ADAPTATION AU LIEU
< Notre unité politique et notre centralisation administrative nous portent, en général, à exagérer infiniment l’uniformité de la nation, l’homogénité des populations.
Volontiers, on se figurerait les communes rurales, comme les pierres concassées pour l'entretien des routes, différentes de forme et de volume, mais ident'ques ou à peu près comme composition, simples fragments d’une même roche, Rien de plus contraire à la vérité, >» — DROUINEAU (1889), (tome IV, de l'Encyclopédie d'Hygiène et de Médecine Fhbiique de J, Rochart).
Notre « maître et ami Le Lieu »…, comme dit excellemment Jean Yole. C’est lui qui commande, à la campagne, et c'est sur lui que nous devons tout établir en ce qui concerne en per culier l’action sociale.
Les Américains, avec leur belle expérience de la « T.V.A. » ont compris depuis peu qu’il fallait recourir à la « décentralisation » des pouvoirs économiques, politiques et sociaux (1). Les Suisses, par exemple, et d’autres, l’avaient compris depuis longtemps et nous voyons les fruits splendides portés par cette politique générale saine et audacieuse. En France, nous tâtonnons encore comme en beaucoup d’autres domaines. Mais ceci ne dépend pas de nous, malheureusement, bien que nous . soyions en démocratie. Cependant, dans le domaine de Faction sociale, le corps médical doit avoir une grosse influence, qui devrait finalement l’emporter si tous les médecins savaient s’unir.
« La loi est uniforme, les mœurs, les terres, les intelligences ne le sont pas ; or, administration est l’art d'appliquer les lois sans blesser les intérêts, tout y'est donc Jlocal-»...,.dit Balzac dans le « Médecin de Campagne ».
M. de Gailhard-Bancel a dit aussi : « Le svndicat agricole séra communal ou ne sera pas. » Ce aui.a pu être dit si justement pour un organisme représentatif d'une doctrine profes-
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(1) « ….La transformation de la Vallée du Tientietsas s'est effectuée dans des conditions caractéristiques de la manière de vivre des Américains, dont les trad” tions ont été respectées, et non dans des conditions « idéales >», créées Le toutes pièces, et qu’on ne pourrait ou ne voudrait reproduire ailleurs...
« Construit pour le Peuple », par LILIENTHAL.
sionnelle peut être dit, avec non moins de raisons à l'appui (ce sont les mêmes...) pour l’action sociale rurale.
C’est pourquoi les créateurs du Centre Interprofessionnel d'Etudes Rurales de Paris ont pensé qu’il était nécessaire et urgent de créer non seulement des Centres Interprofessionnels Provinciaux, mais des organismes #ocaux chargés d’étudier sur place les conditions d'adaptation et d’assimilation de la doctrine sociale proposée à l’échelon national et en quelque sorte « dégrossie » à l’échelon provincial.
Ces centres provinciaux. sont en cours de formation et commenceront de fonctionner cet hiver,
Il est, d’une part, souhaitable que tous les services sociaux locaux déjà existants entrent en contact avec ces centres pour apporter le fruit de leur expérience déjà longue pour certains et pour recevoir non seulement l’expression d’une doctrine plus homogène et plus complète, mais aussi de jeunes éléments formés à cette nouvelle école.
Il est, d’autre part, non moins souhaitable que se réalisent au plus vite, avec des appuis privés ou officiels, ces équipes d’éducateurs ruraux animés du même idéal social, formés par , contacts réciproques fructueux, animés ou non du même idéal spirituel.
Plusieurs de nos amis tentent déja la création de semblables équipes par apports de nouveaux éléments et par conversion et utilisation des éducateurs en place.
Je suis engagé personnellement dans une a de ce genre.
Il s’agit pour tous, selon la méthode énoncée au chapitre précédent, d’étudier sur place les « malheurs » des hommes concrets et les causes de ces malheurs en dressant un bilan local (d’après les schémas d’enquête d'Economie et Humanisme par exemple ou par toutes autres méthodes ayant fait leurs preuves...)
Il s’agira ensuite, en fonction de cette étude complète et aussi approfondie que possible, d’établir les moyens d'intervenir, toujours localement, pour atténuer ou supprimer les causes de ces malheurs, de ce « malaise paysan » dénoncé dans la deuxième partie de cette thèse.
Nous estimons qué le médecin, par sa largeur de vue, par sa formation, par sa profession même, doit prendre, partout où il se trouvera, linitiative d’une telle entreprise.