement considérable de la face postérieure fait que le diamètre transversal l’emporte sur le diamètre antéro- postérieur. Ces péronés sont en général très robustes, plus robustes même en apparence que les péronés angulaires. Les cannelures sont, en général, moins prononcées que dans le type précédent, mais au lieu d'occuper une seule face,
elles en occupent en général plusieurs. La facette des extenseurs est large ; fait frappant, elle est lisse et creusée en une gouttière souvent plus large que le reste de la face interne. De plus, par suite de l’aplatissement de la diaphyse cette facette tend à devenir parallèle à la face postérieure. Le péroné n° 1 de l’Ombrive, entre autres, répond à ce type; de même les péronés du grand sujet maseulin de la grotte des Enfants.
J’ai noté une variabilité extrême dans la disposition des
cannelures, et au point de vue de leur aspect, j’en ai distin-
gué deux variétés : |
1° Les silons, cannelures profondes et étroites, limitées : par des bords mousses (pl. I, fig. 2).
2° Les gouttières, occupänt toute la largeur de la face, et limitées par des bords minces (pl. I, fig. 1).
Passons maintenant aux observations faites sur chacune des faces. :
a) Face externe. — J'ai constaté d’abord que si la face externe est celle qui est en général le plus profondément excavée, il n’en est pas toujours ainsi. Les deux autres faces peuvent être aussi creusées en gouttière. Il peut ainême arriver quelquefois, comme dans le péroné n° 5 de Bramabiau que, seule la face interne soit profondément creusée. La gouttière externe est cependant, dans la généralité des cas, la plus développée. Dans le type extrême que j'ai appelé angulaire, elle peut même l’être exelusivement. J'ai observé de plus que la gouttière externe occupe surtout le tiers supérieur de la diaphyse correspondant à l’insertion du long péronier latéral, et que cette portion de la face externe semble regarder plus franchement en avant que dans les péronés actuels.
Cette gouttière atteint 4 millimètres de profondeur maximum sur le péroné de la vieille femme de Grimaldi; 5 mil-
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limètres sur le péroné n° 1 de Cro-Magnon; 5 millimètres sur le péroné n° 1 de Bramabiau; 7 millimètres sur un péroné des Baoussé-Rossé; 8 millimètres sur le péroné de Laugerie, le plus bel exemple connu de solénie.
La coulisse des tendons péroniers est généralement très large, mais sa lèvre antérieure est souvent émoussée.
b) Face interne. — La face interne est généralement excavée en gouttière, quoique moins fortement que la face externe ; il peut cependant y avoir des exceptions comme le péroné n° 5 de Bramabiau. En ce qui concerne la crête interosseuse, il y a lieu de signaler un fait important. Broca, en 1873, écrit, dans son étude sur la caverne de l’Homme- Mort: «Les deux péronés du vieillard de Cro-Magnon présentent sur leur face antérieure (1), une gouttière longitu-
” dinale assez large et très profonde, d’où il résulte que la
ligne d’insertion du ligament interosseux se détache de l’os sous la forme d’une crête très saillante et très mince ». Cette phrase a été répétée dans plusieurs manuels. Or, estelle bien exacte? Est-ce bien la crête interosseuse qui est très saïllante et très mince? La fermeture du Muséum, par suite des bombardements de Paris, m’a malheureusement empêché de vérifier l’assertion de Broca sur le péroné du grand vieillard. Mais sur les péronés fortement cannelés que j’ai eus entre les mains, correspondant à ce que j’appelle le type angulaire, j’ai observé l’effacement de la crête
interosseuse. J’ai pu aussi trouver des types intermédiai-
res montrant cette fusion et cet effacement progressif. Le péroné n° 5 de Bramabiau en est un exemple très net. La fusion est tout à fait complète dans le tiers moyen du bord antérieur. L’effacement est complet dans le péroné n° 6. Il
(1) C'est celle que nous appelons face externe avec la plupart des anatomistes.
Rae
n’y a donc pas, dans les péronés fortement cannelés, de saillie excessive de la crête interosseuse, mais disparition de cette crête avec saïllie en lame mince du bord antérieur. Or, Broca, dans sa très brève description, ne dit point ce que devient le bord antérieur. |
Dans le type aplati, où la solénie est moins prononcée, on observe, au contraire, une saillie très marquée de la crête interosseuse qui divise la face interne en deux gouttières à peu près égales, dont l’une représente la facette des extenseurs, élargie et excavée.
c) Face postérieure. — Ta face postérieure est, en général, notablement élargie, surtout dans le type aplati. Elle est plane et souvent creusée en gouttière au tiers moyen, ce qui distingue le péroné cannelé du type actuel où cette face est le plus souvent étroite et convexe. La gouttière du, tiers moyen répond à l’insertion du long fléchisseur du oros orteil.
d) Bords. — Pour les bords, jé n’ai que peu de choses à sisnaler, en dehors de ce qui a été dit pour le bord antérieur. Je dois faire remarquer toutefois que j’ai constaté l’existence assez constante d’un tubercule non décrit et qui existe aussi bien sur les péronés actuels que sur les péronés préhistoriques, au niveau de l’origine du bord interne. près de l’extrémité supérieure. Ce tubèreule répond sans nul doute à un faisceau du soléaire. Il est nettement mis en relief, sur le péroné n° 2 de Bramabiau, par la présence d’un sillon profond de 2 millim. 5 qui le sépare de la face postérieure.
e) Extrémités. — Les extrémités ne se prêtent à aucune considération spéciale, si ce n’est la tendance de l’extrémité supérieure à s’aplatir d’avant en arrière, aplatissement surtout marqué au niveau du col de la diaphyse et dû au prolongement de la gouttière externe sur ce col. Sur le pé-
roné n° 9 de Bramabiau, nous avons vu le prolongement de la gouttière interne sur l’extrémité supérieure avec aplatissement latéral et déformation considérable de cette extrémité. ?
f) Courbures de la diaphyse. — Les diaphyses nous sont apparues presque toujours rectilignes, avec une tendance à une courbure à convavité antérieure. |
Les considérations générales qui précèdent forment comme le résumé et la conclusion de cette étude descriptive. Nous avons vu que la solénie était caractérisée par un creusement en gouttière des faces du péroné, creusement pouvant atteindre un degré considérable et intéresser une seule face dans le type angulaire, les trois faces et même la facette des extenseurs dans le type aplati. Nous verrons plus loin l’interprétation qu’il est possible de donner de ces curieuses dispositions.